Opposition à l'offensive antisociale du gouvernement Charest

Congrès du Parti libéral

Près d'un millier de manifestants dénoncent
l'ordre du jour antisocial des libéraux


(Photo: ASSÉ)

Samedi le 22 octobre, près d'un millier de manifestants provenant de tous les coins du Québec ont répondu à l'appel de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services et de la Coalition régionale de Québec-Chaudière-Appalaches et manifesté à l'occasion du Congrès du Parti libéral du Québec qui se tenait au Centre des congrès de Québec. Au premier rang on retrouvait les étudiants, les travailleurs ainsi que les activistes oeuvrant pour la reconnaissance des droits de tous et toutes. Les pancartes et bannières et discours qui dénonçaient le caractère anachronique, antisocial et anti-peuple des politiques libérales traduisaient on ne peut mieux la colère de la population.

Avec la bannière de tête « Rouge de colères contre les libéraux », les manifestants ont marché dans les rues du Vieux-Québec pour se rendre en un premier temps devant les bureaux du ministère de l'Éducation. Inutile de dire que le cortège a été salué par les nombreux résidents.

Devant le ministère de l'Éducation, Simon Gosselin de la Table de concertation étudiante du Québec (TACEQ) a dit : « Nous sommes ici pour rappeler que l'éducation n'est pas que l'affaire des étudiants, elle concerne toute la société. » Il a souligné l'importance d'un système d'éducation accessible à tous et toutes pour la construction d'un Québec moderne.

Pour sa part, Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) a affirmé que : « Le gouvernement Charest tente de nous faire croire que la reprise économique et le retour à l'équilibre budgétaire passent par les compressions et la privatisation de nos services publics. Avec la taxe santé et la hausse des tarifs comme les frais de scolarité et l'hydroélectricité, ce gouvernement choisit des mesures qui augmentent les inégalités sociales. »

Finalement, la porte-parole de la Coalition Québec Chaudière-Appalaches opposée à la tarification et à la privatisation des services publics, Valérie Plante Lévesque, elle-même étudiante, a mentionné que : « La nouvelle hausse radicale des frais de scolarité annoncée dans le dernière budget est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Au-delà des étudiants et étudiantes, c'est toute la population qui sera affectée puisque la hausse entrave l'accessibilité financière aux études pour toutes les classes sociales, c'est carrément le droit à l'éducation qui est menacé. »

Puis le cortège s'est dirigé devant le Centre des congrès. Le sourire arrogant des délégués accompagnés des représentants des médias monopolisés, protégés par un imposant déploiement policier, ne pouvait mieux témoigné de la marginalisation politique des libéraux. « Nous défendons le bien commun contre l'appétit de quelques uns ! », ont scandé les manifestants. Pour les plus vulnérables, le maintien des services publics est une question de vie ou de mort, a ajouté un autre étudiant.

Comme l'a dit Ann Gingras, présidente du Conseil central de Québec et de Chaudière-Appalaches de la CSN : « La richesse est produite par nous. Nous sommes le peuple du Québec. »

Traduisant la détermination et la confiance des manifestants, Léo Bureau-Blouinil a conclu en affirmant : « Nous sommes l'avenir du Québec. » Il a demandé aux manifestants de ne pas serrer pancartes et bannière et de se préparer pour la grande manifestation étudiante du 10 novembre.

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Éducation

Aux premières lignes, mais sans pouvoir:
quel est le rôle des enseignants du Québec?

Dire que le système d'éducation du Québec est en crise est devenu un lieu commun. La préoccupation des familles face aux conditions d'éducation dans lesquelles leurs jeunes évoluent est telle que différentes forces s'agitent, se présentant comme les champions du changement. La pression exercée est que si on porte au pouvoir telle ou telle force, la meilleure gestion qu'elle apportera résoudra les problèmes.

La responsabilité d'offrir un niveau d'éducation des plus élevés incombe au gouvernement, puisque c'est lui qui a les ressources de l'État entre ses mains. Les libéraux de Charest, au pouvoir depuis 2003, n'ont fait que soumettre l'éducation nationale aux impératifs de l'économie de marché, de la réingénierie et de l'importance d'être compétitif sur le marché mondial. Ce sont les arguments dont ils se servent pour justifier les coupures et la réorganisation antisociale de l'éducation, alors qu'ils disent faire tous ces gestes pour protéger l'économie et l'avenir du Québec. Une grande insécurité et confusion sont créées en éducation car comment l'augmentation de la tâche des enseignants et la disparition des services qui leurs sont alloués peuvent-elles être garantes d'un avenir radieux ? Depuis près de 20 ans, les travailleurs des écoles publiques du Québec s'opposent aux coupures et exigent des investissements matériels et humains dans leur milieu. La réponse du gouvernement Charest a été d'imposer un décret en 2005 et une convention collective en juin 2011 signée pour en éviter un autre. Au même moment, l'Assemblée nationale adoptait le projet de loi 100 sous bâillon qui exigeait des réductions des dépenses du ministère de l'Éducation. Le 17 septembre dernier, le gouvernement annonçait des compressions de 180 millions $ dans le même secteur.

Éducation version Charest

Le 31e Congrès du Parti libéral du Québec s'est tenu du 21 au 23 octobre derniers. Les participants avaient en main le document L'éducation comme levier de prospérité et d'épanouissement, tiré du document thématique du Congrès : Canaliser les énergies du Québec. Le congrès a décidé de reporter cette discussion mais voyons quand même ce qu'il proposait.

Dans la proposition 23, on propose « d'évaluer nos écoles par la performance des élèves », en établissant une « comparaison de la performance des écoles en comparant les résultats obtenus aux épreuves ministérielles après pondération des facteurs socioéconomiques » et en récompensant « les écoles les plus performantes dans l'octroi des budgets ». Ainsi, la faillite d'un gouvernement qui ne pose aucun geste pour que les richesses créées servent à répondre aux besoins de tous les êtres humains composant la société est institutionnalisée sous la forme de résultats pondérés selon que les écoles sont situées dans un quartier nanti ou pas ! On imagine sans peine la somme de « chercheurs » grassement payés pour évaluer ce que vaut un résultat de 65 % d'une école de milieu défavorisé comparé à un 92 % d'une école d'un autre quartier...

À la proposition 24, on réitère l'objectif de Charest de mettre fin aux contrats de travail collectifs des enseignants pour faire plutôt des ententes individuelles entre enseignants et directions d'école. Sous prétexte « d'accorder plus d'autonomie aux directions d'écoles publiques... pour donner à chaque direction (...) plus de latitude pour personnaliser leur établissement (...) », le gouvernement souhaite accorder davantage de contrôle à ces directions dans l'embauche de son personnel. En éliminant la description de la tâche des enseignants, que ces derniers ont gagnée de chaudes luttes dans leur bataille pour ériger un système d'éducation national, Jean Charest et son gouvernement se donnent toute liberté de soumettre les écoles à leur vision centrée sur le capital et d'en éloigner les enseignants et autres travailleurs de l'éducation s'opposant à sa vision « personnalisée » des écoles...

La proposition 25 vise à lier davantage les commissions scolaires aux attaques antisociales en éducation. On y propose en effet des « économies récurrentes de 300 millions $ par année » qui vont se traduire en importantes coupures dans les services dans les écoles.

Éducation version Legault

La promotion de François Legault comme « sauveur » de l'éducation », lui qui a été ex-ministre sous le Parti Québécois après avoir été administrateur de Provigo, vérificateur chez Ernst & Young et fondateur de la compagnie Air Transat en 1986, après avoir été le directeur de marketing de Québecair, est une autre tentative de détourner les enseignants de leurs propres demandes pour sortir le système d'éducation de la crise. Selon Legault et ses alliés, dont Québécor, sous la plume d'une des membres du conseil d'administration du Groupe TVA, Nathalie Elgraby et de plusieurs autres, le principal obstacle à l'amélioration de l'éducation au Québec ce sont les enseignants ! Son document sur l'éducation pompeusement nommé Se doter de l'un des meilleurs systèmes d'éducation au monde d'ici 2020, met de l'avant deux initiatives concernant les enseignants des commissions scolaire : soit de « conclure un nouveau pacte » avec eux et « réorganiser le réseau pour accroître l'autonomie des directions d'établissements et des enseignants ».

La principale différence des propositions de Legault d'avec le document du Parti libéral est que Legault y traite d'enseignants « performants », en opposition aux autres dont les élèves n'obtiennent pas de bons résultats, et que l'État devrait être en mesure de mettre à pied, séance tenante. Ça peut maintenir l'illusion que le Parti libéral se tient « au centre », mais en définitive, cela ne change en rien à sa vision antinationale de l'éducation. Pour ces tenants de la politique américaine basée sur la « performance » des enseignants, ceux qui sont valables seront ceux qui feront de l'offensive antisociale leur manifeste pédagogique, et les autres, qui y résistent d'une façon ou d'une autre, forment le groupe qu'il faudra faire taire sans rendre de compte à personne.

Et les enseignants du Québec ?

Après avoir vécu les coupures de Lucien Bouchard en 1997, l'arrivée au pouvoir de Charest en 2003, son décret en 2005, la division de leur organisation syndicale en deux entités et une dernière convention collective signée pour éviter le pire, les demandes des enseignants sont les mêmes. Elles sont basées sur leur expérience directe dans les écoles, expérience qui les met en relation chaque jour avec leurs besoins, ceux des élèves et de leurs collègues. Ils demandent à ce qu'une partie de la richesse sociale créée par les travailleurs du Québec soit investie en ressources humaines et matérielles afin d'être à la hauteur de la tâche qu'ils ont choisie : soit de former la jeune génération de façon à ce qu'elle soit apte à résoudre les problèmes politiques, économiques, scientifiques, culturels et autres auxquels la société fait face.

Les enseignants sont aussi conscients que leur responsabilité se mène dans un contexte d'offensive généralisée contre tout ce qui humanise la société (les soins de santé, les services sociaux, les relations entre les nations, etc.) et demandent donc les conditions pour y faire face. Loin de vouloir s'accommoder de la destruction tous azimuts qu'imposent les gouvernements en place, ils veulent rétablir la dignité de leur responsabilité vis à vis la société.

En faisant la promotion d'un faux débat et d'un ordre du jour qui n'est pas le leur, la caste dirigeante et les médias monopolisés mettent les enseignants sur la défensive quant à leurs demandes prosociales. Pourquoi devraient-ils discuter de la nécessité d'ouvrir leur convention collective pour être plus « performants » alors que le poids de leur organisation syndicale dans la négociation de leurs conditions de travail diminue de négociation en négociation ? Quant à la « performance », la définition des enseignants et leurs critères d'évaluation de qualité d'enseignement ne valent-elles pas la peine d'être étudiés sur la base des demandes qu'ils font pour moderniser le système d'éducation ? Qui détermine les critères, les définitions ? Qui décide ?

C'est à cette question que les enseignants doivent s'adresser. L'expérience en éducation au Québec de plus de 90 000 personnes est une force qui ne saurait être négligée. C'est aux enseignants et à leurs alliés de la transformer en force collective qui pourra déterminer l'avenir de l'éducation publique du Québec et rendre le gouvernement imputable pour sa détérioration.

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Le 10 novembre à Montréal

Manifestation nationale contre
la hausse des frais de scolarité


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Bulletin du 24 octobre 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca