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Élections en Nouvelle-Écosse
Il y a une alternative!
Le 4 mai, les partis de l'opposition en
Nouvelle-Écosse ont défait la loi du budget du
gouvernement MacDonald. Cela a vite fait d'entraîner la chute du
gouvernement conservateur minoritaire et la convocation des
électeurs à des élections provinciales le 9 juin.
La loi du budget contenait un amendement à la Loi sur les
finances
provinciales permettant l'utilisation d'une partie des 830
millions $ de l'Accord atlantique
(fédéral-provincial) à des fins autres que le
financement de la dette provinciale de 12 milliards $, qui est la
plus élevée per capita au Canada (et détenue en
grande partie par des intérêts financiers privés de
Wall Street), dette sur laquelle les
Néo-Écossais paient des intérêts annuels de
900 millions $. Le NPD et le Parti libéral accusent le
gouvernement MacDonald, qui prévoyait un surplus de 4
millions $ pour 2009-2010, de vouloir se servir de l'argent de
l'Accord atlantique pour masquer un déficit. Pour sa part le
gouvernement MacDonald prétend qu'il n'y avait pas
d'autre source de financement disponible pour assumer les coûts
des programmes et des services de la loi sur le budget. Le cabinet
s'est ensuite servi de son pouvoir spécial de dépenser
pour accorder 130 millions $ à des travaux routiers et des
projets de construction à titre de « dépenses
de stimulation ».
À la dernière élection provinciale,
en juin 2006, les conservateurs ont perdu deux sièges. Au moment
de la dissolution de l'assemblée législative le mois
dernier, les conservateurs détenaient 21 des 52 sièges,
suivis du NPD avec 20 sièges et des libéraux avec 9
sièges. Il y avait un député indépendant et
un siège vacant.
La Nouvelle-Écosse est gouvernée par un
gouvernement minoritaire depuis que le premier ministre conservateur
John Hamm a perdu la majorité en août 2003. Ce sera la
cinquième élection provinciale depuis 1998, ce qui
illustre l'instabilité du système parlementaire non
représentatif.
En plus des partis d'affaires dits
« majeurs », il y a deux autres partis qui
participent à cette élection. Le Parti vert
présente des candidats dans l'ensemble des 52 circonscriptions
et un représentant du parti libertaire Atlantica, qui n'a pas
complété son enregistrement à temps, se
présente comme candidat indépendante. Il n'y a que
quatre candidats indépendants au total, dont un ancien membre du
cabinet conservateur. Cette élection est une manifestation de la
crise de crédibilité et de légitimité du
cartel de partis traditionnels, comme l'est aussi la chute constante du
taux de participation des électeurs aux élections
provinciales. À la dernière élection le taux de
participation était
de 59,89 %, ce qui représente une chute de 16 % par
rapport à 1988 (10 % entre 1998 et 2006).
La campagne électorale a été
marquée par une controverse hystérique au sujet des dons
des sociétés et des syndicats aux trois partis
d'affaires, à la fois un signe de la décrépitude
de la « démocratie représentative »
et un facteur contribuant à la crise de ce système
où les partis politiques en général sont de plus
en plus vus comme
ne représentant pas l'électorat. C'est l'accès aux
leviers du pouvoir qui est vendu et acheté avec des
« dons » politiques. En même temps, le Halifax
Chronicle Herald cherche à créer l'hystérie
au sujet des « syndicats » et du danger de
« marginalisation » de l'électorat pour
discréditer les affaires
politiques en général.
Il faut voir que ce scandale est créé pour
éclipser les dangers réels qui existent, les dangers
d'annexion, de fascisme et de guerre, et les mesures qui sont prises
pour écarter encore plus les simples citoyens des prises de
décisions sous prétexte que la meilleure solution
à tous les problèmes est d'avoir des gouvernements qui
font les « bons
choix » pour eux. C'est la nouvelle voie rapide que propose
l'État pour apporter des changements qui ne sont pas dans
l'intérêt du peuple et c'est une façon de
détourner la colère du peuple face à sa
marginalisation et de la diriger contre les
« intérêts spéciaux », les
« syndicats » et la
« corruption », en
faveur de despotes qui, eux, agiraient dans le meilleur
intérêt de tous.
Les derniers sondages font état d'un
« niveau considérablement élevé de
mécontentement envers les conservateurs » et les
médias font miroiter la possibilité d'un
« changement historique », c'est-à-dire
l'élection d'un premier gouvernement NPD à l'Est de
l'Ontario. Selon les médias, c'est la réponse à la
demande de
« changement » des Néo-Écossais.
Le chef du NPD Darrell Dexter a été
félicité pour son « pragmatisme »
et ses « politiques pondérées » par
ce même Chronicle Herald, notamment pour avoir
déclaré qu'un gouvernement néo-démocrate
n'abrogerait pas la « Loi Michelin », une loi
antiouvrière adoptée en 1979. « Je ne
suis pas intéressé à mener des batailles qui ont
eu lieu il y a 30 ans », a-t-il dit, ajoutant que la
société Michelin Canada, une filiale du plus grand
monopole du pneu au monde, contrôlant 20 % du marché
mondial, qui s'est toujours conduite comme une puissance souveraine en
Nouvelle-Écosse, « a été un bon citoyen
corporatif
dans cette province ». Avec cette déclaration M.
Dexter proclame à toute fin pratique que son gouvernement
ouvrira toutes grandes les portes de la Nouvelle-Écosse à
l'exploitation et au pillage du capital monopoliste, au droit de
monopole et à l'annexion aux États-Unis par des projets
comme Atlantica et Porte canadienne de l'Atlantique
(Atlantic Gateway).
À l'heure où la démocratie
représentative de la Nouvelle-Écosse connaît une
crise de crédibilité sans précédent, le
parti au pouvoir se retrouvant troisième dans les sondages, la
mascarade du NPD avec sa devise « un meilleur marché
pour les familles d'aujourd'hui » sert très bien les
intérêts des monopoles. Les travailleurs
réclament depuis 30 ans que les employés de Michelin
aient droit à la syndicalisation et la déclaration de M.
Dexter montre que son gouvernement s'engage à nier les droits de
différents secteurs de la population et à utiliser le
pouvoir politique et juridique de l'État pour défendre le
droit de monopole, à tout mettre à la disposition de
« nos
monopoles » dans leur rivalité sur les marchés
mondiaux et à faciliter la militarisation de l'économie
et des installations portuaires de la province. Dans ce programme
centré sur le capital, le droit d'être du peuple, de la
classe ou de la nation est présenté comme un
privilège accordé à ceux qui se comportent d'une
façon acceptable et
« pondérée » envers le droit de
monopole.
Il y a une alternative ! Le problème
posé et à résoudre est de trouver les moyens de
changer la situation en faveur du peuple, de concentrer l'attention sur
le fait que le système de démocratie
représentative tel qu'il existe est le fondement de la fraude
perpétuelle et de la corruption et que le système qui
porte au pouvoir les partis de
l'establishment suivant une rotation circonstancielles a fait son temps
et doit faire place à de nouveaux arrangements.
Bref, pour la classe ouvrière et le peuple il
s'agit de discuter de la nécessité du renouveau
démocratique et de moyens de le réaliser, pour
éliminer les abus de pouvoir et le privilège de classe et
pour garantir le bien-être de tous. La voie vers l'avant est de
bâtir le mouvement de la classe ouvrière et du peuple pour
sélectionner des candidats
parmi les leurs qui seront politiciens ouvriers à la prochaine
élection, à commencer dès maintenant.

Porte canadienne de l'Atlantique: La politique du
pragmatisme et l'éléphant dans la pièce
- Tony Seed* -
Le NPD de la Nouvelle-Écosse s'est gagné
des appuis sans précédent parmi les médias
monopolisés, publics et privés, pour son
« pragmatisme » et ses « politiques
pondérées ». Le pragmatisme est le culte de
l'absence de principe. Le NPD de la Nouvelle-Écosse proclame
à son tour que pour maintenir le statu quo
« la fin justifie les moyens ».
Cela comprend l'éléphant qui est dans la
pièce et dont personne ne parle, la chose au sujet de laquelle
le cartel des partis politiques et les médias privés et
publics se sont accordés à garder le silence pendant la
campagne électorale.
La Porte canadienne de l'Atlantique (Atlantic Gateway),
préparé à l'origine par l'Atlantic Institute of
Market Studies établi en 1994 avec un financement
américain, est un projet de privatisation des services publics,
d'abandon de la souveraineté nationale et d'offensive contre les
salaires et les conditions de travail en créant une nouvelle
zone
transfrontalière sur le plan de l'économie, du transport,
du pétrole et de l'appareil militaire partant de Halifax et des
villes portuaires de la Nouvelle Angleterre et des Grands Lacs jusqu'en
Asie, en passant par la région stratégique du golfe
Persique et le Canal de Suez. Les publicistes du projet attaquent la
lutte du peuple palestinien et l'Iran, qu'ils
qualifient de « terroristes », à la
défense de l'État sioniste d'Israël, la porte de
l'Asie. Ce n'est pas un hasard si des navires de guerre canadiens ont
été déployés dans le golfe Persique et la
Corne de l'Afrique par Peter MacKay, ministre de la Défense
nationale et ministre de la Porte canadienne de l'Atlantique, sous
prétexte de
pourchasser des pirates de hautes mers. Ce n'est pas un hasard non plus
si le NPD réclame depuis quelque temps la construction, dans les
chantiers maritimes de Halifax et du Canada atlantique, de navires
d'approvisionnement à la fine pointe de la technologie, un
projet de 3-5 milliards de dollars. Le NPD dit que c'est pour
« créer des
emplois » mais tout cela s'inscrit dans un projet soutenu
par les banques, la famille Irving et d'autres intérêts
monopolistes de la Nouvelle Angleterre et des Maritimes et
financé par l'Agence de promotion économique du Canada
atlantique. Depuis le printemps 2006, ce projet a fait l'objet de
plusieurs grandes manifestations organisées par
les jeunes, les syndicats et les environnementalistes avec leur mot
d'ordre : « Resist Atlantica ! ».
Depuis avril 2009, des jeunes travailleurs de la région tiennent
des forums et poursuivent une discussion sérieuse sur la nature
de classe du projet Atlantica.
Comme l'a promis Darrel Dexter, le programme du NPD
comprend la création d'« un conseil de la Porte de
l'Atlantique où les autorités portuaires, les
expéditeurs et les principaux usagers pourront mettre au point
une stratégie pour maximiser l'utilisation du Canada atlantique
comme route d'exportation et importation de l'Amérique du
Nord. Je demeure convaincu qu'un conseil des tiers est vital si nous
voulons que le Canada atlantique ne perde pas son temps et son argent
dans des efforts morcelés tandis que Montréal et d'autres
mus par un objectif commun remportent le gros lots. J'applaudis tous
les intervenants du monde des affaires qui travaillent à une
approche effective et
coopérative. » (Allocution à la Chambre de
commerce de Halifax, 12 février 2009)
Dans cette zone, pour garantir le transport le plus
rapide possible des ressources, des marchandises et des
matériaux de guerre, tous les droits et libertés des
travailleurs seront suspendus, comme c'est déjà le cas
pour les travailleurs des installations portuaires de Halifax depuis
l'entrée en vigueur d'une nouvelle réglementation
fédérale instituée
par le gouvernement Harper en novembre 2007.
Les mécanismes comme les « conseils
des tiers » qui comprennent la participation des syndicats,
du capital monopoliste et du gouvernement s'apparentent au projet
fasciste d'« une seule nation » qui laisse la
classe ouvrière sans défense devant l'offensive
concertée des propriétaires du capital et des
gouvernements. Le
tripartisme dans les affaires économiques et politiques est
basé sur les théories de l'exceptionnalisme selon
lesquelles il y n'y a pas d'alternative possible au système
capitaliste rongé par la crise et sur le chauvinisme
d'« une seule nation », qui ne reconnaît
pas que la société est divisée en classes et que
le capital monopoliste existe
uniquement par l'exploitation de la classe ouvrière et la
négation de ses droits. Il a pour objectif d'affaiblir la classe
ouvrière industrielle, comme les travailleurs des ports
maritimes, comme base de la résistance dans l'empire
américain et le Canada annexé. Un mouvement ouvrier
nord-américain déstabilisé devient à la
fois une réserve de la guerre
impérialiste et la cible du pillage capitaliste. Comme le dit M.
Dexter, son objectif est de faire la guerre au Québec dans la
rivalité pour les routes commerciales dans le monde.
Le pragmatisme du NPD et sa théorie de
l'« équilibre » entre « le bon
citoyen corporatif » comme Michelin, les
« conseils des tiers » et « un
meilleur marché pour les familles d'aujourd'hui »
servent précisément une fin : le fascisme
corporatiste et la guerre.
La victoire de la politique pragmatique du NPD à
l'élection du 9 juin signifie que les travailleurs doivent
intensifier la résistance aux plans de l'empire américain
et de ses laquais du Canada annexé. Leur but est de
détruire notre base manufacturière et le mouvement
syndical avec des théories de l'exceptionnalisme et le
tripartisme
d'« une seule nation ». Par notre
résistance, nous pouvons occuper l'espace du changement pour
établir une alternative qui sert nos intérêts.

La filière Michelin
Les Néo-Écossais doivent rejeter
la politique du «pragmatisme»
- Ena Boutilier et Tony Seed —
Durant la campagne électorale, le chef du NPD qui
sera sans doute le prochain premier ministre de la
Nouvelle-Écosse, Darrell Dexter, a dit que s'il est élu,
son gouvernement n'abrogera pas la « Loi
Michelin », cette loi antiouvrière adoptée en
1979. « Je ne suis pas intéressé à
mener des batailles qui ont eu lieu il y a 30
ans », a-t-il dit. En fait, M. Dexter déclare que
sous son gouvernement la Nouvelle-Écosse ouvrira encore plus
grandes les portes à l'exploitation et au pillage du capital
monopoliste, au droit de monopole et à l'annexion aux
États-Unis par des projets comme Atlantica et la Porte
canadienne de l'Atlantique.
Son gouvernement s'affairera donc à nier les
droits de différents secteurs de la population en
Nouvelle-Écosse et dans le monde, où le droit
d'être est réduit à un privilège
accordé ou refusé selon que la personne ou le groupe de
personnes se comporte d'une façon qui soit acceptable pour les
pouvoirs en place.
Michelin : Une multinationale qui fait la loi
M. Dexter a sans doute réussi à
reléguer aux oubliettes les préoccupations
légitimes de nombreux travailleurs néo-écossais et
à apporter un peu de quiétude aux monopoles et à
leurs représentants locaux, mais il offre aussi aux travailleurs
de cette province l'occasion d'évaluer à sa
juste valeur ce parti qu'on dit l'« ami des
syndicats ».
La déclaration comme telle ne représente
pas un changement de la politique du NPD, contrairement à ce
qu'affirment certains médias qui cherchent à
détourner l'attention de la realpolitik de ce parti. Une
entrevue accordée au Halifax Chronicle Herald en
juillet 1999 par l'ancien chef du NPD Robert Chisholm comprend
l'échange
suivant :
« Q : En échange de l'appui des
syndicats, songerez-vous à abroger les lois Michelin et
Steen ?
« R : Non. Je crois qu'il y a en qui
sont encore en colère contre le gouvernement pour avoir fait ces
choses là, pour être intervenu et avoir rompu
l'équilibre qui existait. Nous ne sommes pas prêts
à mener les vieilles batailles. Nous allons nous en
éloigner. Nous l'avons fait savoir très
clairement. »
En 2000, le candidat à la direction du NPD Dave
Peters, ancien président du Syndicat des employés du
gouvernement de la Nouvelle-Écosse, a dit durant la
campagne : « Beaucoup de temps s'est
écoulé... À mon avis revenir là-dessus, ce
n'est gagnant pour personne. Je suis plutôt porté à
ne pas y toucher. »
La loi en question est un amendement apporté en
1979 à la loi sur les syndicats qui permet à la
Commission des relations de travail de refuser l'accréditation
syndicale aux travailleurs s'ils n'obtiennent pas la signature des
travailleurs de la majorité des autres succursales de
l'employeur dans la province. L'entreprise peut demander à la
Commission de considérer ses succursales comme étant
« interdépendantes » et donc comme formant
une seule unité de négociation.
Cette loi a été rédigée au
moment où le syndicat des Travailleurs unis du caoutchouc (TUC)
s'apprêtait à couronner trois années d'effort pour
syndiquer les travailleurs de l'usine Michelin à Granton. En
exigeant que les organisateurs obtiennent également la signature
de la majorité des travailleurs à l'usine de Bridgewater,
la nouvelle loi avait
pour toute conséquence pratique de briser l'effort de
syndicalisation, même si les travailleurs de Granton
s'étaient déjà prononcés dans un vote. La
loi a été adoptée sous l'appellation
« Loi Michelin » parce que Michelin était
la seule compagnie visée dans la province. Les votes n'ont
jamais été comptés. Et le jour suivant l'adoption
de
la loi, Michelin a confirmé son intention d'ouvrir une
troisième succursale à Waterville. L'opposition du NPD
à la Loi Michelin tout au long des années 1980
n'était que pour la forme.
Depuis que M. Dexter a déclaré son appui
à la Loi Michelin, les louanges et les appuis fusent de toute
part, même chez ceux qu'on considère comme étant
ses adversaires idéologiques, comme les éditorialistes du
Halifax Chronicle Herald qui le félicitent
pour ses « politiques pondérées »
et son
« pragmatisme », la politique selon laquelle la
fin justifie les moyens.
M. Dexter est même allé jusqu'à dire
que Michelin Canada, une filiale du plus grand monopole mondial du
pneu, avec 20 % du marché, a été
« un bon citoyen corporatif dans cette province ».
En 2005-2006, Michelin, le premier ministre John Hamm,
le député fédéral Peter MacKay et M. Dexter
ont brandi le spectre de la fermeture des opérations pour
justifier le pillage du trésor public pour le compte de la
compagnie : 92 millions $ du gouvernement
fédéral et 10,8 millions $ de la
Nouvelle-Écosse. Nous assistons
au même scénario aujourd'hui.
Les multinationales comme Michelin tiennent les
travailleurs en otage et exigent leur butin tiré de la valeur
ajoutée produite par les travailleurs, l'impunité dans le
traitement des travailleurs comme marchandises jetables et la
soumission de nos représentants politiques, tout cela en
échange d'une remise temporaire des mises à pied.
Le fait que de si nombreux Néo-Écossais
soient à la merci de « citoyens » aussi
nébuleux que Michelin montre la nécessité d'une
économie autosuffisante dans laquelle les droits que chacun
possèdent du fait qu'ils sont des êtres humains, y compris
le droit à un moyen de subsistance, sont garantis. Au niveau,
fédéral, l'État accélère
la destruction nationale pour aider tous les monopoles, canadiens et
étrangers, à étendre leurs empires privés
aux dépens d'une économie indépendante. En
Nouvelle-Écosse les régimes conservateurs et
libéraux ont les uns comme les autres facilité ces plans
en garantissant aux monopoles l'accès à une main-d'oeuvre
bon marché, soumise et
marginalisée. Ces monopoles n'enfreignent pas la loi, ils font
la loi. Le NPD, qui se prétend une alternative aux cartels
conservateurs et libéraux et qui a passé dix ans à
dénoncer la Loi Michelin, déclare aujourd'hui son
intention de créer les conditions pour l'adoption de lois
semblables.
Pas seulement Michelin
Malgré son appellation, la Loi Michelin ne
mentionne pas nommément la compagnie Michelin et peut
s'appliquer à toute entreprise manufacturière
située en Nouvelle-Écosse depuis plus d'un an.
Ce qu'il faut voir, c'est la détermination de
tous les représentants du grand capital à priver la loi
sur les syndicats de tout mordant. Ils le font dans un contexte
national où tous les instruments juridiques de protection du
droit de grève et du droit à la syndicalisation sont
petits à petits transformés en passoires.
C'est aussi dans ce contexte que les
caméléons transforment les « ennemis des
travailleurs » d'hier en « citoyen corporatif
exemplaires » d'aujourd'hui, qu'il faut séduire et
convaincre d'« investir » en
Nouvelle-Écosse et au Canada, où ils agissent comme
puissances souveraines, toute opposition populaire
étant muselée. La déclaration de M. Dexter sur la
Loi Michelin et la profession de pragmatisme servent à prouver
leur fidélité inconditionnelle aux investisseurs et
contributeurs à leur campagne de financement. C'est la promesse
de suspendre les droits inaliénables de la classe
ouvrière et du peuple et la primauté du droit pour servir
leurs intérêts au
nom de l'« équilibre » et c'est une
trahison des Canadiens et du bien public. La profession de foi au
pragmatisme est une excuse facile pour finalement porter le NPD au
pouvoir dans cette province traditionnellement bipartite, mais c'est
aussi et surtout une façon de faire savoir à ses
maîtres qu'il utilisera le pouvoir politique pour
marginaliser et éliminer le mécontentement et le droit
d'être de tous les Néo-Écossais.
Le droit public doit supplanter le droit de monopole. Le
droit de se réunir dans un syndicat est un droit humain
fondamental et il est indissociable de la liberté d'association
et de parole, du droit de conscience, du droit de grève, du
droit à la dissidence et du droit d'être. Le droit de se
réunir dans un syndicat et le droit de grève sont des
règles
de société qui permettent de protéger les droits
individuels et collectifs sans ingérence des pouvoirs
économiques et politiques étrangers. Les travailleurs ont
des droits du fait qu'ils sont les producteurs du produit social et les
fournisseurs des services et tous les membres de la
société ont des droits du fait qu'ils sont des
êtres humains.
La définition moderne du droit de tous de
participer à la gouvernance de la société à
laquelle ils appartiennent et la création des mécanismes
et l'adoption des lois nécessaires à la garantie de ce
droit en pratique font en sorte que les peuples ont le pouvoir
nécessaire de nier la négation de leur droit d'être.

À titre d'information
Le «citoyen exemplaire» Michelin
Darrell Dexter, le chef du NPD en
Nouvelle-Écosse, à qui les sondages ont
déjà accordé la victoire à
l'élection provinciale du 9 juin, soutient que Michelin Canada,
un filiale du plus grand monopole de pneu au monde avec 20 % du
marché, a été « un bon citoyen
corporatif dans cette province ». En fait, dans son
allocution
à la Chambre de commerce de Halifax le 12 février il est
allé plus loin : « Lorsque j'ai visité
l'usine Michelin à Bridgewater et que l'équipe de
direction m'a informé que cette usine occupe le premier rang
mondial au niveau du développement industriel, j'ai vu de mes
yeux un autre exemple de l'excellence qui conquiert les
investissements et les contrats et qui soutient notre économie
à plus long terme. »[1] Pour M. Dexter,
l'économie de monopole est une économie durable et ce qui
est bon pour Michelin est bon pour la Nouvelle-Écosse. La preuve
est qu'il l'a vu « de ses yeux ». La
vérité est ce qui marche, telle est la philosophie du
pragmatisme.
Il est important de rappeler certains faits historiques
et contemporains qui contredisent cette conception étroite et
empiriste du monde centrée sur le capital.
Au Canada, toutes les fonctions de l'État
(législature, tribunaux et trésor public) ont
été mises à la disposition de ce géant
multinational. Michelin a droit à bien d'autres
privilèges. Il est exempt de frais d'atterrissage dans les
aéroports locaux. Il a droit à des louanges sans pareil
dans les médias privés et publics puisque, par exemple,
il
contribue aux Olympiques spéciaux et pratique la
« diversité » dans l'embauche.
En 1999, lorsque Edouard Michelin a pris la
relève de son père François, il a
transféré 10 % de la main-d'oeuvre et la même
année les usines Michelin ont accru leurs profits de 20 %.
Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a annulé sa dette
envers lui et lui a même versé 17,5 millions pour un
programme de formation au
travail.
Voici quelques-unes des bonnes oeuvres du
« citoyen exemplaire » Michelin au Canada ne
serait-ce que depuis le tournant du siècle :
* Mise à pied de 200 travailleurs à ses
trois usines en Nouvelle-Écosse : Granton, Waterville et
Bridgewater en 2001.
* À la fin de décembre 2002, la Cour
d'appel de la Nouvelle-Écosse a annulé un jugement de la
Commission sur les indemnités de travail en faveur de Richard
Ross, un ouvrier de l'usine de pneu de Bridgewater souffrant de
maladaptation au roulement de quarts horaires. Le roulement consistait
en trois jours sur le quarts de minuit à 8h, un
congé, quatre jours sur le quart de 16h à minuit, deux
jours de congé et quelques jours de 8h à 16h.
L'Association canadienne des manufacturiers et exportateurs est venue
à la défense de Michelin en disant que cette
décision du tribunal pourrait nuire aux entreprises qui comptent
sur le roulement des quarts-horaires. La Cour d'appel a rendu une
décision unanime qui disait entre autres que M. Ross n'avait pas
démontré que son incapacité était
reliée à son travail à l'usine et que sa condition
était plutôt due à des particularités
personnelles.[2]
* La fermeture d'une usine moderne à Kitchener,
Ontario, le 23 juillet 2006. Cette usine qui appartenait auparavant
à Uniroyal-Roodrich était la seule usine syndiquée
de Michelin. C'est 1 100 travailleurs du caoutchouc qui ont
été privés de leur moyen de subsistance, tandis
que l'économie locale y a perdu des milliards de dollars en
valeur
ajoutée. Avant la fermeture le syndicat des Métallos
s'était engagé à syndiquer les trois usines
Michelin de la Nouvelle-Écosse mais le projet a
été abandonné. Rappelons cette déclaration
de la division atlantique du syndicat au moment de la fermeture :
« Il est scandaleux que cette compagnie n'ait jamais
discuté d'alternatives avec le
syndicat et ait tout simplement lâché cette bombe sur la
ville. C'est une façon terrible de traiter les travailleurs,
leurs familles et la communauté. Il s'agit là d'une usine
productive avec une main-d'oeuvre bien formée, et beaucoup de
ces travailleurs sont à l'emploi de la compagnie depuis plus de
vingt ans. Ils méritent le respect et qu'on leur donne
la possibilité de sauver leurs emplois. »[3]
L'annonce de la fermeture a été faite
à peine six mois après que le premier ministre John Hamm
ait annoncé que son gouvernement allait financer un projet
d'expansion de l'usine non syndiquée de Waterville sous
prétexte de créer 73 emplois non syndiqués.
Michelin, qui a enregistré un profit de 1,63
milliards $ en 2005 (une hausse de 5 %) sur des revenus de
18,3 milliards $ (hausse de 3,6 %), a reçu en
2004-2005 : a) 92 millions $ du gouvernement
fédéral et b) une subvention de 10,8 millions $ sur
cinq ans du gouvernement de la Nouvelle-Écosse.
Cela revient à payer 1,37 million pour chaque emploi
« créé ».
En 2006, Peter MacKay, ministre fédéral
responsable de l'Agence de promotion économique du Canada
atlantique et responsable pour la Nouvelle-Écosse et
l'Île-du-Prince-Édouard, et député de
Central Nova, où se trouve une usine Michelin, s'est dit
favorable au « maintien de cette relation très
bénéfique, mutuellement
bénéfique ».
M. Dexter est entré dans la mêlée
qui opposait les États et les provinces dans la concurrence
inter-monopoliste pour financer ces multinationales mondiales,
déclarant en janvier 2006 : « Tout
investissement provincial qui assure l'avenir de l'usine est une bonne
nouvelle. » Il a invité les
Néo-Écossais à se ranger du côté de
« leurs » monopoles au nom de « la
réalité économique ».[4]
* La compagnie a été trouvée
coupable en novembre 2006, par un tribunal du sud de la France, de
négligence grave pour avoir exposé ses employés
à des niveaux dangereux d'amiante. En fait, Michelin a fait
l'objet d'une quarantaine de poursuites judiciaires en rapport avec
l'amiante. Le tribunal de Clermont-Ferrand, où se trouve le
siège
social de la compagnie, en rendu un jugement en faveur d'un ancien
travailleur et des épouses de trois autres morts des suites de
complications d'un cancer du poumon dû à l'exposition
à l'amiante. Les dangers que représente l'amiante sont
connus depuis 1965 et les défendeurs ont fait valoir que
Michelin a cherché à cacher ce fait à ses
employés.[5]
* Michelin a étouffé une poursuite
collective intentée en 2005 par un groupe de
bénéficiaires du fonds de retraite au Canada qui
réclamaient le versement de 350 millions $ dans la caisse.
Avant le procès, qui a eu lieu en mai 2007, les retraités
ont réduit la somme demandée à 268
millions $. Leur revendication principale était que
Michelin assume sa responsabilité sociale et voit à ce
que les travailleurs du caoutchouc aient droit à une pleine
pension et à une vie de dignité à la retraite. On
octobre, après le procès, la Cour suprême de la
Nouvelle-Écosse (le tribunal de première instance) a
rendu un jugement en faveur de Michelin. Le verdict a été
impitoyable : les
retraités ont été forcés de rembourser
50 % des frais de cours de la compagnie (299 688 $) et la
cour autorisait Michelin à s'attribuer un remboursement pour la
somme restante en pigeant dans le fonds de pension. En janvier 2008,
les demandeurs ont déposé un avis d'appel à la
Cour d'appel de la Nouvelle-Écosse.[6]
* En 2007 Michelin a aboli 100 postes à l'usine
de Granton par les « retraites
anticipées » et
l'« annulation » des postes prévus par la
convention. « Nous sommes ici depuis 35 ans et comme partout
ailleurs, nous avons une main-d'oeuvre vieillissante », a
dit un représentant de la compagnie.
« Cinquante pour cent de nos employés en
Nouvelle-Écosse sont admissibles à la
retraite. » Un quotidien de la province cite un travailleur
qui disait : « Ils veulent se débarrasser du
plus grand nombre possible de travailleurs réguliers. Ils font
ces coupures dans les secteurs où il y a le plus
d'ancienneté, des gars qui sont là
depuis 30 ans et plus. Ils leur disent que leur poste va être
aboli et leur offrent un poste minable dans l'espoir qu'ils prennent
leur retraite. »[7]
* Le 4 février 2009, Michelin a mis à pied
95 autres travailleurs à Waterville. Ce sont des travailleurs
qui font partie de la main-d'oeuvre « flexible »,
dont le temps de travail n'est pas garanti. L'usine avait
déjà fermé un quart-horaire de 12 heures quelques
semaines auparavant. Les représentants de Michelin ont alors dit
que rien
ne garantissait qu'il n'y aurait pas d'autres abolitions de postes. Le
ministre du Développement Murray Scott a dit au Chronicle
Herald le 6 février 2009 que « le gouvernement
provincial va faire tout ce qu'il peut pour soutenir
Michelin », qui selon lui « a de très bons
rapports avec cette province ».[8]
Comment se fait-il que ces emplois n'appartiennent pas
aux gens de la Nouvelle-Écosse ? Pourquoi les
Néo-Écossais ne peuvent-ils pas avoir leur propre
industrie, créer leurs propres emplois et former leurs
jeunes ? Troisièmement, pourquoi la province devrait-elle
subventionner une multinationale étrangère ?
Pourquoi la
Nouvelle-Écosse n'a-t-elle pas une industrie
manufacturière qui fait partie d'une économie nationale
et qui sert d'abord et avant tout le marché intérieur
pour ensuite pratiquer le commerce extérieur sur la base de
l'avantage réciproque ?
Notes
1. Site du NPD de la Nouvelle-Écosse,
http ://www.ndpcaucus.ns.ca/speeches.asp ?ID=30
2. "Shift Work Compensation"
(www.chass.utoronto.ca/cir/library/wwreport/wwr2003_01_20.html) et
"Shift Work Unhealthy," The Informed Worker, London, Ontario,
Hiver 2002.
3. Voir "French tire monopoly to close its only unionized factory in
Canada," TML Daily, 13 février 2006 - No. 14, et
"Michelin puts medal to Nova Scotia all over again," Shunpiking
Magazine, Vol. 10, No. 48, Printemps 2006, p. 4
4. "MacKay favours support for Michelin expansion," Chronicle
Herald, 2 février 2006. Avant de se lancer dans la
politique fédérale, Mackay était à l'emloi
du bureau d'avocats de la multinationale allemande de l'acier et de
l'armement Thiessen, un des principaux bailleurs de fonds des nazis
allemands. Thiessen était également
liée à la famille Michelin. Thiessen, son projet d'usine
de fabrication de chars d'assaut à Bear's Head, au Cap Breton et
le rôle du père du ministre, Elmer MacKay, qui a
été ministre du gouvernement conservateur au
fédéral, reviennent constamment dans le scandale
Mulroney-Schreiber.
5. "French court finds Michelin guilty of negligence in asbestos
contamination", Associated Press, 16 novembre 2006,
http ://www.shunpiking.com/ol0308/0308-WD-mich.htm
6. Smith v. Michelin, Nova Scotia Supreme Court 2008. Michelin annual
Report, 2007. Michelin était représenté par la
firme Osler, Hoskin & Harcourt LLP, avec plus de 450 avocats
à son service et des bureaux à Toronto, Montréal,
Calgary, Ottawa et New York.
7. "Michelin workers angry about job cuts," United Press International,
19 avril 2007.
8. "Michelin lays off 95 fill-in workers," Chronicle
Herald, 6 février 2009
http ://thechronicleherald.ca/Business/1104976.htm

Les origines de l'empire Michelin
Selon la désinformation entourant Michelin, le
salaire « moyen » aux usines de la
Nouvelle-Écosse est de 49 $, et c'est là le produit
d'un « environnement affranchi des syndicats ».
On cache ainsi la source de la richesse créée,
c'est-à-dire l'exploitation du travail en Amérique et la
surexploitation des travailleurs
des plantations au Brésil et au Nigéria, et le fait que
ce sont les travailleurs de la Nouvelle-Écosse qui ont
créé la base matérielle de la capacité
productive moderne dont la multinationale française accapare le
produit.
La désinformation donne également une
fausse représentation de la paix sociale dont jouit Michelin en
raison de ses politiques antisyndicales, puisqu'elle cache la
résistance que mènent les travailleurs français
depuis plus d'un siècle, notamment avec des occupations d'usine.
C'est à cette résistance qu'il faut attribuer les
avantages minimaux
dont jouissent les employés de Michelin aujourd'hui. Ils les
doivent aussi à la lutte de libération nationale du
peuple vietnamien contre le colonialisme français, lequel
était basé en grande partie sur le pillage brutal du
caoutchouc en Indochine.
Pour devenir le premier
fabricant mondial du pneu, la famille Michelin (la compagnie a
été fondée en 1899) a combiné le
pragmatisme et le chauvinisme français aux armes de destruction
massive et misé son avenir sur le Nouvel Ordre mondial de Hitler
puis sur le projet d'empire américain. Le fameux guide Michelin
a commencé après la
Première Guerre mondiale avec des visites de lieux de bataille
conçus par des généraux français,
agrémentées de commentaires anti-allemands. Adoptant le
taylorisme, le fordisme et le pro-natalisme après la
première guerre comme modèles d'organisation
industrielle, économique et sociale conçus pour faire la
promotion de l'union du travail et du
capital, cette compagnie férocement antisyndicale offrait le
logement subventionné, l'assurance-santé, des programmes
récréatifs et des allocations familiales pour
créer une main-d'oeuvre industrieuse et loyale dans les ghettos
ouvriers. Cela a mené, en 1936, à la suppression
impitoyable du plus grand mouvement d'occupation et de grève que
la
France ait connu (après la victoire électorale du Front
populaire socialiste et avant l'arrivée au pouvoir du
gouvernement de Léon Blum).
Les Michelin furent un des principaux suppôts de
la France de Vichy, sous occupation nazie. Ses cadres, notamment ses
superviseurs à l'usine de Clermont-Ferrand, qui est la base de
l'empire Michelin, étaient membres d'une organisation militaire
d'extrême droite appelée Comité secret d'action
révolutionnaire, également connue sous le nom
de La Cagoule à la veille de la Deuxième Guerre mondiale.
La Cagoule favorisait la violence et a planifié un coup
d'État paramilitaire pour renverser le gouvernement du Front
populaire pour préparer le retour de la monarchie
française, à commencer par une dictature militaire. La
Cagoule défendait une position extrêmement chauvine,
anticommuniste, antisocialiste, antidémocratique et
antisémite. Elle a instigué des émeutes publiques
et tenté d'assassiner à plus d'une occasion le chef
socialiste et premier ministre du Front populaire Léon Blum.
Selon l'historien Irwin Wall, « ce groupe
fasciste, mentionné que brièvement dans les comptes
rendus de l'époque, est l'auteur de la plus sérieuse
tentative de prise du pouvoir par l'extrême-droite en France dans
les années 1930. Il recevait un financement important des
magnats de Michelin, Citroën et Renault ; il jouissait d'un
soutien à l'étranger et a réussi à
constituer une importante cache d'armes, achetées surtout de
l'Allemagne ; et il est responsable de l'assassinat en juin 1937
des frères Rosselli, des antifascistes exilés en France,
aux ordres de Mussolini. Parmi ses recrues se trouvaient plusieurs
hauts gradés militaires, dont le maréchal Louis Franchet
d'Esperey et le major Georges Loustaunau-Lacau (qui prétendit
par la suite n'avoir jamais adhérer au groupe), et le
maréchal Pétain était au fait de l'existence de ce
groupe mais n'en souffla pas un mot aux autorités. Un complot
visant la prise du pouvoir les 15 et 16 novembre 1937 (de la
Troisième République) fut éventé par la
police et le chef
du groupe, Eugène Deloncle, fut
arrêté. »[1]
Herbert R. Lottman relate dans The Michelin
Men : Driving an Empire que durant l'occupation allemande de
la France à partir de 1940, le gouvernement quisling du
maréchal Pétain était situé à Vichy,
dans le centre de la France, emplacement choisi spécifiquement
à cause de sa proximité avec Clermont-Ferrand dans le
Massif central, où les frères Michelin, Édouard et
André, fabriquaient du matériel de guerre pour les nazis.
La résistance antifasciste lança une attaque
héroïque contre les ateliers Michelin, mettant le feu
à des stocks de 30 000 pneus. Le 16 mars 1944, l'Escadron 617
lança une attaque de précision contre l'usine Michelin de
Clermont-Ferrand.
Le « niveau de vie exceptionnel »
que Michelin prétend offrir à ses employés est
attribuable en grande partie à l'exploitation impitoyable des
peuples du monde. La société Pneus Michelin, un des plus
grands pillards des matières premières de l'Indochine,
fut un pilier du colonialisme français. Le Viêt Nam
était une des premières
sources mondiales de caoutchouc brut. L'hévéa, plante
productrice de caoutchouc, introduite par les maîtres de
plantation français en 1907, s'y cultivait très bien et a
fait la fortune de Michelin lorsque l'industrie de l'automobile a
créé un énorme marché pour les pneus de
caoutchouc.
Quelques faits importants des années 1930 donnent
une indication des conséquences sociales de la colonisation.
À l'époque « la Banque d'Indochine
détenait à toute fin pratique le monopole des budgets de
la colonie. C'est elle qui émettait la monnaie nationale et
percevait pour le compte de Paris des taxes et dividendes des monopoles
d'État. Parmi ces derniers il y avait l'opium, qui
représentait le tiers des revenus de la colonie ! La
famille Michelin, connue aujourd'hui comme propriétaire du plus
grand fabricant de pneu au monde, qui a bâti son empire avec les
plantations de caoutchouc en Indochine, est sans doute le groupe qui a
le plus bénéficié de la colonisation de
l'Indochine. »[2]
En 1939, les profits des 19 plus grandes plantations de
caoutchouc en Indochine totalisaient 300 millions de francs, une somme
astronomique pour l'époque. Michelin possédait et
contrôlait de vastes superficies de plantation
d'hévéa dans la partie sud de la péninsule
vietnamienne. Les Français finirent par retirer leurs forces du
Laos en 1947 et
du Cambodge en 1953, et un important contingent de l'armée
française a été forcé de capituler au
Viêt Minh, à la base de Dien Bien Phu, en mai 1954,
après un siège qui avait duré plusieurs mois et
coûté la vie à 7 000 soldats français. Cette
défaite spectaculaire et humiliante marquait la fin de la
présence coloniale française dans la région. Mais
Michelin refusa de quitter le Viêt Nam et appuya les
États-Unis qui, ayant subi la défaite en Chine et en
Corée, voulurent reprendre le flambeau de la France. Ses
plantations de caoutchouc prospéraient. Entre 100 000 et 200 000
Vietnamiens y travaillaient dans des conditions de quasi-esclavage. Les
plantations de caoutchouc de Michelin étaient
appelées abattoirs. « Le caoutchouc, la
deuxième plus grande exportation du Viêt Nam après
le riz, était fabriqué par des travailleurs asservis, si
ravagés par le paludisme, la dysenterie et la malnutrition que
sur une des plantations Michelin 12 000 des 45 000 travailleurs en sont
morts entre 1917 et 1944 ».[3]
Concernant le rôle de la famille Michelin durant
la guerre d'agression des États-Unis contre le Viêt Nam,
l'organisation National Coordinators of Vietnam Veterans Against the
War écrit : « On nous disait que nous
respections la vie humaine alors que l'ennemi ne la respectait pas. Et
pourtant, nous versions aux propriétaires des
plantations de Michelin 600 $ pour chaque arbre à
caoutchouc que nous détruisions tandis que la famille d'un
enfant vietnamien tué ne recevait pas plus de 120 $
d'indemnité pour chaque vie enlevée. »[4]
À Saigon le 30 août 1969, une plantation de
Michelin fut accidentellement frappée par la vaporisation
à l'agent Orange, l'arme chimique de destruction de masse
privilégiée des États-Unis. Le gouvernement
américain a versé 90 $ le pied carré à
Michelin à titre d'indemnisation. Dix millions d'hectares de
terre agricole ont été réduits à
l'infertilité. Soixante-dix pour cent de tous les villages du
nord ont été complètement détruits. Quant
à la population vietnamienne, elle souffre encore à ce
jour, trois générations plus tard, des
conséquences de la pollution par les produits chimiques. Le taux
de cancer et de malformation congénitale est six fois plus
élevé dans les régions touchées.
Mais Washington a pris bien soin d'inclure dans les ententes sur la
normalisation des relations une clause contre les poursuites par les
familles des victimes de la guerre chimique.
Aujourd'hui Michelin possède six plantations
d'arbre à caoutchouc au Viêt Nam et au Brésil. Ses
principales sources d'approvisionnement sont la Thaïlande, la
Malaisie (avec l'acquisition d'Uniroyal-Goodrich), le Cameroon, le
Brésil et le Guatémala.[5]
Notes
1. Kenneth Mouré et Martin Alexander, Crisis
and Renewal in France, 1918-1962. New York, Berghahn Books, 2002.
H-France Review Vol. 2 (December 2002), No. 135
http ://www.h-france.net/vol2reviews/wall3.html
2. "Vietnam 1945-75 - imperialism's terrorist wars against the world's
poor", Vietnam Veterans Against the War, The Veteran,
Printemps 1987.
3. Ngo Vinh Long, "Vietnam's Revolutionary Tradition in Vietnam and
America", in Vietnam and America : A Documented History,
New York, Grove Press, 1995, p. 11.
4. Vietnam Veterans Against the War
5. The Rubber International Magazine, Volume 5, No.8, August 2003.

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