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Numéro 88 - 5 mai
2009
5 mai 2009
191e anniversaire de la naissance de Karl Marx
Il n'y a qu'une grande voie de la
civilisation,
une seule voie vers l'avant

5 mai 1818 - 14 mars
1883
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• Il n'y a qu'une grande voie de la
civilisation, une seule voie vers l'avant
• Discours sur la tombe de Karl Marx
- Friedrich Engels, Cimetière Highgate,
Londres, 17 mars 1883
• Les trois sources et les trois parties
constitutives du marxisme - Lénine, 1913
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5 mai 2009
191e anniversaire de naissance de Karl Marx
Il n'y a qu'une grande voie de la civilisation,
une seule voie vers l'avant
Aujourd'hui nous célébrons le 191e
anniversaire de naissance de Karl Marx à l'heure où tous
les apologistes du capitalisme et de l'ordre bourgeois ne voient dans
la crise que la crise. Ils ne voient pas, et ne veulent pas voir, que
la lutte de classe qui s'aiguise dans les conditions de la crise
conduit à une nouvelle époque historique fondée
sur
l'abolition de l'exploitation de l'être humain par l'être
humain et de tous les maux qui l'accompagnent : anarchie,
oppression, pauvreté, insécurité et guerres.
Marx a écrit : « Maintenant, en
ce qui me concerne, ce n'est pas à moi que revient le
mérite d'avoir découvert l'existence des classes dans la
société moderne, pas plus que la lutte qu'elles s'y
livrent. Des historiens bourgeois avaient exposé bien avant moi
l'évolution historique de cette lutte des classes et des
économistes bourgeois
en avaient décrit l'anatomie économique. Ce que j'ai
apporté de nouveau, c'est : 1) de démontrer que
l'existence des classes n'est liée qu'à des phases
historiques déterminées du développement de la
production ; 2) que la lutte des classes mène
nécessairement à la dictature du
prolétariat ; 3) que cette dictature elle-même ne
représente qu'une transition vers l'abolition de toutes les
classes et vers une société sans classes. »
Le Parti communiste du Canada
(marxiste-léniniste) se base sur les idées marxistes
parce qu'elles reflètent les lois objectives du
développement social. Elles constituent un guide pour la classe
ouvrière dans sa lutte pour l'émancipation, et sont pour
elle une grande source d'inspiration et une force spirituelle vitale
pour atteindre ses objectifs. En
plus de refléter les lois du développement social, elles
sont une grande force matérielle pour transformer le monde.
À mesure que s'exacerbe la lutte de classe et que s'aiguisent
les contradictions de classe et les contradictions nationales, un
nombre toujours plus grand de personnes adoptent ces idées qui
se développent et s'enrichissent dans le cours
de la pratique révolutionnaire.
L'aboutissement de la lutte de classe et le rôle
dirigeant de la classe ouvrière dans la révolution sont
des questions fondamentales de la stratégie
révolutionnaire. Lénine soulignait lui aussi qu'il est
toujours important d'établir « quelle classe se
trouve au centre de telle ou telle époque, et détermine
son contenu fondamental, l'orientation
principale de son développement, les particularités
essentielles de son cadre historique, etc. » Il a
écrit que « l'essentiel, dans la doctrine de Marx,
c'est qu'elle a mis en lumière le rôle historique mondial
du prolétariat, comme bâtisseur de la
société socialiste. » Il a qualifié
d'expression la plus grossière de réformisme, la
négation
du concept du rôle dirigeant de la classe ouvrière dans le
mouvement révolutionnaire. En plaçant la classe
ouvrière au centre de notre époque, il a décrit le
principal contenu de cette époque comme étant la
transition du monde du capitalisme au socialisme, et le
caractère de la révolution comme étant
prolétarien.
Le développement du rôle dirigeant de la
classe ouvrière, de son leadership dans toutes les affaires qui
concernent la société demeure à ce jour la
question décisive qui déterminera la victoire de notre
cause. Uniquement parler de la lutte de classe, reconnaître son
existence et en faire la description, sans reconnaître où
mène cette lutte de classe,
présuppose que la bourgeoisie et la classe ouvrière
continueront d'exister pour toujours comme deux classes
opposées, la bourgeoisie en tant que classe dominante et la
classe ouvrière en tant que classe opprimée. C'est
précisément ce que la bourgeoisie veut faire croire
à la classe ouvrière et à tous les
opprimés. C'est pourquoi, bien qu'elle
reconnaisse les classes et la lutte de classe, elle nie la marche de la
société : elle refuse d'analyser la situation et se
contente de la décrire. Ou bien elle regarde la situation de
manière fataliste, n'y voyant aucune issue possible, et
prétend que les luttes des travailleurs et des larges masses du
peuple ne mènent nulle part, ou bien elle présente
les luttes spontanées de manière euphorique et les
approuve en autant qu'elles ne menacent pas le statu quo. Dans un cas
comme dans l'autre, le résultat est le même. La
bourgeoisie est prête à coexister avec ceux qui
reconnaissent la lutte de classe en autant qu'ils ne reconnaissent pas
où elle mène et qu'ils n'organisent pas en fonction de
cette
reconnaissance.
Les marxistes-léninistes procèdent
à partir du mouvement réel qui existe dans la
société. Ils n'exagèrent ni ne minimisent un
aspect ou un trait de la situation actuelle. Ils n'éliminent
aucun des facteurs en présence : pas plus le
côté objectif que le côté subjectif du
mouvement ; pas plus le rôle du facteur conscient, le Parti
et sa
théorie marxiste-léniniste, que le rôle des masses
en tant que celles qui font l'histoire. Ce qui distingue les
marxistes-léninistes de toutes les autres forces sociales, ce
sont les objectifs qu'ils brandissent bien haut dans toutes les
conditions et circonstances. Ces objectifs émanent des
conditions mêmes de la société. Ils sont
l'expression consciente de la
direction que prend la société ; et la tâche
du Parti est d'amener la classe à faire siens ces objectifs,
d'en faire un combattant conscient pour sa propre émancipation,
pour l'émancipation de la société tout
entière et de toute l'humanité.
Le PCC(M-L) aborde ce travail dans toute sa
complexité et sa profondeur pour que la classe ouvrière
soit munie de l'arme spirituelle qu'elle trouve dans le
marxisme-léninisme tandis que le marxisme-léninisme
trouve son arme matérielle dans la classe ouvrière. La
fusion de la théorie du marxisme-léninisme avec le
mouvement ouvrier est l'un
des plus importants facteurs dans la préparation des conditions
subjectives de la révolution.
C'est le Parti qui apporte cette conscience à
toutes les sections de la société. Quand il parle du
mouvement indépendant de la classe ouvrière, loin de
réduire la portée du mouvement ouvrier, de le limiter
à ce qu'on a tendance à appeler « les
questions ouvrières », le Parti a à l'esprit
le mouvement ouvrier pour sa propre
émancipation dans le cours duquel il affranchit du même
coup toute la société. Si la bourgeoisie présente
la classe ouvrière comme une classe égocentrique aux
objectifs étroits, les marxistes-léninistes
défendent la même position en toute circonstance et dans
toutes les conditions, qu'ils s'adressent à la classe
ouvrière, aux jeunes, aux femmes ou à
toute autre section de la société. Cette position ne
change pas, parce que la classe ouvrière n'a pas les
possibilités d'influencer les affaires de la
société d'une manière révolutionnaire si
elle est séparée ou divorcée des problèmes
de la société, si elle est indifférente aux
problèmes de tous les exploités et opprimés et si
elle reste à l'écart de la grande
voie de la civilisation. La classe ouvrière ne peut s'avancer
sur la grande vole de la civilisation simplement parce qu'elle est la
classe ouvrière, elle doit avoir son avant-garde, son
état-major le plus fiable et le plus éprouvé qui
place la lutte pour ouvrir la voie au progrès de la
société sur la grande voie de la civilisation. Donc,
cette avant-garde agit
non pas en repoussant cette grande voie, mais en s'y engageant et en
comptant sur la force matérielle qu'a engendrée
l'histoire pour la réalisation de cette tâche. La classe
ouvrière est cette force matérielle qui a
intérêt à mettre fin à l'exploitation de
l'être humain par l'être humain et ce faisant, à
mettre fin à tout retard, à toute obscurité et
à toute
ignorance, introduisant ainsi une toute nouvelle étape dans le
développement de la société, le plus grand
progrès de la grande voie de la civilisation, conduisant
à l'avènement d'une nouvelle ère de l'histoire.
Hardial Bains, fondateur et dirigeant du PCC(M-L)
jusqu'à son décès en 1997, faisait remarquer :
« Karl Marx a découvert la loi du
mouvement de la société et la loi spécifique du
mouvement du mode de production capitaliste. C'est conformément
à ces lois que le mouvement est aussi créé dans le
domaine des idées, de la science et de la théorie. Depuis
que la société s'est scindée en deux classes
irréconciliables, la bourgeoisie et le
prolétariat, toutes les traditions de la science et des
lumières sont devenues le propre du prolétariat, la
classe qui a intérêt à abolir toutes les conditions
de l'exploitation de l'être humain par l'être humain. En
raison de la mission qui lui incombe, le prolétariat est la
seule classe qui n'a pas de préjugé. La science a besoin
de cette condition pour
progresser. Ce sont les découvertes de Karl Marx qui ont
donné à la classe la conscience, qui lui ont
montré son but, sur la base de la direction de la lutte de
classe, la direction que prend la société, et qui lui ont
montré comment atteindre ce but. Karl Marx était d'abord
et avant tout un révolutionnaire. La science qu'il a
créée possède à la fois le
parti-pris prolétarien et un caractère
révolutionnaire, et elle n'est donc d'aucune utilité pour
la bourgeoisie. Pour être scientifique, pour être
révolutionnaire, il est nécessaire d'être le
continuateur de la grande voie de la victoire des plus grands
idéaux de l'humanité. »
En cette occasion, Le Marxiste-Léniniste
publie deux articles qui mettent en relief la signification de l'oeuvre
de Karl Marx : « Discours sur la tombe de Karl
Marx » de Friedrich Engels et « Les trois sources
et les trois parties constitutives du marxisme » de V.
Lénine.

Discours sur la tombe de Karl Marx
- Friedrich Engels, Cimetière
Highgate, Londres, 17 mars 1883 -
Le 14 mars, à trois heures moins un quart de
l'après-midi, le plus grand des penseurs vivants a cessé
de penser. Laissé seul deux minutes à peine, nous l'avons
retrouvé, en entrant, paisiblement endormi dans son fauteuil,
mais pour toujours.
Ce qu'a perdu le prolétariat militant d'Europe et
d'Amérique, ce qu'a perdu la science historique en cet homme, on
ne saurait le mesurer. Le vide laissé par la mort de ce titan ne
tardera pas à se faire sentir.
De même que Darwin a découvert la loi du
développement de la nature organique, de même Marx a
découvert la loi du développement de l'histoire humaine,
c'est-à-dire ce fait élémentaire voilé
auparavant sous un fatras idéologique que les hommes, avant de
pouvoir s'occuper de politique, de science, d'art, de religion, etc.,
doivent tout
d'abord manger, boire, se loger et se vêtir ; que, par
suite, la production des moyens matériels
élémentaires d'existence et, partant, chaque degré
de développement économique d'un peuple ou d'une
époque forment la base d'où se sont
développés les institutions d'État, les
conceptions juridiques, l'art et même les idées
religieuses des hommes
en question et que, par conséquent, c'est en partant de cette
base qu'il faut les expliquer et non inversement comme on le faisait
jusqu'à présent.
Mais ce n'est pas tout. Marx a également
découvert la loi particulière du mouvement du mode de
production capitaliste actuel et de la société bourgeoise
qui en est issue. La découverte de la plus-value a, du coup,
fait ici la lumière, alors que toutes les recherches
antérieures aussi bien des économistes bourgeois que des
critiques socialistes
s'étaient perdues dans les ténèbres.
Deux découvertes de ce genre devraient suffire
pour une vie entière. Heureux déjà celui auquel il
est donné d'en faire une seule semblable ! Mais dans chaque
domaine que Marx a soumis à ses recherches (et ces domaines sont
très nombreux et pas un seul ne fut l'objet d'études
superficielles), même dans celui des mathématiques, il a
fait
des découvertes originales.
Tel fut l'homme de science. Mais, ce n'était
point là, chez lui, l'essentiel de son activité. La
science était pour Marx une force qui actionnait l'histoire, une
force révolutionnaire. Si pure que fut la joie qu'il pouvait
avoir à une découverte dans une science théorique
quelconque dont il est peut-être impossible d'envisager
l'application pratique, sa
joie était tout autre lorsqu'il s'agissait d'une
découverte d'une portée révolutionnaire
immédiate pour l'industrie ou, en général, pour le
développement historique. Ainsi Marx suivait très
attentivement le progrès des découvertes dans le domaine
de l'électricité et, tout dernièrement encore, les
travaux de Marcel Deprez.
Car Marx était avant tout un
révolutionnaire. Contribuer, d'une façon ou d une autre,
au renversement de la société capitaliste et des
institutions d'État qu'elle a créées, collaborer
à l'affranchissement du prolétariat moderne, auquel il
avait donné le premier la conscience de sa propre situation et,
de ses besoins, la conscience des conditions de
son émancipation, telle était sa véritable
vocation. La lutte était son élément. Et il a
lutté avec une passion, une opiniâtreté et un
succès rares. Collaboration à la première Gazette
rhénane en 1842, au Vorwärts de Paris en
1844, à la Deutsche Zeitung de Bruxelles en 1847,
à la Nouvelle
Gazette rhénane en 1848-1849, à la New York
Tribune de 1852 à 1861, en outre, publication d'une foule
de brochures de combat, travail à Paris, Bruxelles et Londres
jusqu'à la constitution de la grande Association internationale
des travailleurs, couronnement de toute son oeuvre, voilà des
résultats
dont l'auteur aurait pu être fier, même s'il n'avait rien
fait d'autre.
Voilà pourquoi Marx a été l'homme
le plus exécré et le plus calomnié de son temps.
Gouvernements, absolus aussi bien que républicains,
l'expulsèrent ; bourgeois conservateurs et
démocrates extrémistes le couvraient à qui mieux
mieux de calomnies et de malédictions. Il écartait tout
cela de son chemin comme
des toiles d'araignée, sans y faire aucune attention et il ne
répondait qu'en cas de nécessité extrême. Il
est mort, vénéré, aimé et pleuré par
des millions de militants révolutionnaires du monde entier,
dispersés à travers l'Europe et l'Amérique, depuis
les mines de la Sibérie jusqu'en Californie. Et, je puis le dire
hardiment : il pouvait avoir encore plus d'un adversaire, mais il
n'avait guère d'ennemi personnel.
Son nom vivra à travers les siècles et son
oeuvre aussi !

Les trois sources et les trois parties
constitutives du marxisme
- Lénine, 1913 -
(Cet article fut publié dans la revue Prosvéchtchénié
(« L'Éducation ») à l'occasion du
30e anniversaire de la mort de Karl Marx. La revue fut interdite par le
gouvernement tsariste en juin 1914, à la veille de la
Première Guerre mondiale.)
La doctrine de Marx suscite, dans l'ensemble du monde
civilisé, la plus grande hostilité et la haine de toute
la science bourgeoise (officielle comme libérale), qui voit dans
le marxisme quelque chose comme une « secte
malfaisante ». On ne peut pas s'attendre à une autre
attitude, car dans une société
fondée sur la lutte des classes, il ne saurait y avoir de
science sociale « impartiale ». Toute la science
officielle et libérale défend, d'une façon ou de
l'autre, l'esclavage salarié, cependant que le marxisme a
déclaré une guerre implacable à cet esclavage.
Demander une science impartiale dans une société
fondée sur l'esclavage salarié, est d'une
naïveté aussi puérile que de demander aux fabricants
de se montrer impartiaux dans la question de savoir s'il convient de
diminuer les profits du Capital pour augmenter le salaire des ouvriers.
Mais ce n'est pas tout. L'histoire de la philosophie et
l'histoire de la science sociale montrent en toute clarté que le
marxisme n'a rien qui ressemble à du
« sectarisme » dans le sens d'une doctrine
repliée sur elle-même et ossifiée, surgie à
l'écart de la grande route du développement de la
civilisation
universelle. Au contraire, Marx a ceci de génial qu'il a
répondu aux questions que l'humanité avancée avait
déjà soulevées. Sa doctrine naquit comme la
continuation directe et immédiate des doctrines des
représentants les plus éminents de la philosophie, de
l'économie politique et du socialisme.
La doctrine de Marx est toute-puissante, parce qu'elle
est juste. Elle est harmonieuse et complète ; elle donne
aux hommes une conception cohérente du monde, inconciliable avec
toute superstition, avec toute réaction, avec toute
défense de l'oppression bourgeoise, Elle est le successeur
légitime de tout ce que
l'humanité a créé de meilleur au XIX°
siècle : la philosophie allemande, l'économie
politique anglaise et le socialisme français. C'est à ces
trois sources, à ces trois parties constitutives du marxisme,
que nous nous arrêterons brièvement.
I
Le matérialisme est la philosophie du marxisme,
Au cours de toute l'histoire moderne de l'Europe et surtout à la
fin du XVIIIe siècle, en France, où se déroulait
une lutte décisive contre tout le fatras du Moyen-Âge,
contre la féodalité dans les institutions et dans les
idées, le matérialisme fut l'unique philosophie
conséquente, fidèle à tous les enseignements des
sciences naturelles, hostile aux superstitions, au cagotisme, etc.
Aussi les ennemis de la démocratie s'appliquèrent-ils de
toutes leurs forces à « réfuter »
le matérialisme, à le discréditer, à le
calomnier ; ils défendaient les diverses formes de
l'idéalisme
philosophique qui de toute façon se réduit toujours
à la défense ou au soutien de la religion. Marx et Engels
défendirent résolument le matérialisme
philosophique, et ils montrèrent maintes fois ce qu'il y avait
de profondément erroné dans toutes les déviations
à l'égard de cette doctrine fondamentale. Leurs vues sont
exposées avec le plus de clarté et de détails dans
les ouvrages d'Engels : Ludwig Feuerbach et l'Anti-Dühring,
qui, comme le Manifeste du Parti communiste, sont les livres
de chevet de tout ouvrier conscient.
Mais Marx ne s'arrêta pas au matérialisme
du XVIIIe siècle, il poussa la philosophie plus avant. Il
l'enrichit des acquisitions de la philosophie classique allemande,
surtout du système de Hegel, lequel avait conduit à son
tour au matérialisme de Feuerbach. La principale de ces
acquisitions est la dialectique, c'est-à-dire
la théorie de l'évolution, dans son aspect le plus
complet, le plus profond et le plus exempt d'étroitesse,
théorie de la relativité des connaissances humaines qui
nous donnent l'image de la matière en perpétuel
développement. Les récentes découvertes des
sciences naturelles - le radium, les électrons, la
transformation des
éléments - ont admirablement confirmé le
matérialisme dialectique de Marx, en dépit des doctrines
des philosophes bourgeois et de leurs
« nouveaux » retours à l'ancien
idéalisme pourri.
Approfondissant et développant le
matérialisme philosophique, Marx le fit aboutir à son
terme logique, et il l'étendit de la connaissance de la nature
à la connaissance de la société humaine. Le
matérialisme historique de Marx fut la plus grande
conquête de la pensée scientifique. Au chaos et à
l'arbitraire qui régnaient
jusque-là dans les conceptions de l'histoire et de la politique,
succéda une théorie scientifique remarquablement
cohérente et harmonieuse, qui montre comment, d'une forme
d'organisation sociale, surgit et se développe, par suite de la
croissance des forces productives, une autre forme, plus
élevée, - comment par exemple
le capitalisme naît du féodalisme.
De même que la connaissance de l'homme
reflète la nature qui existe indépendamment de lui,
c'est-à-dire la matière en voie de développement,
de même la connaissance sociale de l'homme (c'est-à-dire
les différentes opinions et doctrines philosophiques,
religieuses, politiques, etc.), reflète le régime
économique de la
société. Les institutions politiques s'érigent en
superstructure sur une base économique. Nous voyons, par
exemple, comment les différentes formes politiques des
États européens modernes servent à renforcer la
domination de la bourgeoisie sur le prolétariat.
La philosophie de Marx est un matérialisme
philosophique achevé, qui a donné de puissants
instruments de connaissance à l'humanité et à la
classe ouvrière surtout.
II
Après avoir constaté que le régime
économique constitue la base sur laquelle s'érige la
superstructure politique, Marx réserve son attention surtout
à l'étude de ce régime économique. L'oeuvre
principale de Marx, le Capital, est consacrée à
l'étude du régime économique de la
société moderne, c'est-à-dire
capitaliste.
L'économie politique classique antérieure
à Marx naquit en Angleterre, pays capitaliste le plus
évolué. Adam Smith et David Ricardo, en étudiant
le régime économique, marquèrent le début
de la théorie de la valeur-travail. Marx continua leur oeuvre.
II donna un fondement strictement scientifique à cette
théorie et la
développa de façon conséquente. Il montra que la
valeur de toute marchandise est déterminée par le temps
de travail socialement nécessaire à la production de
cette marchandise.
Là où les économistes bourgeois
voyaient des rapports entre objets (échange d'une marchandise
contre une autre), Marx découvrit des rapports entre hommes.
L'échange de marchandises exprime le lien établi par
l'intermédiaire du marché entre les producteurs
isolés. L'argent signifie que ce lien devient de plus en
plus étroit, unissant en un tout indissoluble toute la vie
économique des producteurs isolés. Le capital signifie le
développement continu de ce lien : la force de travail de
l'homme devient une marchandise. Le salarié vend sa force de
travail au propriétaire de la terre, des usines, des instruments
de production.
L'ouvrier emploie une partie de la journée de travail à
couvrir les frais de son entretien et de celui de sa famille (le
salaire) ; l'autre partie, à travailler gratuitement, en
créant pour le capitaliste la plus-value, source de profit,
source de richesse pour la classe capitaliste.
La théorie de la plus-value constitue la pierre
angulaire de la théorie économique de Marx. Le capital
créé par le travail de l'ouvrier pèse sur
l'ouvrier, ruine les petits patrons et crée une armée de
chômeurs. Dans l'industrie, la victoire de la grosse production
est visible d'emblée ; nous observons d'ailleurs un
phénomène analogue dans l'agriculture : la
supériorité de la grosse exploitation agricole
capitaliste augmente, l'emploi des machines se
généralise, les exploitations paysannes voient se
resserrer autour d'elles le noeud coulant du capital financier, elles
déclinent et se ruinent sous le joug de leur technique
arriérée.
Dans l'agriculture les formes de ce déclin de la petite
production sont autres, mais le déclin lui-même est un
fait incontestable.
Le capital qui bat la petite production, conduit
à augmenter la productivité du travail et à
créer la prépondérance des associations de gros
capitalistes. La production elle-même devient de plus en plus
sociale, - des centaines de milliers et des millions d'ouvriers sont
réunis dans un organisme économique coordonné,
tandis qu'une poignée de capitalistes s'approprient le produit
du travail commun. L'anarchie de la production grandit, crises, course
folle à la recherche de débouchés, existence non
assurée pour la masse de la population.
Tout en augmentant la dépendance des ouvriers
envers le capital, le régime capitaliste crée la grande
puissance du travail unifié.
Marx a suivi le développement du capitalisme
depuis les premiers rudiments de l'économie marchande,
l'échange simple, jusqu'à ses formes supérieures,
la grande production. Et l'expérience de tous les pays
capitalistes, vieux et neufs, montre nettement d'année en
année, à un nombre de plus en plus grand d'ouvriers,
la justesse de cette doctrine de Marx. Le capitalisme a vaincu dans le
monde entier, mais cette victoire n'est que le prélude de la
victoire du Travail sur le Capital.
III
Lorsque le régime féodal fut
renversé et que la « libre »
société capitaliste vit le jour, il apparut tout de suite
que cette liberté signifiait un nouveau système
d'oppression et d'exploitation des travailleurs, Aussitôt
diverses doctrines socialistes commencèrent à surgir,
reflet de cette oppression et protestation
contre elle. Mais le socialisme primitif était un socialisme
utopique. Il critiquait la société capitaliste, la
condamnait, la maudissait ; il rêvait de l'abolir, il
imaginait un régime meilleur ; il cherchait à
persuader les riches de l'immoralité de l'exploitation.
Mais le socialisme utopique ne pouvait indiquer une
véritable issue. Il ne savait ni expliquer la nature de
l'esclavage salarié en régime capitaliste, ni
découvrir les lois de son développement, ni trouver la
force sociale capable de devenir le créateur de la
société nouvelle.
Cependant les révolutions orageuses qui
accompagnèrent partout en Europe et principalement en France la
chute de la féodalité, du servage, montraient avec
toujours plus d'évidence que la lutte des classes est la base et
la force motrice du développement.
Pas une seule liberté politique n'a
été conquise sur la classe des féodaux sans une
résistance acharnée. Pas un seul pays capitaliste ne
s'est constitué sur une base plus ou moins libre,
démocratique, sans qu'une lutte à mort n'ait mis aux
prises les différentes classes de la société
capitaliste. Marx a ceci de génial qu'il
fut le premier à dégager et à appliquer de
façon conséquente l'enseignement que comporte l'histoire
universelle. Cet enseignement, c'est la doctrine de la lutte de classes.
Les hommes ont toujours été et seront
toujours en politique les dupes naïves des autres et
d'eux-mêmes, tant qu'ils n'auront pas appris, derrière les
phrases, les déclarations et les promesses morales, religieuses,
politiques et sociales, à discerner les intérêts de
telles ou telles classes. Les partisans des réformes et
améliorations seront dupés par les défenseurs du
vieil ordre de choses, aussi longtemps qu'ils n'auront pas compris que
toute vieille institution, si barbare et pourrie qu'elle paraisse, est
soutenue par les forces de telles ou telles classes dominantes. Et pour
briser la résistance de ces classes, il n'y a qu'un moyen :
trouver dans la société même qui nous entoure, puis
éduquer et organiser pour la lutte, les forces qui peuvent - et
doivent de par leur situation sociale - devenir la force capable de
balayer le vieux et de créer le nouveau.
Seul le matérialisme philosophique de Marx a
montré au prolétariat la voie à suivre pour sortir
de l'esclavage spirituel où végétaient
jusque-là toutes les classes opprimées. Seule la
théorie économique de Marx a expliqué la situation
véritable du prolétariat dans l'ensemble du régime
capitaliste.
Les organisations prolétariennes
indépendantes se multiplient dans le monde entier, de
l'Amérique au Japon, de la Suède à l'Afrique du
Sud. Le prolétariat s'instruit et s'éduque en menant sa
lutte de classe ; il s'affranchit des préjugés de la
société bourgeoise, il acquiert une cohésion de
plus en plus grande, il
apprend à apprécier ses succès à leur juste
valeur, il retrempe ses forces et grandit irrésistiblement.

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