Le
                              Marxiste-Léniniste

Numéro 73 - 15 juin 2012

La lutte des étudiants pour le droit à l'éducation


Opposition au plan d'endettement étudiant du gouvernement Charest
Les associations étudiantes dénoncent le plan d'augmenter drastiquement l'endettement étudiant
Un vol soigneusement planifié - Communiqué
Mémoire de la Fédération étudiante universitaire du Québec

Journée nationale d'actions le 22 juin
Les étudiants poursuivent leurs actions cet été: «la hausse n'est pas une option viable»
10 000 personnes participent à la «manifestation familiale» de Montréal

Intensification de la répression et profilage politique
Le gouvernement Charest fait la preuve de son manque de légitimité
Ouverture des audiences à la Cour supérieure du Québec

Les travailleurs dénoncent la loi spéciale
Des travailleurs de la Rive Sud de Montréal s'expriment

Les artistes jouent un rôle crucial dans la défense des libertés civiles
Le conteur Fred Pellerin refuse l'Ordre national du Québec
Les artistes exigent des excuses de la ministre de la Culture
Des humoristes à des spectacles-bénéfices contre la loi spéciale


Opposition au plan d'endettement étudiant du gouvernement Charest

Les associations étudiantes dénoncent le plan d'augmenter drastiquement l'endettement étudiant

Le 13 juin, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) ont tenu une conférence de presse à Montréal en réponse au Projet de règlement du gouvernement Charest modifiant le Règlement sur l'aide financière aux études. C'est ce projet que le gouvernement Charest appelle une bonification de l'aide financière aux étudiants (AFE) qui, selon lui, protège les étudiants les plus pauvres des effets de la hausse des frais de scolarité. L'annonce en a été faite à la fin avril, mais les données chiffrées viennent juste de paraître.

Au nom respectivement de la FEUQ et de la FECQ, leurs présidentes Martine Desjardins et Éliane Laberge ont vertement dénoncé le projet de règlement comme un plan d'endettement drastique des étudiants et des étudiantes du Québec, un vol des étudiants et de la population soigneusement préparé par ce gouvernement. La FEUQ, pour l'occasion, a distribué son mémoire intitulé « Des hausses drastiques de l'endettement étudiant », qu'elle présentera le 18 juin prochain au Comité consultatif sur l'Accessibilité financière aux études concernant les modifications au programme de prêts et bourses. Le comité doit faire ses recommandations au gouvernement Charest sur le projet de règlement.


Éliane Laberge, présidente de la FECQ, et Martine
Desjardins, présidente de la FEUQ

Martine Desjardins a ouvert la conférence de presse en disant que le gouvernement Charest a présenté des modifications à l'aide financière aux étudiants comme une solution globale aux problèmes engendrés par la hausse des frais de scolarité. Il s'agit de la nouvelle politique qui convertit les bourses en prêts et augmente le plafond des prêts des étudiants dont les parents gagnent à eux deux un salaire se situant entre 45 000 $ et 60 000 $.

« Lorsque nous avons reçu le Projet de règlement qui modifiait les règlements de l'aide financière aux étudiants, nous avons été choqués de voir qu'il y a explosion du plafond de prêts, et donc explosion de l'endettement étudiant. Un étudiant va voir son endettement même tripler dans les premières années de l'application du programme de l'AFE, dit bonifié. Ce que cela veut dire, c'est que pour un étudiant dont les parents gagnent entre 45 000 $ et 60 000 $ par année qui veut avoir accès au régime de prêts et bourses, son ratio de prêts versus bourses va être inversé de ce qu'il est actuellement. » Elle estime que cela et d'autres mesures spécifiées dans le projet de règlement peuvent augmenter l'endettement d'un étudiant qui se chiffre présentement à 14 000 $, à plus de 20 000 $.

La dirigeante de la FEUQ a ajouté qu'un grand nombre d'étudiants, tels ceux qui ont travaillé durant l'été et ne sont pas admissibles aux prêts-bourses, vont subir la hausse des frais de scolarité de plein fouet et voir leur pouvoir d'achat diminuer grandement. Elle a dénoncé le fait que tandis que l'endettement augmente, les dépenses admises pour le calcul des prêts-bourses comme le logement ou la nourriture sont gelées pour les sept prochaines années, ce qui fait que dans sept ans, un étudiant aura toujours une dépense admise en nourriture de 7 $ par jour comme c'est le cas aujourd'hui !

« Le 27 avril dernier, a dit Éliane Laberge de la FECQ, le gouvernement libéral a proposé une solution globale qui était censée mettre fin à la crise que l'on vit présentement, une solution qui devait compenser tous les étudiants les plus touchés par la hausse des frais de scolarité. Cependant, on se rend compte que cette solution est une solution empoisonnée, que ce n'est pas une solution réelle parce que tous les étudiants de la classe moyenne, et on entend par classe moyenne ceux dont les parents gagnent entre 45 000 $ et 60 000 $, vont voir leur endettement tripler dès l'année prochaine...On a tenté de nous vendre une solution qui mettrait fin au problème de l'accessibilité aux études provoqué par la hausse des frais de scolarité. Moi je me demande sincèrement depuis quand l'endettement est une solution à l'accessibilité aux études au Québec. »

Elle a fait remarquer que l'endettement est une des principales sources de décrochage parmi les étudiants lors du parcours postsecondaire. Elle a aussi dit que l'affirmation du gouvernement Charest selon laquelle le rehaussement du seuil de contribution parentale de 35 000 $ à 45 000 $ d'ici 2016-2017 mettait les étudiants les plus pauvres à l'abri des problèmes n'est pas fondée, parce que ces étudiants s'endetteront tout de même avec un prêt de 2400 $ par année en plus de leur bourse. Les deux leaders étudiants ont dit qu'il faut cesser de banaliser l'endettement étudiant qui est une source de grands problèmes pour eux et hypothèque l'avenir du Québec.

Les dirigeantes de la FECQ et de la FEUQ ont dit très clairement que les mesures annoncées par le gouvernement Charest ne sont pas une solution à la crise qui a été engendrée par la hausse des frais de scolarité, compte tenu surtout des plus de 17 semaines de grève étudiante. « Ces mesures dénotent une mauvaise évaluation des ressources, une mauvaise évaluation de la situation, a dit Martine Desjardins. Au niveau politique, on traite de la situation en faisant le déni de la réalité actuelle et surtout le déni de la réalité des conditions de vie des étudiants. C'est inadmissible. Cela fait plus de 17 semaines que nous sommes en grève et les étudiants ne l'ont pas fait pour qu'on dise aux étudiants et aux contribuables qu'ils devront payer encore plus cher. »

Martine Desjardins a demandé que le gouvernement retire ses mesures et elle a rappelé que l'alternative à l'endettement étudiant passe entre autres par le gel des frais de scolarité, la bonification de l'aide octroyée pour qu'elle corresponde à la réalité, la révision de la contribution étudiante, qui par exemple devrait permettre aux étudiants de conserver l'argent qu'ils ont gagné en travaillant durant l'été.

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Un vol soigneusement planifié

C'est sans nul doute un des plans les plus sournois du gouvernement libéral de Jean Charest que la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) ont dévoilé aujourd'hui. En effet, pendant que le gouvernement clamait à qui voulait bien l'entendre qu'il allait bonifier l'aide financière aux études (AFE), il profitait de l'occasion pour augmenter du même coup, et de manière importante, l'endettement étudiant. « Encore une fois, Jean Charest s'attaque aux étudiants augmentant dangereusement leur endettement. Il finance les prêts et bourses à coût nul en prélevant les montants dans le crédit d'impôt et en plus il hypothèque l'avenir du Québec en faisant bondir l'endettement étudiant ! L'étudiant se retrouve à payer deux fois la facture : avec la hausse des frais de scolarité et le crédit d'impôt. C'est littéralement du vol ! », dénonce Martine Desjardins, présidente de la FEUQ.

En effet, c'est la principale conclusion qui ressort de l'analyse qu'a faite la FEUQ des mesures gouvernementales, analyse qu'elle présentera au Comité consultatif sur l'accessibilité financière aux études (CCAFE) du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) le 18 juin prochain. Bien que les étudiants provenant de familles gagnant moins de 45 000 $ soient relativement épargnés avec des bourses qui combleront l'augmentation de 1778 $ des frais de scolarité, les étudiants provenant de la classe moyenne sont frappés de plein fouet. Et avec les allocations compensatoires, nouvelle forme de prêt créée par le gouvernement Charest, l'endettement étudiant va plus que doubler.

« Encore une fois, le masque du gouvernement tombe. Pendant qu'on négociait de bonne foi avec Mme Courchesne, on était en train de préparer un plan afin d'endetter lourdement les étudiants. Pour les étudiants provenant de famille faisant plus de 45 000 $ de revenu brut, c'est l'explosion de l'endettement. Ce gouvernement n'arrête pas de nous dire que les prêts et bourses vont compenser pour la hausse, mais à quel prix ? Cet endettement qui va devenir un véritable boulet pour la relève québécoise ? », rajoute Éliane Laberge, présidente de la FECQ.

Le plus retors dans le plan du gouvernement, c'est que toutes ces mesures se font sans indexer les dépenses admises auxquelles les étudiants ont droit. En somme, les montants prêtés aux étudiants sont toujours insuffisants pour assurer les dépenses courantes, aucun crédit budgétaire n'étant alloué à leur indexation tant et si bien qu'ils continueront à devoir manger avec 7 $ par jour pendant les sept prochaines années. Ils seront obligés de se tourner vers les allocations compensatoires et des prêts d'institutions financières. « On a toujours le même problème, on a un premier ministre qui joue au chef de parti au lieu de prendre ses responsabilités d'homme d'État, qui se fout complètement des conséquences de ses actes et qui laisse la situation se détériorer. Est-ce que c'est le genre de gouvernement que le Québec mérite ? Aucunement ! », terminent les présidentes des fédérations étudiantes.

L'analyse de la FEUQ est disponible au : www.1625canepassepas.ca/argumentaire

La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) représentent ensemble plus de 200 000 étudiants au Québec.

Renseignements :

Mathieu Le Blanc, attaché de presse, FEUQ, bureau : (514) 396-3380, cell. : (514) 609-3380, courriel : attpresse@feuq.qc.ca, Twitter : @matleblanc77

Charlotte Watson, coordonnatrice aux relations et communications, FECQ, cell. : (514) 554-0576, bureau : (514) 396-3320, courriel : crc@fecq.org, Twitter : @charlottewats

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Mémoire de la Fédération étudiante
universitaire du Québec

Voici le sommaire du mémoire présenté par la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) au Comité consultatif sur l'accessibilité financière aux études le 12 juin 2012 sous le titre « Une hausse drastique de l'endettement étudiant » en réponse à la prétendue bonification de l'aide aux étudiants proposée par le gouvernement Charest pour palier à la hausse des droits de scolarité. Pour le mémoire au complet cliquer ici.

* * *

Ce mémoire fait suite à un appel de mémoires du Comité consultatif sur l'accessibilité financière aux études (CCAFE) concernant des modifications apportées au programme de prêts et bourses, dans le contexte de la hausse des frais de scolarité imposée par le gouvernement Charest. Il propose quatre mesures principales :

1. Rehaussement graduel du seuil de contribution parentale de 28 000 $ en 2011-2012 à 45 000 $ en 2016-2017, avec des ajustements similaires pour les familles monoparentales et la contribution du conjoint ;

2. Majoration du plafond de prêts pour les étudiants dont les parents font, en 2016-2017, entre 45 000 $ et 60 000 $, qui portera l'endettement étudiant annuel à un maximum de 6278 $ en 2012-2013 et 5290 $ en 2016-2017 : en une année, une hausse de l'endettement de 2 à 2,5 fois le plafond de prêts ;

3. Création d'une allocation complémentaire pour les étudiants dont la somme de la majoration du plafond de prêts et des bourses serait inférieure à l'allocation spéciale (correspond au montant de la hausse des droits de scolarité depuis 2007) : à terme, cela signifie pour les étudiants qui n'ont que des prêts une hausse de l'endettement de 2278 $ par an, pour une dette annuelle de 4718 $ ;

4. Ajustements de concordance au programme de prêts pour études à temps partiel.

Ces nouvelles mesures créent cinq classes d'étudiants. Il faut rappeler, d'abord, qu'un salaire brut de 45 000 $ correspond de près au salaire de deux personnes travaillant à temps plein au salaire minimum, ce qui n'est pas nécessairement très confortable financièrement. Pour un couple avec enfant, le salaire médian se situait, en 2009, à 81 000 $ : on peut donc présumer que plusieurs étudiants absorberont pleinement la hausse.

1. Pour les étudiants en provenance de famille gagnant, en 2016- 2017, moins de 45 000 $ (un seuil rapproché du salaire minimum), les étudiants recevront une pleine bourse et 2440 $ de prêts. Toutefois, le volume d'aide reste insuffisant de près de 300 $ par mois pour subvenir aux besoins s'élevant à 778 $ alors que les besoins évalués représentent 1038 $ ;

2. Pour les étudiants en provenance de famille gagnant, en 2016-2017, entre 45 000 $ et 60 000 $, des bourses sont converties en prêts, ce qui fait que dépendamment du revenu familial, la dette annuelle passera de 2440 $ à 5290 $ en 2016-2017 : cependant, la hausse de l'endettement est beaucoup plus importante entre 2012-2013 et 2015-2016, où la dette annuelle est près de 6000 $ ;

3. Les trois classes suivantes sont pour les familles gagnant entre 60 000 $ et 100 000 $ : on constate successivement des coupes dans la bourse, une diminution de la majoration du plafond de prêts et une stabilisation de l'endettement au niveau de l'allocation supplémentaire, qui correspond au niveau de la hausse des frais de scolarité depuis 2007. À terme, on parle d'une dette annuelle de 4718 $.

Une telle hausse de l'endettement étudiant aura une série d'impacts sur les étudiants :

1. La perspective d'endettement tend à diminuer la participation aux études, mais aussi à orienter les choix de domaines d'études en fonction des perspectives de rentabilité purement économique, plutôt qu'en fonction des intérêts de l'étudiant;

2. Pendant les études, de nombreux étudiants tentent de limiter leur endettement en conciliant travail et études, ce qui a des impacts sur la durée des études et la réussite des études. L'endettement est aussi une cause importante de stress, voire de décrochage, et frappe surtout les étudiants en provenant de familles plus démunies;

3. Finalement, l'endettement étudiant rend plus difficile l'insertion socioéconomique et réduit l'accès aux études de cycles supérieurs. De plus, l'augmentation de l'endettement risque d'entrainer une hausse du coût du programme de prêts et bourses, qui va déjà augmenter de manière exponentielle avec la hausse des frais de scolarité.

La hausse du seuil de contribution parentale est une bonne mesure, qui est rendue nécessaire par de nombreuses années de laxisme, et devrait être appliquée. Par contre, la majoration du plafond de prêts et l'allocation compensatoire représentent des hausses démesurées et non nécessaires de l'endettement étudiant, particulièrement pour les enfants de la classe moyenne : simplement pour un baccalauréat de trois ans, sans compter le cégep, un étudiant pourrait se retrouver avec plus de 18 000 $ de dette! Dans un même ordre d'idée, l'allocation spéciale, qui s'applique au tiers des étudiants qui ne reçoivent que des prêts, devrait être convertie en bourses. Et il reste que malgré les bonifications, une proportion inquiétante d'étudiants vont devoir pleinement absorber la hausse massive des frais de scolarité, soit par leurs propres moyens, soit en s'endettant. En effet, les étudiants à temps partiel et les étudiants qui ne peuvent ou ne veulent pas utiliser les prêts et bourses vont pleinement absorber la hausse. De plus, les étudiants qui n'ont pas de contribution parentale calculée ne sont pas affectés par les bonifications, et s'appauvrissent d'année en année.

Plutôt que de hausser les frais de scolarité et faire exploser l'endettement étudiant, il serait plus simple, plus équitable et plus juste d'arrêter la hausse des frais de scolarité, pour assurer une éducation accessible à tous en fonction de la volonté et du talent, et non de la taille du portefeuille. Pour véritablement élargir l'accès aux universités, il faut aussi bonifier l'aide octroyée pour qu'elle corresponde à la réalité et réviser le calcul de la contribution étudiante pour au moins permettre aux étudiants de conserver l'argent qu'ils auront gagné en travaillant durant l'été.

Ces propositions sont claires, réalistes et applicables, comme l'a démontré le gouvernement du Québec en rehaussant le seuil de contribution parentale sans recourir à l'argent de la hausse des frais de scolarité. Elles encourageraient l'accès aux études et faciliteraient la réussite du diplôme en réduisant les trop nombreuses embuches d'ordre financier qui sont encore aujourd'hui le lot d'un nombre important d'étudiants québécois.

Liste des recommandations

1. Que le gouvernement du Québec renonce à l'implantation de la majoration du plafond de prêts pour les familles gagnant plus que le premier seuil de contribution parentale.

2. Que le gouvernement du Québec renonce à l'implantation de l'allocation complémentaire.

3. Que l'allocation spéciale couvrant l'augmentation des frais de scolarité soit remise sous forme de bourse à tous les bénéficiaires sans exception, et qu'elle n'entraîne aucune augmentation des prêts. (CASP-29 [7.2.]).

4. Que le gouvernement du Québec gèle les frais de scolarité au niveau de 2011-2012.

5. Que le seuil de contribution parentale soit ajusté annuellement en fonction de l'Indice des prix à la consommation à partir de 2017-2018.

6. Que l'Aide financière aux études augmente le montant des dépenses admises pour les bénéficiaires de l'aide financière aux études, notamment par une bonification des montants des frais de subsistance et des frais de transport pour les étudiants qui n'ont pas accès au transport en commun. Des frais de transport pour les non-résidents et des frais d'Internet devraient aussi être inclus dans les dépenses admises.

7. Que le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport introduise un mécanisme automatique d'indexation annuelle de l'ensemble des dépenses admises dans le calcul de l'Aide financière aux études. Que cette indexation soit équivalente à l'Indice des prix à la consommation (IPC) pour l'année concernée.

8. Que le montant de protection maximale des revenus de l'Aide financière aux études soit rehaussé à 1445 $ par mois, soit ajusté annuellement en fonction de l'indice des prix à la consommation et que cette indexation soit automatique.

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Journée nationale d'actions le 22 juin

Les étudiants poursuivent leurs actions cet été
pour dire que la hausse n'est pas une option viable

Québec
Vendredi le 22 juin - 14 h

Devant l'Assemblée nationale du Québec
Information: Facebook

Montréal
Vendredi le 22 juin - 14 h

Place du Canada
Information: Facebook

Les associations étudiantes, centrales syndicales et organismes communautaires et sociaux du Québec ont lancé l'appel à une journée nationale d'actions le 22 juin en appui aux étudiants et contre la loi spéciale, avec de grandes manifestations à Montréal et Québec.


Cliquer sur l'affiche pour grandeur réelle

« Nous invitons toute la population à se mobiliser pour cette journée mémorable. Que ce soit à Québec ou à Montréal, nous devons tous être dans les rues pour manifester contre la hausse et la loi 78 », déclare la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE).

Le 22 juin sera le 130e jour du mouvement de grève contre la hausse des frais de scolarité, mais aussi le 22 de chaque mois est devenu une journée nationale d'action au Québec. Les 22 des trois derniers mois ont été marqués par de grandes manifestations d'étudiants et de gens de tous les milieux : 22 mars — 200 000 étudiants et supporteurs ont marché dans les rues de Montréal ; 22 avril — un quart de million de personnes dans les rues de Montréal le Jour de la terre ; 22 mai — un demi million de personnes dans les rues de Montréal contre la hausse des frais de scolarité et la loi spéciale.

Par ailleurs, la Coalition large pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) souhaite profiter de l'été pour poursuivre son dialogue avec la population. Elle aimerait « déconstruire certains préjugés » qui ont pu s'installer dans l'esprit des gens, dit-elle.

« Ce que les gens voient de la grève étudiante dans les médias, ce sont des images d'affrontement et de violence, a expliqué Gabriel Nadeau-Dubois. On veut leur parler directement, répondre à leurs questions, prendre leurs critiques et y répondre. »

L'exercice consistera à passer outre les médias pour rejoindre les gens là où ils sont, a-t-il précisé. Les représentants de la CLASSE entendent se rendre dans les lieux publics, les stations de métro à Montréal et les grands événements pour rencontrer les gens. « Il va peut-être y avoir des tensions, mais si les gens voient clairement qu'on est là pour discuter, la plupart seront contents », a-t-il dit.

Quant à la reprise des négociations avec le gouvernement, la CLASSE croit que l'initiative doit provenir de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, puisque c'est elle qui y a mis un terme.

« On pourrait bien reprendre le dialogue, mais si la position du gouvernement n'a pas changé, on n'ira pas plus loin que la dernière fois, a dit Gabriel Nadeau-Dubois. Si on est invité, on va se présenter, mais c'est la responsabilité du gouvernement de nous convoquer. »

Quant à la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), elle prépare de nouvelles propositions à présenter à la ministre de l'Éducation en prévision d'une éventuelle reprise des pourparlers.

« On fait plusieurs rencontres cette semaine avec des économistes et des fiscalistes qui se sont penchés sur des solutions avant de relancer le gouvernement avec d'autres propositions », a dit la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins.


Éliane Laberge, présidente de la FECQ

La Fédération étudiante collégiale (FECQ) souhaite elle aussi reprendre les discussions avec le gouvernement, si possible en présence d'un médiateur. Le dimanche 10 juin, à la conclusion du congrès de la FECQ tenu du 8 au 10 juin, Éliane Laberge, nouvelle présidente de la fédération étudiante, a fait un point de presse pour présenter le plan d'action de la FECQ durant l'été.

Elle a tout d'abord réaffirmé que le message principal de la FECQ est le même depuis des mois : la hausse des frais de scolarité n'est pas une option viable. Elle a ensuite salué les différentes actions d'appui au mouvement étudiant à travers le Québec, notamment les manifestations de casseroles : « Ça a permis aux gens de descendre dans la rue de s'unir avec les voisins pour dire ce qu'ils voulaient pour leur avenir. »

Sur le plan d'action estival, Éliane Laberge a annoncé que la mobilisation commencera du 17 au 22 juin, culminant avec des manifestations à Montréal et Québec le 22 juin, le 22 étant un jour de manifestation nationale depuis le 22 mars. Cette journée est organisée conjointement avec les associations étudiantes nationales du Québec, dont la CLASSE et la FEUQ. « On va inviter tout le monde à se réunir dans la rue protester pour saluer cette nouvelle saison qui sera mobilisée et active », a-t-elle ajouté.

Elle a affirmé que la mobilisation sera contre la hausse des frais de scolarité et aussi contre « un malaise provoqué par la fermeture du gouvernement libéral, qui rejette le cri du coeur de toute une génération. » L'objectif, ajoute-t-elle, est de démontrer « comment le gouvernement Charest a pris des décisions qui ne correspondent pas aux valeurs du Québec. » Elle explique que cela se fera via des événements précis, organisés avec des organismes communautaires et des députés de différentes régions.

Concernant les demandes de médiation, elle a dit que la FECQ considère que « la crise est encore entière et présente. Peut-être les associations étudiantes voudront retourner en grève à la mi-août. Il est logique et responsable que le conflit se règle par la discussion. La médiation est aussi un choix responsable. On pense que c'est possible ; ça dépend de l'ouverture du gouvernement. »

Faisant référence à la violence des dernières manifestations entourant la tenue du Grand Prix à Montréal et le profilage de personnes, dont des journalistes, portant le carré rouge, elle a dit : « C'est dangereux si les Québécois se mettent à avoir peur de dire ce qu'ils pensent. C'est un des pires défauts du gouvernement : ne pas être à l'écoute de la population. [...] Personne n'est à l'aise avec les gestes de violence. Les messages sont toujours mieux compris sans celle-ci. Nous pensons aussi qu'il y a une responsabilité de la part des policiers qui sont très répressifs. Les gens ne devraient pas craindre cette violence quand ils veulent s'exprimer dans la rue. »

À Québec, le Front régional d'action à Québec de l'association pour une solidarité syndicale étudiante (FRAQ-ASSÉ), soutenu par la Confédération des étudiants et étudiantes de l'Université Laval (CADEUL), organise une manifestation familiale festive, samedi 16 juin. Une première de ce style à Québec.

« Cette grande manifestation familiale se veut un rendez-vous joyeux et inclusif de toutes les personnes qui se sentent concernées par l'éducation et par la défense de nos principes fondamentaux », affirme Émilie Tremblay, porte-parole du FRAQ-ASSÉ.

« Nous avons pris contact avec le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) dans le but de leur fournir le trajet, le nom des organisatrices et organisateurs, en plus de leur demander de minimiser, dans la mesure du possible, leur présence afin d'éviter d'effrayer les plus jeunes et d'inciter tout le monde à nous rejoindre », ajoute la porte-parole.

« Avec environ 500 arrestations, la population a peur de sortir dans la rue pour manifester son mécontentement face aux décisions gouvernementales. La confiance envers les forces de l'ordre est chancelante. Avec un trajet, on tient à rassurer le monde », explique Martin Bonneau, le président de la CADEUL.

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10 000 personnes participent à la «manifestation familiale» de Montréal pour appuyer les étudiants

Le 2 juin, malgré la pluie battante, plus de 10 000 personnes ont participé à la « manifestation familiale de Montréal » appelée par la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) pour défendre le droit à l'éducation et dénoncer la loi spéciale du gouvernement Charest. Des gens de tous milieux y ont participé, dont des enseignants arborant une grande bannière contre la hausse des frais de scolarité et les drapeaux de leurs syndicats.

Nous vous invitons à lire LML le samedi 16 juin pour un reportage photo des actions tenues au Québec et au Canada en appui à la cause des étudiants du Québec.

















(Photos: TML Daily, A. Guedon, A. Querry)

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Intensification de la répression et profilage politique

Le gouvernement Charest fait la preuve
de son manque de légitimité


La police détient et arrête des gens dans le métro et sur le site du Grand Prix à Montréal le 10 juin 2012

La semaine écoulée a été témoin d'une augmentation de la répression de l'État et de l'intimidation par le gouvernement Charest et sa police contre le mouvement étudiant. La campagne cible aussi tous ceux qui montrent leur appui à la lutte des étudiants pour le droit à l'éducation ou qui s'opposent à la loi spéciale parce qu'elle représente une attaque contre les droits de tous. Incapables de donner un argument politique pour justifier leurs actions et se donner de la légitimité, le premier ministre Jean Charest et ses ministres ont continué de calomnier les étudiants, les associant à la violence à chaque fois qu'ils ouvrent la bouche, et tout cela pour passer sous silence leurs revendications légitimes, reléguer dans l'ombre les agissements de la police qui incitent à la violence et créent une situation qui permet de justifier encore plus de répression politique. Au cours de la fin de semaine dernière, les forces policières ont profité des événements entourant le Grand Prix à Montréal pour intensifier la méthode du profilage politique, arrêtant et fouillant des centaines de personnes qui portaient le carré rouge, un vêtement rouge ou quelque chose qui montre un appui aux étudiants.

La Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) a dénoncé le profilage politique et les tentatives d'intimidation comme des actes illégaux et a demandé une enquête indépendante sur les centaines de fouilles qui ont eu lieu au cours de la fin de semaine dernière et durant les quatre mois de la grève étudiante. Quand une ministre dit que le carré rouge est un symbole de violence et que deux jours plus tard des centaines de policiers fouillent, détiennent et arrêtent des centaines de citoyens parce qu'ils portent ce carré rouge, il faut se poser des questions sur le lien entre le pouvoir politique et les forces policières, a dit Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de la CLASSE. « Il est absolument nécessaire que toute la lumière soit faite sur ces témoignages troublants, a-t-il dit. Nous ne devons pas accepter que la police interpelle et détienne des citoyens et des citoyennes avec comme seul prétexte qu'ils ou elles arborent un signe politique. Le public a le droit de savoir ce qui s'est passé. »

La Coalition rappelle que les événements des derniers jours s'inscrivent dans une vague plus large de répression politique et policière. « La Commission des droits de la personne doit examiner non seulement les événements d'en fin de semaine, mais aussi les agissements des différentes forces policières depuis le début du conflit. On parle évidemment de brutalité et d'arrestations de masse lors des manifestations, mais également d'intimidation et de fouilles illégales et arbitraires sur des citoyens et citoyennes arborant le carré rouge. Ça ne peut plus durer », de conclure Camille Robert, co-porte-parole de la CLASSE.

De même, la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, affirme : « On est hautement inquiet de voir que plusieurs arrestations ou fouilles ont encore été faites sous des prétextes faibles, comme le fait de simplement porter un carré rouge ou encore d'être habillé en noir. Je trouve qu'on a franchi une ligne. »

Éliane Laberge, présidente de la FECQ, partage cet avis, parlant de façons de faire « complètement démesurées ». « C'est normal qu'il y ait une présence policière, mais des arrestations préventives contre des personnes portant le carré rouge ou qui semblent être des manifestants, cela me semble excessif. On devrait se sentir à l'aise et confortable de manifester et d'exprimer son opinion », a-t-elle dit.

Profilage politique, répression et arrestations lors du Grand Prix


Un journaliste du journal étudiante de McGill Le Délit est détenu par la police le 10 juin 2012 même si sa carte de presse
est très visible. À droite: un usager du métro est détenu pendant 15 minutes parce qu'il portait le carré rouge.

Le samedi 9 juin, la police de Montréal (SPVM), la Sûreté du Québec et l'escouade anti-émeute ont porté des attaques particulièrement violentes contre les manifestants, les forces policières ayant eu le mot d'ordre de tout mettre en oeuvre pour empêcher les manifestants de se rendre près des activités du Grand Prix. Vingt-huit personnes ont été arrêtées.

De nombreuses personnes arborant le carré rouge ont été interpellées, fouillées ou arrêtées « préventivement » dans le métro ou sur l'Île Notre-Dame, où avait lieu le Grand Prix. Deux journalistes du Devoir qui ont porté le carré rouge le 9 juin pour voir si les rapports à propos du profilage politique étaient fondés ont été arbitrairement arrêtés après avoir été fouillés deux fois dans le métro. Après plusieurs minutes et de nombreuses questions sans réponse, ils ont été expulsés du site. Un caméraman lui aussi arrêté s'est fait confisquer sa caméra et le contenu en a été effacé : « On ne sait pas ce qu'il va faire avec ses images », a dit un agent. Une femme aux cheveux roux s'est faite arrêtée à l'entrée du site. Un journaliste de la Presse canadienne qui n'avait pas de billet pour le Grand Prix a été obligé de retourner dans le métro.

Les arrestations accompagnées de fouilles systématiques se sont poursuivies dimanche le 10 juin dans le cadre de la tenue du Grand Prix du Canada à l'Île Sainte-Hélène. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a procédé à l'arrestation « préventive » de 34 personnes à leur sortie du métro Jean-Drapeau, en plus d'expulser manu militari près d'une centaine de personnes portant le carré rouge.

Malgré les nombreux témoignages, le commandant Alain Simoneau lors d'un point de presse dimanche après-midi a déclaré : « Je peux vous garantir qu'il n'y a pas eu de discrimination faite à l'égard des gens, des personnes avec des carrés rouges ou non, avec des allures d'étudiants ou non. Pas du tout ! »

Qui sait quels critères sont utilisés pour interpeller les gens à ces événements. Une femme qui allait au parc Jean-Drapeau pour un pique-nique avec un ami s'est arrêtée pour demander à des étudiants qui étaient là ce qu'il se passait. Elle et son ami ont été arrêtés et détenus. Après plusieurs heures menottée et sous la chaleur, elle a commencé à s'évanouir à cause de l'hydratation et a dû être transportée à l'hôpital par ambulance.

Pour justifier les arrestations arbitraires et le profilage de gens dits « suspects », le SPVM invoque l'article 31 du Code criminel selon lequel « un agent de la paix [...] est fondé à arrêter un individu qu'il trouve en train de commettre [une] violation de la paix ou qu'il croit, pour des motifs raisonnables, être sur le point d'y prendre part ou de la renouveler ». De sérieuses questions se posent quand les limites de la loi invoquée, comme l'article 31 dans ce cas-ci, sont transgressées.

Le SPVM dit que neuf autres personnes ont été arrêtées la nuit précédente en rapport avec les événements du Grand Prix, dont cinq sont accusées d'actes criminels comprenant assaut et menaces contre un policier et obstruction au travail des policiers.

Avant le début du Grand Prix, la police a multiplié les tentatives d'intimidation des activistes par des perquisitions à domicile tôt le matin. Jeudi le matin du 7 juin à 6 h, le SPVM a procédé à huit perquisitions dont sept à Montréal et une sur la Rive-Sud.

À Montréal, les perquisitions ont eu lieu notamment dans Hochelaga-Maisonneuve et sur le Plateau Mont-Royal. Dans ce dernier secteur, les policiers ont frappé à la porte de la maison d'Amir Khadir, député de Mercier, situé sur la rue Saint-Hubert, pour procéder à l'arrestation de Yalda Machouf-Khadir, la fille de 19 ans du député, ainsi que de son copain. Nima Machouf, la mère de la fille, a dit aux policiers : « Je vais vous surveiller pour m'assurer que vous ne saccagiez pas ma maison et n'humiliez pas ma famille et le quartier. »

« Tout le monde était couché. À 6 h, ça sonne à la porte. Je vais ouvrir, je vois que quelque chose se passe. Je vois plusieurs personnes. Ils me disent qu'ils doivent réquisitionner ma fille. Je leur demande un mandat et ils me le montrent. J'ai regardé et leur ai dit d'accord, je vais vous la chercher. Ils m'ont dit non, c'est nous qui entrons », a-t-elle ajoutée.

Plus tard le même jour, il y a eu trois événements en appui au mouvement étudiant durant l'ouverture du Grand Prix. Le SPVM et la SQ ont entouré le site et n'ont pas hésité à attaquer les manifestants avec des irritants chimiques et les matraques. Vingt-sept personnes ont été arrêtées.

Le lendemain, 8 juin, lors de la 46e manifestation nocturne à Montréal, 12 personnes ont été arrêtées. Encore une fois la police a utilisé des irritants chimiques contre les manifestants.



Violence policière dans le centre-ville de Montréal lors du Grand Prix, le 7 juin 2012

Depuis le début de la grève étudiante, il y aurait eu plus de 2671 arrestations. Quant au SPVM, en date du 1er juin, il affirme avoir procédé à 1595 arrestations depuis le début du conflit étudiant, que ce soit pour des motifs criminels ou pour avoir contrevenu aux règlements municipaux. On ne sait pas si la différence dans le nombre représente les gens qui ont été détenus puis relâchés sans accusation.

Entre-temps, le gouvernement continue de dénigrer les étudiants et de les associer de facto à la violence, en prétendant que ce sont eux qui font de l'intimidation. Le ministre des Finances Raymond Bachand, qui participait au Grand Prix du Canada, a déclaré de nouveau qu'il n'avait pas l'intention de céder devant les revendications des étudiants et que ce conflit trouverait son dénouement lors des prochaines élections générales. « Je ne suis pas du genre à reculer devant l'intimidation. Car le jour où on commence à reculer devant l'intimidation, ce jour-là la démocratie est morte », a-t-il lancé dans sa démagogie, virant la vérité à l'envers puisque c'est le gouvernement et non les étudiants qui a suspendu les libertés civiles et qui refuse de négocier. Il s'en tient honteusement à sa position intransigeante et continue d'aggraver la situation.

La criminalisation du droit de dissidence et le profilage collectif et individuel de ceux qui s'opposent au programme antisocial du gouvernement Charest amènent à se demander ce que le gouvernement trame avec tout cela. Pourquoi ne veut-il pas négocier avec les étudiants qui proposent des alternatives pour le financement de l'enseignement supérieur ? Pourquoi le gouvernement persiste-t-il dans sa campagne de diffamation dans laquelle il tente d'associer les étudiants à la violence alors que l'expérience montre que quand les policiers n'attaquent pas les manifestations pacifiques et ne fait pas intervenir des agents provocateurs, les étudiants font connaître leurs revendications politiques calmement et pacifiquement. LML attire l'attention des lecteurs sur les instructions reçues par la police de l'Ontario lors des manifestations contre les sommets du G8 et G20 à Toronto pour aider à comprendre ce qui se passe à ce sujet. (Voir : LML du 5 juin 2012 pour la suite de la discussion sur la signification de ces développements.)

(Photos : LML, D. Champagne, Universitv)

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Ouverture des audiences à la Cour
supérieure du Québec


Le mardi 12 juin, la Cour supérieure du Québec s'est penchée sur la première des deux requêtes déposées par la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ), ainsi que la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Centrale syndicale du Québec (CSQ) et la Centrale des syndicats démocratiques (CSD). Il y a quelque 140 demandeurs et 70 organisations qui font partie de ces deux requêtes en justice.

L'avocat de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), Me Giuseppe Sciortino, a dit aux médias lors d'une pause que « si cette loi est trouvée, un an après, comme étant anticonstitutionnelle, il y a des gens qui auront été arrêtés et condamnés alors que la loi est anticonstitutionnelle. C'est pour ça que nous demandons un sursis. »

Selon les rapports de presse, Me Sciortino a soutenu devant la cour qu'avec cette loi, le gouvernement Charest avait choisi de ne pas respecter la démocratie étudiante, de nier le droit de grève des étudiants et de ne leur laisser que le droit de boycotter leurs cours. Malgré que ce même gouvernement traite pourtant les associations étudiantes et leurs dirigeants comme des associations syndicales et leur impute les mêmes responsabilités envers leurs membres, il les prive des droits accordés aux syndicats, explique-t-il.

Il a ajouté qu'en recourant aux tribunaux (plutôt que de négocier avec les étudiants), en forçant le retour en classe et en se donnant la capacité de sanctionner des associations étudiantes fautives, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, s'arroge le droit de les trouver coupables d'outrage sans jugement.

L'avocat a aussi dit que la loi offrait également aux policiers un pouvoir arbitraire sur le droit de manifester s'ils jugeaient que l'horaire ou l'itinéraire fourni par les organisateurs n'était pas satisfaisant.

La deuxième procédure, une requête introductive d'instance en jugement déclaratoire et en nullité qui vise à faire invalider la loi dans son ensemble, les requérants l'estimant inconstitutionnelle, pourrait être entendue dès le 3 juillet.

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Les travailleurs dénoncent la loi spéciale

Des travailleurs de la Rive Sud
de Montréal s'expriment

LML a demandé à des travailleurs de la rive sud de Montréal ce qu'ils pensent de la situation actuelle et de la loi spéciale adoptée le 18 mai.

Cariste, Iberville : Charest utilise tout ce qu'il a pour garder le pouvoir. Il ne veut servir que ses amis riches. Il pense qu'il peut remonter dans les sondages et gagner les prochaines élections en attaquant les jeunes. Je ne sais pas comment ils font leurs sondages [qui disent que les libéraux gagnent], mais jusqu'à maintenant je n'ai rencontré personne qui appuie les libéraux.

Camionneur : Par cette loi spéciale, Charest attaque tout le monde, pas seulement les étudiants. En enlevant le droit de grève aux étudiants, soit la règle du 50 plus un et celui de faire une ligne de piquetage pour faire respecter le choix des étudiants, sous prétexte frauduleux de défendre le droit a l'éducation, Charest se prépare a faire de même avec le droit de grève des travailleurs. J'en suis sûr. À mon avis, il peut sortir une loi semblable qui modifie les lois du travail et utiliser le même système d'injonctions que celui utilisé contre les étudiants sous prétexte du droit au travail. Comme cela, il pourra contourner la loi anti-scabs.

Découpeur, St-Hyacinthe : Cette situation ressemble à la crise d'octobre 70. À l'époque, c'était pour écraser les demandes d'indépendance du peuple du Québec, aujourd'hui, c'est la même chose sauf que c'est pour étouffer notre désir de changement politique et de la direction que doit prendre le Québec. On sait très bien que cette loi spéciale ne touche pas seulement les étudiants. Elle sert aussi à menacer les travailleurs de ce qui peut leur arriver si on ne tient pas notre rang d'esclave. On a déjà été touché par des injonctions et l'anti-émeute lors de notre dernière grève en 2010. Ils veulent que ça devienne la norme partout au Québec maintenant et à toutes les occasions que les travailleurs se défendent.

Cariste, Iberville : Cette histoire qu'on a pas le droit de porter des masques n'a pas d'allure. C'est la police qui est masquée de bout en bout, avec leur casque, leur masque à gaz et leur bouclier. Il y a un camionneur qui est venu ici l'autre jour et m'en a raconté une belle. Il vient de Blainville et son fils va au cégep Lionel Groulx à Ste-Thérèse. Son fils s'est fait frapper par la police mercredi dernier. Il m'a dit que quand tu vois des parents battre leurs enfants, tu appelles la police. Mais quand c'est la police qui bat tes enfants, tu appelles qui ?

Maintenance, St-Hyacinthe : Il faut se débarrasser des libéraux, c'est clair. Mais par quoi ? On ne peut pas se laisser criminaliser et se faire transformer en esclave à 10 dollars l'heure sans rien faire. Il faut voir aussi comment on renouvelle nos syndicats et comment on s'assure de mettre Charest dehors.

Découpeur, St-Hyacinthe : Tant que Jean Charogne sera là, on va vivre une crise permanente. Ce gars-là pense vraiment que le Québec lui appartient et qu'il peut le donner à ses amis riches et ses amis de la mafia. Mais avec la loi spéciale, il plonge le Québec dans la noirceur de Duplessis. Ça n'a pas d'allure, on ne peut pas retourner là dedans, il faut trouver quelque chose pour s'en sortir.

Shunter, St-Hyacinthe : Les médias ont joué leur sale rôle comme d'habitude. Ils ont semé la confusion pour rallier une partie de l'opinion publique du côté de Charest, c'est dégueulasse. Pendant notre grève en 2010, on n'avait rien fait, mais les médias colportaient toutes sortes de mensonges sur nous, que nous faisions du vandalisme et toutes sortes de choses. Les gens nous regardaient dans la rue comme si nous étions des bandits. Ils ont fait la même chose avec les jeunes. On ne peut pas accepter cela.

Technicien, St-Damase : Je pense que c'est important que l'on discute ensemble et non rester chacun de son coté. Sinon on a l'impression d'être impuissant, que l'on se sent imploser par en dedans. Ils veulent nous faire peur pour que l'on ne supporte pas les jeunes. Ça ne marchera pas. Entre défendre nos jeunes qui ont raison de vouloir décider de leur avenir et le gouvernement libéral corrompu, le choix est facile.

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Les artistes jouent un rôle crucial dans la défense des libertés civiles

Le conteur Fred Pellerin refuse
l'Ordre national du Québec

Le conteur et chanteur Fred Pellerin ne s'est pas présenté à la cérémonie de remise de l'Ordre national du Québec le 6 juin à la salle du Conseil législatif de l'hôtel du Parlement, où il devait y être nommé Chevalier.

Dans une lettre envoyée à l'Ordre, il précise les raisons de son refus : « J'ai accepté cette nomination sans hésiter. Dans les circonstances actuelles, dans la crise sociale où se trouve plongé ce Québec que j'aime et sur lequel je veux construire pour offrir du rêve à nos enfants, je ne pouvais pas me faire à l'idée de partir à Québec ce jour-là pour aller me faire installer une médaille. Au-delà des honneurs, il y a des convictions. Profondes. [...] Manquer à ces convictions, pour l'urgence de la médaille, serait pour moi déjà un faux-pas dans ma neuve chevalerie. »

Il ajoute : « Il se trouve que ce peuple, à qui on me demande de faire honneur en tant que membre de l'Ordre, se trouve présentement plongé dans une crise sociale d'ampleur. Je m'en voudrais de célébrer et de trinquer à l'honneur de ce peuple dans le contexte actuel, où même notre démocratie se fait secouer par la base. Mon coeur suit mon peuple, et ce peuple n'a pas le coeur à la fête. »

Ses inquiétudes concernant la situation politique au Québec sont confirmées dans la réponse à sa décision par la ministre de la Culture, Christine St-Pierre. Elle a tout simplement profité de l'occasion pour répéter la propagande du gouvernement que les étudiants et leurs revendications sont violents, ce qui montre que le gouvernement est incapable de répondre à la situation en restant sur le plan politique. Elle a dit que Fred Pellerin « a le droit de porter le carré rouge, a déclaré la ministre». «On est dans la liberté d'expression, a-t-elle ajouté, mais nous on sait ce que ça veut dire le carré rouge, ça veut dire l'intimidation, la violence, ça veut dire aussi le fait qu'on empêche des gens d'aller étudier. Pour nous c'est ce que ça veut dire et pour une grande grande grande partie des Québécois, c'est ce que ça veut dire. »

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Les artistes exigent des excuses
de la ministre de la Culture

Près de 3000 membres de la communauté culturelle du Québec ont signé une lettre publiée le 13 juin dans laquelle ils demandent des excuses de la ministre de la Culture et des Communications Christine Saint-Pierre pour avoir associé le port du carré rouge à l'appui à la violence. Les articles ont donné leur appui aux étudiants dès le début de la grève : comédiens, metteurs en scène, cinéastes, écrivains, professeurs de cégeps et d'universités, journalistes culturels et autres membres de la communauté artistique.

Dans leur lettre, ils soulignent entre autres « si votre objectif, en stigmatisant la violence associée au mouvement étudiant, est de vous faire du capital politique, nous tenons à vous rappeler que ce genre de stratagème éveille ce qu'il y a de plus boueux dans les consciences ». Tout en accusant la ministre de vouloir rabaisser le débat, les signataires soulignent que les voix qui s'opposent à la vision gouvernementale « constituent le terrain fertile de la culture humaniste et viennent précisément de ce pan de la société qui oppose une culture humaniste à cette culture d'entreprise qui violente la libre pensée ».

« Si le seul argument que vous décidez d'opposer à ce schisme idéologique profond est le recours à la peur pour justifier la nécessité du maintien de l'ordre, nous tenons à vous rappeler que ce flirt est extrêmement dangereux, et que dresser les vieux épouvantails de la peur au service de l'ordre rappelle de très mauvais souvenirs d'une histoire pas trop lointaine », dénoncent-ils.

La violence, elle s'incarne dans « un corps policier qui multiplie les gestes de brutalité envers des manifestants pacifiques », elle est « celle de vos mots menteurs et méprisants », lancent les artistes

Selon le metteur en scène Dominic Champagne, les libéraux mènent une campagne de peur à des fins politiques, une campagne qui lui rappelle les années 70 où « l'on essayait d'associer le FLQ avec le PQ pour tenter de discréditer tout ce qu'il pouvait y avoir de progressiste au Québec ».

C'est à contrecoeur que la ministre St-Pierre a finalement présenté ses excuses le 13 juin, mais elle a aussitôt repris sa rengaine et ses propos offensants pour essayer de justifier la suspension des libertés civiles par le gouvernement sur la base de faux prétextes, notamment que les étudiants sont violents.

Elle a dit : « Personne au Québec ne peut oublier les actes de violence qui ont été commis dans les derniers mois. [...] On parle de menaces, d'intimidation, de collègues qui ont eu des bidons d'essence devant leur maison. »

Elle n'avait rien à dire sur la brutalité policière, le profilage politique et les arrestations de masse, ou sur le fait que trop souvent les prétentions d'avoir découvert des « caches d'armes » et autres choses du genre, annoncées bruyamment par les forces policières, s'avèrent n'être fondées sur rien du tout.

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Des humoristes à des spectacles-bénéfices
contre la loi spéciale

La Coalition des humoristes indignés qui regroupe une quinzaine d'humoristes a annoncé sa participation à des spectacles-bénéfices qui faciliteront l'accès à la justice et la contestation de la loi 78 devant les tribunaux sous le slogan « Y a rien comme un humoriste pour savoir que la farce a assez duré ! »

Lucie Rozon, productrice du spectacle, a expliqué : « Quand les jeunes ont commencé à sortir dans la rue, il n'y avait pas d'écoute et des faux rendez-vous de la part du gouvernement. Je trouvais ça méprisant, pas seulement pour les étudiants, mais aussi pour nous. »

« C'est rendu que le gouvernement ne nous écoute plus, qu'ils dirigent tout seuls le bateau et qu'ils se moquent bien de ceux qui sont embarqués dessus, dit-elle. Avec la loi 78, les artistes nous ont appelés en disant qu'on ne pouvait pas laisser passer ça et qu'il fallait faire ce spectacle maintenant. »

« Après le rouge et le vert, beaucoup vont rire jaune », a-t-elle ajouté, tout en précisant que ce spectacle n'était pas contre Gilbert Rozon [président du festival Juste pour Rire qui est en faveur de la loi 78 — ndlr], mais bien pour les casseroles et contre la loi 78.

Le spectacle de la Coalition des humoristes indignés aura lieu le 18 juin à 18 h 30 au Théâtre Saint-Denis. Les billets sont en vente à 25,78 $ et 52,78 $. Cliquer ici pour plus d'information.

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