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À la veille de la conférence de La Haye, le ministre hollandais des Affaires étrangères disait : « La conférence jettera un regard global sur les problèmes auxquels nous sommes présentement confrontés en Afghanistan sur le plan politique et sur le plan de la sécurité et du développement, tout en tenant compte du contexte régional. Les années 2009 et 2010 seront importantes pour l'Afghanistan. Des élections présidentielles sont prévues pour le 20 août prochain et des élections parlementaires pour l'année prochaine. La communauté internationale doit maintenant se tourner vers l'avenir et discuter des choix politiques qui s'offrent. » Le ministre des Affaires étrangères du Canada, Lawrence Cannon, qui a participé à la conférence, a dit la veille : « Cette conférence donnera aux membres de la communauté internationale l'occasion de dresser un bilan des progrès accomplis, de se préparer pour les importants défis qui les attendent et de réaffirmer leur engagement envers la stabilité et la paix en Afghanistan. Nous nous réjouissons à l'idée de partager certaines des leçons que nous avons apprises au cours de la dernière année, période durant laquelle nous avons établi des priorités et des critères pour l'évaluation des progrès, doublé le nombre de civils déployés sur le terrain, mis en service de précieux équipements tels que des hélicoptères et augmenté les contributions financières destinées à favoriser la sécurité, la gouvernance et le développement. » « Nous entendons par ailleurs consulter nos alliés et les pays voisins de l’Afghanistan quant aux moyens d’unir nos efforts en vue de faciliter la coopération régionale, que tous considèrent comme un élément essentiel de toute solution du conflit à long terme, a ajouté le ministre. Pour donner forme à l’une de nos six priorités, le Canada aide à renforcer la sécurité frontalière en facilitant la coopération entre l’Afghanistan et le Pakistan. » Le Canada fait ainsi écho aux préoccupations exprimées par les États-Unis et l'OTAN. Dans une entrevue au réseau canadien CTV, le porte-parole de l'OTAN James Appathurai a dit : « Nous voulons éviter, et je crois que l'ensemble de la communauté internationale veut éviter, que cela soit perçu comme étant la guerre de Barack Obama. Nous voulons que tous les autres alliés accroissent leurs efforts pour que ce ne soit pas les États-Unis qui fassent tout pendant que les autres regardent et applaudissent. » L'OTAN aimerait voir le Canada et les autres pays membres apporter un plus grand soutien aux forces de sécurité afghanes, a-t-il dit. La création d'une force policière afghane forte « est un gros morceau qui manque » dans l'effort de stabilisation et de reconstruction de l'Afghanistan. « Je sais qu'en plus d'envoyer des soldats et de tout ce qu'il fait, le Canada a également consacré des milliards de dollars à l'effort de développement et à la formation des forces policières. C'est là-dessus que nous à l'OTAN voudrions voir plus d'effort : des forces militaires sur le terrain certes, mais c'est sur le plan des forces policières qu'il faudra investir davantage. » « Avec nos soldats nous pouvons nettoyer le terrain. Il y a beaucoup d'argent pour le développement et de personnel pour le développement sur le terrain, mais si nous — et par « nous » j'entends d'abord et avant tout les Afghans — ne parvenons pas à défendre le terrain qui est déblayé, les gens du développement ne peuvent pas faire leur travail. » Les participants à la conférence de La Haye se sont engagés à suivre des « priorités claires » pour y parvenir, notamment la promotion « de la bonne gouvernance » et le renforcement des institutions, en s'assurant notamment que l'élection présidentielle d'août prochain sera « transparente, équitable et crédible ». Ils s'engagent aussi à agir pour « générer de la croissance économique, renforcer la sécurité et améliorer la coopération régionale », et « renforcer les institutions » afghanes, en soulignant que « les programmes de développement civils sont aussi nécessaires que les renforts militaires ». Les participants à la conférence insistent sur la nécessité de « renforcer les institutions » afghanes en précisant qu'ils « se sont mis d'accord pour augmenter les ressources » prévu à cet effet. Leur communiqué final appelle à « améliorer l'efficacité de l'aide » et salue en particulier « la nouvelle stratégie américaine » de M. Obama, dont la conférence a repris plusieurs principes. Il souligne « l'importance de mener un combat déterminé contre le terrorisme et l'extrémisme violent en Afghanistan et d'éliminer les sanctuaires d'Al-Qaïda et d'autres réseaux terroristes, où qu'ils soient », car ils constituent « une menace globale ». Le communiqué final accueille également favorablement « les efforts du gouvernement afghan pour réintégrer dans la vie civile les combattants afghans qui prennent leur distance avec le terrorisme, s'engagent à respecter la Constitution et à déposer les armes ». (Sources : Ministère des Affaires étrangères du Canada, Romandie News, Associated Press, CTV) La conférence de MoscouLes participants à la conférence sur l'Afghanistan, qui s'est déroulée à Moscou sous l'égide de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), ont appelé « à coordonner les efforts de la communauté internationale dans la lutte contre le terrorisme, le trafic de stupéfiants et la criminalité dans la région », lit-on dans la déclaration adoptée à l'issue de la conférence. La conférence réunit les ministres des Affaires étrangères de l'OCS (Russie, Chine, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan et Ouzbékistan), des représentants du G8, du Turkménistan, de la Turquie, de l'Iran, de l'ONU, de l'OTSC, de l'OSCE, de l'UE et de l'OTAN. Dans un message adressé aux délégués de la conférence, le président russe Dmitri Medvedev a dit que la Russie est prête à contribuer activement à la normalisation en Afghanistan. Medvedev a appelé les délégués à examiner les problèmes « qui touchent directement les intérêts aussi bien de l'Afghanistan que des autres pays de la région et de la communauté internationale ». Parmi les dossiers essentiels, il a cité la lutte contre le terrorisme, le trafic de drogue et le crime transnational. « Aujourd'hui, les efforts du peuple et du gouvernement afghans sont focalisés sur la construction étatique et économique. Mais il est impossible d'accomplir ces missions sans assurer la stabilité et la sécurité sur le territoire national. C'est précisément là que l'Afghanistan a besoin d'un soutien et d'une assistance », a-t-il souligné. Les participants à la conférence envisagent de créer un centre régional antidrogue et de former des professionnels chargés de combattre le trafic de stupéfiants dans la région, lit-on dans le Plan d'action. « Les États membres de l'OCS et l'Afghanistan durciront le contrôle des substances chimiques utilisées pour la production de stupéfiants et déploieront les efforts nécessaires afin de réprimer leur acheminement illicite vers l'Afghanistan », indique le document. Le vice-ministre des Affaires étrangères de l'Iran, Mehdi Akhondzadeh, a appelé à « passer des déclarations aux actes » dans le règlement afghan. « Le temps est venu de passer des déclarations aux actes. Cette conférence offre une bonne occasion de prendre des mesures pratiques dans les questions préoccupant la communauté internationale, dont le trafic de drogue, le crime organisé et le terrorisme. L'OCS pourrait jouer un grand rôle dans la gestion de ces risques, mais l'ONU est la plate-forme principale sur laquelle nous devrions concentrer nos efforts », a-t-il indiqué à la presse. Il a indiqué que la situation en matière de trafic de drogue s'était nettement détériorée en Afghanistan. Ainsi, selon M. Akhondzadeh, la fabrication d'opium a été multipliée par huit depuis fin 2001, date à laquelle les forces de la coalition internationale dirigée par les États-Unis sont entrées dans l'Afghanistan. (Source : RIA Novosti) La nouvelle stratégie Obama pour l'AfghanistanLe 27 mars, le président des États-Unis Barack Obama a dévoilé la nouvelle stratégie américaine pour l'Afghanistan et le Pakistan, disant que la situation en Afghanistan est devenue « de plus en plus périlleuse ». Selon lui, « on ne peut pas permettre de placer l'Afghanistan sous le contrôle des talibans et ou d'al-Qaïda, qui préparent de nouvelles attaques contre les États-Unis depuis leurs refuges au Pakistan ». Obama a dit qu'il va envoyer 4 000 soldats de plus en Afghanstan pour former les forces de sécurité afghanes vers la fin du printemps et qu'il demandera au Congrès d'approuver une nouvelle aide de 1,5 milliard $ au Pakistan « pour détruire les refuges des terroristes au Pakistan ». L'argent va « construire des écoles, des routes et des hôpitaux, et renforcer la démocratie au Pakistan », a-t-il affirmé. En parallèle, un soutien aux efforts anti-terroristes du Pakistan est « indispensable à nos efforts en Afghanistan, qui ne verra pas la fin des violences si les insurgés peuvent se déplacer librement des deux côtés de la frontière ». Selon lui, la « frontière déstabilisante » entre l'Afghanistan et le Pakistan sera un élément difficile à résoudre. « Nous ne pouvons pas penser que la seule approche militaire en Afghanistan sera en mesure de résoudre nos problèmes. Donc nous visons une stratégie globale. Et il y aura une stratégie de retrait (...) Il faut avoir à l'esprit que ce ne sera pas une dérive perpétuelle », a déclaré le président américain. « Je veux donc que le peuple comprenne que nous avons un objectif clair et précis », a-t-il déclaré depuis la Maison Blanche, entouré de ses secrétaires d'Etat et à la Défense, Hillary Rodham Clinton et Robert Gates, et de responsables de la sécurité et des renseignements. « Cet objectif doit être atteint », a-t-il prévenu. « C'est une cause qui ne saurait être plus juste. Et aux 'terroristes' qui s'opposent à nous, mon message est le même : nous vous vaincrons. » Si son prédécesseur avait promis - en vain - de capturer Ousama ben Laden, c'est al-Qaïda dans son ensemble qu'entend éradiquer le nouveau locataire de la Maison-Blanche. À l'heure où la résistance augmente en Afghanistan — avec un nombre des morts en hausse de 35 % dans les rangs américains en 2008 —, aucune date n'a été fixée pour le retrait des soldats. En échange des troupes et des fonds supplémentaires promis aux deux pays, la stratégie du chef de la Maison Blanche prévoit en revanche la pleine coopération du Pakistan et de l'Afghanistan, dont les gouvernements devront rendre des comptes de leur action. (Xinhua, Le journal de guerre de Marc Lemaire) Un nouveau cauchemar afghanLors de sa rencontre le 14 février à Kaboul avec Hamid Karzaï, le président afghan placé « démocratiquement », Richard Holbrooke, l'envoyé étasunien en Afghanistan, a peut-être appris la signification historique du jour suivant. Le 15 février, on commémore la fin de la campagne sanguinaire russe contre l'Afghanistan (août 1978-février 1989). Mais il est peu probable que M. Holbrooke assimile l'importance de cette leçon historique. Le président américain Barack Obama et lui sont convaincus que l'élément manquant pour gagner la guerre en Afghanistan constitue un engagement accru, comme le doublement du nombre de troupes, l'augmentation de dépenses militaires, et, afin de gagner les coeurs et les esprits, une hausse des investissements dans le développement. L'administration étasunienne croit que cette combinaison dissuadera tôt ou tard les Afghans de soutenir les talibans, les milices tribales, les nationalistes pachtounes et d'autres groupes. Ces derniers mènent une guérilla dans divers endroits du pays, principalement dans le sud, dans le but de déloger le gouvernement Karzaï et les forces d'occupation étrangères. Alors que Kaboul était considéré comme un « oasis de calme » durant le règne soviétique, selon le compte-rendu de Jonathan Steele, c'est loin d'être le cas sous la domination des États-Unis et de ses alliés de l'OTAN, lesquels ont eu amplement le temps — 8 longues années — de prendre le contrôle, mais ont échoué. En fait, au moment où Holbrooke s'est assis dans le palais présidentiel sous haute protection de M. Karzaï, des bombes artisanales explosaient à travers le pays, à Khost, à Kandahar et ailleurs. Plusieurs policiers ont été tués, s'ajoutant aux centaines de soldats et officiers qui meurent chaque année en défendant désespérément les rares symboles de l'autorité du gouvernement central. Hormis son contrôle chancelant de Kaboul et de certaines capitales provinciales, le gouvernement central lutte pour maintenir la faible crédibilité qu'il détient toujours. Ainsi, une grande partie du pays est considérée comme un champ de bataille entre les milices afghanes, dans lesquelles de plus en plus d'habitants voient une force de résistance légitime contre une occupation illégitime, celle des États-Unis et de l'OTAN. Contrairement à l'impopulaire guerre d'Irak, celle d'Afghanistan était largement perçue aux États-Unis comme une guerre morale, s'appuyant sur la logique suivante : Al Qaeda était responsable des attentats terroristes du 11 septembre et puisque le groupe était abrité par un gouvernement taliban également militant, les deux devaient en payer le prix. Jusqu'à maintenant, le peuple afghan a payé ce prix à maintes reprises. Des milliers d'Afghans ont été tués et une génération entière a été marquée par une nouvelle guerre civile, et maintenant par une nouvelle occupation militaire étrangère. Tandis que les consommateurs de médias dominants sont inondés de commentaires officiels et de reportages occasionnels sur les défis qui attendent les États-Unis en Afghanistan — protéger la démocratie, la liberté et les « intérêts nationaux » -- dans les reportages, on persiste à réduire cette guerre à un combat contre la corruption, pour les droits humains et l'égalité entre les sexes. On parle peu des véritables raisons d'être de la guerre, telle la rhétorique apparemment ennuyeuse des grands jeux pour contrôler l'Eurasie, datant de la rivalité entre les Empires russe et britannique au 19e siècle. Ce discours conviendrait davantage aux discussions académiques, lesquelles ne sont d'aucun intérêt médiatique. Il convient peut-être de noter que ceux qui ont tenté de dominer l'Afghanistan autrefois ont échoué misérablement. Si M. Holbrooke souhaite creuser encore plus loin dans l'histoire, il apprendra que l'Empire britannique, qui contrôlait l'Inde à l'époque, a aussi été défait en Afghanistan en 1842 et de nouveau en 1878. Les leaders soviétiques, pour leur part, désiraient une victoire rapide en occupant Kaboul en décembre 1979, pour finalement se trouver engagés dans une guerre des plus sanglantes, ayant pour résultat 15 000 morts (cela va sans dire, les centaines de milliers de morts afghans ne sont souvent pas répertoriés) et une cuisante défaite. En revanche, M. Holbrooke devait connaître les détails de cette dernière période, car après tout, c'est son pays qui a armé et soutenu financièrement les moudjahidin en Afghanistan, craignant que l'objectif ultime des Soviétiques pendant la guerre froide était de contester la domination étasunienne dans cette région et, en dernier lieu, dans le Moyen-Orient. Vu le renversement du Shah d'Iran, désastreux pour les États-Unis sur le plan stratégique, la superpuissance mondiale ne pouvait courir aucun risque. Depuis cependant, l'Afghanistan a pris de l'importance. Autrefois politiquement stratégique, en raison de sa proximité des mers chaudes et des pouvoirs régionaux, le pays est devenu un territoire stratégique en matière d'énergie, indispensable à l'exploitation du pétrole de la mer Caspienne. « Je ne me souviens pas d'avoir vu une région émerger si soudainement au point de devenir aussi importante stratégiquement que la Caspienne », affirmait l'ancien vice-président Dick Cheney dans un discours aux magnats du pétrole en 1998. En février de la même année, John Maresca, vice-président des relations internationales chez Unocal Corporation, expliquait comment transférer le pétrole du bassin de la Caspienne (estimé entre 110 et 243 milliards de barils de brut d'une valeur de 4 billions de dollars) : « (Une) des options serait de construire un pipeline du sud de l'Asie centrale à l'océan Indien. Une voie évidente vers le sud traverserait l'Iran, mais elle serait interdite aux compagnies américaines en raison des sanctions. La seule autre voie possible traverserait l'Afghanistan. » Pour de nombreuses raisons logistiques, historiques et pratiques, le succès militaire en Afghanistan n'est tout simplement pas possible. Toutefois, l'échec aura également un prix, du moins pour ceux qui bénéficieront directement de l'assujettissement de la nation rebelle. L'ancien président Bush et ses alliés n'ont pas réussi à transformer l'Afghanistan en démocratie à l'américaine, facilement exploitable à des fins stratégiques et économiques. En imposant une solution militaire en Afghanistan, M. Obama appelle non seulement de nouveau à l'échec d'une expérience impériale américaine, comme en Irak, mais il insiste aussi pour ajouter le nom de son pays à ceux de la Grande-Bretagne et de la Russie, lesquelles avaient plus de chances de réussir, mais ont subit une défaite écrasante. « C'est comme combattre du sable. Aucune force dans le monde ne peut triompher des Afghans », déclarait à Reuters l'ancien officier russe en Afghanistan, Oleg Kubanov. « C'est leur terre sainte, peu leur importe que vous soyez russes ou étasuniens. Nous sommes tous des soldats à leurs yeux. » Il serait opportun que M. Holbrooke réserve quelques heures de l'horaire surchargé de sa visite dans la région pour réviser l'histoire de l'Afghanistan, car il en a certainement besoin. * Ramzy Baroud (www.ramzybaroud.net) est auteur et éditeur de PalestineChronicle.com. Ses textes ont été publiés dans de nombreux journaux, revues et anthologies à travers le monde. "The Second Palestinian Intifada : A Chronicle of a People's Struggle" (Pluto Press, London ) est son plus récent livre. (Traduit de l'anglais par Julie Lévesque pour Mondialisation.ca)
Afghanistan: La guerre la plus longue
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