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Numéro 34 - 6
mars
2014
Le Canada doit
reconnaître les
droits des Premières Nations
Le périple historique des
marcheurs Omushkegowuk appelle à de
nouveaux arrangements
Les marcheurs
Omushkegowuk sur la colline du Parlement le 25
février 2014.
Le 25 février, après avoir
marché pendant près de deux mois sur
1 700
kilomètres pour faire valoir leurs droits
ancestraux, de
traité et constitutionnels,
13 marcheurs cris sont
arrivés à Ottawa. Danny Metatawabin
de la première nation de Fort Albany, l'un
des principaux organisateurs, est parti
avec trois autres
marcheurs d'Attawapiskat : Paul Mattinas,
Brian Okimaw et Remi
Nakogee. Tout au long de leur périple, ils
ont reçu de
l'appui et des jeunes et des dirigeants de
diverses Premières
Nations se sont joints à eux,
déterminés à
affirmer leur droit d'être en tant que
peuples.
Sur la page des marcheurs consacrée au
périple intitulée
« Revendiquer nos actions
passées, présentes et
futures », on peut
lire : « Ce voyage spirituel, qui
fait entendre
l'écho de nos ancêtres, appelle tous
les peuples des
Premières Nations à l'éveil
et à l'action
sur les choses qui affectent notre existence,
passée,
présente
et à venir. Nous ne pouvons plus garder le
silence ou être
forcés au silence. Le moment est venu. Le
changement est
imminent, et ce changement c'est
nous. »
Les marcheurs ont été accueillis
avec
enthousiasme à Ottawa par des membres de la
communauté
algonquine de la région et des Canadiens de
tous milieux.
À partir du monument des Droits de la
personne sur la rue Elgin
s'est entamée une marche jusqu'à la
colline du Parlement.
Les gens croisés le long du parcours —
passants, travailleurs de
la construction — s'arrêtaient pour
s'informer de la marche et
exprimaient leur appui et leur admiration pour un
tel exploit et pour
le but qui est mis de l'avant par les marcheurs
d'Omushkegowuk. Les
chefs des Premières Nations d'Attawapiskat
et de Fort Albany,
Theresa Spence et Rex Knapaysweet, les
députés
néodémocrates, Romeo Saganah et
Charlie Angus, de même que la
députée
libérale Carolyn Bennett, ont aussi
participé à la
manifestation.
Un aîné algonquin a d'abord pris la
parole
pour souhaiter la bienvenue aux marcheurs,
disant :
« Les marcheurs nous ont encore une
fois
démontré qu'il existe bel et bien un
mouvement au sein de
notre nation et de notre peuple, et que nous avons
besoin de nos forces
vives. »
Danny
Metatawabin a ensuite
parlé de la croisée des chemins
à laquelle se
trouve le Canada en ce moment et comment ce
périple
répond aux besoins actuels.
« En tant que nations souveraines de
cette
terre », a dit Metatawabin,
« nous avons un droit
inné à l'autodétermination.
Notre droit à
l'autodétermination veut dire que nous
avons juridiction — le
droit, le pouvoir et l'autorité
d'administrer et de faire
fonctionner nos propres systèmes
politiques, légaux,
économiques et culturels.
En tant que nations souveraines, nous n'avons
jamais cédé
nos droits ni notre titre à la Couronne ou
à
l'État canadien, mais nous avons maintenu
et consolidé
nos droits innés par la conclusion de
traités. C'est le
fait de nous reconnaître en tant que nation
qui fait en sorte que
le Canada est obligé d'interagir avec les
Premières
Nations sur la base de
relations de gouvernement à gouvernement.
L'esprit et l'objectif
des principaux traités doivent être
honorés,
respectés et mis en oeuvre par tous les
partis impliqués
dans le traité. Au nom de ces
traités, nos nations ont
accepté de partager la terre, et par
conséquent, il faut
notre consentement éclairé avant
d'entreprendre de
nouveaux projets ou de
prendre de nouvelles décisions qui
pourraient avoir des
répercussions sur nos droits innés
ou de traité.
« Les traités identifient les
responsabilités dans des secteurs comme
l'éducation et la
santé. L'esprit et l'objectif des
traités sont
basés sur les toutes premières
ententes, souvent orales,
conclues entre les Premières Nations et la
Couronne britannique
— ententes qui ont été
modifiées lorsque traduites
à l'anglais. Tous les Canadiens et les
Premières Nations sont liés par ces
traités. Des
traités sont des ententes internationales
vivantes qui n'ont
rien perdu de leur validité aujourd'hui et
qui continuent
d'affirmer nos relations souveraines.
« Le 13 septembre 2007, l'ONU a
officiellement adopté la Déclaration
sur les droits des
peuples autochtones. Le 12 novembre 2010, le
Canada a avisé
le président de l'Assemblée
générale des
Nation unies qu'il appuyait la Déclaration
sur les droits des
peuples autochtones. Cette déclaration de
l'ONU propose des
balises
universelles permettant de défendre la
survie, la
dignité, le bien-être et les droits
collectifs des peuples
autochtones. En traitant des questions des droits
individuels et
collectifs, en identifiant les droits à
l'éducation,
à la santé, au travail et à
sa langue, en
interdisant la discrimination contre les peuples
autochtones, elle
accorde un caractère distinct à
leurs droits, leur permettant de veiller à
leurs propres
priorités et à leur
développement
économique, social et culturel, et
d'encourager les relations
harmonieuses et de coopération entre
l'État et les
peuples autochtones.
« Or, le Canada n'est doté
d'aucun
mécanisme efficace pour mettre en pratique
l'esprit et
l'objectif de ces traités. Le Canada
fournit des programmes et
des services en vertu de la Loi sur les
Indiens, mais seulement
les programmes et les services qu'il a
lui-même choisis. Cette
loi a été adoptée au Canada
sans l'apport des
Premières Nations, ni leur consentement
éclairé.
Le but de la Loi sur les Indiens est de
contrôler
chaque aspect de la vie des peuples autochtones et
d'établir les
règles servant à les gouverner. La Loi
sur les
Indiens est reconnue à
l'échelle nationale et
internationale comme étant un projet de loi
démodé
et paternaliste qui a
eu un impact dévastateur sur
l'indépendance de nos
peuples et sur les conditions dans lesquelles nous
sommes forcés
de vivre. En vertu de cette loi, le pouvoir de
gouverner des
Premières Nations est
délégué. Des pouvoirs
limités peuvent être
délégués selon
le bon vouloir du Canada aux Premières
Nations pour mettre en
place des règlements
locaux, en autant qu'ils sont approuvés par
le Canada. Il s'agit
d'une juridiction déléguée
seulement, et non d'une
approche de nation à nation en vertu des
traités.
« Les peuples autochtones ont le droit
de
participer aux décisions qui affectent
leurs droits, leur
propriété, leur culture et leur
environnement. Ils ont le
droit de déterminer leurs propres
priorités. Les peuples
autochtones ont le droit de prendre leurs propres
décisions, de
dire oui ou non lorsque les gouvernements ou les
entreprises
proposent des actions qui pourraient affecter leur
vie ou leur avenir.
L'exercice de ce droit humain est ce qu'on appelle
un consentement
préalable, libre et éclairé.
À titre
d'exemple, prenons la Loi sur
l'éducation des
Premières Nations. Le Canada a
déjà
annoncé le processus de consultation qui
prévoit trois
étapes : un guide
pour la discussion qui a été
développé en
décembre 2012, suivi d'un projet
législatif en juillet
2013. Et maintenant, voilà qu'arrive la
troisième
étape, un projet de loi qui doit être
présenté à l'automne. Ce
n'est pas là un
consentement préalable, libre et
éclairé. En tant
que personnes à la base, nous n'avons
participé à
aucun processus et voilà
pourquoi nous sommes ici aujourd'hui.

La chef
Theresa
Spence de la première nation
d’Attawapiskat participe à
l’accueil des marcheurs
Omushkegowuk à Ottawa, aux
côtés de Rex Knapaysweet
le chef de la première nation de
Fort Albany (au centre).
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« Les chefs de la nation Nishnawe Aski
ont
refusé de participer au processus de
consultation car ils
jugeaient que la consultation ne se faisait pas de
bonne foi, qu'elle
ne mènerait pas au consentement
préalable, libre et
éclairé des Premières
Nations. Nous sommes les
Omushkegowuk provenant des diverses
communautés de la Baie
James. Nous sommes les Anishinabe vivant partout
au Canada et partout
dans le monde sur la mère Terre. Il est
grand temps d'honorer
les traités ! Nous savons quels sont
les problèmes
touchant aux autochtones — le manque
d'infrastructure, les logements
insalubres, les jeunes femmes et filles disparues
ou assassinées
— la liste est
longue ! Nous voulons résoudre ces
problèmes tout en
vivant en harmonie dans une relation de nation
à
nation. »
Plusieurs autres orateurs se sont adressés
à la foule, présentant qui ils sont
et leur fierté
de cette marche historique. Ils provenaient des
Premières
Nations d'Attawapiskat, Moose Cree et de Fort
Albany. Ils ont
exprimé l'importance pour les peuples des
Premières
Nations, des plus jeunes aux aînés,
d'affirmer leur droit
d'être.
Suite aux discours, des chanteurs ont
interprété un chant en l'honneur des
femmes au son des
tambours.

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