Le Marxiste-Léniniste

Numéro 155 - 6 octobre 2010

Industrie forestière

Les travailleurs affrontent la crise et le refus des gouvernements de prendre leurs responsabilités


Ottawa le 2 juin 2009: Des milliers de travailleurs de l’industrie forestière manifestent devant le parlement
pour exiger que le gouvernement intervienne pour défendre leur industrie, leurs moyens de subsistance,
leurs régions et les ressources naturelles du Canada.

Industrie forestière
Les travailleurs affrontent la crise et le refus des gouvernements de prendre leurs responsabilités

Travailleurs migrants
Des inspections à l'improviste, une enquête du coroner et une enquête criminelle sont nécessaires pour démontrer une tolérance zéro face au décès des travailleurs migrants - Justicia for Migrant Workers

Europe
Manifestations de masse contre les «mesures d'austérité» anti- sociales

Élections générales au Brésil
Un deuxième tour pour les présidentielles

Équateur
Derrière le coup d'État: l'assaut de la droite contre l'ALBA - Eva Golinger

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Industrie forestière

Les travailleurs affrontent la crise et le refus des gouvernements de prendre leurs responsabilités

On estime que plus de 100 000 emplois ont été perdus en cinq ans dans le secteur forestier à l'échelle du Canada. Les travailleurs forestiers en ont plus qu'assez de l'indifférence du gouvernement Harper face à leur situation et face à l'industrie elle-même. Ce refus d'assumer ses responsabilités face à l'industrie est tel que des ministres de Stephen Harper sont allés jusqu'à dire que l'industrie forestière en est « à son déclin ». Nous reproduisons deux entrevues avec des travailleurs forestiers du Québec, membres du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP).

Entrevue
Lucien Côté, président de la section locale 3057 du SCEP et maire
de la municipalité de Taschereau en Abitibi-Témiscamingue

Nous étions 1 650 membres dans notre section locale et maintenant nous sommes environ 800. Nous avons perdu 50 % de nos membres dans les derniers 4 ou 5 ans. Plusieurs usines ont fermé pour des périodes de temps indéterminées. Nous ne sommes même pas capables d'avoir l'heure juste de la part des entreprises pour savoir si elles ont l'intention de réouvrir ou non. Cela crée beaucoup de difficultés et d'incertitude pour nos travailleurs. Notre section locale est une section composée qui a des membres dans plusieurs coins de l'Abitibi-Témiscamingue. Plusieurs de nos membres travaillent pour AbitibiBowater qui est sous la loi de la protection de la faillite et nous ne savons pas vraiment ce qui va leur arriver. La crise dans notre secteur ne montre aucun signe qu'elle va se résorber.

Certains de nos travailleurs mis à pied vont plus au nord pour essayer de se trouver de l'emploi dans notre secteur et il y en a d'autres qui essaient de se recycler dans d'autres secteurs. Certains ont trouvé du travail au salaire minimum tandis que d'autres n'ont toujours rien trouvé. On entend dire parfois que le secteur minier absorbe la main-d'oeuvre qui est mise à pied dans le secteur forestier mais c'est très marginal. Vous avez besoin de formation et de contacts pour entrer dans le secteur. Ça n'est pas vrai que vous avez juste à vous présenter et que vous allez être engagé. De plus, les entreprises minières ne sont pas intéressées aux travailleurs forestiers qui sont dans la quarantaine ou la cinquantaine.

Il y a quelques années, quand il était ministre des Ressources naturelles dans le gouvernement Charest, Pierre Corbeil nous a dit que les travailleurs forestiers ont juste à aller se recycler dans les mines ou même l'agriculture et tout va s'arranger. Ça n'est pas comme ça que ça fonctionne et lui-même n'est certainement pas un exemple de succès. C'est un dentiste qui s'est recyclé en ministre et voyez ce que ça a donné. Ça n'est pas si facile pour un travailleur forestier de la région de se recycler.

En plus d'être président de ma section locale, je suis le maire de Taschereau et je peux vous dire que la situation n'est pas facile pour la municipalité non plus. Nous sommes une municipalité mono-industrielle et la crise forestière affecte beaucoup notre revenu en taxes. Un des combats que nous menons, les travailleurs et la municipalité, c'est de nous assurer que nos CAAF (Contrats d'approvisionnement et d'aménagement forestier - ndlr) ne seront pas transférés dans d'autres municipalités à cause des fermetures. Nous devons garder nos CAAF attachés à nos usines parce que sinon nous perdons un levier pour les garder en vie et les repartir.

On ne peut pas dire que les gouvernements fédéral et provincial aient fait grand-chose pour nous. On voit bien qu'ils se fichent de ce que vivent les travailleurs.

Entrevue
Patrick Bouchard, vice-président de la section locale 3000-Q du SCEP

Notre section locale représente 1 700 travailleurs de la forêt qui font de l'abattage et de la sylviculture. Nous avons été durement frappés par la récession et notre insécurité est encore plus grande du fait que notre employeur AbitibiBowater s'est placé sous la loi de la protection de la faillite.

Un des problèmes que nous avons c'est que nous nous faisons constamment couper des heures avec peu ou pas d'avertissement. Par exemple, nous ne travaillerons pas pour une période de deux semaines à partir du 25 septembre. Nous avons un emploi mais nous sommes constamment en arrêt de production et nous l'apprenons à la dernière minute. Imaginez les difficultés pour les propriétaires de camions et d'abatteuses. Ils ne peuvent rien planifier. De plus, avec AbitibiBowater sous la protection de la loi de la faillite, les scieries ne gardent pas d'excès d'inventaire, ce qui coupe nos heures parce que les scieries ne prennent pas notre bois. Il faut comprendre qu'en plus de cela, nous ne travaillons en forêt que 9-10 mois par année. Quand c'est le temps de la fonte des neiges, par exemple, nous n'avons pas accès à la forêt. C'est tout le système qui est en crise. Ce qui me préoccupe le plus c'est la relève parce que les jeunes ne vont plus vouloir aller travailler en forêt. Pourquoi iraient-ils travailler là avec les conditions comme elles sont maintenant ? C'est très difficile de recruter des jeunes pour travailler en forêt et les classes de foresterie dans les écoles sont vides. Il y a trop d'incertitude. Moi j'ai 58 ans. Cela fait plus de 30 ans que je travaille en forêt et il me reste seulement quelques années avant que je prenne ma retraite mais il y a de moins en moins de jeunes pour prendre notre place. Nos forestiers sont épuisés.

C'est triste à dire mais ce qui compense pour les heures perdues ce sont les feux de forêt. Quand il y a des feux de forêt nous devons aller bûcher le bois rapidement avant qu'il pourrisse. C'est comme ça qu'on gagne un peu d'heures.

Les gouvernements ne nous aident pas. Le gouvernement Charest par exemple a passé la loi 57 et il veut qu'elle s'applique pleinement d'ici la fin de 2013. Une des choses que la loi va faire c'est de permettre aux entreprises de vendre leur CAAF au plus offrant. Cela veut dire encore plus de pertes d'emplois pour nous. Notre bois et nos emplois vont nous passer juste sous le nez pour aller ailleurs.

On peut voir que les gouvernements ne se soucient pas des travailleurs forestiers.

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Travailleurs migrants

Des inspections à l'improviste, une enquête
du coroner et une enquête criminelle sont
nécessaires pour démontrer une tolérance zéro
face au décès des travailleurs migrants

Le vendredi 10 septembre 2010, Justicia for Migrant Workers (J4MW), un groupe de défense des droits des travailleurs migrants, a appris que deux travailleurs agricoles migrants jamaïcains sont morts des suites de blessures subies sur les lieux de travail à la ferme Filsinger près d'Owen Sound, en Ontario. « Nous sommes attristés par cette tragédie, déclare Tzazna Miranda Leal, une organisatrice de Justicia pour les travailleurs migrants, Nous déplorons cette perte et nous faisons part de nos condoléances aux familles de ces travailleurs. »

Bien que les détails des accidents mortels ne sont pas divulgués en raison d'une enquête menée par le ministère du Travail, le gouvernement jamaïcain rapporte que Ralston White et Paul Roach peuvent avoir succombé à l'inhalation de fumées toxiques. Les violations de la santé et la sécurité sont monnaie courante pour les travailleurs migrants. Que ce soit l'exposition aux pesticides et aux produits chimiques, à l'équipement défectueux, à l'intimidation et au harcèlement, les travailleurs migrants de tous les coins de la province ont décrit de nombreux exemples de dangers au travail.

Il est essentiel d'examiner si de l'équipement de sécurité a été fourni à ces hommes, quelle formation ils ont reçue ou si de l'information leur a été fournie en ce qui a trait à leurs droits en vertu de la Loi sur la santé et la sécurité. J4MW fait valoir en outre que la structure du Programme des travailleurs agricoles saisonniers (PTAS) et du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET), qui emploient au Canada environ 30 000 travailleurs agricoles migrants, nie aux travailleurs migrants agricoles la mobilité au travail et la capacité d'exercer certains droits. La crainte d'une réprimande - que ce soit le licenciement, le rapatriement /déportation et la radiation permanente du Canada - est une préoccupation constante pour de nombreux travailleurs, dont l'emploi et la capacité à travailler au Canada dépendent en grande partie de l'approbation de leur employeur.

J4MW exhorte le ministre du Travail à examiner les options suivantes dans le but de contrer à l'avenir cette tragédie : inspections à l'improviste pour tous les lieux de travail et d'hébergement où les travailleurs migrants vivent et travaillent, une enquête du coroner sur les détails relatifs à ces décès en milieu de travail ; un mécanisme d'appel inscrit dans le PTAS et le PTET afin que les travailleurs migrants ne puissent pas être arbitrairement et unilatéralement rapatriés dans leur pays d'origine (protection anti-représailles) ; une amélioration des droits du travail et la protection de tous les travailleurs migrants ; et une enquête criminelle sur ces mortalités au travail conformément au mandat de l'article 217.1 du Code criminel du Canada. Le code stipule que :

«  Il incombe à quiconque dirige l'accomplissement d'un travail ou l'exécution d'une tâche ou est habilité à le faire, de prendre les mesures voulues pour éviter qu'il n'en résulte de blessure corporelle pour autrui. »

Chaque année, plus de 300 travailleurs meurent en Ontario dans des décès liés au travail. De nombreux autres sont mutilés ou blessés. L'agriculture demeure l'une des professions les plus dangereuses dans l'ensemble du Canada. Depuis 1999, il y a eu 33 décès déclarés de travailleurs migrants employés en Ontario sous les auspices du Programme des travailleurs agricoles saisonniers et 1 129 rapatriements pour des fins médicales des migrants du PTAS (les travailleurs qui ont quitté le Canada pour cause de maladie ou de blessures subies en Ontario). Le nombre d'accidents et de décès de travailleurs migrants ne sont pas tous signalés en raison du rapatriement prématuré et du fait que les travailleurs meurent dans leur pays d'origine à la suite de blessures subies pendant qu'ils travaillaient au Canada.

Pour plus d'informations s'il vous plaît contacter Chris Ramsaroop au 647-834-4932, à ramsaroopchris@gmail.com ou Shane Martinez : 416-971-8832, à martines@lao.on.ca.

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

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Europe

Manifestations de masse contre les «mesures d'austérité» anti- sociales


Le 29 septembre 2010, Bruxelles, Belgique: Les métallos français participent à une marche
sur le  parlement de l'Union européenne. (Xinhua)

Le 29 septembre dernier, toute l'Union européenne (UE) a été marquée par des manifestations de masse des travailleurs contre l'offensive néo-libérale anti-sociale des gouvernements et contre leurs mesures d'austérité qui attaquent les moyens de subsistance et les programmes sociaux qui sont nécessaires pour assurer le bien-être de la population.

À l'appel de la Confédération européenne des syndicats, une série de manifestations coordonnées ont eu lieu dans 13 des 27 capitales de l'UE , notamment à Bruxelles, Dublin, Lisbonne, Rome, Paris, Riga, Varsovie, Nicosie, Bucarest, Prague,Vilnius, Belgrade et Athènes. La Confédération générale du travail a rapporté 230 actions ne serait-ce qu'en France.


Madrid le 29 septembre 2010: Plus de 500 000 personnes disent «Non» aux mesures d'austérité du gouvernement
Zapatero sous la dictature de l'UE et du FMI. Sur la pancarte à droite: «Certains, seulement avec des pistolets;
d'autres, avec les lois du vol».

À Bruxelles, qui est également le siège du parlement de l'UE, il y a eu convergence de quelque 100 000 travailleurs de 50 syndicats et pratiquement de tous les États-membres de l'UE. Ils ont paralysé Bruxelles, agitant des drapeaux syndicaux et portant des banderoles disant : « Non à l'austérité » et « Priorité à la croissance et l'emploi ». Les travailleurs ont exprimé sans équivoque qu'ils ne seront pas punis pour une crise économique qu'ils n'ont pas provoquée. Au contraire, ce sont les travailleurs qui ont déjà fait les frais de la crise et qui ont besoin de l'aide sociale et des pensions provenant de la richesse sociale qu'ils produisent de manière à surmonter la crise. Le taux de chômage de l'UE est déjà de 9,6 % et près du double en Espagne, Lettonie et Estonie.

En Espagne, les événements de la journée ont pris la forme d'une grève générale, la première au pays depuis 2002. Les syndicats espagnols ont déclaré que 10 millions de personnes, soit environ 70 % de la population active, y ont participé. Beaucoup de petites entreprises ont fermé leurs portes en solidarité, les vols aériens ont été suspendus et la programmation de la télévision a été annulée.

En Grèce, les travailleurs ont défilé durant la soirée devant le parlement pour protester contre les mesures d'austérité qui leur sont imposées par l'UE et le FMI en échange de renflouer le pays. Depuis le début de l'année, la Grèce a été témoin de grèves générales de plus en plus grandes, comme celle contre les coupures de pensions et de la sécurité sociale. Jusqu'à 3 millions de personnes sont descendues dans la rue. Une quatrième journée d'action a eu lieu le 2 octobre, s'étendant à tout le pays.




En haut à droite: Les syndicats britanniques participent à l'action à Bruxelles. En haut à gauche: Dublin, Irlande.
Centre à gauche: Madrid. Centre à droite: Barcelone, Espagne. En bas à gauche: Riga, en Lettonie.
En bas à gauche: Athènes, Grèce. (Xinhua, Indymedia, Alicia Garcia / CNT)

En Grande-Bretagne, des actions ont ciblé l'offensive du gouvernement contre les services publics. Ces services essentiels ne doivent pas être coupés, ont dit les manifestants; il existe des alternatives. En Irlande, une des entrées du Dail, le parlement irlandais, a été bloquée par un camion de ciment portant le slogan « Banque anglo-toxique » pour protester contre les énormes plans de sauvetage accordés aux institutions financières du pays, tandis que les gens sont soumis, au nom d'idéaux élevés, à des mesures d'austérité anti-sociales.

Workers' Daily, publié par le Parti communiste révolutionnaire de Grande-Bretagne (marxiste-léniniste) souligne :

« Les syndicats et les centrales syndicales européennes affirment la détermination des travailleurs dans toute l'Europe qu'il y a une alternative aux coupures et aux mesures d'austérité, qu'il y a moyen de se sortir de la crise et que c'est exactement le contraire de ce que les gouvernements ont proposé. Ces gouvernements cherchent à détruire la notion d'une société en imposant les programmes des monopoles, centrés autour des coupures pour réduire les déficits budgétaires. La crise financière et économique n'a pas été causée par des investissements dans les programmes sociaux et en veillant à ce que l'économie serve les besoins des peuples de l'Europe. Elle a été causée par l'irresponsabilité et la grossière insouciance des monopoles et de l'oligarchie financière. Cela a été l'ordre du jour de l'UE, ainsi que des gouvernements britanniques successifs. »

LML salue les actions militantes des travailleurs européens et leur souhaite tout le succès possible à contrer l'offensive anti-sociale des cercles dirigeants.

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Élections générales au Brésil

Un deuxième tour pour les présidentielles


Dilma Rousseff (gauche) fait campagne avec le président
sortant Luis «Lula» da Silva (centre) à Sao Bernado,
le 2 octobre 2010. (BNA)

Le dimanche 3 octobre, des élections générales ont eu lieu au Brésil pour la présidence, les gouverneurs des 26 États, les 513 sièges au Congrès national et les deux tiers des sièges au Sénat fédéral, soit 54 sur 81.

Neuf candidats étaient en lice pour le poste de président. Dilma Rousseff du Parti des travailleurs du Brésil (PT), le parti du président sortant Luis « Lula » da Silva, a remporté 47 % des 111 millions de votes recueillis (le nombre total des électeurs admissibles était de 135 894 433), se classant première au premier tour. La loi électorale du Brésil force un second tour si aucun des candidats n'atteint la majorité simple, soit 50 % plus un. Il y aura donc un second tour le 31 octobre entre Rousseff et José Serra du Parti social-démocrate du Brésil (PSDB) qui est arrivé second avec environ 32,6 % des votes.

Rousseff a dit à la presse lundi qu'elle est en pleine forme pour le second tour : « Le second tour me donnera l'occasion de présenter mes propositions de façon plus détaillée, mes projets pour l'élimination de la pauvreté et pour le développement et pour assurer des taux de croissance élevés au Brésil. » Elle a réitéré que son objectif est de faire bénéficier 190 millions de Brésiliens de la richesse du pays.

Rousseff, ex-chef de cabinet de Lula et ministre des Mines et de l'Énergie, jouit de l'appui des mouvements démocratiques, populaires, progressistes et de gauche et notamment du Parti communiste du Brésil (PCdoB). Son principal adversaire, Serra, du PSDB, a été gouverneur de l'État de Sao Paulo. Il est appuyé par une coalition d'opposition conservatrice formée essentiellement du PSDB et du Parti démocratique. Il a été défait de façon décisive par Lula lors de l'élection présidentielle de 2002.

Dans le numéro du 3 octobre de son journal Vermelho, le PCdoB écrit que le choix entre les deux candidats est le choix entre un Brésil qui continue de se construire comme une nation progressiste et indépendante et un Brésil qui recule et redevient le jouet des représentants de l'impérialisme, des monopoles, du capital financier, des riches propriétaires fonciers et des propriétaires des médias conservateurs.

Le président national du PCdoB, Renato Rabelo, a expliqué que le résultat du premier tour n'est pas surprenant et ne change en rien le fait que Rousseff demeure la candidate favorite. Il a dit que la baisse de la position de Rousseff dans les sondages vers la fin du premier tour est attribuable à la campagne réactionnaire contre elle menée par l'opposition en collusion avec les médias. « Un second tour est devenu probable dans les deux dernières semaines, a-t-il dit, quand les sondages en ont fait ouvertement mention. » Il a dit que la candidate qui s'est placée troisième, Marina Silva, du Parti vert, en a bénéficié. Silva a remporté 19 % des votes.

Umberto Martins a écrit dans Vermelho que les forces de droite, face à la possibilité de la défaite définitive de leur candidat au premier tour, ont mis à profit le contrôle qu'ils exercent sur les médias pour s'attaquer au discours politique et à la pensée indépendante du peuple. Elles ont en effet dépeint le gouvernement Lula comme un ennemi de la liberté de presse et ont étouffé le débat des idées et des programmes en lui substituant des rumeurs de scandales et le sensationnalisme.

Rabelo a dit ne pas craindre le second tour car celui-ci donnera l'occasion à Rousseff de mieux présenter ses propositions et son programme final, ce qu'elle n'a pas pu faire au premier tour. « Toutes les conditions sont là, a-t-il dit, pour une victoire au second tour qui confirmera Dilma comme favorite, comme ce fut le cas avec Lula en 2006. »

LML félicite Dilma Rousseff, le PT et le PCdoB pour leur forte performance dans cette élection.

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Équateur

Derrière le coup d'État:
l'assaut de la droite contre l'ALBA

La tentative de coup d'État contre un pays de l'Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) fait partie de l'effort pour freiner les processus d'intégration et de démocratisation révolutionnaire en Amérique latine. La droite est à l'offensive en Amérique latine. Le succès qu'elle a remporté au Honduras en 2009, contre le gouvernement de Manuel Zelaya, lui a donné de nouvelles forces et la confiance nécessaire pour frapper encore.

Si les élections du 26 septembre au Venezuela ont donné la victoire au Parti socialiste uni (PSUV), elles ont aussi cédé un peu d'espace aux forces les plus réactionnaires et les plus dangereuses qui cherchent à créer la déstabilisation au service d'intérêts impériaux. Les États-Unis ont réussi à installer des éléments clés à l'Assemblée nationale et à leur donner un espace de manoeuvre pour saper la démocratie vénézuélienne.


Quito, Équateur, le 30 septembre 2010: Le peuple se porte à la défense du président Rafael Correa
contre le coup d’État échoué des policiers. (Indymedia)

Le lendemain des élections, la principale défenseuse du processus de paix en Colombie, Piedad Cordoba, a été démise de ses fonctions de sénateur de la République par le Contrôleur général sur la base de preuves falsifiées. Le renvoi de la sénatrice Cordoba est la manifestation d'une offensive contre les forces progressistes de Colombie qui cherchent des solutions véritables et pacifiques à la guerre que vivent les Colombiens depuis plus de 60 ans.

Puis hier, le 30 septembre, il y a eu une tentative de coup d'État en Équateur. Des officiers de police insubordonnés se sont emparés de plusieurs institutions dans la capitale, Quito, et ont provoqué le chaos et la panique.

Selon la version rapportée, ils protestaient contre une nouvelle loi adoptée par l'Assemblée nationale la veille qui les prive de certaines primes de travail.

Le président Rafael Correa est allé à la rencontre des policiers pour essayer de résoudre le conflit mais ceux-ci l'ont attaqué. Il a été blessé à la jambe et incommodé par des gaz lacrymogènes. Il a été transporté à un hôpital militaire de Quito, d'où il a ensuite été détenu contre sa volonté.


Le président équatorien Rafael Correa après avoir été attaqué par les policiers le 30 septembre 2010. (Indymedia)

Les mouvements populaires se sont emparés des rues et ont exigé la libération de leur président, démocratiquement élu l'année précédente avec une écrasante majorité. Des milliers d'Équatoriens se sont portés à la défense du président Correa pour secourir leur démocratie des mains de comploteurs. Ces derniers cherchaient à provoquer la démission du gouvernement national.

Le président a finalement été secouru par les Forces spéciales de l'armée équatorienne en fin de soirée. Il a dénoncé les comploteurs et il a attribué la responsabilité directe de la tentative de coup à l'ancien président Lucio Gutierrez. Ce dernier a subi une défaite lamentable aux élections de 2009, plus de 55 % des électeurs ayant préféré Correa. Aujourd'hui il a dit à la presse : « La fin de la tyrannie Correa est proche » et il a demandé « la dissolution du parlement et la convocation d'élections présidentielles ».

Mais au-delà de Gutierrez, il y a des facteurs extérieurs à l'oeuvre dans cette affaire.

Infiltration de la police

Selon le journaliste Jean-Guy Allard, un rapport officiel du ministre de la Défense de l'Équateur, Javier Ponce, publié en octobre 2008, révélait que « des diplomates étasuniens s'affairent à corrompre la police et les forces armées ».

Le rapport confirme que des unités de police « entretiennent une dépendance économique informelle des États-Unis, notamment pour le financement de dénonciateurs, la formation, l'équipement et les opérations ».

Réagissant à ce rapport, l'ambassadrice des États-Unis en Équateur, Heather Hodges, a dit : « Nous travaillons en collaboration avec le gouvernement, avec l'armée et avec la police pour la réalisation d'objectifs qui sont très importants pour la sécurité. » Selon elle, le travail avec les forces de sécurité équatoriennes porte sur « la lutte contre le trafic de la drogue ».


À gauche: Les policiers en mutinerie tiennent le président Correa en otage à l’hôpital où il a été amené
après l’attaque. À droite: D’autres policiers se livrent à des méfaits dans les rues de Quito. (Indymedia)

L'ambassadrice

Hodges a été envoyée en Équateur en 2008 par le président George W. Bush. Elle avait fait ses preuves à la direction de l'ambassade des États-Unis en Moldavie, un pays socialiste qui faisait jadis partie de l'Union soviétique. Elle y a semé les graines de la « révolution colorée » qui a échoué en 2009 contre le parti communiste élu à la majorité.

Avant cela, en 1991, elle était directrice adjointe de l'Office des affaires cubaines du département d'État. Celui-ci avait comme mission de provoquer la déstabilisation à Cuba. Deux ans plus tard elle est allée au Nicaragua pour consolider l'administration de Violeta Chamorro, la présidente choisie par les États-Unis aux termes de la sale guerre qui avait mené à la défaite du gouvernement sandiniste en 1989.

Lorsque Bush l'a envoyée en Équateur, c'était dans l'intention de provoquer la déstabilisation contre Correa au cas où ce dernier refuserait de se soumettre aux objectifs de Washington. Hodges a obtenu l'augmentation du budget de la USAID et du National Endowment for Democracy (NED) pour le financement d'organisations sociales et de groupes politiques représentant les intérêts des États-Unis, notamment auprès des populations autochtones.

Suite à la réélection de Correa en 2009, conformément à une nouvelle constitution approuvée par l'écrasante majorité des hommes et femmes du pays en 2008, l'ambassadrice s'est mise à l'oeuvre.

USAID

Certains groupes sociaux progressistes ont exprimé leur mécontentement face aux politiques du gouvernement Correa. Il ne fait pas de doute que son gouvernement fait l'objet de plaintes légitimes.

Mais les groupes et organisations qui s'opposent aux politiques de Correa ne sont pas tous des agents impériaux. Plusieurs reçoivent une aide financière et des directives de l'étranger et leur rôle est de créer la déstabilisation au-delà de l'expression naturelle de la critique et de l'opposition au gouvernement.

En 2010, le département d'État a haussé le budget de la USAID pour l'Équateur à plus de 38 millions $. Au total, 5 640 000 $ ont été investis dans l'oeuvre de « décentralisation » ces dernières années. Un des principaux artisans des programmes de la USAID en Équateur agit aussi au sein de la droite en Bolivie : la Chemonics Inc. Par ailleurs, le NED a accordé une subvention de 125 806 $ au Centre pour l'entreprise privée (CIPE) pour la promotion de traités de libre-échange, de la mondialisation et de l'autonomie régionale en Équateur par la radio, la télévision et les journaux, de concert avec l'Institut équatorienne de la politique économique.

Certaines organisations, comme Participación Ciudadana et Pro-Justicia, et des sections du Conseil pour le développement des peuples d'Équateur (CODEMPE), de Pachakutik, de la Confédération des nationalités autochtones d'Équateur (CONAIE), de la Indigenous Enterprise Corporation et de la Fundación Quellkaj ont reçu un financement de la USAID et du NED.

Durant les événements du 30 septembre, un de ces groupes, le Pachakutik, a émis un communiqué en appui aux policiers et demandant la démission du président Correa, le tenant responsable de ce qui s'est produit. Le groupe lui a même reproché une « attitude dictatoriale ».

Le Pachakutik a conclu une alliance politique avec Lucio Gutierrez en 2002 et ses liens avec l'ancien président sont bien connus. Voici le texte du communiqué :

LE PACHAKUTIK DEMANDE AU PRÉSIDENT CORREA DE DÉMISSIONNER ET APPELLE À LA FORMATION D'UN FRONT NATIONAL UNIQUE

Communiqué 141

Face à la grave agitation politique et à la crise interne provoquées par l'attitude dictatoriale du président Rafael Correa, qui a attaqué les droits des employés de la fonction publique et de la société, le chef du mouvement Pachakutik, Cléver Jiménez, invite le mouvement autochtone, les mouvements sociaux et les organisations politiques démocratiques à former un front national unique pour exiger la démission du président Correa suivant les dispositions de l'Article 130-2 de la Constitution qui stipulent : "L'Assemblée nationale renverra le président de la République dans les cas suivants : [...] 2) Grave crise politique et agitation intérieure."

Jiménez a soutenu la lutte des employés de l'État, notamment celles des policiers qui se sont mobilisés contre les politiques autoritaires du régime qui visent à éliminer les droits acquis des employés. Il faut voir l'action des policiers et des membres des Forces armées comme une action juste de la part de fonctionnaires dont les droits sont attaqués.

Cet après-midi, le Pachakutik lance l'appel à toutes les organisations du mouvement autochtone, aux travailleurs et aux démocrates à bâtir l'unité et à préparer de nouvelles actions contre l'autoritarisme de Correa, à la défense des droits et des garanties de tous les Équatoriens.

Secrétaire de presse

PACHAKUTIK BLOQUE

Le scénario utilisé au Venezuela et au Honduras se répète. On tente de tenir le président et le gouvernement responsables du « coup » pour ensuite l'obliger à démissionner. Le coup d'État en Équateur est la prochaine phase de l'agression permanente contre l'ALBA et les mouvements révolutionnaires de la région.

Le peuple demeure mobilisé dans son rejet de la tentative de coup et les forces progressistes de la région s'unissent pour exprimer leur solidarité et leur appui au président Correa et à son gouvernement.

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

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