Le Marxiste-Léniniste

Numéro 112 - 9 juin 2009

Élections en Nouvelle-Écosse

Il y a une alternative!


Les Néo-Écoassais présentent leurs revendications: À gauche: le 25 octobre 2008, opposition au rôle criminel que joue le Canada en Afghanistan et à la militarisation du Port de Halifax, la ville la plus militarisée du Canada. Au centre: Marche du Premier Mai devant l'assemblée législative, pour la dignité du travail, l'opposition au fascisme et à la guerre, contre la destruction nationale et la destruction de la base manufacturière et pour le contrôle de l'économie par le peuple. À droite: Rassemblement pour la justice et l'équité à Kentville en appui aux justes revendications des travailleurs de l'industrie avicole mis à pied, le 9 février 2009.

Il y a une alternative!
Porte canadienne de l'Atlantique: La politique du pragmatisme et l'éléphant dans la pièce - Tony Seed
La filière Michelin: Les Néo-Écossais doivent rejeter la politique du «pragmatisme» - Ena Boutilier et Tony Seed

À titre d'information
Le «citoyen exemplaire» Michelin
Les origines de l'empire Michelin

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Élections en Nouvelle-Écosse

Il y a une alternative!

Le 4 mai, les partis de l'opposition en Nouvelle-Écosse ont défait la loi du budget du gouvernement MacDonald. Cela a vite fait d'entraîner la chute du gouvernement conservateur minoritaire et la convocation des électeurs à des élections provinciales le 9 juin. La loi du budget contenait un amendement à la Loi sur les finances provinciales permettant l'utilisation d'une partie des 830 millions $ de l'Accord atlantique (fédéral-provincial) à des fins autres que le financement de la dette provinciale de 12 milliards $, qui est la plus élevée per capita au Canada (et détenue en grande partie par des intérêts financiers privés de Wall Street), dette sur laquelle les Néo-Écossais paient des intérêts annuels de 900 millions $. Le NPD et le Parti libéral accusent le gouvernement MacDonald, qui prévoyait un surplus de 4 millions $ pour 2009-2010, de vouloir se servir de l'argent de l'Accord atlantique pour masquer un déficit. Pour sa part le gouvernement MacDonald prétend qu'il n'y avait pas d'autre source de financement disponible pour assumer les coûts des programmes et des services de la loi sur le budget. Le cabinet s'est ensuite servi de son pouvoir spécial de dépenser pour accorder 130 millions $ à des travaux routiers et des projets de construction à titre de « dépenses de stimulation ».

À la dernière élection provinciale, en juin 2006, les conservateurs ont perdu deux sièges. Au moment de la dissolution de l'assemblée législative le mois dernier, les conservateurs détenaient 21 des 52 sièges, suivis du NPD avec 20 sièges et des libéraux avec 9 sièges. Il y avait un député indépendant et un siège vacant.

La Nouvelle-Écosse est gouvernée par un gouvernement minoritaire depuis que le premier ministre conservateur John Hamm a perdu la majorité en août 2003. Ce sera la cinquième élection provinciale depuis 1998, ce qui illustre l'instabilité du système parlementaire non représentatif.

En plus des partis d'affaires dits « majeurs », il y a deux autres partis qui participent à cette élection. Le Parti vert présente des candidats dans l'ensemble des 52 circonscriptions et un représentant du parti libertaire Atlantica, qui n'a pas complété son enregistrement à temps, se présente comme candidat indépendante. Il n'y a que quatre candidats indépendants au total, dont un ancien membre du cabinet conservateur. Cette élection est une manifestation de la crise de crédibilité et de légitimité du cartel de partis traditionnels, comme l'est aussi la chute constante du taux de participation des électeurs aux élections provinciales. À la dernière élection le taux de participation était de 59,89 %, ce qui représente une chute de 16 % par rapport à 1988 (10 % entre 1998 et 2006).

La campagne électorale a été marquée par une controverse hystérique au sujet des dons des sociétés et des syndicats aux trois partis d'affaires, à la fois un signe de la décrépitude de la « démocratie représentative » et un facteur contribuant à la crise de ce système où les partis politiques en général sont de plus en plus vus comme ne représentant pas l'électorat. C'est l'accès aux leviers du pouvoir qui est vendu et acheté avec des « dons » politiques. En même temps, le Halifax Chronicle Herald cherche à créer l'hystérie au sujet des « syndicats » et du danger de « marginalisation » de l'électorat pour discréditer les affaires politiques en général.

Il faut voir que ce scandale est créé pour éclipser les dangers réels qui existent, les dangers d'annexion, de fascisme et de guerre, et les mesures qui sont prises pour écarter encore plus les simples citoyens des prises de décisions sous prétexte que la meilleure solution à tous les problèmes est d'avoir des gouvernements qui font les « bons choix » pour eux. C'est la nouvelle voie rapide que propose l'État pour apporter des changements qui ne sont pas dans l'intérêt du peuple et c'est une façon de détourner la colère du peuple face à sa marginalisation et de la diriger contre les « intérêts spéciaux », les « syndicats » et la « corruption », en faveur de despotes qui, eux, agiraient dans le meilleur intérêt de tous.

Les derniers sondages font état d'un « niveau considérablement élevé de mécontentement envers les conservateurs » et les médias font miroiter la possibilité d'un « changement historique », c'est-à-dire l'élection d'un premier gouvernement NPD à l'Est de l'Ontario. Selon les médias, c'est la réponse à la demande de « changement » des Néo-Écossais.

Le chef du NPD Darrell Dexter a été félicité pour son « pragmatisme » et ses « politiques pondérées » par ce même Chronicle Herald, notamment pour avoir déclaré qu'un gouvernement néo-démocrate n'abrogerait pas la « Loi Michelin », une loi antiouvrière adoptée en 1979. « Je ne suis pas intéressé à mener des batailles qui ont eu lieu il y a 30 ans », a-t-il dit, ajoutant que la société Michelin Canada, une filiale du plus grand monopole du pneu au monde, contrôlant 20 % du marché mondial, qui s'est toujours conduite comme une puissance souveraine en Nouvelle-Écosse, « a été un bon citoyen corporatif dans cette province ». Avec cette déclaration M. Dexter proclame à toute fin pratique que son gouvernement ouvrira toutes grandes les portes de la Nouvelle-Écosse à l'exploitation et au pillage du capital monopoliste, au droit de monopole et à l'annexion aux États-Unis par des projets comme Atlantica et Porte canadienne de l'Atlantique (Atlantic Gateway).

À l'heure où la démocratie représentative de la Nouvelle-Écosse connaît une crise de crédibilité sans précédent, le parti au pouvoir se retrouvant troisième dans les sondages, la mascarade du NPD avec sa devise « un meilleur marché pour les familles d'aujourd'hui » sert très bien les intérêts des monopoles. Les travailleurs réclament depuis 30 ans que les employés de Michelin aient droit à la syndicalisation et la déclaration de M. Dexter montre que son gouvernement s'engage à nier les droits de différents secteurs de la population et à utiliser le pouvoir politique et juridique de l'État pour défendre le droit de monopole, à tout mettre à la disposition de « nos monopoles » dans leur rivalité sur les marchés mondiaux et à faciliter la militarisation de l'économie et des installations portuaires de la province. Dans ce programme centré sur le capital, le droit d'être du peuple, de la classe ou de la nation est présenté comme un privilège accordé à ceux qui se comportent d'une façon acceptable et « pondérée » envers le droit de monopole.

Il y a une alternative ! Le problème posé et à résoudre est de trouver les moyens de changer la situation en faveur du peuple, de concentrer l'attention sur le fait que le système de démocratie représentative tel qu'il existe est le fondement de la fraude perpétuelle et de la corruption et que le système qui porte au pouvoir les partis de l'establishment suivant une rotation circonstancielles a fait son temps et doit faire place à de nouveaux arrangements.

Bref, pour la classe ouvrière et le peuple il s'agit de discuter de la nécessité du renouveau démocratique et de moyens de le réaliser, pour éliminer les abus de pouvoir et le privilège de classe et pour garantir le bien-être de tous. La voie vers l'avant est de bâtir le mouvement de la classe ouvrière et du peuple pour sélectionner des candidats parmi les leurs qui seront politiciens ouvriers à la prochaine élection, à commencer dès maintenant.

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Porte canadienne de l'Atlantique: La politique du pragmatisme et l'éléphant dans la pièce

Le NPD de la Nouvelle-Écosse s'est gagné des appuis sans précédent parmi les médias monopolisés, publics et privés, pour son « pragmatisme » et ses « politiques pondérées ». Le pragmatisme est le culte de l'absence de principe. Le NPD de la Nouvelle-Écosse proclame à son tour que pour maintenir le statu quo « la fin justifie les moyens ».

Cela comprend l'éléphant qui est dans la pièce et dont personne ne parle, la chose au sujet de laquelle le cartel des partis politiques et les médias privés et publics se sont accordés à garder le silence pendant la campagne électorale.

La Porte canadienne de l'Atlantique (Atlantic Gateway), préparé à l'origine par l'Atlantic Institute of Market Studies établi en 1994 avec un financement américain, est un projet de privatisation des services publics, d'abandon de la souveraineté nationale et d'offensive contre les salaires et les conditions de travail en créant une nouvelle zone transfrontalière sur le plan de l'économie, du transport, du pétrole et de l'appareil militaire partant de Halifax et des villes portuaires de la Nouvelle Angleterre et des Grands Lacs jusqu'en Asie, en passant par la région stratégique du golfe Persique et le Canal de Suez. Les publicistes du projet attaquent la lutte du peuple palestinien et l'Iran, qu'ils qualifient de « terroristes », à la défense de l'État sioniste d'Israël, la porte de l'Asie. Ce n'est pas un hasard si des navires de guerre canadiens ont été déployés dans le golfe Persique et la Corne de l'Afrique par Peter MacKay, ministre de la Défense nationale et ministre de la Porte canadienne de l'Atlantique, sous prétexte de pourchasser des pirates de hautes mers. Ce n'est pas un hasard non plus si le NPD réclame depuis quelque temps la construction, dans les chantiers maritimes de Halifax et du Canada atlantique, de navires d'approvisionnement à la fine pointe de la technologie, un projet de 3-5 milliards de dollars. Le NPD dit que c'est pour « créer des emplois » mais tout cela s'inscrit dans un projet soutenu par les banques, la famille Irving et d'autres intérêts monopolistes de la Nouvelle Angleterre et des Maritimes et financé par l'Agence de promotion économique du Canada atlantique. Depuis le printemps 2006, ce projet a fait l'objet de plusieurs grandes manifestations organisées par les jeunes, les syndicats et les environnementalistes avec leur mot d'ordre : « Resist Atlantica ! ». Depuis avril 2009, des jeunes travailleurs de la région tiennent des forums et poursuivent une discussion sérieuse sur la nature de classe du projet Atlantica.


Manifestation contre le sommet Atlantica à Halifax en 2007.

Comme l'a promis Darrel Dexter, le programme du NPD comprend la création d'« un conseil de la Porte de l'Atlantique où les autorités portuaires, les expéditeurs et les principaux usagers pourront mettre au point une stratégie pour maximiser l'utilisation du Canada atlantique comme route d'exportation et importation de l'Amérique du Nord. Je demeure convaincu qu'un conseil des tiers est vital si nous voulons que le Canada atlantique ne perde pas son temps et son argent dans des efforts morcelés tandis que Montréal et d'autres mus par un objectif commun remportent le gros lots. J'applaudis tous les intervenants du monde des affaires qui travaillent à une approche effective et coopérative. » (Allocution à la Chambre de commerce de Halifax, 12 février 2009)

Dans cette zone, pour garantir le transport le plus rapide possible des ressources, des marchandises et des matériaux de guerre, tous les droits et libertés des travailleurs seront suspendus, comme c'est déjà le cas pour les travailleurs des installations portuaires de Halifax depuis l'entrée en vigueur d'une nouvelle réglementation fédérale instituée par le gouvernement Harper en novembre 2007.

Les mécanismes comme les « conseils des tiers » qui comprennent la participation des syndicats, du capital monopoliste et du gouvernement s'apparentent au projet fasciste d'« une seule nation » qui laisse la classe ouvrière sans défense devant l'offensive concertée des propriétaires du capital et des gouvernements. Le tripartisme dans les affaires économiques et politiques est basé sur les théories de l'exceptionnalisme selon lesquelles il y n'y a pas d'alternative possible au système capitaliste rongé par la crise et sur le chauvinisme d'« une seule nation », qui ne reconnaît pas que la société est divisée en classes et que le capital monopoliste existe uniquement par l'exploitation de la classe ouvrière et la négation de ses droits. Il a pour objectif d'affaiblir la classe ouvrière industrielle, comme les travailleurs des ports maritimes, comme base de la résistance dans l'empire américain et le Canada annexé. Un mouvement ouvrier nord-américain déstabilisé devient à la fois une réserve de la guerre impérialiste et la cible du pillage capitaliste. Comme le dit M. Dexter, son objectif est de faire la guerre au Québec dans la rivalité pour les routes commerciales dans le monde.

Le pragmatisme du NPD et sa théorie de l'« équilibre » entre « le bon citoyen corporatif » comme Michelin, les « conseils des tiers » et « un meilleur marché pour les familles d'aujourd'hui » servent précisément une fin : le fascisme corporatiste et la guerre.

La victoire de la politique pragmatique du NPD à l'élection du 9 juin signifie que les travailleurs doivent intensifier la résistance aux plans de l'empire américain et de ses laquais du Canada annexé. Leur but est de détruire notre base manufacturière et le mouvement syndical avec des théories de l'exceptionnalisme et le tripartisme d'« une seule nation ». Par notre résistance, nous pouvons occuper l'espace du changement pour établir une alternative qui sert nos intérêts.

* Tony Seed était le candidat du Parti marxiste-léniniste du Canada pour Halifax à l'élection fédérale de 2008.

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La filière Michelin

Les Néo-Écossais doivent rejeter
la politique du «pragmatisme»

Durant la campagne électorale, le chef du NPD qui sera sans doute le prochain premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Darrell Dexter, a dit que s'il est élu, son gouvernement n'abrogera pas la « Loi Michelin », cette loi antiouvrière adoptée en 1979. « Je ne suis pas intéressé à mener des batailles qui ont eu lieu il y a 30 ans », a-t-il dit. En fait, M. Dexter déclare que sous son gouvernement la Nouvelle-Écosse ouvrira encore plus grandes les portes à l'exploitation et au pillage du capital monopoliste, au droit de monopole et à l'annexion aux États-Unis par des projets comme Atlantica et la Porte canadienne de l'Atlantique.

Son gouvernement s'affairera donc à nier les droits de différents secteurs de la population en Nouvelle-Écosse et dans le monde, où le droit d'être est réduit à un privilège accordé ou refusé selon que la personne ou le groupe de personnes se comporte d'une façon qui soit acceptable pour les pouvoirs en place.

Michelin : Une multinationale qui fait la loi

M. Dexter a sans doute réussi à reléguer aux oubliettes les préoccupations légitimes de nombreux travailleurs néo-écossais et à apporter un peu de quiétude aux monopoles et à leurs représentants locaux, mais il offre aussi aux travailleurs de cette province l'occasion d'évaluer à sa juste valeur ce parti qu'on dit l'« ami des syndicats ».

La déclaration comme telle ne représente pas un changement de la politique du NPD, contrairement à ce qu'affirment certains médias qui cherchent à détourner l'attention de la realpolitik de ce parti. Une entrevue accordée au Halifax Chronicle Herald en juillet 1999 par l'ancien chef du NPD Robert Chisholm comprend l'échange suivant :

« Q : En échange de l'appui des syndicats, songerez-vous à abroger les lois Michelin et Steen ?

« R : Non. Je crois qu'il y a en qui sont encore en colère contre le gouvernement pour avoir fait ces choses là, pour être intervenu et avoir rompu l'équilibre qui existait. Nous ne sommes pas prêts à mener les vieilles batailles. Nous allons nous en éloigner. Nous l'avons fait savoir très clairement. »

En 2000, le candidat à la direction du NPD Dave Peters, ancien président du Syndicat des employés du gouvernement de la Nouvelle-Écosse, a dit durant la campagne : « Beaucoup de temps s'est écoulé... À mon avis revenir là-dessus, ce n'est gagnant pour personne. Je suis plutôt porté à ne pas y toucher. »

La loi en question est un amendement apporté en 1979 à la loi sur les syndicats qui permet à la Commission des relations de travail de refuser l'accréditation syndicale aux travailleurs s'ils n'obtiennent pas la signature des travailleurs de la majorité des autres succursales de l'employeur dans la province. L'entreprise peut demander à la Commission de considérer ses succursales comme étant « interdépendantes » et donc comme formant une seule unité de négociation.

Cette loi a été rédigée au moment où le syndicat des Travailleurs unis du caoutchouc (TUC) s'apprêtait à couronner trois années d'effort pour syndiquer les travailleurs de l'usine Michelin à Granton. En exigeant que les organisateurs obtiennent également la signature de la majorité des travailleurs à l'usine de Bridgewater, la nouvelle loi avait pour toute conséquence pratique de briser l'effort de syndicalisation, même si les travailleurs de Granton s'étaient déjà prononcés dans un vote. La loi a été adoptée sous l'appellation « Loi Michelin » parce que Michelin était la seule compagnie visée dans la province. Les votes n'ont jamais été comptés. Et le jour suivant l'adoption de la loi, Michelin a confirmé son intention d'ouvrir une troisième succursale à Waterville. L'opposition du NPD à la Loi Michelin tout au long des années 1980 n'était que pour la forme.

Depuis que M. Dexter a déclaré son appui à la Loi Michelin, les louanges et les appuis fusent de toute part, même chez ceux qu'on considère comme étant ses adversaires idéologiques, comme les éditorialistes du Halifax Chronicle Herald qui le félicitent pour ses « politiques pondérées » et son « pragmatisme », la politique selon laquelle la fin justifie les moyens.

M. Dexter est même allé jusqu'à dire que Michelin Canada, une filiale du plus grand monopole mondial du pneu, avec 20 % du marché, a été « un bon citoyen corporatif dans cette province ».

En 2005-2006, Michelin, le premier ministre John Hamm, le député fédéral Peter MacKay et M. Dexter ont brandi le spectre de la fermeture des opérations pour justifier le pillage du trésor public pour le compte de la compagnie : 92 millions $ du gouvernement fédéral et 10,8 millions $ de la Nouvelle-Écosse. Nous assistons au même scénario aujourd'hui.

Les multinationales comme Michelin tiennent les travailleurs en otage et exigent leur butin tiré de la valeur ajoutée produite par les travailleurs, l'impunité dans le traitement des travailleurs comme marchandises jetables et la soumission de nos représentants politiques, tout cela en échange d'une remise temporaire des mises à pied.

Le fait que de si nombreux Néo-Écossais soient à la merci de « citoyens » aussi nébuleux que Michelin montre la nécessité d'une économie autosuffisante dans laquelle les droits que chacun possèdent du fait qu'ils sont des êtres humains, y compris le droit à un moyen de subsistance, sont garantis. Au niveau, fédéral, l'État accélère la destruction nationale pour aider tous les monopoles, canadiens et étrangers, à étendre leurs empires privés aux dépens d'une économie indépendante. En Nouvelle-Écosse les régimes conservateurs et libéraux ont les uns comme les autres facilité ces plans en garantissant aux monopoles l'accès à une main-d'oeuvre bon marché, soumise et marginalisée. Ces monopoles n'enfreignent pas la loi, ils font la loi. Le NPD, qui se prétend une alternative aux cartels conservateurs et libéraux et qui a passé dix ans à dénoncer la Loi Michelin, déclare aujourd'hui son intention de créer les conditions pour l'adoption de lois semblables.

Pas seulement Michelin

Malgré son appellation, la Loi Michelin ne mentionne pas nommément la compagnie Michelin et peut s'appliquer à toute entreprise manufacturière située en Nouvelle-Écosse depuis plus d'un an.

Ce qu'il faut voir, c'est la détermination de tous les représentants du grand capital à priver la loi sur les syndicats de tout mordant. Ils le font dans un contexte national où tous les instruments juridiques de protection du droit de grève et du droit à la syndicalisation sont petits à petits transformés en passoires.

C'est aussi dans ce contexte que les caméléons transforment les « ennemis des travailleurs » d'hier en « citoyen corporatif exemplaires » d'aujourd'hui, qu'il faut séduire et convaincre d'« investir » en Nouvelle-Écosse et au Canada, où ils agissent comme puissances souveraines, toute opposition populaire étant muselée. La déclaration de M. Dexter sur la Loi Michelin et la profession de pragmatisme servent à prouver leur fidélité inconditionnelle aux investisseurs et contributeurs à leur campagne de financement. C'est la promesse de suspendre les droits inaliénables de la classe ouvrière et du peuple et la primauté du droit pour servir leurs intérêts au nom de l'« équilibre » et c'est une trahison des Canadiens et du bien public. La profession de foi au pragmatisme est une excuse facile pour finalement porter le NPD au pouvoir dans cette province traditionnellement bipartite, mais c'est aussi et surtout une façon de faire savoir à ses maîtres qu'il utilisera le pouvoir politique pour marginaliser et éliminer le mécontentement et le droit d'être de tous les Néo-Écossais.

Le droit public doit supplanter le droit de monopole. Le droit de se réunir dans un syndicat est un droit humain fondamental et il est indissociable de la liberté d'association et de parole, du droit de conscience, du droit de grève, du droit à la dissidence et du droit d'être. Le droit de se réunir dans un syndicat et le droit de grève sont des règles de société qui permettent de protéger les droits individuels et collectifs sans ingérence des pouvoirs économiques et politiques étrangers. Les travailleurs ont des droits du fait qu'ils sont les producteurs du produit social et les fournisseurs des services et tous les membres de la société ont des droits du fait qu'ils sont des êtres humains.

La définition moderne du droit de tous de participer à la gouvernance de la société à laquelle ils appartiennent et la création des mécanismes et l'adoption des lois nécessaires à la garantie de ce droit en pratique font en sorte que les peuples ont le pouvoir nécessaire de nier la négation de leur droit d'être.

* Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste.

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À titre d'information

Le «citoyen exemplaire» Michelin

Darrell Dexter, le chef du NPD en Nouvelle-Écosse, à qui les sondages ont déjà accordé la victoire à l'élection provinciale du 9 juin, soutient que Michelin Canada, un filiale du plus grand monopole de pneu au monde avec 20 % du marché, a été « un bon citoyen corporatif dans cette province ». En fait, dans son allocution à la Chambre de commerce de Halifax le 12 février il est allé plus loin : « Lorsque j'ai visité l'usine Michelin à Bridgewater et que l'équipe de direction m'a informé que cette usine occupe le premier rang mondial au niveau du développement industriel, j'ai vu de mes yeux un autre exemple de l'excellence qui conquiert les investissements et les contrats et qui soutient notre économie à plus long terme. »[1] Pour M. Dexter, l'économie de monopole est une économie durable et ce qui est bon pour Michelin est bon pour la Nouvelle-Écosse. La preuve est qu'il l'a vu « de ses yeux ». La vérité est ce qui marche, telle est la philosophie du pragmatisme.

Il est important de rappeler certains faits historiques et contemporains qui contredisent cette conception étroite et empiriste du monde centrée sur le capital.

Au Canada, toutes les fonctions de l'État (législature, tribunaux et trésor public) ont été mises à la disposition de ce géant multinational. Michelin a droit à bien d'autres privilèges. Il est exempt de frais d'atterrissage dans les aéroports locaux. Il a droit à des louanges sans pareil dans les médias privés et publics puisque, par exemple, il contribue aux Olympiques spéciaux et pratique la « diversité » dans l'embauche.

En 1999, lorsque Edouard Michelin a pris la relève de son père François, il a transféré 10 % de la main-d'oeuvre et la même année les usines Michelin ont accru leurs profits de 20 %. Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a annulé sa dette envers lui et lui a même versé 17,5 millions pour un programme de formation au travail.

Voici quelques-unes des bonnes oeuvres du « citoyen exemplaire » Michelin au Canada ne serait-ce que depuis le tournant du siècle :

* Mise à pied de 200 travailleurs à ses trois usines en Nouvelle-Écosse : Granton, Waterville et Bridgewater en 2001.

* À la fin de décembre 2002, la Cour d'appel de la Nouvelle-Écosse a annulé un jugement de la Commission sur les indemnités de travail en faveur de Richard Ross, un ouvrier de l'usine de pneu de Bridgewater souffrant de maladaptation au roulement de quarts horaires. Le roulement consistait en trois jours sur le quarts de minuit à 8h, un congé, quatre jours sur le quart de 16h à minuit, deux jours de congé et quelques jours de 8h à 16h. L'Association canadienne des manufacturiers et exportateurs est venue à la défense de Michelin en disant que cette décision du tribunal pourrait nuire aux entreprises qui comptent sur le roulement des quarts-horaires. La Cour d'appel a rendu une décision unanime qui disait entre autres que M. Ross n'avait pas démontré que son incapacité était reliée à son travail à l'usine et que sa condition était plutôt due à des particularités personnelles.[2]

* La fermeture d'une usine moderne à Kitchener, Ontario, le 23 juillet 2006. Cette usine qui appartenait auparavant à Uniroyal-Roodrich était la seule usine syndiquée de Michelin. C'est 1 100 travailleurs du caoutchouc qui ont été privés de leur moyen de subsistance, tandis que l'économie locale y a perdu des milliards de dollars en valeur ajoutée. Avant la fermeture le syndicat des Métallos s'était engagé à syndiquer les trois usines Michelin de la Nouvelle-Écosse mais le projet a été abandonné. Rappelons cette déclaration de la division atlantique du syndicat au moment de la fermeture : « Il est scandaleux que cette compagnie n'ait jamais discuté d'alternatives avec le syndicat et ait tout simplement lâché cette bombe sur la ville. C'est une façon terrible de traiter les travailleurs, leurs familles et la communauté. Il s'agit là d'une usine productive avec une main-d'oeuvre bien formée, et beaucoup de ces travailleurs sont à l'emploi de la compagnie depuis plus de vingt ans. Ils méritent le respect et qu'on leur donne la possibilité de sauver leurs emplois. »[3]

L'annonce de la fermeture a été faite à peine six mois après que le premier ministre John Hamm ait annoncé que son gouvernement allait financer un projet d'expansion de l'usine non syndiquée de Waterville sous prétexte de créer 73 emplois non syndiqués.

Michelin, qui a enregistré un profit de 1,63 milliards $ en 2005 (une hausse de 5 %) sur des revenus de 18,3 milliards $ (hausse de 3,6 %), a reçu en 2004-2005 : a) 92 millions $ du gouvernement fédéral et b) une subvention de 10,8 millions $ sur cinq ans du gouvernement de la Nouvelle-Écosse. Cela revient à payer 1,37 million pour chaque emploi « créé ».

En 2006, Peter MacKay, ministre fédéral responsable de l'Agence de promotion économique du Canada atlantique et responsable pour la Nouvelle-Écosse et l'Île-du-Prince-Édouard, et député de Central Nova, où se trouve une usine Michelin, s'est dit favorable au « maintien de cette relation très bénéfique, mutuellement bénéfique ».

M. Dexter est entré dans la mêlée qui opposait les États et les provinces dans la concurrence inter-monopoliste pour financer ces multinationales mondiales, déclarant en janvier 2006 : « Tout investissement provincial qui assure l'avenir de l'usine est une bonne nouvelle. » Il a invité les Néo-Écossais à se ranger du côté de « leurs » monopoles au nom de « la réalité économique ».[4]

* La compagnie a été trouvée coupable en novembre 2006, par un tribunal du sud de la France, de négligence grave pour avoir exposé ses employés à des niveaux dangereux d'amiante. En fait, Michelin a fait l'objet d'une quarantaine de poursuites judiciaires en rapport avec l'amiante. Le tribunal de Clermont-Ferrand, où se trouve le siège social de la compagnie, en rendu un jugement en faveur d'un ancien travailleur et des épouses de trois autres morts des suites de complications d'un cancer du poumon dû à l'exposition à l'amiante. Les dangers que représente l'amiante sont connus depuis 1965 et les défendeurs ont fait valoir que Michelin a cherché à cacher ce fait à ses employés.[5]

* Michelin a étouffé une poursuite collective intentée en 2005 par un groupe de bénéficiaires du fonds de retraite au Canada qui réclamaient le versement de 350 millions $ dans la caisse. Avant le procès, qui a eu lieu en mai 2007, les retraités ont réduit la somme demandée à 268 millions $. Leur revendication principale était que Michelin assume sa responsabilité sociale et voit à ce que les travailleurs du caoutchouc aient droit à une pleine pension et à une vie de dignité à la retraite. On octobre, après le procès, la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse (le tribunal de première instance) a rendu un jugement en faveur de Michelin. Le verdict a été impitoyable : les retraités ont été forcés de rembourser 50 % des frais de cours de la compagnie (299 688 $) et la cour autorisait Michelin à s'attribuer un remboursement pour la somme restante en pigeant dans le fonds de pension. En janvier 2008, les demandeurs ont déposé un avis d'appel à la Cour d'appel de la Nouvelle-Écosse.[6]

* En 2007 Michelin a aboli 100 postes à l'usine de Granton par les « retraites anticipées » et l'« annulation » des postes prévus par la convention. « Nous sommes ici depuis 35 ans et comme partout ailleurs, nous avons une main-d'oeuvre vieillissante », a dit un représentant de la compagnie. « Cinquante pour cent de nos employés en Nouvelle-Écosse sont admissibles à la retraite. » Un quotidien de la province cite un travailleur qui disait : « Ils veulent se débarrasser du plus grand nombre possible de travailleurs réguliers. Ils font ces coupures dans les secteurs où il y a le plus d'ancienneté, des gars qui sont là depuis 30 ans et plus. Ils leur disent que leur poste va être aboli et leur offrent un poste minable dans l'espoir qu'ils prennent leur retraite. »[7]

* Le 4 février 2009, Michelin a mis à pied 95 autres travailleurs à Waterville. Ce sont des travailleurs qui font partie de la main-d'oeuvre « flexible », dont le temps de travail n'est pas garanti. L'usine avait déjà fermé un quart-horaire de 12 heures quelques semaines auparavant. Les représentants de Michelin ont alors dit que rien ne garantissait qu'il n'y aurait pas d'autres abolitions de postes. Le ministre du Développement Murray Scott a dit au Chronicle Herald le 6 février 2009 que « le gouvernement provincial va faire tout ce qu'il peut pour soutenir Michelin », qui selon lui « a de très bons rapports avec cette province ».[8]

Comment se fait-il que ces emplois n'appartiennent pas aux gens de la Nouvelle-Écosse ? Pourquoi les Néo-Écossais ne peuvent-ils pas avoir leur propre industrie, créer leurs propres emplois et former leurs jeunes ? Troisièmement, pourquoi la province devrait-elle subventionner une multinationale étrangère ? Pourquoi la Nouvelle-Écosse n'a-t-elle pas une industrie manufacturière qui fait partie d'une économie nationale et qui sert d'abord et avant tout le marché intérieur pour ensuite pratiquer le commerce extérieur sur la base de l'avantage réciproque ?

Notes

1. Site du NPD de la Nouvelle-Écosse, http ://www.ndpcaucus.ns.ca/speeches.asp ?ID=30
2. "Shift Work Compensation" (www.chass.utoronto.ca/cir/library/wwreport/wwr2003_01_20.html) et "Shift Work Unhealthy," The Informed Worker, London, Ontario, Hiver 2002.
3. Voir "French tire monopoly to close its only unionized factory in Canada," TML Daily, 13 février 2006 - No. 14, et "Michelin puts medal to Nova Scotia all over again," Shunpiking Magazine, Vol. 10, No. 48, Printemps 2006, p. 4
4. "MacKay favours support for Michelin expansion," Chronicle Herald, 2 février 2006. Avant de se lancer dans la politique fédérale, Mackay était à l'emloi du bureau d'avocats de la multinationale allemande de l'acier et de l'armement Thiessen, un des principaux bailleurs de fonds des nazis allemands. Thiessen était également liée à la famille Michelin. Thiessen, son projet d'usine de fabrication de chars d'assaut à Bear's Head, au Cap Breton et le rôle du père du ministre, Elmer MacKay, qui a été ministre du gouvernement conservateur au fédéral, reviennent constamment dans le scandale Mulroney-Schreiber.
5. "French court finds Michelin guilty of negligence in asbestos contamination", Associated Press, 16 novembre 2006, http ://www.shunpiking.com/ol0308/0308-WD-mich.htm
6. Smith v. Michelin, Nova Scotia Supreme Court 2008. Michelin annual Report, 2007. Michelin était représenté par la firme Osler, Hoskin & Harcourt LLP, avec plus de 450 avocats à son service et des bureaux à Toronto, Montréal, Calgary, Ottawa et New York.
7. "Michelin workers angry about job cuts," United Press International, 19 avril 2007.
8. "Michelin lays off 95 fill-in workers," Chronicle Herald, 6 février 2009 http ://thechronicleherald.ca/Business/1104976.htm


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Les origines de l'empire Michelin

Selon la désinformation entourant Michelin, le salaire « moyen » aux usines de la Nouvelle-Écosse est de 49 $, et c'est là le produit d'un « environnement affranchi des syndicats ». On cache ainsi la source de la richesse créée, c'est-à-dire l'exploitation du travail en Amérique et la surexploitation des travailleurs des plantations au Brésil et au Nigéria, et le fait que ce sont les travailleurs de la Nouvelle-Écosse qui ont créé la base matérielle de la capacité productive moderne dont la multinationale française accapare le produit.

La désinformation donne également une fausse représentation de la paix sociale dont jouit Michelin en raison de ses politiques antisyndicales, puisqu'elle cache la résistance que mènent les travailleurs français depuis plus d'un siècle, notamment avec des occupations d'usine. C'est à cette résistance qu'il faut attribuer les avantages minimaux dont jouissent les employés de Michelin aujourd'hui. Ils les doivent aussi à la lutte de libération nationale du peuple vietnamien contre le colonialisme français, lequel était basé en grande partie sur le pillage brutal du caoutchouc en Indochine.

Pour devenir le premier fabricant mondial du pneu, la famille Michelin (la compagnie a été fondée en 1899) a combiné le pragmatisme et le chauvinisme français aux armes de destruction massive et misé son avenir sur le Nouvel Ordre mondial de Hitler puis sur le projet d'empire américain. Le fameux guide Michelin a commencé après la Première Guerre mondiale avec des visites de lieux de bataille conçus par des généraux français, agrémentées de commentaires anti-allemands. Adoptant le taylorisme, le fordisme et le pro-natalisme après la première guerre comme modèles d'organisation industrielle, économique et sociale conçus pour faire la promotion de l'union du travail et du capital, cette compagnie férocement antisyndicale offrait le logement subventionné, l'assurance-santé, des programmes récréatifs et des allocations familiales pour créer une main-d'oeuvre industrieuse et loyale dans les ghettos ouvriers. Cela a mené, en 1936, à la suppression impitoyable du plus grand mouvement d'occupation et de grève que la France ait connu (après la victoire électorale du Front populaire socialiste et avant l'arrivée au pouvoir du gouvernement de Léon Blum).

Les Michelin furent un des principaux suppôts de la France de Vichy, sous occupation nazie. Ses cadres, notamment ses superviseurs à l'usine de Clermont-Ferrand, qui est la base de l'empire Michelin, étaient membres d'une organisation militaire d'extrême droite appelée Comité secret d'action révolutionnaire, également connue sous le nom de La Cagoule à la veille de la Deuxième Guerre mondiale. La Cagoule favorisait la violence et a planifié un coup d'État paramilitaire pour renverser le gouvernement du Front populaire pour préparer le retour de la monarchie française, à commencer par une dictature militaire. La Cagoule défendait une position extrêmement chauvine, anticommuniste, antisocialiste, antidémocratique et antisémite. Elle a instigué des émeutes publiques et tenté d'assassiner à plus d'une occasion le chef socialiste et premier ministre du Front populaire Léon Blum.

Selon l'historien Irwin Wall, « ce groupe fasciste, mentionné que brièvement dans les comptes rendus de l'époque, est l'auteur de la plus sérieuse tentative de prise du pouvoir par l'extrême-droite en France dans les années 1930. Il recevait un financement important des magnats de Michelin, Citroën et Renault ; il jouissait d'un soutien à l'étranger et a réussi à constituer une importante cache d'armes, achetées surtout de l'Allemagne ; et il est responsable de l'assassinat en juin 1937 des frères Rosselli, des antifascistes exilés en France, aux ordres de Mussolini. Parmi ses recrues se trouvaient plusieurs hauts gradés militaires, dont le maréchal Louis Franchet d'Esperey et le major Georges Loustaunau-Lacau (qui prétendit par la suite n'avoir jamais adhérer au groupe), et le maréchal Pétain était au fait de l'existence de ce groupe mais n'en souffla pas un mot aux autorités. Un complot visant la prise du pouvoir les 15 et 16 novembre 1937 (de la Troisième République) fut éventé par la police et le chef du groupe, Eugène Deloncle, fut arrêté. »[1]

Herbert R. Lottman relate dans The Michelin Men : Driving an Empire que durant l'occupation allemande de la France à partir de 1940, le gouvernement quisling du maréchal Pétain était situé à Vichy, dans le centre de la France, emplacement choisi spécifiquement à cause de sa proximité avec Clermont-Ferrand dans le Massif central, où les frères Michelin, Édouard et André, fabriquaient du matériel de guerre pour les nazis. La résistance antifasciste lança une attaque héroïque contre les ateliers Michelin, mettant le feu à des stocks de 30 000 pneus. Le 16 mars 1944, l'Escadron 617 lança une attaque de précision contre l'usine Michelin de Clermont-Ferrand.

Le « niveau de vie exceptionnel » que Michelin prétend offrir à ses employés est attribuable en grande partie à l'exploitation impitoyable des peuples du monde. La société Pneus Michelin, un des plus grands pillards des matières premières de l'Indochine, fut un pilier du colonialisme français. Le Viêt Nam était une des premières sources mondiales de caoutchouc brut. L'hévéa, plante productrice de caoutchouc, introduite par les maîtres de plantation français en 1907, s'y cultivait très bien et a fait la fortune de Michelin lorsque l'industrie de l'automobile a créé un énorme marché pour les pneus de caoutchouc.

Quelques faits importants des années 1930 donnent une indication des conséquences sociales de la colonisation. À l'époque « la Banque d'Indochine détenait à toute fin pratique le monopole des budgets de la colonie. C'est elle qui émettait la monnaie nationale et percevait pour le compte de Paris des taxes et dividendes des monopoles d'État. Parmi ces derniers il y avait l'opium, qui représentait le tiers des revenus de la colonie ! La famille Michelin, connue aujourd'hui comme propriétaire du plus grand fabricant de pneu au monde, qui a bâti son empire avec les plantations de caoutchouc en Indochine, est sans doute le groupe qui a le plus bénéficié de la colonisation de l'Indochine. »[2]

En 1939, les profits des 19 plus grandes plantations de caoutchouc en Indochine totalisaient 300 millions de francs, une somme astronomique pour l'époque. Michelin possédait et contrôlait de vastes superficies de plantation d'hévéa dans la partie sud de la péninsule vietnamienne. Les Français finirent par retirer leurs forces du Laos en 1947 et du Cambodge en 1953, et un important contingent de l'armée française a été forcé de capituler au Viêt Minh, à la base de Dien Bien Phu, en mai 1954, après un siège qui avait duré plusieurs mois et coûté la vie à 7 000 soldats français. Cette défaite spectaculaire et humiliante marquait la fin de la présence coloniale française dans la région. Mais Michelin refusa de quitter le Viêt Nam et appuya les États-Unis qui, ayant subi la défaite en Chine et en Corée, voulurent reprendre le flambeau de la France. Ses plantations de caoutchouc prospéraient. Entre 100 000 et 200 000 Vietnamiens y travaillaient dans des conditions de quasi-esclavage. Les plantations de caoutchouc de Michelin étaient appelées abattoirs. « Le caoutchouc, la deuxième plus grande exportation du Viêt Nam après le riz, était fabriqué par des travailleurs asservis, si ravagés par le paludisme, la dysenterie et la malnutrition que sur une des plantations Michelin 12 000 des 45 000 travailleurs en sont morts entre 1917 et 1944 ».[3]

Concernant le rôle de la famille Michelin durant la guerre d'agression des États-Unis contre le Viêt Nam, l'organisation National Coordinators of Vietnam Veterans Against the War écrit : « On nous disait que nous respections la vie humaine alors que l'ennemi ne la respectait pas. Et pourtant, nous versions aux propriétaires des plantations de Michelin 600 $ pour chaque arbre à caoutchouc que nous détruisions tandis que la famille d'un enfant vietnamien tué ne recevait pas plus de 120 $ d'indemnité pour chaque vie enlevée. »[4]

À Saigon le 30 août 1969, une plantation de Michelin fut accidentellement frappée par la vaporisation à l'agent Orange, l'arme chimique de destruction de masse privilégiée des États-Unis. Le gouvernement américain a versé 90 $ le pied carré à Michelin à titre d'indemnisation. Dix millions d'hectares de terre agricole ont été réduits à l'infertilité. Soixante-dix pour cent de tous les villages du nord ont été complètement détruits. Quant à la population vietnamienne, elle souffre encore à ce jour, trois générations plus tard, des conséquences de la pollution par les produits chimiques. Le taux de cancer et de malformation congénitale est six fois plus élevé dans les régions touchées. Mais Washington a pris bien soin d'inclure dans les ententes sur la normalisation des relations une clause contre les poursuites par les familles des victimes de la guerre chimique.

Aujourd'hui Michelin possède six plantations d'arbre à caoutchouc au Viêt Nam et au Brésil. Ses principales sources d'approvisionnement sont la Thaïlande, la Malaisie (avec l'acquisition d'Uniroyal-Goodrich), le Cameroon, le Brésil et le Guatémala.[5]

Notes

1. Kenneth Mouré et Martin Alexander, Crisis and Renewal in France, 1918-1962. New York, Berghahn Books, 2002.
H-France Review Vol. 2 (December 2002), No. 135 http ://www.h-france.net/vol2reviews/wall3.html
2. "Vietnam 1945-75 - imperialism's terrorist wars against the world's poor", Vietnam Veterans Against the War, The Veteran, Printemps 1987.
3. Ngo Vinh Long, "Vietnam's Revolutionary Tradition in Vietnam and America", in Vietnam and America : A Documented History, New York, Grove Press, 1995, p. 11.
4. Vietnam Veterans Against the War
5. The Rubber International Magazine, Volume 5, No.8, August 2003.

(Toutes les citations sont traduites de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste.)

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