Le Marxiste-Léniniste

Numéro 66 - 1er avril 2009

Deux conférences internationales sur l'Afghanistan

Canada, hors d'Afghanistan maintenant!
Démantelez l'OTAN!


CALENDRIER D'ÉVÉNEMENTS

Canada, hors d'Afghanistan maintenant! Démantelez l'OTAN!
La Conférence de La Haye
La conférence de Moscou
La nouvelle stratégie Obama pour l'Afghanistan
Un nouveau cauchemar afghan - Ramzy Baroud
Afghanistan: La guerre la plus longue et la plus étendue du monde - Rick Rozoff, Stop NATO

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Deux conférences internationales sur l'Afghanistan

Canada, hors d'Afghanistan maintenant!
Démantelez l'OTAN!

Des représentants de plus de 70 pays se sont réunis à La Haye, aux Pays-Bas, le 31 mars dans le cadre de la « Conférence internationale sur l'Afghanistan : Une stratégie globale dans un contexte régional » qui, selon les reportages, s'est penchée sur les élections présidentielles, la gouvernance et les priorités du développement économique en Afghanistan. Parmi les participants se trouvaient le président afghan Hamid Karzaï et le secrétaire général de l'ONU Ban K-Moon.

Cette conférence a eu lieu quatre jours après que le président des États-Unis, Barack Obama, ait annoncé sa nouvelle stratégie pour l'Afghanistan, qui comprend le déploiement de troupes additionnelles. La secrétaire d'État Hillary Clinton a annoncé par ailleurs que les États-Unis vont créer un fonds de 40 millions pour des élections « ouvertes, libres et justes » en Afghanistan en août prochain. « Nous devons également soutenir les efforts du gouvernement afghan pour séparer les extrémistes du al-Qaïda et du Taliban de ceux qui se sont joints à eux non pas par conviction, mais par désespoir », a dit Clinton qui affirme que « c'est le cas de la majorité de ceux qui luttent aux côtés des talibans ». Elle a ajouté que « la corruption est un cancer, tout aussi dangereux pour notre réussite à long terme que le Taliban ou al-Qaïda. Un gouvernement qui ne répond pas aux attentes de son peuple est le meilleur outil de recrutement des terroristes. »

Une autre conférence sur l'Afghanistan a eu lieu le 27 mars à Moscou sous l'égide de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS). « La conférence a eu lieu à l'initiative de la Russie et avait pour but de coordonner et d'intensifier la coopération internationale dans le domaine de l'action antiterroriste et de la lutte au trafic de la drogue », a dit le ministre russe des Affaires étrangères Sergeï Lavrov.

Ces conférences ont eu lieu à la veille du sommet de l'OTAN à Strasbourg, les 4 et 5 avril, à l'occasion du 60e anniversaire de l'OTAN, et de la rencontre du G20 à Londres à l'heure où s'approfondit la crise économique et financière et que toutes les grandes puissances s'enlisent dans la crise. Nous publions dans ce numéro des informations sur les objectifs que les grandes puissances cherchent à atteindre avec ces conférences ainsi des points de vue sur la mission de l'alliance militaire agressive en Afghanistan. Le Marxiste-Léniniste réitère l'appel de l'humanité progressiste qui réclame qu'on mette fin à la guerre et à l'occupation impérialistes en Afghanistan.

Canada, hors d'Afghanistan maintenant ! Démantelez l'OTAN !
Tous aux manifestations contre le G20 et l'OTAN !

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La Conférence de La Haye


  La Haye, 31 mars 2009: Manifestation contre la Conférence
de l'ONU sur l'Aghanistan.

À la veille de la conférence de La Haye, le ministre hollandais des Affaires étrangères disait : « La conférence jettera un regard global sur les problèmes auxquels nous sommes présentement confrontés en Afghanistan sur le plan politique et sur le plan de la sécurité et du développement, tout en tenant compte du contexte régional. Les années 2009 et 2010 seront importantes pour l'Afghanistan. Des élections présidentielles sont prévues pour le 20 août prochain et des élections parlementaires pour l'année prochaine. La communauté internationale doit maintenant se tourner vers l'avenir et discuter des choix politiques qui s'offrent. »

Le ministre des Affaires étrangères du Canada, Lawrence Cannon, qui a participé à la conférence, a dit la veille : « Cette conférence donnera aux membres de la communauté internationale l'occasion de dresser un bilan des progrès accomplis, de se préparer pour les importants défis qui les attendent et de réaffirmer leur engagement envers la stabilité et la paix en Afghanistan. Nous nous réjouissons à l'idée de partager certaines des leçons que nous avons apprises au cours de la dernière année, période durant laquelle nous avons établi des priorités et des critères pour l'évaluation des progrès, doublé le nombre de civils déployés sur le terrain, mis en service de précieux équipements tels que des hélicoptères et augmenté les contributions financières destinées à favoriser la sécurité, la gouvernance et le développement. »

« Nous entendons par ailleurs consulter nos alliés et les pays voisins de l’Afghanistan quant aux moyens d’unir nos efforts en vue de faciliter la coopération régionale, que tous considèrent comme un élément essentiel de toute solution du conflit à long terme, a ajouté le ministre. Pour donner forme à l’une de nos six priorités, le Canada aide à renforcer la sécurité frontalière en facilitant la coopération entre l’Afghanistan et le Pakistan. »

Le Canada fait ainsi écho aux préoccupations exprimées par les États-Unis et l'OTAN. Dans une entrevue au réseau canadien CTV, le porte-parole de l'OTAN James Appathurai a dit : « Nous voulons éviter, et je crois que l'ensemble de la communauté internationale veut éviter, que cela soit perçu comme étant la guerre de Barack Obama. Nous voulons que tous les autres alliés accroissent leurs efforts pour que ce ne soit pas les États-Unis qui fassent tout pendant que les autres regardent et applaudissent. »

L'OTAN aimerait voir le Canada et les autres pays membres apporter un plus grand soutien aux forces de sécurité afghanes, a-t-il dit. La création d'une force policière afghane forte « est un gros morceau qui manque » dans l'effort de stabilisation et de reconstruction de l'Afghanistan.

« Je sais qu'en plus d'envoyer des soldats et de tout ce qu'il fait, le Canada a également consacré des milliards de dollars à l'effort de développement et à la formation des forces policières. C'est là-dessus que nous à l'OTAN voudrions voir plus d'effort : des forces militaires sur le terrain certes, mais c'est sur le plan des forces policières qu'il faudra investir davantage. »

« Avec nos soldats nous pouvons nettoyer le terrain. Il y a beaucoup d'argent pour le développement et de personnel pour le développement sur le terrain, mais si nous — et par « nous » j'entends d'abord et avant tout les Afghans — ne parvenons pas à défendre le terrain qui est déblayé, les gens du développement ne peuvent pas faire leur travail. »

Les participants à la conférence de La Haye se sont engagés à suivre des « priorités claires » pour y parvenir, notamment la promotion « de la bonne gouvernance » et le renforcement des institutions, en s'assurant notamment que l'élection présidentielle d'août prochain sera « transparente, équitable et crédible ».

Ils s'engagent aussi à agir pour « générer de la croissance économique, renforcer la sécurité et améliorer la coopération régionale », et « renforcer les institutions » afghanes, en soulignant que « les programmes de développement civils sont aussi nécessaires que les renforts militaires ».

Les participants à la conférence insistent sur la nécessité de « renforcer les institutions » afghanes en précisant qu'ils « se sont mis d'accord pour augmenter les ressources » prévu à cet effet.

Leur communiqué final appelle à « améliorer l'efficacité de l'aide » et salue en particulier « la nouvelle stratégie américaine » de M. Obama, dont la conférence a repris plusieurs principes.

Il souligne « l'importance de mener un combat déterminé contre le terrorisme et l'extrémisme violent en Afghanistan et d'éliminer les sanctuaires d'Al-Qaïda et d'autres réseaux terroristes, où qu'ils soient », car ils constituent « une menace globale ».

Le communiqué final accueille également favorablement « les efforts du gouvernement afghan pour réintégrer dans la vie civile les combattants afghans qui prennent leur distance avec le terrorisme, s'engagent à respecter la Constitution et à déposer les armes ».

(Sources : Ministère des Affaires étrangères du Canada, Romandie News, Associated Press, CTV)

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La conférence de Moscou

Les participants à la conférence sur l'Afghanistan, qui s'est déroulée à Moscou sous l'égide de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), ont appelé « à coordonner les efforts de la communauté internationale dans la lutte contre le terrorisme, le trafic de stupéfiants et la criminalité dans la région », lit-on dans la déclaration adoptée à l'issue de la conférence. La conférence réunit les ministres des Affaires étrangères de l'OCS (Russie, Chine, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan et Ouzbékistan), des représentants du G8, du Turkménistan, de la Turquie, de l'Iran, de l'ONU, de l'OTSC, de l'OSCE, de l'UE et de l'OTAN.

Dans un message adressé aux délégués de la conférence, le président russe Dmitri Medvedev a dit que la Russie est prête à contribuer activement à la normalisation en Afghanistan. Medvedev a appelé les délégués à examiner les problèmes « qui touchent directement les intérêts aussi bien de l'Afghanistan que des autres pays de la région et de la communauté internationale ».

Parmi les dossiers essentiels, il a cité la lutte contre le terrorisme, le trafic de drogue et le crime transnational. « Aujourd'hui, les efforts du peuple et du gouvernement afghans sont focalisés sur la construction étatique et économique. Mais il est impossible d'accomplir ces missions sans assurer la stabilité et la sécurité sur le territoire national. C'est précisément là que l'Afghanistan a besoin d'un soutien et d'une assistance », a-t-il souligné.

Les participants à la conférence envisagent de créer un centre régional antidrogue et de former des professionnels chargés de combattre le trafic de stupéfiants dans la région, lit-on dans le Plan d'action. « Les États membres de l'OCS et l'Afghanistan durciront le contrôle des substances chimiques utilisées pour la production de stupéfiants et déploieront les efforts nécessaires afin de réprimer leur acheminement illicite vers l'Afghanistan », indique le document.

Le vice-ministre des Affaires étrangères de l'Iran, Mehdi Akhondzadeh, a appelé à « passer des déclarations aux actes » dans le règlement afghan. « Le temps est venu de passer des déclarations aux actes. Cette conférence offre une bonne occasion de prendre des mesures pratiques dans les questions préoccupant la communauté internationale, dont le trafic de drogue, le crime organisé et le terrorisme. L'OCS pourrait jouer un grand rôle dans la gestion de ces risques, mais l'ONU est la plate-forme principale sur laquelle nous devrions concentrer nos efforts », a-t-il indiqué à la presse.

Il a indiqué que la situation en matière de trafic de drogue s'était nettement détériorée en Afghanistan. Ainsi, selon M. Akhondzadeh, la fabrication d'opium a été multipliée par huit depuis fin 2001, date à laquelle les forces de la coalition internationale dirigée par les États-Unis sont entrées dans l'Afghanistan.

(Source : RIA Novosti)

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La nouvelle stratégie Obama pour l'Afghanistan

Le 27 mars, le président des États-Unis Barack Obama a dévoilé la nouvelle stratégie américaine pour l'Afghanistan et le Pakistan, disant que la situation en Afghanistan est devenue « de plus en plus périlleuse ». Selon lui, « on ne peut pas permettre de placer l'Afghanistan sous le contrôle des talibans et ou d'al-Qaïda, qui préparent de nouvelles attaques contre les États-Unis depuis leurs refuges au Pakistan ».

Obama a dit qu'il va envoyer 4 000 soldats de plus en Afghanstan pour former les forces de sécurité afghanes vers la fin du printemps et qu'il demandera au Congrès d'approuver une nouvelle aide de 1,5 milliard $ au Pakistan « pour détruire les refuges des terroristes au Pakistan ». L'argent va « construire des écoles, des routes et des hôpitaux, et renforcer la démocratie au Pakistan », a-t-il affirmé.

En parallèle, un soutien aux efforts anti-terroristes du Pakistan est « indispensable à nos efforts en Afghanistan, qui ne verra pas la fin des violences si les insurgés peuvent se déplacer librement des deux côtés de la frontière ».

Selon lui, la « frontière déstabilisante » entre l'Afghanistan et le Pakistan sera un élément difficile à résoudre. « Nous ne pouvons pas penser que la seule approche militaire en Afghanistan sera en mesure de résoudre nos problèmes. Donc nous visons une stratégie globale. Et il y aura une stratégie de retrait (...) Il faut avoir à l'esprit que ce ne sera pas une dérive perpétuelle », a déclaré le président américain.

« Je veux donc que le peuple comprenne que nous avons un objectif clair et précis », a-t-il déclaré depuis la Maison Blanche, entouré de ses secrétaires d'Etat et à la Défense, Hillary Rodham Clinton et Robert Gates, et de responsables de la sécurité et des renseignements. « Cet objectif doit être atteint », a-t-il prévenu. « C'est une cause qui ne saurait être plus juste. Et aux 'terroristes' qui s'opposent à nous, mon message est le même : nous vous vaincrons. »

Si son prédécesseur avait promis - en vain - de capturer Ousama ben Laden, c'est al-Qaïda dans son ensemble qu'entend éradiquer le nouveau locataire de la Maison-Blanche.

À l'heure où la résistance augmente en Afghanistan — avec un nombre des morts en hausse de 35 % dans les rangs américains en 2008 —, aucune date n'a été fixée pour le retrait des soldats. En échange des troupes et des fonds supplémentaires promis aux deux pays, la stratégie du chef de la Maison Blanche prévoit en revanche la pleine coopération du Pakistan et de l'Afghanistan, dont les gouvernements devront rendre des comptes de leur action.

(Xinhua, Le journal de guerre de Marc Lemaire)

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Un nouveau cauchemar afghan

Lors de sa rencontre le 14 février à Kaboul avec Hamid Karzaï, le président afghan placé « démocratiquement », Richard Holbrooke, l'envoyé étasunien en Afghanistan, a peut-être appris la signification historique du jour suivant. Le 15 février, on commémore la fin de la campagne sanguinaire russe contre l'Afghanistan (août 1978-février 1989).

Mais il est peu probable que M. Holbrooke assimile l'importance de cette leçon historique. Le président américain Barack Obama et lui sont convaincus que l'élément manquant pour gagner la guerre en Afghanistan constitue un engagement accru, comme le doublement du nombre de troupes, l'augmentation de dépenses militaires, et, afin de gagner les coeurs et les esprits, une hausse des investissements dans le développement. L'administration étasunienne croit que cette combinaison dissuadera tôt ou tard les Afghans de soutenir les talibans, les milices tribales, les nationalistes pachtounes et d'autres groupes. Ces derniers mènent une guérilla dans divers endroits du pays, principalement dans le sud, dans le but de déloger le gouvernement Karzaï et les forces d'occupation étrangères. Alors que Kaboul était considéré comme un « oasis de calme » durant le règne soviétique, selon le compte-rendu de Jonathan Steele, c'est loin d'être le cas sous la domination des États-Unis et de ses alliés de l'OTAN, lesquels ont eu amplement le temps — 8 longues années — de prendre le contrôle, mais ont échoué.

En fait, au moment où Holbrooke s'est assis dans le palais présidentiel sous haute protection de M. Karzaï, des bombes artisanales explosaient à travers le pays, à Khost, à Kandahar et ailleurs. Plusieurs policiers ont été tués, s'ajoutant aux centaines de soldats et officiers qui meurent chaque année en défendant désespérément les rares symboles de l'autorité du gouvernement central. Hormis son contrôle chancelant de Kaboul et de certaines capitales provinciales, le gouvernement central lutte pour maintenir la faible crédibilité qu'il détient toujours.

Ainsi, une grande partie du pays est considérée comme un champ de bataille entre les milices afghanes, dans lesquelles de plus en plus d'habitants voient une force de résistance légitime contre une occupation illégitime, celle des États-Unis et de l'OTAN.

Contrairement à l'impopulaire guerre d'Irak, celle d'Afghanistan était largement perçue aux États-Unis comme une guerre morale, s'appuyant sur la logique suivante : Al Qaeda était responsable des attentats terroristes du 11 septembre et puisque le groupe était abrité par un gouvernement taliban également militant, les deux devaient en payer le prix. Jusqu'à maintenant, le peuple afghan a payé ce prix à maintes reprises. Des milliers d'Afghans ont été tués et une génération entière a été marquée par une nouvelle guerre civile, et maintenant par une nouvelle occupation militaire étrangère.

Tandis que les consommateurs de médias dominants sont inondés de commentaires officiels et de reportages occasionnels sur les défis qui attendent les États-Unis en Afghanistan — protéger la démocratie, la liberté et les « intérêts nationaux » -- dans les reportages, on persiste à réduire cette guerre à un combat contre la corruption, pour les droits humains et l'égalité entre les sexes.

On parle peu des véritables raisons d'être de la guerre, telle la rhétorique apparemment ennuyeuse des grands jeux pour contrôler l'Eurasie, datant de la rivalité entre les Empires russe et britannique au 19e siècle. Ce discours conviendrait davantage aux discussions académiques, lesquelles ne sont d'aucun intérêt médiatique.

Il convient peut-être de noter que ceux qui ont tenté de dominer l'Afghanistan autrefois ont échoué misérablement. Si M. Holbrooke souhaite creuser encore plus loin dans l'histoire, il apprendra que l'Empire britannique, qui contrôlait l'Inde à l'époque, a aussi été défait en Afghanistan en 1842 et de nouveau en 1878. Les leaders soviétiques, pour leur part, désiraient une victoire rapide en occupant Kaboul en décembre 1979, pour finalement se trouver engagés dans une guerre des plus sanglantes, ayant pour résultat 15 000 morts (cela va sans dire, les centaines de milliers de morts afghans ne sont souvent pas répertoriés) et une cuisante défaite.

En revanche, M. Holbrooke devait connaître les détails de cette dernière période, car après tout, c'est son pays qui a armé et soutenu financièrement les moudjahidin en Afghanistan, craignant que l'objectif ultime des Soviétiques pendant la guerre froide était de contester la domination étasunienne dans cette région et, en dernier lieu, dans le Moyen-Orient. Vu le renversement du Shah d'Iran, désastreux pour les États-Unis sur le plan stratégique, la superpuissance mondiale ne pouvait courir aucun risque.

Depuis cependant, l'Afghanistan a pris de l'importance. Autrefois politiquement stratégique, en raison de sa proximité des mers chaudes et des pouvoirs régionaux, le pays est devenu un territoire stratégique en matière d'énergie, indispensable à l'exploitation du pétrole de la mer Caspienne.

« Je ne me souviens pas d'avoir vu une région émerger si soudainement au point de devenir aussi importante stratégiquement que la Caspienne », affirmait l'ancien vice-président Dick Cheney dans un discours aux magnats du pétrole en 1998. En février de la même année, John Maresca, vice-président des relations internationales chez Unocal Corporation, expliquait comment transférer le pétrole du bassin de la Caspienne (estimé entre 110 et 243 milliards de barils de brut d'une valeur de 4 billions de dollars) : « (Une) des options serait de construire un pipeline du sud de l'Asie centrale à l'océan Indien. Une voie évidente vers le sud traverserait l'Iran, mais elle serait interdite aux compagnies américaines en raison des sanctions. La seule autre voie possible traverserait l'Afghanistan. »

Pour de nombreuses raisons logistiques, historiques et pratiques, le succès militaire en Afghanistan n'est tout simplement pas possible. Toutefois, l'échec aura également un prix, du moins pour ceux qui bénéficieront directement de l'assujettissement de la nation rebelle.

L'ancien président Bush et ses alliés n'ont pas réussi à transformer l'Afghanistan en démocratie à l'américaine, facilement exploitable à des fins stratégiques et économiques. En imposant une solution militaire en Afghanistan, M. Obama appelle non seulement de nouveau à l'échec d'une expérience impériale américaine, comme en Irak, mais il insiste aussi pour ajouter le nom de son pays à ceux de la Grande-Bretagne et de la Russie, lesquelles avaient plus de chances de réussir, mais ont subit une défaite écrasante.

« C'est comme combattre du sable. Aucune force dans le monde ne peut triompher des Afghans », déclarait à Reuters l'ancien officier russe en Afghanistan, Oleg Kubanov. « C'est leur terre sainte, peu leur importe que vous soyez russes ou étasuniens. Nous sommes tous des soldats à leurs yeux. »

Il serait opportun que M. Holbrooke réserve quelques heures de l'horaire surchargé de sa visite dans la région pour réviser l'histoire de l'Afghanistan, car il en a certainement besoin.

* Ramzy Baroud (www.ramzybaroud.net) est auteur et éditeur de PalestineChronicle.com. Ses textes ont été publiés dans de nombreux journaux, revues et anthologies à travers le monde. "The Second Palestinian Intifada : A Chronicle of a People's Struggle" (Pluto Press, London ) est son plus récent livre.

(Traduit de l'anglais par Julie Lévesque pour Mondialisation.ca)

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Afghanistan: La guerre la plus longue
et la plus étendue du monde

Le 7 octobre, ce sera le début de la septième année de cette guerre et avec le déploiement prévu d'au moins 30 000 soldats américains additionnels et de milliers d'autres de pays alliés de l'OTAN cette année, elle risque que durer à l'infini.

De toute l'histoire des États-Unis, elle vient au deuxième rang pour ce qui est de la durée, dépassée uniquement à cet égard par la guerre en Indochine.

La guerre afghane est également le premier conflit de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord à l'extérieur de l'Europe et sa toute première guerre au sol en soixante ans d'existence. Elle se mène avec la participation militaire des 26 pays membres et de douze autres pays d'Europe et du Caucase liés à l'OTAN par le Conseil de partenariat euro-atlantique, le Partenariat pour la paix et la Charte adriatique et il s'agit du tout premier recours aux dispositions de l'Article 5 de l'Alliance concernant l'assistance militaire mutuelle.

Parmi les douze partenaires européens de l'OTAN qui ont envoyé des troupes en différents nombres pour aider Washington et l'Alliance se trouvent les cinq pays anciennement neutres de l'Europe : Autriche, Finlande, Irlande, Suède et Suisse.

Le déploiement de l'OTAN européenne et des pays du partenariat comprend des soldats de six anciennes républiques soviétiques, bien que les représentants de gouvernement et les médias occidentaux s'abstiennent d'utiliser des mots comme invasion, empire et occupation, qu'on lançait si allègrement dans les années 1980. L'Azerbaïdjan, la Géorgie et l'Ukraine ont été appelés à contribuer des renforts tandis que les trois pays baltes y sont représentés en toute disproportion par rapport à leur population.

C'est la première fois depuis la guerre du Viet Nam que des troupes américaines, australiennes, néo-zélandaises et sud-coréennes se retrouvent sur le même théâtre de guerre et participant à la même campagne. (Les quatre avaient également des troupes en Irak après mars 2003, mais seules les forces américaines étaient engagées au combat. Plus de 1000 soldats australiens, y compris les forces spéciales, participent aux opérations contre-insurrectionnelles en Afghanistan et dix soldats australiens ont été tués.)

En tout, 42 pays ont placé des contingents militaires, allant d'une poignée de soldats à plusieurs milliers, sous le commandement de l'OTAN dans une guerre aussi éloignée de l'Atlantique Nord qu'on puisse l'imaginer. Ils sont pris dans un conflit interminable à cause de l'engagement pris par les grandes puissances occidentales en 1949 de se venir en aide mutuellement en cas de conflit en Europe de l'Ouest ou en Amérique du Nord.

Plus de mille soldats des États-Unis et des pays de l'OTAN ou de pays partenaires de l'OTAN ont été tués dans cette guerre, y compris des soldats des trois pays baltes, de l'Australie et de la Corée du Sud.

Depuis le début de l'invasion de l'Afghanistan, au début d'octobre 2001, sous l'égide de l'opération « Enduring Freedom », qui a commencé avec des attaques aériennes et au missile par les armées américaine et britannique, modèle repris 17 mois plus tard en Irak, le conflit ne s'est pas limité à l'Afghanistan car on a exploité les liens imaginaires ou très nébuleux entre ce pays et les attentats du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles du World Trade Centre à New York et le Pentagone à Washington pour placer les forces des États-Unis et des autres pays de l'OTAN dans plusieurs pays voisins ou de la région, comme par exemple les bases aériennes et les déploiements de soldats et de navires au Kirghizistan, au Tadjikistan, en Ouzbékistan, au Pakistan et dans l'Océan indien (où la marine japonaise joue un rôle de soutien à l'opération Enduring Freedom).

L'agence de presse russe Itar-Tass rapportait en décembre dernier que 120 000 soldats américains et de l'OTAN sont passés par la base de Manas au Kirghizistan en 2008.

En 2009, le Pentagone et l'OTAN ont appris la mauvaise nouvelle que le gouvernement du Kirghizistan pourrait interdire l'accès à la base aux avions de guerre participant au conflit en Afghanistan. Cette base a reçu depuis 2001 des militaires des États-Unis, d'Australie, du Danemark, de la Norvège, de la Nouvelle-Zélande, de la Pologne, de la Turquie, des Pays-Bas, de l'Italie, de l'Espagne, de la France et de la Corée du Sud.

Officiellement, selon le Pentagone, la zone de responsabilité de l'opération Enduring Freedom comprend 15 pays : Afghanistan, Cuba (Base navale de Guantanamo), Djibouti, Érythrée, Ethiopie, Jordanie, Kenya, Kirghizistan, Ouzbékistan, Pakistan, Philippines, Seychelles, Soudan, Tadjiskistan, Turquie et Yémen.

Après l'invasion de l'Afghanistan en octobre 2001, les États-Unis et leurs alliés de l'OTAN ont obtenu du toujours serviable secrétaire général de l'ONU Kofi Annan (qui en 1995 était le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour l'ex-Yougoslavie et envoyé spécial à l'OTAN et qui est devenu secrétaire général après que les États-Unis aient renvoyé son prédécesseur, Boutros Boutros-Ghali, et aient fait pression sur les 14 autres membres du Conseil de sécurité en 1997 pour le faire introniser) une résolution autorisant la création de la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF), d'abord pour chapeauter l'occupation de l'Afghanistan, mais plus tard pour mener une campagne contre-insurrectionnelle totale en Afghanistan et de l'autre côté de la frontière au Pakistan.

L'ISAF n'a rien d'international. Il s'agit entièrement d'une opération de l'OTAN.

De décembre 2001 à août 2003, le commandement de l'ISAF était assuré par les principaux pays de l'OTAN suivant une rotation aux six mois. Il est ensuite passé à l'OTAN collectivement. Au début sa mission se limitait à la capitale, Kaboul, mais déjà en 2003 son mandat a été élargi et en 2006 il s'étendait à toutes les provinces de l'Afghanistan.

Le déploiement de forces de combat dans un pays qui a été bombardé et envahi et le lancement de frappes aériennes et terrestres dans tout son territoire définissent parfaitement les mots guerre et occupation dans les conditions données.

L'Afghanistan est devenue un terrain d'entraînement et un champ de tir permanents où les États-Unis, leurs alliés de l'OTAN et les pays candidats peuvent tester leurs nouveaux systèmes d'armement, mener des opérations contre-insurrectionnelles modernes et intégrer les unités militaires de 42 pays pour réaliser l'interopérabilité des armes et des combats.

Des officiers polonais, entre autres, ont déclaré ouvertement qu'en Afghanistan l'OTAN leur procure les conditions nécessaires à la modernisation de leurs forces armées, qui n'ont pas été engagées dans une zone de combat ou dans des opérations de combat depuis le début de la Deuxième Guerre mondiale. À la lumière des récentes déclarations de représentants polonais et baltes à l'effet que l'OTAN devrait à nouveau se centrer sur la « défense » de l'Europe, le grand théâtre de guerre afghan apparaît comme un laboratoire pour la préparation des pays d'Europe de l'Est et du sud du Caucase à l'action militaire aux frontières Est et Sud de la Russie.

Le mois dernier, les États-Unis ont signé un accord avec la Pologne pour la formation de leurs forces spéciales (comparables à ce que le Pentagone a fait pour la Géorgie), où l'Afghanistan est cité comme emplacement immédiat.

La grandeur relative de la contribution des pays de l'OTAN est moins importante que le fait que des dizaines, peut-être même des centaines, de milliers de soldats de l'OTAN effectuent une rotation en Afghanistan, au Kirghizistan, au Tadjikistan et en Ouzbékistan depuis sept ans et demi et ont acquis chemin faisant de l'expérience à servir sous le commandement des grandes puissances de l'OTAN.

Plus tôt cette année, le chef du commandement central des États-Unis, le général David Petraeus, a commencé à invoquer la Géorgie et l'Azerbaïdjan, du Caucase, comme routes de transport militaire pour élargir la guerre en Afghanistan. Il s'est rendu dans les anciennes républiques soviétiques de l'Asie centrale que sont le Kazakhstan et le Tadjikistan pour les incorporer elles aussi au vortex de la guerre sud-asiatique.

L'année dernière, le général Nilokaï Makarov, chef de l'état major général des forces armées de la Russie, a fait remarquer que « les États-Unis ont établi des bases en Roumanie et en Bulgarie, et selon nos informations ils projettent en établir au Kazakhstan et en Ouzbékistan. »

Dans les cercles officiels et les médias serviles de l'Occident, on fait grand cas des prétextes invoqués par les États-Unis et l'OTAN pour attaquer et envahir l'Afghanistan, s'emparer de toutes les bases aériennes de l'époque soviétique qui s'y trouve (comme la base de Shindand tout récemment, en 2005, dans la province de Hérat, près de la frontière iranienne) et mettre au pouvoir un gouvernement fantoche.

Au début, alors que les attentats du 11 septembre 2001 étaient encore frais dans la mémoire de l'Amérique et du monde, le prétexte donné pour le lancement de l'opération Enduring Freedom était que les États-Unis devaient pourchasser et « traduire en justice » (ou tuer) Oussama Ben Laden, le mollah Omar et plusieurs de leurs principaux associés, comme châtiment lex talionis pour les attaques meurtrières contre le centre financier de New York et le quartier général du département américain de la Défense.

Avec le temps, alors qu'on ne parvenait même pas à trouver Ben Laden et le mollah Omar, sans parler des les appréhender, le centre d'attention s'est progressivement déplacé vers le Taliban, accusé d'abriter ces deux hommes.

Or, la logique de l'accusation fut infirmée lorsque le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a déclaré, au lendemain des attentats du 11 septembre, que les États-Unis avaient identifié au moins soixante pays, près du tiers des pays du monde, qui abritaient des terroristes et pouvaient par conséquent devenir la cible de leur attaque, omettant de la liste les trois seuls pays qui avaient reconnu, financé et sans doute armé le Taliban : Pakistan, Arabie saoudite et Émirats arabes unis.

Puis cela n'aide pas la cause d'entendre le président Hamid Karzaï, placé au pouvoir par les États-Unis, applaudir régulièrement à la radio Voice of Afghanistan « nos talibans » qui « ont combattu côte à côte avec nous dans la djihad contre les Soviétiques ».

La tactique des États-Unis et de l'OTAN fut alors d'invoquer un prétexte ex post facto pour justifier l'élargissement du théâtre de guerre à toutes les provinces de l'Afghanistan en 2003, soit la création d'Équipes provinciales de reconstruction (PRT).

Les armées envahissantes, avec leurs bombardiers, leurs missiles Cruise, leurs bombes Daisy Cutter de sept tonnes et leur artillerie à longue portée, sont conçues pour détruire et non pour construire des immeubles. Il serait plus exact de parler d'Équipes provinciales de refoulement, sur le modèle du Programme de groupement stratégique de population en hameaux dans le sud du Viet Nam au début des années soixante.

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4 avril: Journée pan-canadienne d'action contre la guerre en Afghanistan

Calendrier d'événements



Montréal
Rassemblement à 13h
Départ de la marche à 13h30

Square Dorchester (coin Peel et René-Lévesque o, métro Peel)
Organisé par le Collectif Échec à la guerre

Pour les actions ailleurs au Canada, cliquez ici.

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