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L'ordre
du
jour
du
gouvernement
Harper
La réduction graduelle de l'allocation
par vote recueilli
L'abus du pouvoir et du privilège
pour renforcer le pouvoir et le privilège
- Anna Di Carlo et Sandra L. Smith -
Le gouvernement Harper a déposé un projet de loi visant
à
éliminer la subvention publique par vote offerte aux partis
politiques éligibles. La subvention sera graduellement éliminée
en commençant en avril 2012 jusqu'à la fin de 2014. Depuis
sa mise en place en 2004, cette subvention a enrichi les partis
politiques, lesquels ont bénéficié de plus de
205 millions $ en subventions d'État : les
conservateurs ont reçu plus de 74 millions $, les
libéraux plus de 63 millions $, le NPD plus de
36 millions $, le Bloc québécois plus de
22 millions $ et les verts plus de 10
millions $.
Ce changement à la Loi électorale du Canada que
veulent
faire
les
conservateurs
se trouve dans le document de
642 pages intitulé Loi sur le soutien de la croissance
de l'économie et de l'emploi au Canada (le projet de loi C-
13), inséré dans le budget 2008. Le budget de 2011 contenait
une section intitulée « L'intégrité et la reddition de
comptes ». On y lisait : « Le gouvernement est
déterminé à continuer à renforcer l'intégrité et la reddition de
comptes au gouvernement et dans les activités politiques. Les
gouvernements ont le devoir d'utiliser avec circonspection les
impôts recueillis auprès des Canadiennes et des Canadiens, et ce,
uniquement dans l'intérêt public – surtout en période de
compressions budgétaires, lorsque les familles ont de la
difficulté à joindre les deux bouts.
« C'est pourquoi le gouvernement déposera un projet
de
loi visant la réduction graduelle [de l'allocation annuelle...].
Il en résultera des économies qui augmenteront graduellement
jusqu'à atteindre 30 millions de dollars par année en 2015-2016. »
Une première canadienne
Il s'agit de la première
fois qu'une question relevant du processus électoral et politique
est présentée comme une affaire de politique fiscale et
budgétaire. On devait s'attendre à ce que l'élimination de
l'allocation donne lieu à un projet de loi spécifique et à des
débats pour en mesurer les répercussions sur le processus
électoral et politique.
Que l'allocation par vote dont bénéficient les partis
politiques provienne des dépenses de l'État n'en fait pas de
facto une affaire budgétaire. C'est le rôle du trésor public
dans le financement des élections, c'est-à-dire comment l'État
intervient dans le processus dit démocratique et comment celui-ci
est administré, qui est en cause. Cela touche directement à la
question de qui sert le processus électoral et politique et
comment celui-ci livre le service. C'est ce que cache tout le
discours actuel sur le financement des partis politiques et les
conservateurs infirment le débat public et la délibération par
cette façon de présenter la chose.
Depuis que la proposition d'éliminer l'allocation a été
présentée au parlement, en 2008 dans le contexte de sa mise
à jour relative à la situation économique (ce qui avait mené à la
prorogation du parlement, les conservateurs cherchant éviter un
vote de confiance qui aurait fait tomber le gouvernement), le
sujet a nourri les délibérations des politologues et de
commentateurs dans les médias. L'adoption d'un projet de loi de
cette nature passerait normalement par des délibérations en
commission parlementaire, avec la participation de ces mêmes
experts, mais aussi d'autres intervenants concernés, notamment du
directeur général des élections et des partis politiques
enregistrés, y compris ceux qui sont à la Chambre des communes et
qui veulent conserver l'allocation par vote recueilli. Or, cette
réforme de la Loi électorale du Canada ne passe pas par
la procédure traditionnelle.
Les conservateurs ont limité le débat sur la loi omnibus
à
trois jours. Le 5 octobre, dans sa réponse aux libéraux et
néo-démocrates qui contestaient cette limitation du débat, le
ministre d'État aux Finances, Ted Menzies, a déclaré :
« Je crois que nous devons mettre les choses en perspective.
Nous avons eu un très vigoureux débat sur le projet de loi, et il
a pris deux formes... Nous aurions pu avancer plus vite dans
cette démarche si nous n'avions pas été forcés d'aller en
élections. Cependant, nous avons eu le débat, un débat très
fructueux, sans doute le meilleur débat possible, c'est-à-dire,
celui qui a eu lieu avec tous les Canadiens pendant 37 jours
à l'occasion de la campagne électorale. Nous avons déposé ce
budget le 22 mars. Nous avons eu 37 jours de débats
fructueux. Nous sommes présentement en plein débat et il y en
aura d'autres touchant à l'économie à mesure que les choses
évoluent, mais les Canadiens ont parlé et ont parlé sans
ambiguïté en donnant à notre gouvernement un mandat fort et
stable et en démontrant leur appui au budget que nous avons
déposé. »
Le projet de loi C-13 a été adopté en deuxième
lecture à
149 votes contre 129 le 17 octobre et a été confié
au Comité permanent des finances. Du 1 au 3 novembre,
le bill omnibus de 642 pages a fait l'objet d'une étude de
sept heures. Le Comité a retourné le projet de loi C-13 à la
Chambre des communes sans amendement, la clause prévoyant
l'élimination de l'allocation par vote ayant été adoptée par
un vote de sept contre quatre.
L'origine de l'allocation
gouvernementale par vote
recueilli
L'allocation par vote recueilli fut adoptée en
2003 par le gouvernement libéral de Chrétien au beau milieu
du scandale des commandites. Chrétien se proposait de modifier la Loi
électorale
du
Canada (avec le projet de loi
C-24)
pour « mettre fin à l'influence de l'argent sur les
élections » en remplaçant les contributions aux partis
politiques de la part des entreprises et des syndicats par des
allocations versées par l'État. Ainsi, le projet de loi C-
24 mettait fin aux contributions faites par les entreprises
et les syndicats aux partis politiques, limitait les
contributions individuelles à 5 000 $ par année et
établissait une allocation annuelle de 1,75 $ par vote
recueilli pour les partis politiques (indexée à l'inflation). De
surcroît, les remboursements pour les dépenses électorales d'un
parti politique passaient de 22,5 % à 50 %. Les
remboursements par candidat passaient de 50 % à 60 %.
Avec le nouveau mode de remboursement des dépenses électorales,
la facture des contribuables pour les campagnes électorales des
partis politiques a atteint 30 millions $ lors des élections
fédérales de 2004, comparativement à 7 millions $ aux
élections de 2000.
Dans son mémoire présenté au Comité permanent sur la
procédure
et les Affaires de la Chambre au sujet du projet de loi C-24, le
Parti marxiste-léniniste du Canada s'est opposé à l'augmentation
des allocations publiques accrues pour les partis politiques sur
la base que de telles mesures ne mettraient pas fin à l'influence
de l'argent sur les élections comme on le prétendait. Au
contraire, cela ne ferait que renforcer le pouvoir et le
privilège des partis établis et, par le fait même, marginaliser
encore plus les citoyens par rapport au processus de prise de
décisions.
Le PMLC a proposé le renouveau des institutions
démocratiques
du Canada de sorte à garantir « qu'aucun Canadien et aucune
Canadienne ne se voit brimer dans son droit d'élire et d'être élu
à cause de son statut économique ou de sa capacité d'avoir accès
à la richesse ». Le Parti s'est exprimé contre le
financement public des partis politiques et a soutenu que les
fonds publics doivent servir à financer le processus et non les
partis.
Selon le PMLC, « la crise de légitimité et de
crédibilité
du système de démocratie représentative ne sera pas résolue tant
que les problèmes continueront d'être abordés sous l'angle étroit
et intéressé des partis à la Chambre des communes, puisque leur
intérêt est évidemment de préserver leur position de pouvoir et
de privilège.[...]Au lieu de trouver les moyens de permettre aux
Canadiens et aux Canadiennes de participer à la gouvernance et
d'établir un régime de financement électoral sur la base de ce
principe, la réforme de la loi électorale n'a fait que concentrer
davantage le pouvoir et les privilèges entre les mains des partis
politiques établis. [...] Le projet de loi C-24 ne
parviendra pas à corriger le problème de l'« influence
indue » et aura pour effet d'exacerber tous les problèmes
relatifs à l'argent et au processus politique. Il ne tient compte
ni de l'expérience du processus électoral et politique du Canada,
ni de celle d'autres pays où il a déjà été démontré que le
financement public des partis politiques n'arrête pas la
corruption et le trafic d'influence. En fait, le financement
public des partis politiques sous prétexte d'éliminer le trafic
d'influence apparaît maintenant comme une autre forme de
corruption politique. »
Ce n'est pas le fruit du hasard si le Parti conservateur
du
Canada est présentement mêlé à des scandales impliquant non pas
des pots-de-vin liés au financement des entreprises, mais bien
des pots-de-vin liés au financement public. En plus de la
manipulation des dispositions régissant l'allocation publique des
partis politiques et de leurs candidats, ces scandales concernent
la manipulation des fonds publics par différents stratagèmes,
comme par exemple la manipulation de fonds pendant les sommets du
G8/G20 ainsi que le gaspillage de fonds publics en finançant des
publicités faisant la promotion de Stephen Harper et de son
programme. Selon les dispositions de la Loi électorale du
Canada, le Parti conservateur est coupable d'avoir remanié
ses dépenses de sorte à contourner le plafond des dépenses
électorales de l'élection fédérale de 2006 à l'aide d'une
manoeuvre de transfert de fonds appelée « in and out »
et la présentation de rapports de dépenses falsifiés. Les
candidats conservateurs ont participé à ces manoeuvres
frauduleuses sur la base qu'ils bénéficieraient d'un
remboursement de 60 % du receveur général du Canada pour des
dépenses qu'ils n'ont pas encourues.
Le 10 novembre, les conservateurs en sont arrivés à une
négociation de plaidoyer avec le procureur du Canada, comprenant
une amende de 52 000 $ pour dépenses excessives allant
jusqu'à 1,4 million $ lors des élections de 2006,
élection durant laquelle le thème principal de la campagne des
conservateurs était le « nettoyage à Ottawa ». En
échange, les accusations portées contre deux sénateurs
conservateurs et quatre porte-parole du parti furent abandonnées.
Ce parti de « loi et ordre » a dit qu'il avait enfreint à la loi
par « inadvertance ». Voici donc une loi électorale qui
ne permet même pas de faire respecter les limites de dépenses
mais qui, par contre, accorde l'impunité aux partis au pouvoir,
comme pour le scandale des commandites.
Le contexte historique
Les partis politiques au
Canada bénéficient du financement de l'État depuis 1974, lorsque
la domination des partis politiques sur le corps politique et la
position de pouvoir et de privilège des partis établis sur toutes
les autres organisations, y compris les autres partis politiques,
ont été enchâssées dans la loi.
Pour la première fois, les partis politiques étaient
reconnus
par la loi électorale et un système visant à rendre publiques les
contributions et les dépenses était mis sur pied. La principale
préoccupation des partis politiques à la Chambre des communes
était de sortir de la crise qui avait éclaté concernant le
financement électoral et ils ont inventé les justifications les
plus saugrenues pour s'accorder un accès aux fonds publics. Les
libéraux, les progressistes-conservateurs et les
néodémocrates ont négocié une entente pour se partager les
privilèges de façon équitable. Ils ont tourné le dos à la
nécessité de moderniser et de renouveler la loi électorale afin
de permettre aux citoyens de pleinement exercer leur
droit de participer à la gouvernance grâce à un rôle
significatif dans la sélection puis l'élection des candidats.
Ils se sont moqués de concepts tels que le droit à un vote
informé et le principe d'égalité. Par exemple, ils se sont
partagé le temps publicitaire électoral sans frais, tant à la
radio qu'à la télévision, sur une base « équitable ».
Le parti au pouvoir a bénéficié ainsi du temps optimal, le parti
d'opposition s'est vu attribuer un temps inférieur, le troisième
parti en Chambre a eu droit à une part moindre, et ainsi de
suite.
Afin de pouvoir prendre leur place parmi les privilégiés
et
dans l'espoir de devenir un jour le parti au pouvoir, tous les
partis à la Chambre, y compris ceux qui partaient bon derniers,
se sont mis d'accord pour que le principe d'égalité ne
s'applique pas à la distribution des ressources publiques au
cours d'une élection. Les partis politiques tels que représentés
au parlement ont accepté un système hiérarchique de distribution
à l'interne, s'affublant dorénavant de partis « majeurs » et les
autres de partis « mineurs ». Cette approche globale et
intéressée de la loi électorale et la violation des
principes démocratiques fondamentaux ont préparé le terrain pour
une réforme politique en état de crise.
La principale caractéristique de l'adoption de ces lois
sur le
financement en 1974 fut la coopération et la négociation
entre les partis politiques à la Chambre des communes pour mettre
en place un système qui les favoriserait tous et qui leur
garantirait une position de privilège et de pouvoir sous prétexte
de créer des « conditions favorables pour tous ». Ils
se sont accommodés les uns les autres et en retour, chaque parti
s'est accommodé d'un système commun de pouvoir et de privilège
qui était, en principe, « équitable ».
Ceci a préparé le terrain pour le système de cartel de
partis
par lequel les partis établis peuvent continuer de défendre
chacun leurs intérêts et leur position, à la fois en rivalité et
en collusion, avec comme résultat la marginalisation encore plus
grande du peuple dans le processus de prise de décisions.
Alors que les subventions d'État accordées aux partis
politiques étaient justifiées sur la base que ceux-ci étaient des «
organisations politiques primaires » ayant la responsabilité
d'engager le peuple dans la gouvernance, l'échec des partis
politiques à fonctionner en tant qu'organisations reliant les
citoyens au processus de prise de décisions plaçait le processus
dit démocratique dans un état de désarroi et de discrédit.
L'accès aux fonds publics a facilité et accéléré la destruction
de l'organisation politique en tant que telle et a fait place aux
firmes de mise en marché et aux faiseurs d'image qui ont réussi à
supplanter le rôle des membres du parti pour « faire sortir
le vote ».
La crise politique
s'approfondit
Le régime de
financement électoral ainsi que le processus politique et
électoral dans son ensemble ont continué d'être secoués
périodiquement à mesure que la crise politique s'enlisait. Les
élections de 1988 ont été un tournant décisif car elles ont
démontré l'échec du processus électoral et politique à donner une
expression de volonté juridique à la volonté populaire. L'enjeu
était l'accord du libre-échange (ALÉ) avec les États-Unis. Les
monopoles avaient dépensé des millions et des millions de dollars
pour faire la promotion de l'entente et appuyer les conservateurs
de Brian Mulroney qui déclaraient que l'ALÉ serait le début d'une
ère de prospérité et ne mettrait pas en cause la souveraineté du
Canada. Bien que les conservateurs aient été élus, la majorité
des électeurs avaient voté en faveur de candidats et de partis
qui faisaient campagne contre l'ALÉ. L'ALÉ fut adopté.
En réaction au mécontentement politique grandissant
envers le
processus électoral et politique, y compris la crise
constitutionnelle résultant du refus des cercles dominants de
reconnaître la souveraineté du Québec, une série de consultations
publiques eurent lieu de 1989 à 1992. La Commission royale
sur la réforme électorale et le financement des partis vit le
jour, et la Commission Spicer sur l'avenir du Canada tint des
audiences publiques afin d'engager les Canadiens dans des
délibérations touchant à la constitution. Le désir des Canadiens
de s'investir du pouvoir de décider s'est exprimé avec force lors
des audiences mais il n'a pas été comblé.
En 1991, la loi électorale a été amendée pour
marginaliser
davantage les citoyens et bloquer leur participation. Par
exemple, le dépôt électoral du candidat est passé de 200 $ à
1000 $ et n'était pas remboursable. Des restrictions sur le
financement électoral par un tiers parti ont été adoptées. Encore
une fois, l'occasion de renouveler fut ratée. Sur le plan
constitutionnel, lorsqu'en 1992 l'Accord de Charlottetown
fut rejeté par la majorité des Canadiens, malgré l'appui de
toutes les forces de l'establishment, l'élite dominante en
entier déclara qu'elle ne tiendrait pas compte de ce rejet
et qu'elle poursuivrait ses activités comme si de rien
n'était.
Lors des élections de 1993, les
progressistes-conservateurs
furent éliminés et le parti a scissionné : d'une part, en
intérêts favorables aux monopoles de l'ouest personnifiés
par le Reform Party et, de l'autre, au Bloc québécois,
représentant le Québec et la crise constitutionnelle non résolue.
Les négociations entre les factions dominantes et l'opposition
unifiée au désir du peuple de s'investir du pouvoir de décider,
eurent lieu dans le cadre d'un système selon lequel un Parti au
pouvoir et une Opposition officielle formée par l'autre
« parti majeur » peuvent tout à la fois rivaliser et
collaborer pour avancer leurs intérêts respectifs et en même
temps s'unir pour exclure tous les autres. Les débats entre eux
et ce qu'on a appelé les accommodements raisonnables leur ont
servir de forum pour déterminer quels arrangements serviraient le
mieux à accommoder leurs intérêts respectifs et communs, tout en
assurant la stabilité nécessaire au parti ayant reçu la majorité
des sièges. Les gouvernements minoritaires permettaient de faire
les réalignements nécessaires et de rétablir l'équilibre à chaque
fois. Tout cela était possible jusqu'au jour où l'objectif de la
classe dominante a changé et qu'il lui fallait désormais
accentuer le pillage du trésor public pour servir le nouveau
besoin des monopoles d'être les premiers sur les marchés
mondiaux.
Pour ce qui est de la réforme électorale, il y a eu
l'examen
de la loi électorale de 1998 qui n'a apporté que des « changements
administratifs et techniques » et tous les
changements substantiels apportés entre 1993 et
2003 l'ont été en réaction à des contestations judiciaires
en vertu de la Charte des droits et libertés. Le dépôt
de 1 000 $ du candidat a été jugé anticonstitutionnel
et est devenu remboursable. L'exigence qu'un parti ait
cinquante candidats afin d'obtenir ou de maintenir son statut de
parti enregistré a été abandonnée et les limites sur les dépenses
des tiers partis ont été maintenues, mais modifiées.
À chaque tournant, quand la Cour suprême du Canada
exigeait
que la loi électorale soit réformée afin qu'elle soit conforme
aux principes démocratiques, les partis au pouvoir ont refusé de
lui apporter une définition moderne des droits démocratiques. Au
contraire, ils ont continué d'instituer des réformes servant
leurs intérêts étroits. Amendement sur amendement, la loi est
devenue de plus en plus incohérente.
En 2003, lorsque les libéraux de Jean Chrétien ont
adopté
l'allocation par vote recueilli, il y a eu une succession rapide
de réformes de la Loi électorale du Canada, toutes aussi
intéressées les unes que les autres, que ce soit en réaction aux
scandales ou à des fins idéologiques. En 2006, le gouvernement
conservateur, qui est aujourd'hui accusé d'avoir violé les
limites de dépenses au cours de l'élection qui l'a porté au
pouvoir, a adopté la Loi sur la responsabilité. Entre
autres, il a complètement éliminé tout financement de la part des
entreprises et des syndicats et a réduit le montant de
contribution individuelle de 5000 $ à 1000 $, toujours
au nom de « mettre fin à l'influence de l'argent » dans le
processus électoral et politique - mesures assez ironiques somme
toute, puisque les Canadiens souffraient de l'escalade de
l'offensive néolibérale et antisociale et du diktat des monopoles
sur toutes les décisions gouvernementales et sur la société. On a
adopté des élections « à date fixe » et, tout comme pour les
présentes réformes touchant au sénat, la devise était « le
changement constitutionnel, mais sans ouvrir la constitution ». En
somme, il s'agit de préserver la prérogative royale de l'exécutif
et de ne pas répéter l'erreur de 1992, lorsque, l'espace d'un
instant, on avait offert aux Canadiens l'occasion d'exprimer leur
désir de réformes fondamentales qui les investiraient de la
souveraineté. Les changements ont été proposés sans tenir compte
d'aucune façon de la théorie politique à la base du système
parlementaire et en refusant obstinément de rénover le
processus démocratique afin d'en éliminer les lacunes importantes
qui entravent l'habilitation des citoyens.
Les réformes, loin de régler un seul problème relié à la
corruption, ont en fait concentré davantage le pouvoir entre les
mains d'un nombre de plus en plus restreint de personnes, à tel
point qu'aujourd'hui le gouvernement Harper sert le droit de
monopole avec impunité et que l'opposition n'est pas en mesure de
tenir son gouvernement redevable de quoi que ce soit, y compris
les changements apportés au financement des partis politiques
auxquels ils sont maintenant opposés ! Tout cela est le
résultat du refus de rénover le processus démocratique en mettant
en place des mécanismes qui permettent aux citoyens d'exercer un
contrôle sur les décisions qui les affectent. Il est devenu on ne
peut plus clair que les arrangements parlementaires sont devenus
inefficaces et anachroniques. Les réformes visant
à augmenter le financement des partis politiques provenaient
d'abord et avant tout du fait que les partis politiques n'avaient
pas de membres et ne pouvaient recueillir les fonds nécessaires
pour financer leur participation aux élections. Les partis se
sont servis de leurs privilèges au parlement pour adopter des
lois intéressées leur permettant de puiser à même le trésor
public, en prétendant que ces mesures consolidaient le
processus démocratique, ce qui est faux. Elles ont tout
simplement exacerbé la crise.
La boucle est donc bouclée: le déséquilibre de
1993 au parlement s'est manifesté par l'incapacité du
système de parti de régler le scandale des commandites, le plus
important scandale de corruption de l'histoire du Canada jusque-là.
Les partis de l'opposition ne pouvaient ni exiger des
comptes des libéraux de Jean Chrétien, ni établir un nouveau modus
operandi acceptable pour tous les partis. Et
aujourd'hui, ces partis sont incapables d'exiger des comptes du
gouvernement Harper.
L'abus du pouvoir et du
privilège pour
renforcer le
pouvoir et le privilège
En éliminant l'allocation par vote
recueilli, les conservateurs de Stephen Harper prétendent qu'ils
tiennent compte du désir des Canadiens de mettre fin au
privilège, dont l'une des formes est le financement par l'État
des partis politiques établis. En fait, l'élimination de
l'allocation ne fait que maintenir un système de financement de
l'État qui permettra aux conservateurs, selon eux, de consolider
leur avantage financier par rapport aux autres partis. Ils ont
créé une fausse distinction dans le financement par l'État en
disant que l'allocation par vote recueilli représente un
« financement direct », ce qui laisse entendre que les
importants remboursements des dépenses électorales toujours en
vigueur ne le seraient pas.
Le système de cartel de partis est de nature à provoquer
l'ire
populaire contre le pouvoir et le privilège. Il permet aussi à
des démagogues comme les conservateurs de Harper de se faire
passer pour ceux qui s'opposent au privilège de l'élite dominante
alors qu'eux-mêmes manipulent le système et en profitent sans
scrupules.
Les conservateurs ne sont de toute évidence ni contre
les
allocations versées par l'État aux partis politiques, ni contre
le pouvoir et les privilèges accordés aux partis politiques de
l'establishment. S'ils voulaient mettre fin au pouvoir et aux
privilèges, ils élimineraient aussi toutes les autres formes de
financement des partis politiques par l'État, telles que le
remboursement des dépenses électorales. Les partis politiques de
l'establishment canadien sont toujours financés par l'État à
coups millions de dollars, même avec l'élimination de
l'allocation par vote recueilli, à tel point que dans la
littérature politique on les considère comme une
« responsabilité de l'État ».
Les conservateurs abusent de leur pouvoir pour faire
passer
cette réforme électorale intéressée. Ils violent
« l'intégrité et la reddition de comptes » dans les
affaires gouvernementales qu'ils avaient eux-mêmes promises, se
servant de leur majorité pour déclarer qu'ils représentent les
Canadiens, que le peuple canadien « a dit son mot » et
qu'ils peuvent faire comme bon leur semble.
L'abolition unilatérale de l'allocation par vote
recueilli
symbolise la concentration du pouvoir favorable à de nouveaux
arrangements étatiques fondés sur le droit de monopole, où les
jours des soi-disant accommodements raisonnables entre factions
de la classe dominante sont comptés. Dorénavant, le pouvoir
étatique n'est plus uniquement brandi contre la classe ouvrière
et le peuple, il sert aussi à écarter tout rival pouvant porter
atteinte aux visées de la faction dominante de la classe au
pouvoir, au pays ou à l'étranger.
Dire que les conservateurs se débarrassent de
l'allocation par
vote recueilli dans le but d'affaiblir les autres partis au
parlement et de consolider leur majorité dans les prochaines
élections fédérales, c'est ne pas tenir compte de la situation
d'ensemble. Ces partis politiques sont les instruments d'une
sorte de pouvoir bien précise, et ce pouvoir se trouve transformé
d'un pouvoir fondé sur le bien public en un pouvoir qui consolide
l'emprise des monopoles sur tous les avoirs du pays – qu'il
s'agisse des ressources, des décisions concernant l'attribution
de la main-d'oeuvre, de la manipulation des institutions
politiques et la mainmise sur l'ensemble du trésor public.
L'absence de tout principe dans le financement des partis
politiques par l'État provient précisément du fait que les
théories qui sous-tendaient le système parlementaire mis en place
il y a cent ans ont été remplacées par les agissements de voyous
et par le recours à la violence pour mettre en place des
arrangements propices aux monopoles.

Tout est en train d'être détruit. La Commission
canadienne du
blé est en train d'être fauchée en dépit des mécanismes mis en
place et qui fonctionnent très bien en faveur des fermiers, en
leur fournissant une base raisonnable pour défendre leurs
intérêts et exercer un certain contrôle sur les décisions qui
affectent leurs moyens de subsistance. Un ministre peut déclarer
que certains individus sont des criminels de guerre en passant
outre à la procédure normale et d'autres se font retirer leur
citoyenneté de la façon la plus arbitraire, tandis que les
syndicats sont pris à partie et que le Canada est devenu un pays
agresseur. Tout fait ressortir les dangers de la crise du système
dominé par les partis de la démocratie dite représentative, crise
qui sévit et qui s'intensifie. Pourquoi voudrait-on proposer
l'imposition de ce système en crise à d'autres peuples, tels
qu'en Haïti, en Afghanistan, en Libye ou ailleurs ?
Ce nouveau changement aux règles de financement des
partis
passe sous couvert d'un projet de loi omnibus exécutant un budget
précisément pour cacher sa signification. Non seulement ce
changement passe-t-il inaperçu dans le dédale d'innombrables
changements simultanés apportés à d'autres lois, mais la
discussion est éclipsée par le discours du gouvernement Harper à
propos de la reddition de comptes, de la transparence et de
l'équité. L'envers de la médaille de ce même discours est que le
problème est que Stephen Harper agit comme un dictateur et que si
seulement on pouvait le remettre dans le droit chemin tout irait
bien.
Confrontés à l'ordre du jour de Stephen Harper, nous
avons en
réalité affaire aux plans des monopoles pour faire du Canada une
base pour le fascisme et la guerre. Les réformes affectant les
clauses touchant au financement des partis font partie d'une
prise de pouvoir visant non seulement à bloquer les efforts de la
classe ouvrière et du peuple pour s'investir du pouvoir en les
criminalisant, mais aussi à couper l'herbe sous le pied des
partis d'opposition et de tout autre rival. Cela ne doit pas
passer !

Négociations sur le périmètre de sécurité
Opposons-nous à l'établissement des États-Unis
des monopoles d'Amérique du Nord!
- Enver Villamizar -
 
Le 13 novembre, le Sommet annuel des leaders
nord-américains
réunissant le président américain Barack Obama, le premier ministre
canadien Stephen Harper et le président mexicain Felipe Calderon, est
prévu se tenir à Honolulu, Hawaii, à la suite de la réunion de la
Coopération économique pour l'Asie-Pacifique (APEC), également à
Honolulu, les 12 et 13 novembre.
Toutefois, en raison de la mort du ministre mexicain de
l'Intérieur,
Francisco Mora Blake, et d'autres représentants du gouvernement
mexicain dans un accident d'hélicoptère le 11 novembre, les médias
rapportent que le sommet a été annulé. Présentement, les médias au
Canada spéculent que l'annulation du sommet peut être un revers pour
les négociations canado-américaines sur un périmètre de sécurité
nord-américain. Avant l'annulation, il a été signalé que lors du Sommet
des leaders, Harper et Obama pourront annoncer officiellement
l'achèvement d'un plan d'action pour mettre en oeuvre un périmètre de
sécurité nord-américain. Il est rapporté que Harper et Obama pourront
tenir une réunion bilatérale pour lancer le Plan d'action après le
Sommet de l'APEC.
Les négociations en cours sur un périmètre de sécurité
nord-américain représentent l'offensive de l'impérialisme américain
pour établir les États-Unis des monopoles d'Amérique du Nord qui
mettent le territoire, les ressources naturelles et la classe ouvrière
du Canada, du Mexique et des États-Unis à la disposition de
l'impérialisme américain dans sa quête pour dominer les peuples d'Asie,
d'Afrique, d'Amérique latine et des Caraïbes. Les Sommets annuels des
leaders nord-américains qui ont commencé en 2005 sous le président
américain, magnat du pétrole et criminel de guerre George W. Bush,
l'ancien premier ministre canadien et propriétaire de Canada Steamship
Lines, Paul Martin jr. et le président mexicain et ancien président de
Coca-Cola Mexique, Vincente Fox, représentent cette tendance. Ils ont
été organisés pour réunir les dirigeants des trois gouvernements en vue
de négocier un « partenariat de sécurité et de prospérité »
(PSP) en Amérique du Nord, au service des plus grands monopoles
nord-américains.
Des dépêches indiquent que certains des
« problèmes » qui
sont susceptibles d'être discutés lors du Sommet des leaders
nord-américains comprennent : l'établissement d'un système
« de plafonnement et d'échange » pour établir un marché du
carbone, les négociations sur l'approbation de l'oléoduc Keystone XL et
la guerre actuelle menée par les autorités américaines contre le
Mexique au nom de l'opposition aux « cartels de la drogue »
et aux « gangs ». (Il a été rapporté récemment dans les
médias américains que l'opération du gouvernement américain intitulé
« The Fast and the Furious » a permis à des responsables de
l'agence américaine de l'alcool, du tabac et des armes à feu de
faciliter l'acheminement de 2500 armes à feu de gros calibre vers le
Mexique en provenance des États-Unis et qui se sont retrouvées dans les
mains des gangs de criminels. Il est probable que, suite à cette
opération, le fait de limiter les dégâts fera partie de l'ordre du jour
du Sommet.)
Durant la période précédant le Sommet, les médias
monopolisés et
divers politiciens au Canada ont commencé à présenter aux Canadiens
« des questions » à discuter afin d'essayer de rallier les
Canadiens à l'ordre du jour annexionniste poursuivi par le gouvernement
Harper. Par exemple, le premier ministre Harper a demandé au président
Obama d'approuver l'oléoduc Keystone XL, en déclarant : « Il
va créer non seulement des milliers d'emplois au Canada, mais aussi
bien aux États-Unis. Pour les États-Unis en particulier, notre point de
vue est que ce projet est assez fondamental pour un objectif que les
États-Unis envisagent depuis longtemps, et c'est la sécurité
énergétique nationale. » C'est une tentative délibérée de rallier
les gens derrière l'annexion, au nom de la création d'emplois. Les
résultats de toutes les réunions entre Harper et Obama peuvent alors
être présentés comme une victoire pour « la ligne dure » de Harper
en tant que négociateur si le Canada obtient différentes
« concessions » ou comme un échec en raison de ne pas
négocier « assez durement ». Selon une approche ou l'autre,
l'annexion est présentée comme quelque chose de positif pour le peuple.

La classe ouvrière du Canada se tient coude à coude avec
la classe
ouvrière du Mexique et des États-Unis dans la lutte pour leurs droits
et les droits de tous. La classe ouvrière et peuple canadien ont leur
propre projet d'édification nationale, fondé non pas sur l'annexion,
mais sur l'internationalisme prolétarien et l'opposition à
l'édification d'empires, en particulier aux guerres d'agression et
d'occupation menées par les impérialistes étasuniens. Non seulement
nous
opposons-nous aux tentatives de se servir de la classe ouvrière du
Canada, du Mexique et des États-Unis comme base pour mener ces guerres
d'agression, mais aussi aux tentatives de se servir du Canada, des
États-Unis et du Mexique pour envahir les pays d'Amérique latine et des
Antilles. L'impérialisme étasunien représente la plus grande menace à
la sécurité et à la stabilité des peuples du monde.
Annexion Non ! Souveraineté
Oui !

La désinformation concernant
«l'épaississement des frontières»
- Charlie Vita -
La désinformation sur les négociations en vue d'un
périmètre de
sécurité nord-américain commence à partir de la prémisse que l'annexion
du Canada aux États-Unis comporte des avantages pour les Canadiens, car
elle va contre « l'épaississement des frontières ». Barrie
McKenna, dans le Globe and Mail écrit : « Le Canada
compte sur l'entente [du périmètre de sécurité] pour aider à renverser
la lourdeur aux frontières suite aux événements du 11 septembre,
par une meilleure coordination de sécurité et en se débarrassant de la
paperasserie. Mais presque à tous les quelques jours, il semble que les
Canadiens se réveillent avec les nouvelles d'un autre affront à leur
fierté continentale et leur portefeuille: un projet de tarif
américain sur le fret canadien; plus de clôtures et de drones le
long du 49e parallèle; des mesures fiscales plus sévères pour les
Américains vivant au Canada; un raffermissement de l'opposition à
un oléoduc crucial pour le pétrole de l'Alberta; un nouveau cycle
de restrictions de politiques d'achats par le gouvernement derrière le
slogan « Buy American ». Toutes les bonnes choses qui
découlent de l'entente ‘Au-delà-des-frontières' risquent d'être
submergées par les puissantes tendances isolationnistes ayant cours aux
États-Unis. »
La notion de « l'épaississement des
frontières » se réfère
à la sécurité, la réglementation douanière et d'inspection qui
ralentissent le mouvement ou augmentent le coût des produits qui
transitent du Canada vers les États-Unis ou vice versa. Il en résulte
diverses pertes de profits pour les monopoles. Certains des délais les
plus extrêmes à la circulation des marchandises à la frontière
canado-américaine ont été délibérément mis en place par le gouvernement
américain, alors qu'il se préparait à envahir l'Afghanistan en 2001,
puis l'Irak en 2003. Ces retards ont été utilisés pour forcer le Canada
à appuyer les préparatifs de guerre de l'impérialisme américain sur la
base de la crainte que si le Canada n'y participe pas, notre économie
sera étranglée.
Les délais affectent surtout les monopoles de
l'automobile qui font
appel à « la production juste à temps » afin d'éliminer les
inventaires en entreposage en achetant les pièces juste à temps pour le
montage. Cela signifie que tout ralentissement à la frontière pour le
mouvement des pièces d'un pays à l'autre affecte la production dans les
usines d'assemblage. Ces « chaînes d'approvisionnement
intégrées » transfrontalières, comme on les appelle, sont en
opposition au fait que le Canada puisse avoir une économie
autosuffisante qui peut produire ses propres véhicules pour le marché
canadien sans être tenu en otage par l'impérialisme américain. Il n'y a
pas de problème en soi avec les chaînes d'approvisionnement intégrées.
Le problème est qu'elles sont intégrées au-delà des frontières. Elles
font partie d'une base manufacturière qui est organisée à l'échelle
nord-américaine dans laquelle les travailleurs dans un pays, qui
fournissent des pièces ou assemblent des produits finis, sont forcés
par les monopoles de rivaliser avec les travailleurs d'un autre pays
afin de maintenir les salaires et les avantages sociaux au niveau le
plus bas possible pour maximiser les profits des monopoles. Ces
travailleurs font face à une insécurité brutale alors que les monopoles
exigent des concessions et des conditions de travail plus difficiles,
menaçant de fermer et de transférer la production ailleurs lorsque les
travailleurs luttent pour leurs droits. Un bon exemple est celui des
négociations à venir parmi les 3 grands constructeurs automobiles
au Canada, où les travailleurs canadiens subissent des pressions pour
« rivaliser » avec les concessions et les changements aux
ententes sur les pensions récemment imposés aux travailleurs américains.
Selon les médias monopolisés qui sont ouvertement
favorables à
l'annexion, en se soumettant encore plus au diktat des États-Unis,
notre économie bénéficiera d'une réduction de « l'épaississement
de la frontière ». Qui en bénéficiera n'est pas soulevé. Selon ces
experts, la seule question pour les Canadiens est qu'il y a un besoin
de trouver un équilibre entre perdre sa souveraineté et obtenir quelque
chose en retour. Le « quelque chose en retour », nous dit-on,
est un mouvement plus rapide « des biens et des personnes »
au-delà des frontières, et « les emplois ».
Le fait que la domination américaine de l'économie soit
à
l'origine
de la destruction de la capacité manufacturière, comme c'est le cas
dans le secteur de l'acier, et du vol de nos ressources naturelles pour
leur transformation aux États-Unis et des emplois qui en font partie,
n'est pas considéré comme un problème ou une raison sérieuse de se
méfier d'une annexion accrue et de l'élimination des frontières. Au
lieu de cela, nous dit-on, les Canadiens profiteront d'une domination
accrue de notre économie par les monopoles américains et des chaînes
d'approvisionnement simplifiées en autant que le gouvernement est un
« négociateur résolu » pour contrer « le
protectionnisme » américain. En attendant, ces mêmes monopoles qui
exigent l'élimination des frontières font la promotion du
protectionnisme aux États-Unis quand cela sert leurs intérêts étroits.
Alors que s'opposer au protectionnisme américain est
présenté comme
un sujet de préoccupation parmi les Canadiens, de nouveaux arrangements
mis en place pour mettre les forces américaines de sécurité dans les
usines canadiennes au nom de l'accélération de la circulation des
marchandises n'en seraient pas. Ce serait plutôt le prix à payer
lorsque nous abandonnons notre « sécurité » au nom de la « prospérité ».

La vérité sur les drones Predator patrouillant
la frontière canado-américaine
Tandis que le gouvernement Harper va de l'avant pour
mettre en place
un périmètre de sécurité au nom d'accélérer la circulation « des
biens et des personnes » aux frontières, les autorités américaines
font appel aux médias monopolisés canadiens pour essayer d'habituer les
Canadiens à la militarisation de la frontière et à l'invasion
généralisée de leur vie privée. Dans un article du 29 septembre
paru dans le Globe and Mail, le journaliste Paul Koring
raconte sa visite dans une base militaire américaine à Grand Forks,
Dakota du Nord, à l'invitation de représentants américains pour en
savoir plus au sujet des deux drones Predator stationnés là et qui
patrouillent la frontière canado-américaine.
L'article
déclare que : « Chacun des avions patrouille de Muskeg Bay,
dans la région de Lake-of-the-Woods, à la frontière Ontario-Minnesota,
jusqu'à environ 1500 kilomètres à l'ouest, au-delà de Spokane,
Washington, et à partir du 49e parallèle jusqu'à 160 kilomètres au sud.
C'est 246 000 kilomètres carrés à survoler ou à peu près l'espace
aérien de la Grande-Bretagne. »
La prémisse des autorités américaines est prétendument
que les
Canadiens sont « mystifiés » face à l'usage de la
surveillance militaire le long de ce qui est décrit comme la plus
grande frontière non surveillée au monde. Ainsi, Koring et le Globe
and
Mail
peuvent les aider « à démystifier » les choses. Ce postulat
est lui-même de la mystification et de l'obscurcissement en ce qui a
trait aux plans annexionnistes américains face au Canada, dont les
drones patrouillant la frontière font partie. La « destinée
manifeste » des États-Unis d'annexer le Canada est bien connue et
on peut dire que le rejet de cette « destinée » fait partie intégrante
de
l'identité canadienne. La soi-disant démystification n'est rien de
moins qu'un exercice de désinformation sur ces intentions
annexionnistes.
« Comme leurs équivalents militaires porteurs de
missiles
rôdant dans le ciel du Pakistan et ciblant les suspects d'Al-Qaïda, les
aéronefs non armés Predator qui patrouillent le 49e parallèle depuis
2009 sont à la fine pointe de la technologie, sophistiqués et mal
compris. Ils font partie du même effort diffus et déterminé des
États-Unis de sécuriser ses frontières et les défendre. », écrit
Koring. C'est un commentaire tout à fait insouciant quant au rôle de
l'aéronef Predator au Pakistan. Premièrement, il présente comme étant
parfaitement acceptable le fait que des aéronefs militaires américains
sévissent dans l'espace aérien souverain du Pakistan dans le cadre
d'élargir la guerre et l'occupation illégale de l'Afghanistan.
Deuxièmement, cela masque le fait que l'utilisation des drones au
Pakistan et dans plusieurs autres endroits est une méthode d'assassinat
et de terrorisme, qui est toujours accompagnée par des tueries aveugles
de civils pris pour quelqu'un d'autre ou qui sont blâmés pour être au
mauvais endroit au mauvais moment.
Comparer les drones utilisés au Pakistan à ceux utilisés
à la
frontière canado-américaine sert aussi à établir « la culpabilité
par association », l'implication étant que le Canada pose une
menace terroriste potentielle aux États-Unis et doit donc être traité
en conséquence.
Les commentaires du représentant en charge des drones
ciblant le
Canada indiquent la base arbitraire selon laquelle la surveillance est
menée:
« Nous sommes ici pour protéger le pays [les
États-Unis] des
gens mauvais faisant de mauvaises choses », a dit John Priddy,
directeur du U.S. National Air Security Operations pour le Bureau de la
protection aérienne et marine de la frontière.
Un exemple est donné de « comment le personnel a pu
observer
une automobile qui s'est brièvement arrêtée le long d'une des routes
rurales parallèles à la frontière. Une poignée d'hommes en sont sortis,
inconscients du Predator tournant autour d'eux à environ cinq
kilomètres d'altitude. Ces hommes, comme beaucoup avant eux, sont des
Somaliens, se dirigeant vers le nord, tentant d'entrer au Canada, a dit
M. Priddy. La GRC a été alertée. »
« L'imprévisibilité du drone et la presque
impossibilité de le
détecter, même au-dessus de nos têtes, lui confèrent son importante
valeur dissuasive », écrit Koring.
Au moment où le régime Harper tente de criminaliser les
immigrants
et les réfugiés, l'utilisation de drones à la frontière est une
nouvelle provocation pour justifier son ordre du jour raciste et la
militarisation de la frontière. L'immigration par le biais de canaux
non-officiels est une question sociale, certainement pas une question
criminelle, de sécurité ou militaire.
La réalité est que les États-Unis ne sont pas en mesure
de justifier
leurs mauvais traitements des citoyens et résidents canadiens à la
frontière, y compris le fait de les livrer à la torture, sous prétexte
de menaces à leur sécurité nationale. En d'autres mots, arrêter
« les gens mauvais faisant de mauvaises choses » est une
justification non fondée pour l'utilisation de drones et ouvre la porte
toute grande à l'arbitraire.
Le véritable but de « démystifier »
l'utilisation des
drones à la frontière est d'habituer les Canadiens à se soumettre à un
ordre du jour étranger, à être l'objet d' une surveillance constante
par « les yeux dans le ciel » et à être persécutés sur la
base de leurs convictions politiques ou religieuses, de leur race et
toute autre raison choisie par les États-Unis. Les drones et la
propagande à l'effet que les Canadiens devront s'y faire doivent être
rejetés.

Bulletin du 14 novembre 2011 • Retour à l'index •
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