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Numéro 36 - 7
mars
2013
Défendons la
dignité du
travail
Les travailleurs des postes de
Montréal
dénoncent des conditions de travail
intenables
Défendons
la
dignité
du
travail
• Les travailleurs des
postes de
Montréal dénoncent des conditions
de travail intenables
• US Steel doit combler le
manque à
gagner dans les régimes de retraite de
Stelco -
Section locale 1005, Syndicat des
métallos
L'ordre du
jour
antisocial du gouvernement Harper
• Les scientifiques
refusent de se laisser
réduire au silence
Pour
l'affirmation des
droits des Premières Nations
• Comment DeBeers a
contribué à
la crise du logement à Attawapiskat
- Philip Fernandez
Défendons la dignité
du
travail
Les travailleurs des postes de Montréal
dénoncent
des conditions de travail intenables
La "Nuit blanche-Montréal en
lumière"
à Montréal le 2 mars 2013 pour
dénoncer les
conditions de travail aux postes.
Plus de 700 travailleurs et travailleuses des
postes ont
manifesté à Montréal dans la
soirée du 2
mars à l'occasion de
l'événement « Nuit
blanche-Montréal
en lumière » pour dénoncer les
conditions de
travail qui leur sont imposées par Postes
Canada avec sa Poste
moderne. Les postiers ont intitulé leur
action « La grande
noirceur de Postes Canada » pour faire
contraste avec
le titre de l'événement
multimédia de
Montréal. Les postiers se sont
rassemblés près du
site
où l'événement avait lieu
puis ont marché
dans les rues du centre-ville et jusqu'à
l'intérieur du
périmètre de « Nuit blanche
» où ils
ont engagé la discussion
avec les gens parmi la foule. Plusieurs personnes
ont exprimé
leur appui pour les travailleurs des postes et
leur opposition à
la détérioration du service
postal.
La manifestation était le résultat
d'une
résolution adoptée le 30 janvier
dernier par
l'assemblée générale des
membres de la section de
Montréal du Syndicat
des travailleurs et des travailleuses des postes
(STTP). Le but de la
résolution et de la manifestation
était de faire
connaître aux Montréalais les
conditions
intenables de travail qui règnent à
Postes Canada et
d'illustrer en particulier comment elles rendent
impossible aux
postiers d'avoir une vie familiale.
Alain Duguay, le président de la section
locale,
a souhaité la bienvenue à tous et
présenté
les orateurs qui étaient des travailleurs
de divers
départements
à Postes Canada. Le thème commun de
toutes les
interventions était l'aggravation des
conditions de travail
à Postes Canada au point où la vie
de famille, des
horaires de travail stables, des heures de travail
normales et des
conditions de travail sécuritaires sont
chose du passé.

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Une jeune factrice a dénoncé les
conditions imposées aux facteurs et
factrices. Elle a dit que
c'est maintenant chose courante que de passer de
10 à 12 heures
par jour à livrer le courrier
jusqu'à tard en
soirée, quelque chose qui est
entièrement non
sécuritaire surtout avec le système
de liasses multiples
que les postiers
doivent maintenant porter. Juste dans les derniers
sept mois, a-t-elle
dit, environ 50 % des travailleurs de son
dépôt ont
dû s'absenter pour cause de maladies ou
de blessures. Elle a ajouté que la demande
de Postes Canada que
les travailleurs s'ajustent
à la Poste moderne n'a aucun sens. Le
problème, a-t-elle dit sous des
applaudissements nourris, est
que c'est la transformation postale qui n'est pas
adaptée aux
exigences de conditions de travail et de vie
familiale dignes de ce nom. Elle a dit que les
travailleurs des postes,
comme les travailleurs des autres secteurs, font
face aux attaques du
gouvernement Harper
contre leurs droits comme on l'a vu avec ses lois
spéciales et
son obsession de privatisation. Elle a conclu en
disant
que les travailleurs des postes doivent se tenir
ensemble et affirmer
leurs droits à des conditions de travail
décentes.
Un camionneur de 28 ans de services a ensuite
pris la
parole. Il a dénoncé Postes Canada
pour son manque total
de respect envers les postiers, incluant
des gens comme lui qui après 28 ans de
service ont
été déplacés du quart
de travail de jour
vers le quart de travail de nuit. Un autre
travailleur, un camionneur
occasionnel, a dit que Postes Canada lui accorde
en moyenne ainsi
qu'à d'autres camionneurs comme lui 2,6
heures de travail par
jour et qu'une fois qu'il a
payé son essence il ne lui reste même
pas de quoi vivre.
Une travailleuse des comptoirs de vente de
détail a dit que
Postes Canada est en train de fermer 30
comptoirs à l'échelle du Canada dont
la moitié au
Québec et 10 à Montréal. Elle
a dit que ces
fermetures sont une mesure de privatisation
puisque Postes Canada
ferme ses comptoirs et vend des franchises
à de grandes
pharmacies et à d'autres commerces
privés. Le niveau de
services dans les franchises, a-t-elle
ajouté,
est bien inférieur à ce qu'il est
dans les comptoirs
postaux. Denis Lemelin, le président
national du STTP et Sylvain
Lapointe le directeur national de la région
du Montréal métropolitain ont
ajouté leurs
commentaires à ceux des postiers. Postes
Canada, ont-il dit,
doit cesser ses attaques contre les conditions de
travail
des postiers ou alors d'autres manifestations du
genre suivront.
Alexandre Boulerice, le député du
NPD dans le
comté de Rosemont-La Petite Patrie a aussi
salué
les manifestants et a promis tout l'appui possible
du NPD pour aider
les travailleurs des postes à obtenir
justice.

US Steel doit combler le manque à gagner
dans les régimes de retraite de Stelco
- Section locale 1005, Syndicat
des
métallos -
L'état des régimes de retraite de
US Steel
au Canada est alarmant. Ils sont grandement
sous-financés. La
loi ontarienne stipule que US Steel doit renflouer
les régimes avant le
31 décembre 2015, mais le
monopole étasunien de l'acier se cache
derrière une
interprétation tout à fait
étroite et
intéressée de
l'entente spéciale sur les régimes
de retraite qu'il
avait négociée avec le ministre des
Finances et le surintendant des pensions lorsqu'il
a fait l'acquisition de
Stelco en 2007. L'entente spéciale
spécifiait les sommes
devant être versées chaque
année aux régimes
de retraite pour combler le manque à gagner
avant le
31 décembre 2015. Ces sommes ne sont
plus versées en
raison de pertes encourues à la bourse.
US Steel a pris
contrôle de l'aciérie Stelco en 2007.
Un aspect non
négligeable de l'acquisition était
que les directeurs du
monopole étasunien avaient
déclaré
publiquement qu'ils reconnaissaient leur
obligation morale et
légale envers les quatre régimes de
retraite à
prestations déterminées. Aussi, le
fait d'accepter les
arrangements précédents du
gouvernement ontarien pour
combler le manque à gagner des
régimes avant la fin de
2015 était la confirmation d'un
engagement légal et moral additionnel de la
part de US Steel.
À l'origine, le calendrier de paiements
annuels prévu
dans l'entente conclue avec le gouvernement
de l'Ontario avait été établi
en 2006 et
visait à renflouer les régimes avant
le
31 décembre 2015. Il s'agissait en
fait d'une concession de
la part
du gouvernement envers les propriétaires de
Stelco à ce
moment-là, puisque la loi en Ontario
stipule que les
régimes de retraite doivent être
financés dans leur
intégrité sur une période de
cinq ans en cas de
manque à gagner. Selon la loi ontarienne,
en 2011 les
régimes auraient dû n'avoir aucun
manque à gagner
et auraient dû être suffisants pour
répondre aux
régimes à prestations
déterminées des
retraités de Stelco, actuels et à
venir, ce qui n'est pas
du tout le cas. Le taux
actuel des versements permet de prévoir un
manque à
gagner de 800 millions $ pour le
régime de retraite de
Hamilton Works à lui seul en date du
31 décembre 2015. US Steel doit
augmenter ses versements
selon le calendrier s'il veut respecter les
objectifs visés par
l'entente conclue.
Information
Update
a discuté de ce
problème avec le président de la
section locale
1005 du Syndicat des Métallos, Rolf
Gerstenberger.
« La responsabilité sociale
vis-à-vis les régimes de retraite de
Stelco ne
disparaît pas tout juste parce que les
directeurs de US Steel ont
décidé de
détruire la production de l'acier aux
usines de Stelco à
Hamilton et Lac Érié, dit Rolf. Au
contraire, la
destruction de la production canadienne de l'acier
pour
favoriser la production dans les usines aux
États-Unis, sans
parler de la détérioration
financière des
régimes de retraite, apporte encore plus
d'eau au moulin
du gouvernement ontarien pour faire valoir que la
compagnie
étasunienne doit modifier le calendrier de
versements afin que
les quatre régimes de retraite soient
pleinement financés avant le
31 décembre
2015. »
Les travailleurs de l'acier sont très
inquiets
parce que tout semble indiquer que les directeurs
de US Steel ont
l'intention de trahir leur responsabilité
sociale
envers les régimes de retraite de Stelco.
Un scénario
possible serait qu'ils recourent à la
protection de la faillite
selon la loi fédérale
discréditée sur les
arrangements avec les créanciers de
compagnies (LACC), touchant
soit uniquement Hamilton Works, soit toutes les
opérations de US
Steel au Canada. Les
métallos actifs et à la retraite de
Hamilton en ont
discuté à leur assemblée
hebdomadaire. Le
récent jugement de la Cour suprême
sur la faillite
d'Indalex en
2009 qui dit que la LACC a
préséance sur la loi de
l'Ontario, faisant des régimes de retraite
des créanciers
non garantis, a de quoi les inquiéter
davantage.
Ils ont mis en garde US Steel qu'il ferait mieux
de ne pas croire que
ce jugement lui donne carte blanche pour continuer
de détruire
la production de l'acier
au Canada en se libérant de ses obligations
morales et
légales envers les pensions. Ou serait-ce
que l'entente
secrète conclue entre le gouvernement
fédéral et
US Steel permet à la compagnie de s'en
sauver avec ces
agissements illégaux et immoraux ?
Rolf a expliqué que nous avons vu
« que les monopoles mondiaux ne se
sentent liés par
aucune obligation, qu'elle soit légale ou
morale, envers les
travailleurs et l'économie canadienne. Les
directeurs de US
Steel ont trahi en toute arrogance leurs
obligations contractuelles
telles que stipulées par la Loi
sur Investissement Canada. Les
gouvernements instituent le droit
de monopole en permettant de façon
routinière à de
grandes compagnies comme US
Steel de transgresser la loi impunément ou
en adoptant de
nouvelles lois pour répondre à leurs
objectifs
étroits. Pensons entre autres aux lois de
retour au travail
du gouvernement Harper et les deux projets de loi
omnibus qui font fi
des lois environnementales et des droits des
Premières Nations.
Les travailleurs en ont
assez de cette destruction nationale ! Que US
Steel réfute
s'il le peut l'accusation qu'il a l'intention
d'abandonner ses
responsabilités envers les quatre
régimes de retraite de Stelco. Qu'il nous
prouve le contraire en
faisant les versements nécessaires pour
combler le manque
à gagner d'ici le 31 décembre
2015, sur la base des analyses et des
hypothèses actuarielles
les plus récentes, et il doit les financer
de façon
intégrale sur une base annuelle. Il
pourrait le faire
d'un seul coup ou au moyen d'un calendrier de
paiements modifié
lui permettant d'atteindre la cible avant la fin
de 2015. »
« Nous tenons le gouvernement ontarien
entièrement responsable de cet état
de fait »,
dit Rolf.
« Le gouvernement de l'Ontario a
conclu cette
entente spéciale d'abord avec Stelco et
ensuite avec US Steel.
Ce gouvernement se lèvera-t-il devant
tout l'Ontario pour déclarer que cette
entente est
exemptée de la loi qui exige le financement
intégral des
régimes de retraite et qu'il a
accordé d'abord à
Stelco
et ensuite à US Steel un délai de
dix ans plutôt
que cinq comme le stipule la loi ? Les
métallos de Hamilton
ne resteront pas les bras croisés s'il
osait
le faire. US Steel doit combler le manque à
gagner dans les
caisses de retraite et le gouvernement de
l'Ontario doit veiller
à ce qu'il le fasse. Voilà tout ce
que
nous avons à dire sur cette question. Ces
régimes nous
appartiennent de droit. Nous en avons assez
d'entendre la compagnie,
les médias et le gouvernement
dire que nous n'avons pas droit à ces
régimes mais que
les détenteurs du capital, eux, ont droit
à leurs primes
et à leurs coups d'argent. À l'achat
de Stelco par
US Steel, le gouvernement a permis à
celui-ci de donner
1,2 milliards $ à une bande de
bandits. Tout cela en
dépit d'ententes selon lesquelles
lorsque Stelco a eu recours à la LACC,
aucune ristourne ne devait
être versée et aucun coup d'argent ne
pouvait être
exigé avant d'avoir comblé le manque
à
gagner des régimes de retraite. Ce n'est
pas un problème
d'argent, c'est un problème de qui
contrôle le processus
de prise de décisions. »
La section locale 1005 ne demande pas un
traitement
de faveur dans cette affaire, a expliqué
Rolf. Elle demande
seulement que US Steel assume
ses responsabilités en vertu de la loi
ontarienne, laquelle
exige le financement intégral des quatre
régimes de
retraite avant le 31 décembre 2015.
Rien
de plus, rien de moins. »
(Information Update numéro
7, le
4 mars 2013)

L'ordre du jour antisocial du
gouvernement Harper
Les scientifiques refusent de
se laisser réduire au silence
Le gouvernement Harper cherche à
réduire
les scientifiques et les chercheurs au silence en
les empêchant
de s'adresser aux médias « en
particulier
lorsque la recherche et le point de vue des
scientifiques va à
l'encontre des politiques gouvernementales
actuelles en matière
de protection de l'environnement,
de développement des sables bitumineux et
de changements
climatiques. » C'est ce que nous
pouvons lire dans une
lettre qu'ont fait parvenir à la
Commissaire à l'information du Canada le
Centre du droit
environnemental de l'université de Victoria
et Democracy Watch.

Le 20 février, ces organisations ont fait
parvenir
une lettre conjointe à la Commissaire
à l'information
Suzanne Legault lui demandant de faire
enquête en
vertu de la Loi sur l'accès à
l'information,
section 30(1)(f), sur « les efforts
systématiques
faits par le gouvernement du Canada pour entraver
le droit des médias — et par le fait
même le droit du
public canadien — d'avoir accès aux
scientifiques
gouvernementaux en temps opportun ».
Les auteurs
ont joint à la lettre un rapport de
128 pages,
« Le musèlement des
fonctionnaires : une menace
à la démocratie », lequel
soutient, avec
preuves à l'appui fondées sur
l'expérience des
scientifiques et des enquêteurs oeuvrant au
sein de divers
ministères gouvernementaux, l'existence
d'une campagne
systématique menée par le
gouvernement Harper visant
à censurer de l'information qui serait
importante et utile aux
Canadiens. Dans la préparation de leur
rapport, les deux organisations se sont
basées sur des
requêtes d'accès à
l'information, des preuves
recueillies auprès de fonctionnaires,
anciens et actuels, ainsi
que sur des communications faites auprès
d'organisations
à but non lucratif.
La lettre met en lumière que le fait de
priver
les gens d'information scientifique en
empêchant les
scientifiques et d'autres personnes d'exprimer
leurs opinions
lors d'entrevues, d'articles ou d'autres formes
d'expression est en
violation du droit du public d'obtenir une
information factuelle et
scientifique en temps opportun
et marginalise les Canadiens, les empêchant
de participer
pleinement aux débats et aux discussions
sur les sujets qui les
touchent. Les deux organisations exigent
de la commissaire qu'elle expose l'abus de pouvoir
du gouvernement
Harper dans ce dossier ainsi que ses efforts
consistant à
refuser de divulguer de l'information
scientifique financée par le trésor
public et à
constamment enfreindre la section 2 de la Loi
sur
l'accès à l'information qui
dit clairement que
l'objectif de la loi est d'assurer le droit
d'accès du public
à l'information gouvernementale et que ce
droit ne peut
être refusé que dans des
circonstances
« limitées et
spécifiques ».
Les auteurs de la lettre citent aussi le jugement
de la
Cour suprême, R. v. National Post 2010
SCC 16, dans
lequel la Cour suprême avait
noté : « Comment le
parlement et le public
peuvent-ils exiger que le gouvernement rende des
comptes sans avoir en
mains l'information nécessaire
pour savoir ce qui se passe ? Ils ne peuvent
non plus participer
au processus de prises de décisions et
contribuer leurs talents
à la formation de politiques
et de lois si ce processus demeure
caché. »
On lit dans les premières pages de
« Le musèlement des
fonctionnaires : une menace
pour la démocratie », que
dès son accession au
pouvoir en 2006, le gouvernement Harper a mis en
place « une
nouvelle politique de communications »
dont l'objectif est
de « faire en sorte
que les communications dans l'ensemble du
gouvernement du Canada sont
bien coordonnées, bien gérées
et sensibles aux
divers besoins du public en
information ». De façon
pratique, cela veut dire que
le gouvernement Harper exige dorénavant que
« les
besoins du public en information »
soient d'abord passés au peigne fin et
approuvés,
c'est-à-dire, censurés, par le
« département des relations
publiques » de diverses institutions
gouvernementales. Le
rapport dissèque l'expérience
vécue de ce
« musèlement » au
sein d'Environnement
Canada, le ministère des Pêches et
des Océans, de
Ressources naturelles Canada, du Conseil national
de
recherche et d'autres institutions.
Une étude menée en 2011 par
les
scientifiques Erin Kelly et David Schindler de
l'université de
l'Alberta et commandée par Environnement
Canada,
est arrivée à la conclusion que
« contrairement aux affirmations de
l'industrie et du
gouvernement exprimées dans la presse
populaire, l'industrie des
sables
bitumineux accroît de façon
importante les
déversements de polluants toxiques dans la
rivière
Athabasca ainsi que dans l'air et dans
l'eau. » Les
conclusions de l'étude devaient faire le
sujet d'une
présentation par Environnement Canada lors
d'une
conférence à Boston tenue un peu
plus tard. Avant la
tenue
de la conférence, le directeur des
communications
d'Environnement Canada a fait parvenir aux
scientifiques un
« outil de travail » de
questions
et de réponses proposant vingt questions
auxquelles on
« pouvait s'attendre » et
des réponses
toutes faites pour chacune de ces questions
à l'étude.
S'ils étaient talonnés par les
journalistes, les
scientifiques devaient fournir la réponse
suivante :
« Désolé, je suis un
scientifique et je ne
suis pas
en mesure de répondre à cette
question. Il me fera
plaisir de vous proposer un porte-parole qui saura
vous
répondre. » Dans « Le
musèlement
des
fonctionnaires : une menace à la
démocratie », David Schindler
critique le
gouvernement qui humilie les scientifiques en les
empêchant de
présenter
de l'information sur la base de leurs propres
recherches.
Dans un autre cas, une scientifique du
ministère
des Pêches et des Océans, Kristi
Miller, a publié
un rapport intitulé : « La
souffrance des
saumons » où elle examine le
déclin
vertigineux des populations de saumon rouge dans
la rivière
Fraser et en particulier le rôle joué
par les
piscicultures
commerciales dans ce déclin. L'article a
été
publié dans les pages de la revue
scientifique Nature
où la communauté internationale
s'est penchée
sur la question. Cependant, on a
empêché Mme Miller de
s'adresser aux médias pendant des mois. Le
Bureau du conseil
privé, qui travaille de près avec le
bureau du premier ministre, a empêché
les scientifiques de
parler aux médias sous prétexte que
le gouvernement
Harper menait sa propre enquête sur le
déclin
des populations de saumon de la rivière
Fraser — la commission
Cohen — et que celle-ci n'était pas
terminée.
À ce moment-là, le musèlement
de Kristi Miller par
le gouvernement Harper avait été
sévèrement
critiqué. Dans un
communiqué de l'Institut professionnel de
la fonction publique
du Canada émis en 2011, celui-ci avait dit,
entre autres :
« Nier aux médias
l'accès
à cette information sous prétexte de
la commission Cohen
n'est qu'un faible prétexte »,
et plus loin :
« Depuis un an les médias
rapportent que les
ministères fédéraux
clé en termes de
recherche scientifique et les agences telles
Ressources naturelles
Canada
et Environnement Canada ont mis en oeuvre de
nouvelles politiques de
communication qui ont donné lieu à
une incapacité
de transmettre de l'information
indépendante fiable en temps
opportun. »
En août 2011, des mois après la
publication
de son étude, Kristi Miller a pu finalement
intervenir en tant
que déléguée au sein de la
commission Cohen.
Elle a souligné que la chose opportune et
responsable aurait
été de donner l'information
liée à son
étude aux médias et qu'elle trouvait
frustrant
« la
direction que certaines nouvelles dans les
médias avaient
empruntée » — se
référant à la
manipulation de sa recherche par le personnel
gouvernemental
de relation avec les médias. Fait important
à noter, tout
au cours de son témoignage, des gardiens de
sécurité ont empêché
les médias de
lui parler.
Ces exemples et beaucoup d'autres
illustrés dans
le rapport sont la preuve irréfutable du
programme du
gouvernement Harper visant à restructurer
de façon
systématique le Canada au service des
élites dominantes.
Ce gouvernement répand la
désinformation dans le but de
dépolitiser le peuple et de politiser les
intérêts
privés.
Les auteurs de « Le musèlement
des
fonctionnaires : une menace à la
démocratie » en appellent
à la Commissionnaire
à l'information
d'entreprendre l'enquête qu'elle est
légalement
mandatée de faire et disent que si elle
détermine que les
allégations contenues dans le rapport sont
valides, elle
devra « statuer de façon non
équivoque
à l'effet que ces politiques et actions
sont en
violation » de la Loi sur
l'accès à
l'information,
et devra tenir le gouvernement Harper responsable.
(Le musèlement des
fonctionnaires : une menace à la
démocratie,
Démocratie Canada)

Pour l'affirmation des droits des
Premières Nations
Comment DeBeers a contribué à la
crise
du logement à Attawapiskat
- Philip Fernandez -

"Honte. Conditions de vie du
tiers-monde
dans les réserves canadiennes"
|
Selon un rapport du Réseau de
télévision des peuples autochtones
(APTN), DeBeers Canada Inc. aurait versé,
le 5 mars 2005,
des eaux
d'égout brutes de son chantier de
construction dans le
système de
pompage d'eaux d'égout de la
Première Nation
d'Attawapiskat, une
communauté crie de 2 000 personnes de
la Baie James. Selon
APTN, les eaux d'égout brutes de DeBeers
seraient responsables
de la
défaillance de la station de
relèvement d'Attawapiskat et
d'une
accumulation d'eaux usées et de
l'inondation de plusieurs
maisons qui
s'en est suivie. (La station de relèvement
dans un
système de pompage
d'eaux d'égout sert à élever
les eaux vers les
collecteurs lorsqu'elles
ne
peuvent pas s'y rendre par gravité.) Cette
situation a
intensifié la
crise du logement et de la santé dans la
communauté,
crise qui persiste
jusqu'à ce jour. Plusieurs personnes ont
dû abandonner
leur maison et
vivre dans des logements improvisés tels
que des tentes non
équipées
pour l'hiver et des cabanes recouvertes de papier
goudronné sans
installations sanitaires ni eau potable. DeBeers a
refusé de se
reconnaître quelque responsabilité
que ce soit pour cette
situation et
n'est pas intervenue pour rectifier la situation.
Le gouvernement
Harper n'est pas intervenu lui non plus pour aider
la communauté.
Les auteurs de deux rapports
rédigés par
deux compagnies
d'ingénieurs-conseils ayant
enquêté sur ce qui
s'était passé ont conclu
que les eaux d'égout brutes versées
par DeBeers avaient
vraisemblablement joué un rôle dans
le refoulement des
eaux usées et
dans l'inondation des maisons. Une de ces
entreprises, Services
techniques des Premières
Nations de l'Ontario, a indiqué que la
station de
relèvement éprouvait
déjà des problèmes et que les
eaux d'égout
brutes avaient
vraisemblablement mené à sa
défaillance. Un
deuxième rapport des
Services d'ingénieurs-conseils des
Premières Nations
indiquait que bien
que le gouvernement Harper avait été
informé de la
situation, il n'a
rien fait
pour atténuer la crise.
En 2009, il y a eu un autre refoulement des eaux
usées nécessitant
l'évacuation de plus de 100 personnes de la
communauté.
Une fois de
plus, le ministère des Affaires autochtones
et
Développement du Nord
Canada a refusé d'assumer ses
responsabilités et de venir
en aide à la
communauté en temps de crise.
L'évacuation a dû
être organisée et
financée par le Conseil de bande. Comme on
sait, vers la fin de
2011,
la chef Theresa Spence et le Conseil de bande ont
déclaré
un état
d'urgence à Attawapiskat et ont
exigé l'intervention du
gouvernement
Harper, un geste qui s'est gagné l'appui de
l'ensemble du peuple
canadien. Face à cette juste demande, le
gouvernement Harper
avait
choisi
de criminaliser la chef et sa communauté et
de les accuser
d'être
elles-mêmes responsables de la crise du
logement !
Alors que les enquêtes tiennent DeBeers
responsables d'avoir
déclenché la crise du logement qui
se poursuit
aujourd'hui, la
compagnie se prétend la victime de la
population d'Attawapiskat.
Lors
d'un barrage routier du chemin d'hiver qui permet
le cheminement
d'approvisionnements vers la mine Victor de
DeBeers, l'État
canadien
dans son
ensemble a pris la part de DeBeers, y compris le
juge Robert Riopelle.
À l'audience du 20 février à
Timmins au sujet
d'une demande
d'injonction par DeBeers contre les manifestants,
le juge Riopelle a
qualifié ceux-ci d'
« extorqueurs ». C'est
le monde à l'envers. Des
membres de la communauté d'Attawapiskat
bloquent cette route
depuis plus de cinq ans pour contester le fait que
des diamants sont
extorqués de leurs terres pendant qu'eux
vivent dans une
pauvreté
extrême. Ils demandent que l'entente
frauduleuse d'avantages
garantis
qui avait été imposée aux
membres de la
communauté et adoptée par moins
de 30 % des membres en 2005 soit
révisée et que
de
nouvelles conditions soient établies pour
que la Première
Nation
d'Attawapiskat puisse bénéficier
d'une compensation plus
avantageuse et
d'une plus grande réclamation à la
richesse pillée
sur leur territoire.
En ce moment, DeBeers déclare soutirer de
la mine
près de 500
millions $ en revenus par an et, selon Mining
Watch Canada, ne
verse
aucune redevance au gouvernement ontarien et ne
paie aucun impôt
sur
les bénéfices. La compagnie verse
à la
Première Nation d'Attawapiskat
2 millions $ par année. Cela
montre bien le
niveau d'exploitation qui sévit dans cette
région.
L'expérience d'Attawapiskat face à
DeBeers
est conforme au sombre
passé de ce monopole minier international,
l'oeuvre de Cecil
Rhodes,
l'impérialiste britannique
mégalomane par excellence qui
a créé un
pays, la Rhodésie, sur la base de la
suppression par la force
militaire
et la tuerie à grande échelle des
peuples autochtones de
l'Afrique du
Sud. Depuis sa fondation en 1888, la compagnie
minière de
DeBeers a
perpétré de multiples crimes contre
l'humanité qui
sont bien
répertoriés. DeBeers a
été un pilier et un
grand défenseur du système
d'apartheid en Afrique du Sud pendant plus de cent
ans, un
système qui
a exploité les travailleurs noirs des mines
comme esclaves
privés de
tout
droit. La compagnie a travaillé main dans
la main avec le
gouvernement
du Botswana pour chasser les Bochimans Gana et Gwi
de la réserve
de
chasse du Kalahari central pour qu'elle puisse
avoir accès aux
mines de
diamant de la région. Elle a aussi combattu
le Syndicat des
travailleurs miniers de Namibie pendant des
années pour
empêcher la
syndicalisation des mineurs de ce pays et pour
contrer leur lutte pour
des salaires et des conditions de travail
décents. Ces
travailleurs
constituaient une main-d'oeuvre asservie et
pouvaient se retrouver en
prison s'ils résiliaient leur contrat. On
pourrait citer
beaucoup
d'autres exemples.
La communauté d'Attawapiskat se bat contre
un
monopole minier
international notoire qui a les mains couvertes de
sang. Il est
inacceptable que l'État canadien travaille
en collaboration avec
DeBeers pour criminaliser les représentants
et la
communauté
d'Attawapiskat plutôt que d'assumer sa
responsabilité
envers elle comme
le stipulent la
constitution et le Traité 9 conclu
avec la Couronne. La
communauté crie
d'Attawapiskat a toutes les raisons d'affirmer ses
droits contre son
exploitation par DeBeers. Elle est en droit de
demander que DeBeers
négocie une entente d'avantages garantis
plus juste avec la
communauté
et que celle-ci ne soit pas traitée comme
si elle n'avait
aucun droit. La classe ouvrière et le
peuple de tout le pays
doivent
mettre fin à la campagne d'abus et de
désinformation
à laquelle se
prêtent DeBeers et l'État canadien
contre la
communauté d'Attawapiskat
dans le but de la criminaliser et de fomenter une
hystérie
raciste
contre elle.

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Marxiste-Léniniste
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