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Moyen-Orient
et
Afrique
du
Nord
Non à une «intervention humanitaire»
en Libye!
- Margaret Villamizar, Coalition pour la
paix de Windsor, 5 mars 2011 -
Voici le discours de Margaret Villamizer,
présidente de la Coalition pour la paix de Windsor,
prononcé lors d'un rassemblement
appelé « En solidarité avec le monde
arabe » à Windsor le samedi 5 mars 2011.
* * *
La Coalition pour la paix de Windsor lance l'appel
à toutes les personnes éprises de justice et de paix
à s'opposer fermement aux
tentatives de créer des prétextes en vue d'une
intervention étrangère en Libye au nom de
l'humanitarisme. Des navires de guerre des
États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne, d'autres
puissances de l'OTAN et maintenant du Canada s'assemblent au large des
côtes de la Libye, quelques-uns supposément pour
évacuer leurs ressortissants. Ces puissances envoient des
navires de guerre pour
rescaper quelques centaines de ressortissants alors qu'en dix jours, la
Chine a sorti pacifiquement 35 000 de ses ressortissants
sans recourir à l'intimidation.
La situation en Libye n'est pas une situation
de « protestations » ou de
« manifestations », mais une
tentative de renverser le gouvernement par la force, à laquelle
participent les États-Unis, les puissances européennes,
le Canada,
l'OTAN et le Conseil de sécurité de l'ONU.
Déjà, nous voyons les supposées forces de
l'opposition et des rebelles qui agitent le
drapeau de la période monarchique pré-Khadafi, le drapeau
du roi Idris, renversé en 1969. Ces forces réclament des
zones d'exclusion de
vol et des sanctions et, sous le prétexte d'appui à des
forces qui se rebellent contre un dictateur brutal, nous serions
censés appuyer
une soi-disant intervention humanitaire. Il est clair que, même
si nous n'avons pas « toute l'information »
à propos de ce qui
se passe en Libye, nous avons notre expérience pour nous guider
et tirer des conclusions appropriées.
La Coalition pour la paix de Windsor appelle les
Canadiens à ne pas oublier les « zones d'exclusion de
vol » au-dessus de
l'Irak. Ces zones sont une violation de la souveraineté d'un
pays ; des avions de guerre étrangers s'emparent de
l'espace aérien
du pays, et abattent les avions de ce pays sous prétexte de
renforcer les sanctions ou d'autres mesures. On tue des civils et on
les
appelle ensuite dommages collatéraux. Qui d'autres que les
impérialistes et leurs médias sont prêts à
oublier les plus d'un million
d'Irakiens, femmes, enfants et hommes non combattants, tués par
des sanctions conçus pour créer un État
défaillant, pour justifier ce
qui est arrivé ensuite – l'invasion, le changement de
régime et l'occupation !
Qui peut oublier les bombardements de l'OTAN et le
démantèlement de la Yougoslavie au nom de l'arrêt
du génocide, démantèlement qui
a lui-même créé une énorme crise humanitaire
pendant que la preuve de l'existence d'un génocide ne s'est
jamais matérialisée ? La
mission de l'OTAN en Afghanistan tue des civils en Afghanistan et au
Pakistan tous les jours, mais on accepte ces horreurs et ces
crimes en les qualifiant de dommages collatéraux.
Toutes ces agressions sont commises au mon de
« l'humanitarisme », des « droits
humains » et de « la
protection de civils innocents ». La même chose s'est
passée en 2004 avec le coup d'État contre
Haïti, appuyé par les États-
Unis, le Canada et la France. Pourquoi la reconstruction n'a-t-elle pas
lieu en Haïti, si l'humanitarisme est l'enjeu ? Pourquoi
l'épidémie de choléra n'est-elle pas
ramenée sous contrôle ?
La méthode qui consiste à inciter
l'hystérie est utilisée pour diaboliser et cibler Khadafi
comme cela a été fait avec Saddam
Hussein, Milosevic et Aristide. On les décrit comme des
monstres, comme des « Hitler », et on raconte des
histoires terribles
à leur propos et à propos de leurs gouvernements, tandis
que des gens comme Netanyahou, Bush, Kissinger, Moubarak et d'autres ne
sont
apparemment pas si mal. Qui les traîne devant la Cour
pénale internationale ?
Ces efforts pour tromper les Canadiens et les inciter
à appuyer les interventions militaires au nom de la
« responsabilité de
protéger » la communauté internationale sont
inacceptables.
Ceux qui prennent la
défense de l'intervention du Canada en se basant sur la doctrine
impérialiste de la « responsabilité de
protéger » devraient expliquer pourquoi cette
« responsabilité » n'a pas
été évoquée pour protéger les
Palestiniens
pendant le brutal siège israélien et le bombardement de
Gaza, qui ont tué des milliers de personnes ; ou pourquoi
elle n'a pas été
évoquée pour protéger les civils tués par
des bombardements en Afghanistan, comme les neuf jeunes garçons
qui ramassaient du bois et
qui ont été tués par balle par un
hélicoptère d'attaque américain, il y a quelques
jours. Ou encore les 65 personnes massacrées la
semaine dernière. Les représentants américains
répètent que ces « erreurs » sont
un prix de la guerre, et ils tentent de le
minimiser.
Au lieu d'intervenir pour stopper ces actions, ce sont
les États-Unis eux-mêmes qui mènent ces actes de
terreur avec des justifications comme « combattre le
terrorisme » ou s'opposer à un
« génocide » et la
« violence », et leurs semblables comme le
Canada, qui les appuient.
La Coalition de Windsor pour la paix
réitère sa position contre toute invasion de la Libye par
l'OTAN ou les États-Unis, ainsi qu'à
l'ingérence du gouvernement canadien dans les affaires internes
du peuple libyen – que ce soit au nom de l'humanitarisme ou sous tout
autre prétexte.
Nous lançons l'appel aux gens de Windsor de ne
pas se laisser tromper par l'agitation qui vise à justifier
l'injustifiable. L'usage
de la force dans le règlement des conflits entre les nations et
au sein des nations ne fait du mal qu'aux peuples qui combattent pour
leurs droits. Les seuls à tirer avantage de l'usage de la force
dans le règlement des conflits entre les nations et au sein des
nations
sont ceux qui s'efforcent de créer des conflits et des divisions
et de profiter de l'exploitation des ressources humaines et naturelles
des autres pays. Pour savoir s'orienter dans le barrage de
désinformation, il faut commencer examiner ce que le
gouvernement canadien
fait en notre nom et s'opposer fermement à l'usage de la force
dans les affaires internationales.
Non
aux zones d'exclusion de vol ! Non aux sanctions !
Opposons-nous aux plans des États-Unis et de l'OTAN d'envahir la
Libye !
Non à une supposée occupation humanitaire
impérialiste de la Libye !
Non à l'intervention du Canada sous le prétexte de
l'humanitarisme !
Non à l'usage de la force pour le règlement des conflits
entre les nations et au sein des nations !

L'OTAN, la guerre, le mensonge et les affaires
- Fidel Castro, 9 mars 2011 -
Comme certains le savent, le colonel Mouammar
el-Kadhafi, un Bédouin au caractère
particulier, s'inspirant des idées du leader égyptien
Gamal Abdel Nasser, prépara au sein des forces armées un
mouvement qui renversa
en septembre 1969 Idris Ier, roi de Libye, un pays
désertique en sa quasi-totalité et faiblement
peuplé, situé au nord de l'Afrique, entre la Tunisie et
l'Égypte.
Ce n'est que peu à peu que l'on découvrit
ses très grosses et utiles ressources énergétiques.
Né dans une famille de bédouins, dans la
région de Tripoli, Kadhafi était foncièrement
anticolonialiste. On dit que son grand-père paternel mourut en
luttant contre les
envahisseurs italiens en 1911 : le régime colonial et le
fascisme changèrent la vie de tous les habitants. On dit aussi
que son père endura la prison avant de pouvoir
gagner sa vie comme ouvrier industriel.
Jusqu'aux adversaires de Kadhafi assurent qu'il se fit
remarquer par son intelligence durant ses études. Expulsé
du lycée pour ses activités antimonarchiques, il
s'inscrivit
dans un autre, puis conclut des études de droit à
l'université de Benghazi à vingt et un ans. Il entra
ensuite à l'école militaire de cette ville où il
créa en secret le Mouvement
des officiers unionistes libres, et il conclut ses
études dans une école militaire britannique.
Ces antécédents expliquent l'influence
notable qu'il a exercée ensuite en Libye et sur d'autres
dirigeants politiques, qu'ils soient aujourd'hui pour ou contre lui.
Il s'engagea dans la vie politique par des actions
incontestablement révolutionnaires.
En mars 1970, il obtint que les soldats britanniques
évacuent le pays au terme de manifestations nationalistes
massives et, en juin, que les États-Unis se retirent d'une
grande base aérienne proche de Tripoli, qui fut remise à
des instructeurs militaires égyptiens dont le pays était
l'allié de la Libye.
En 1970, la Révolution toucha à plusieurs
sociétés pétrolières occidentales et
à des banques à participation étrangère.
Fin 1971, la fameuse British Petroleum subit le
même sort. Dans le domaine agricole, tous les biens italiens
furent saisis, et les colons et leurs descendants expulsés de
Libye.
L'État entreprit donc de contrôler les
grandes sociétés. La production commença à
devenir l'une des plus élevées du monde arabe. Le jeu et
l'alcool furent interdits. Le
statut juridique de la femme, traditionnellement limitée,
s'améliora.
Le dirigeant libyen élabora des théories
extrémistes, s'opposant à la fois au communisme et au
capitalisme. Ça n'aurait pas de sens d'inclure cette
étape de théorisations
de sa part dans mon analyse, quoique je doive signaler que l'article
premier de la Proclamation constitutionnelle de 1969 stipulait la
nature « socialiste »
de la Jamahiriya arabe libyenne populaire.
Je tiens en revanche à insister sur le fait que
les droits humains n'ont jamais intéressé les
États-Unis ni leurs alliés de l'OTAN.
La réunion du Conseil de sécurité,
la réunion du Conseil des droits de l'homme à
Genève et l'Assemblée générale des Nations
Unies à New York n'ont été que du
théâtre,
un panier de crabes.
Je comprends parfaitement les réactions des
dirigeants politiques impliqués dans tant de contradictions et
dans des débats si stériles, compte tenu de l'entrelacs
d'intérêts
et de problèmes dans lequel ils se retrouvent.
Nous savons tous très bien que le statut de
membre permanent du Conseil de sécurité associé au
pouvoir de veto, la possession d'armes nucléaires et
l'appartenance à
maintes institutions sont des sources de privilèges et
d'intérêts que l'0n impose de force à
l'humanité. On peut être d'accord ou non avec nombre de
ces institutions, mais
on ne saurait les accepter comme des juges justes ou moraux.
L'Empire prétend maintenant faire tourner les
événements autour de ce qu'a fait ou n'a pas fait
Kadhafi, parce qu'il a besoin d'intervenir militairement en Libye et de
bloquer la vague révolutionnaire qui déferle dans le
monde arabe. Car, à ce jour, personne ne disait mot, tout le
monde faisait silence... et de bonnes affaires.
Que la rébellion libyenne ait été
attisée par les services secrets yankees ou par les erreurs de
Kadhafi lui-même, il est important que les peuples ne se laissent
pas duper,
car l'opinion mondiale aurait très bientôt suffisamment de
preuves pour savoir à quoi s'en tenir.
Il fallait – et je l'ai dit dès le premier moment
– dénoncé les plans de cette organisation belliciste
qu'est l'OTAN.
À l'instar de nombreux pays du Tiers-monde, la
Libye est membre du Mouvement des pays non alignés, du Groupe
des 77 et d'autres organisations internationales
à travers lesquelles se nouent des relations,
indépendamment de leur système économique et
social.
À grands traits : la révolution,
inspirée de principes marxistes-léninistes et martiniens,
triompha en
1959 à Cuba, à cent cinquante kilomètres des
États-Unis qui nous avaient imposé l'amendement Platt et
qui étaient propriétaires
de l'économie de notre pays.
L'Empire déclencha presque aussitôt contre
notre peuple sa sale guerre, organisa des bandes
contre-révolutionnaires, décréta un blocus
économique criminel et peaufina
l'invasion mercenaire de Playa Girón, durant laquelle un de ses
porte-avion patrouillait non loin et ses marines étaient
prêts à débarquer au cas où ses forces
mercenaires
auraient atteints les objectifs prévus.
À peine un an et demi, il nous menaça de
son arsenal nucléaire, et une guerre de cette nature faillit
éclater. Tous les pays latino-américains, hormis le
Mexique,
participèrent au blocus criminel qui est toujours en place.
Mais notre pays ne s'est jamais rendu. Il est important
de le rappeler à ceux qui ont la mémoire historique
courte.
En janvier 1986, sous prétexte que la Libye
était derrière le terrorisme dit révolutionnaire,
Reagan rompit les relations économiques et commerciales avec ce
pays.
En mars de cette même année, une force
embarquée à bord de porte-avions situés dans le
golfe de Syrte, dans les eaux que la Libye considère comme
nationales,
déclencha des attaques qui détruisirent plusieurs navires
équipés de lance-missiles et des systèmes de
radars côtiers que ce pays avait achetés à l'URSS.
Le 5 avril, une discothèque de Berlin-Ouest
fréquentée par des soldats étasuniens fut
plastiquée : trois personnes moururent, dont deux
militaires étasuniens,
et beaucoup furent blessées.
Reagan en accusa Kadhafi et ordonna à ses forces
de l'air de riposter. Trois escadrilles décollèrent des
porte-avions de la VIe flotte et de bases du Royaume-Uni et
lancèrent des bombes et des missiles sur sept objectifs
militaires à Tripoli et à Benghazi. Un quarantaine de
personnes moururent, dont quinze civils. Averti de l'avance des
bombardiers, Kadhafi était en train d'évacuer sa famille
de sa résidence située dans le complexe militaire de Bab
Al Aziziya, au sud de la capitale, quand un missile la frappa
de plein fouet : sa fille Hanna mourut, et deux autres enfants
furent blessés. Cette attaque fut largement
condamnée ; l'Assemblée générale des
Nations Unies
vota une résolution la condamnant pour violation de la Charte
des Nations Unies et du droit international. Le Mouvement des pays non
alignés, la Ligue arabe et l'OUA
adoptèrent des positions tout aussi énergiques.
Le 21 décembre 1988, un Boeing 747 de
Pan Am se désintégra en plein vol entre Londres et New
York sous l'effet d'une bombe, et les restes tombèrent
sur la localité de Lockerbie. La tragédie tua deux cent
soixante-dix personnes de vingt et une nationalités.
Au départ, l'administration étasunienne
pensa à des représailles de l'Iran, dont un avion de
ligne, un Airbus, avait été abattu par les USA, causant
la mort de deux cent
quatre-vingt-dix personnes. Selon les Yankees, les recherches
impliquaient deux agents secrets libyens. Des imputations similaires
furent faites contre la Libye au sujet d'un
avion de ligne français desservant Brazzaville-N'Djamena-Paris,
mais Kadhafi refusa d'extrader les fonctionnaires libyens
censément impliqués dans des faits qu'il nia
catégoriquement.
On commença à tisser une légende
ténébreuse contre lui, avec la participation de Reagan et
de Bush père.
De 1975 jusqu'à la fin de l'administration
Reagan, Cuba se consacra à ses devoirs internationalistes en
Angola et dans d'autres pays africains. Je connaissais les
conflits qui se déroulaient en Libye ou autour d'elle
grâce à des lectures et aux témoignages de
personnes très liées à ce pays et au monde arabe,
ainsi qu'aux impressions
que je gardais de nombreuses personnalités de différents
pays avec lesquelles j'avais eu des contacts durant ces
années-là.
De nombreux leaders africains connus avec lesquels
Kadhafi maintenait des rapports étroits s'efforcèrent de
chercher des solutions à la forte tension existant entre la
Libye
et le Royaume-Uni.
Le Conseil de sécurité avait imposé
à la Libye des sanctions qui commencèrent à
être levées quand Kadhafi accepta de faire juger, dans des
conditions données, les deux
accusés pour le sabotage de l'avion en Écosse.
Dès lors, on commença à inviter des
délégations libyennes à des réunions
européennes. En juillet 1999, Londres entreprit de renouer
totalement ses relations diplomatiques
avec la Libye, après que celle-ci eut fait encore plus de
concessions.
En septembre, les ministres de l'Union européenne
acceptèrent d'annuler les mesures de restrictions commerciales
adoptées en 1992.
Le 2 décembre, Massimo D'Alema, Premier
ministre italien, fut le premier chef de gouvernement européen
à se rendre en Libye.
L'URSS et le camp socialiste européen avaient
disparu, et Kadhafi avait décidé d'accepter les
réclamations des USA et de l'OTAN.
Quand je me suis rendu en Libye en mai 2001, Kadhafi me
montra les ruines provoquées par l'attaque traîtresse par
laquelle Reagan assassina sa fillette et faillit
exterminer toute sa famille.
Début 2002, le département d'État
faisait savoir que des conversations diplomatiques étaient en
cours entre les USA et la Libye.
En mai, il avait inscrit de nouveau la Libye sur la
liste des États promoteurs de terrorisme, bien que George W.
Bush n'eût pas mentionné ce pays africain dans son
fameux discours de janvier sur « l'axe du mal ».
Début 2003, après que la Libye eut
accepté de signer un accord économique d'indemnisations
avec les pays demandeurs, le Royaume-Uni et la France, le Conseil de
sécurité de l'ONU leva les sanctions qu'il lui avait
infligées en 1992.
Avant la fin de 2003, Bush et Antony Blair
informèrent d'un accord avec la Libye, qui avait remis à
des experts en renseignements britanniques et étasuniens de la
documentation sur ses programmes d'armements non classiques et sur ses
missiles balistiques d'une portée supérieure à
trois cents kilomètres. Des fonctionnaires de ces deux
pays avaient visité différentes installations. Cet
accord, comme le révéla Bush, couronnait des mois de
conversations entre Tripoli et Washington.
Kadhafi tint ses promesses de désarmement. En
quelques mois, la Libye se débarrassa de ses cinq batteries de
missiles Scud-C d'une portée de huit cents kilomètres et
ses centaines de Scud-B d'une portée supérieures à
trois cents kilomètres parmi ses engins défensifs de
courte portée.
Un marathon de visites à Tripoli démarra
en octobre 2002 : Berlusconi, en octobre 2002 ; José
María Aznar, en septembre 2003 ; de nouveau
Berlusconi en février, août et octobre 2004 ; Blair,
en mars 2004 ; le chancelier allemand Schroeder, en octobre
2004 ; Jacques Chirac, en novembre 2004.
Tout le monde était aux anges. Comme le dit le fameux
poème espagnol : « Don Argent est un puissant
monsieur. »
Kadhafi parcourait l'Europe en triomphe. Il fut
reçu à Bruxelles en avril 2004 par Romano Prodi, le
président de la Commission européenne ; en
août, il
fut invité par Bush ; Exxon Mobil, Chevron Texaco et Conoco
Philips mettaient la dernière main à la reprise de
l'extraction de pétrole par des joint
ventures.
En mai 2006, les USA faisaient savoir qu'ils retiraient
la Libye de la liste des pays terroristes et qu'ils renouaient
pleinement les relations diplomatiques.
En 2006 et 2007, la France et les États-Unis
souscrivirent des accords de coopération nucléaire
à de fins pacifiques. En mai 2007, Blair visite de nouveau
Kadhafi
à Syrte. La British Petroleum signa un contrat de prospection de
gisements de gaz « extraordinairement
important », selon les informations de l'époque.
En décembre 2007, Kadhafi se rendit deux fois en
France et signa des contrats d'équipements militaires et civils
pour dix milliards d'euros, et en Espagne, où il eut des
entretiens avec le chef de gouvernement José Luis
Rodríguez Zapatero. Il signa de très gros contrats avec
d'importants pays de l'OTAN.
Pourquoi donc les États-Unis et les autres
membres de l'OTAN ont-ils évacué maintenant leurs
ambassades en Libye ?
Tout ceci est extrêmement curieux.
George W. Bush, le père de cette stupide guerre
antiterroriste, avait déclaré le 20 septembre
2001 devant les élèves de l'école militaire
de West Point :
« Notre sécurité exigera... le recours aux
forces militaires que vous commanderez et qui doivent prêtes
à attaquer sur-le-champ n'importe quel sombre recoin du monde,
et notre sécurité exigera que nous soyons prêts, le
cas échéant, à déclencher des attaques
préventives pour défendre notre liberté et... nos
vies. [...] Nous devons découvrir
des cellules terroristes dans une soixantaine de pays... Aux
côtés de nos amis et alliés, nous devons nous
opposer à la prolifération et faire face aux
régimes qui promeuvent
le terrorisme en fonction de chaque cas. »
Que pense donc Obama de ce discours ?
Le Conseil de sécurité imposera-t-il des
sanctions à ceux qui ont tué plus d'un million de civils
en Iraq et à ceux qui assassinent tous les jours des hommes, des
femmes
et des enfants en Afghanistan où, tout récemment, la
population en colère est descendue dans la rue pour protester
contre le massacre d'enfants innocents ?
Une dépêche de l'AFP, daté de Kaboul
aujourd'hui même, révèle :
« L'année passée a
été la plus meurtrière pour les civils
après neuf années de guerre entre les Talibans et les
forces internationales en Afghanistan : presque
2 800 morts, soit 15 p. 100 de plus qu'en 2009, a
affirmé ce mercredi un rapport de l'ONU qui insiste sur les
coûts humains de ce conflit pour la population.
« ...les Talibans ont intensifié leur
insurrection ces dernières mois, gagnant du terrain par des
actions de guérilla réalisées au-delà de
leurs bastions traditionnels
du Sud et de l'Est.
« Avec exactement 2 777 civils
morts en 2010, la quantité de victimes a augmenté de
15 p. 100 par rapport à 2009, indique le rapport annuel
conjoint de la Mission d'aide des Nations Unies en Afghanistan...
« Le président Barack Obama a
exprimé, le 3 mars, son "profond regret" au peuple afghan
pour les neuf enfants tués, tout comme l'ont fait le
général
étasunien David Petraeus, commandant en chef de l'ISAF, et le
secrétaire à la Défense, Robert Gates.
« ...le rapport de l'UNAMA souligne que le
chiffre de civils morts en 2010 est quatre fois supérieur
à celui des soldats des forces internationales tombés en
combat
cette même année.
« L'année 2010 a pourtant
été, et de loin, la plus meurtrière pour les
soldats étrangers en neuf années de guerre, soit
711 morts, ce qui conforme que la
guérilla des Talibans s'est intensifiée malgré
l'envoi en renfort, l'an dernier, de trente mille soldats
étasuniens. »
Pendant dix jours, on a entendu aux Nations Unies –
entre Genève et New York – plus de cent cinquante discours sur
les violations des droits humains,
qui ont été repris des millions de fois à la
télévision, à la radio, dans la presse
écrite et sur Internet.
Notre ministre des Relations extérieures, Bruno
Rodríguez, est intervenu devant ses pairs réunis à
Genève dans le cadre de Conseil des droits de l'homme, le 1er
mars
dernier. Il y a dit notamment :
« La conscience humaine s'élève
contre la mort d'innocents en toute circonstance et en tout lieu. Cuba
fait tout à fait sienne l'inquiétude du monde devant les
morts de civils en Libye et souhaite que son peuple règle d'une
manière pacifique et souveraine la guerre civile qui s'y
déroule, sans aucune ingérence étrangère et
d'une
façon qui garantisse l'intégrité de cette
nation. »
Certains paragraphes finals de son intervention ont
été péremptoires :
« S'il est vrai que le droit humain essentiel
est le droit à la vie, alors le Conseil est-il prêt
à en expulser les États qui déclenchent une
guerre ?
« Expulsera-t-il donc les États qui
offrent un financement et une aide militaire à un autre
État qui les utilise à des violations massives,
flagrantes et systématiques
des droits humains et à des attaques contre la population
civile, comme cela se passe en Palestine ?
« Appliquera-t-il donc cette mesure à
des pays puissants qui réalisent des exécutions
extrajudiciaires sur le territoire d'autres États en recourant
à une technologie
de pointe, telle que les munitions intelligents et les drones ?
« Qu'arrivera-t-il donc aux États qui
acceptent d'héberger sur leur territoire des prisons
secrètes illégales, qui facilitent le transit secret
d'avions emportant des
personnes séquestrées ou qui participent à la
torture ? »
Je partage à fond la courageuse position du
dirigeant vénézuélien Hugo Chávez et de
l'ALBA.
Nous sommes contre la guerre intestine en Libye, en
faveur de la paix immédiate et du plein respect de la vie et des
droits de tous les citoyens, sans intervention étrangère,
car celle-ci ne servirait qu'à prolonger le conflit et à
favoriser les visées de l'OTAN.
Fidel Castro Ruz
Le 9 mars 2011
21 h 35

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