Le Marxiste-Léniniste

Numéro 49 - 10 mars 2009

Non-respect par le gouvernement canadien
de ses obligations en vertu de la Convention
relative à l'élimination de toutes les formes
de discrimination à l'égard des femmes
- Lettre de l'AFPC à la Commission de l'ONU sur la condition féminine -


Journée internationale de la femme, Toronto, 7 mars 2009.

Non-respect par le gouvernement canadien de ses obligations en vertu de la Convention relative à l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes - Lettre de l'AFPC à la Commission de l'ONU sur la condition féminine

La Loi sur l'équité dans la rémunération dans le secteur public
Le gouvernement fédéral légalise la discrimination à l'égard des femmes - Peggy Morton

Rapport sur la Journée internationale de la femme 2009
La dignité des femmes est dans la lutte pour les droits de tous!

SUPPLÉMENT
Condamnons les attaques du gouvernement canadien contre les droits des femmes

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Non-respect par le gouvernement canadien
de ses obligations en vertu de la Convention
relative à l'élimination de toutes les formes
de discrimination à l'égard des femmes

Nous reproduisons ci-dessous la lettre envoyée à la Commission de l'ONU sur la condition de la femme par l'Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) et quatre autres organisations. La Commission tient sa 53e session aux bureaux de l'ONU à New York du 2 au 13 mars.

* * *

ommission de la condition de la femme des Nations Unies

5 mars 2009

Sujet : Avis urgent concernant une Communication prochaine

Le gouvernement du Canada s'apprête à adopter la Loi d'exécution du budget 2009, qui est présentement en troisième lecture devant la Chambre des Communes. Non seulement ce projet de loi relève d'un procédé anti-démocratique mais, de par sa substance, il va exacerber l'inégalité sexuelle et avoir un impact profondément discriminatoire à l'égard des femmes. Cette réforme législative se fait sans égard aux règles de base en société démocratique, et sans égard aux principes et aux normes énoncées par la communauté internationale en matière de respect des droits humains des femmes. Cette loi budgétaire s'inscrit dans le contexte d'une gouvernance fédérale qui, depuis maintenant trois ans, s'attaque systématiquement aux droits des femmes. Toutes les Canadiennes et les Québécoises sont concernées par cette réforme, et c'est pourquoi nous tenons à vous informer du fait que nous avons l'intention de soumettre une communication urgente à la Commission de la condition de la femme.

Ce projet de loi dit « omnibus » fut présenté en première lecture à la Chambre des communes, le 6 février 2009. Il s'agit d'un texte de plus de 500 pages, qui promulguerait ou amenderait au moins 40 lois différentes[1]. Plusieurs réformes législatives proposées dans le cadre de ce projet de loi, n'ont pourtant aucune incidence budgétaire. À titre d'exemple, ce projet de loi instituerait un nouveau régime sur l'équité salariale pour les travailleuses de la Fonction publique et ce, même si de l'aveu du gouvernement aucune évaluation n'a été faite des conséquences financières de cette réforme. Il est aussi à noter que cette réforme législative a été effectuée sans consultation véritable des syndicats, des groupes de femmes et de la société civile. Cette situation est d'autant plus déplorable qu'aucune dimension de genre n'a été prise en compte, pas plus que les impératifs du « gender budgetting ».

Malgré la complexité de cette Loi d'exécution du budget, le gouvernement n'a permis qu'une seule journée d'audience publique, le 23 février dernier. Il a refusé de retirer le projet de loi sur l'équité salariale de cette loi sur budget, même si l'équité salariale est bel et bien une question relevant des droits de la personne et qu'elle ne devrait pas être inclue dans une loi budgétaire. Le gouvernement fait maintenant de l'appui à ce projet de loi une question de « confiance », forçant ainsi la main aux partis d'opposition. Il s'apprête même à faire adopter son projet de loi à toute vapeur dans les jours prochains.

De par sa substance, ce projet de loi porte atteinte aux droits à l'égalité des femmes. Par exemple :

* malgré le fait qu'il y a eu un très large consensus dans la société civile selon lequel un investissement substantiel dans les garderies était nécessaire, le budget fédéral 2009 n'a rien prévu à ce chapitre. Pourtant, au mois de décembre 2008 UNICEF avait déposé une « fiche de rendement » sur l'apprentissage et la garde de jeunes enfants, plaçant ainsi le Canada bon dernier parmi 25 pays industrialisés.

* Les changements aux politiques d'assurance emploi (AE) contenues dans la Loi d'exécution du budget 2009 ne profiteront pas à la majorité des travailleuses. En fait, moins de 33 % des femmes sans emploi sont admissibles à l'AE en raison du nombre élevé d'heures de travail de travail exigé dans la plupart des régions. Ces règles excluent la plupart des travailleuses à temps partiel et atypiques. Et, même lorsque les femmes réussissent à faire un nombre d'heures suffisant pour être admissibles à l'AE, elles gagnent souvent tellement peu, que les prestations d'AE ne leur permettent pas de combler leurs besoins essentiels.

* Le budget ne tient pas compte des besoins des femmes autochtones, racialisées ou ayant un handicap. Même si des sommes sont réservées aux communautés Autochtones, cela ne permettra pas de respecter les engagements de l'accord de Kelowna, qui a été annulé par le gouvernement fédéral en 2006, ni même de satisfaire aux besoins de ces communautés en matière de financement de l'éducation, d'eau potable, de soins de santé et de logement. Les fonds prévus pour la reconnaissance des titres de compétences étrangers sont peu susceptibles d'améliorer de manière significative l'accès des femmes immigrantes à des emplois. Elle ne seront d'aucune aide pour combattre le racisme et la discrimination dont sont victimes les femmes immigrantes racialisées. Finalement, exception faite d'un petit investissement dans le logement adapté, ce budget ne prévoit absolument rien d'autre pour les personnes handicapées.

* La Loi sur l'équité dans la rémunération du secteur public qui est inclue dans la loi sur le budget restreindrait la portée de l'équité salariale, et enlèverait aux travailleuses du secteur public le droit de déposer des plaintes en matière d'équité salariale auprès de la Commission canadienne des droits de la personne. De plus cette loi transforme l'équité salariale en une « question de rémunération équitable » qui doit être abordée à la table de négociation, mais sans que l'employeur ne soit astreint à aucune obligation de négocier avec le syndicat ni même de mettre en place un système d'évaluation des emplois qui soit neutre et exempt de biais sexistes. De plus, si l'équité salariale n'est pas obtenue dans le cadre du processus de négociation, les travailleuses peuvent individuellement déposer une plainte auprès de la Commission des relations de travail dans la fonction publique, mais sans l'aide de leur syndicat : en fait, ce projet de loi prévoit l'imposition d'une amende de 50 000 $ à tout syndicat qui encouragerait ses propres membres à déposer une plainte en matière d'équité salariale ou qui les aiderait dans leurs démarches. Un groupe d'une centaine d'avocates et de professeures de droit a récemment écrit, dans une lettre ouverte, que cette nouvelle législation mine l'engagement d'éliminer la discrimination sexuelle dans les pratiques salariales, plutôt que de le promouvoir, et laisse les travailleuses de la Fonction publique sans aucun recours efficace en cas de violation de leurs droits ».

La Loi d'exécution du budget nous est imposée dans un contexte ou le gouvernement fédéral se livre à une série d'attaques contre les droits des femmes, introduisant des lois qui vont exacerber l'inégalité des femmes. Par exemple, au printemps 2006, le gouvernement fédéral a annulé les accords bilatéraux touchant le financement des garderies qui avaient été conclu avec les provinces et les territoires, et les a remplacés par une prestation « universelle » qui suffit à peine à couvrir les frais occasionnels d'une gardienne. À l'automne 2006, le gouvernement fédéral annonçait d'importantes compressions à Condition féminine Canada, il fermait la plupart des bureaux régionaux de CFC, il abolissait le Fonds de recherche indépendante en matières de politiques, et il ne finance plus la défense et la promotion des droits des femmes, ni la recherche féministe. Cette mesure a porté un coup dur au mouvement des femmes et a diminué sa capacité de promouvoir des réformes législatives et des politiques pour mettre en oeuvre l'égalité entre les femmes et les hommes. Toujours en 2006, le gouvernement conservateur a aboli le financement du Programme de contestation judiciaire qui finançait des causes types contre des lois ou politiques fédérales portant ainsi atteinte aux droits constitutionnels des femmes.

Au mois de novembre 2008, le Comité de la CEDEF rendait public ses constats et ses recommandations quant au non-respect par le gouvernement canadien de ses obligations en vertu de la Convention relative à l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes. Comme en 2003, le Comité de la CEDEF estime que le Canada n'en fait pas assez et qu'il doit adopter des mesures spéciales pour promouvoir l'égalité pour les femmes, notamment en matière d'équité salariale.

L'Alliance de la Fonction publique du Canada, de concert avec les autres organismes ayant signé la présente lettre, est alarmée du recul opéré par le gouvernement canadien par rapport à ses engagements en matière de respect des droits des femmes. Nous considérons que les politiques mises en oeuvre au cours des dernières années, et celles qui seront adoptées dans le cadre de la Loi d'exécution du budget 2009, constitueront une grave menace aux droits des femmes et une démonstration toute particulière de la discrimination systémique contre les femmes. Nous ferons parvenir sous peu une Communication complète à la Commission, lui demandant d'examiner cette situation avec attention.

Bien à vous,

Patty Ducharme, Vice-présidente nationale, Alliance de la Fonction publique du Canada
Robyn Benson, Vice-Présidente exécutive régionale, responsable de la condition féminine., AFPC

et les organisations suivantes :

Action Canada pour la population et le développement
Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux
Alliance féministe pour l'action internationale
Association canadienne pour la promotion des services de garde à l'enfance
Association féminine d'éducation et d'action sociale
Association nationale Femmes et droit
British-Columbia Federation of Labour
Centrale des syndicats du Québec
Centre de documentation sur l'éducation des adultes et la condition féminine
Coalition pour l'équité salariale du Nouveau-Brunswick
Confédération des syndicats nationaux
Congrès du travail du Canada
Conseil national des femmes du Canada
Fédération canadienne des Clubs de Femmes de carrières commerciales et professionnelles
Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants.
Fédération canadienne des femmes diplômées des universités
Fédération canadienne des syndicats d'infirmières/infirmiers
Fédération de ressources d'hébergement pour femmes violentées et en difficulté du Québec
Fédération des associations de famille monoparentales et recomposées du Québec
Fédération des enseignantes et des enseignants de l'élémentaire de l'Ontario
Fédération des enseignantes-enseignants des écoles secondaires de l'Ontario
Fédération des femmes au Québec
Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec
Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec
Fondation filles d'action
L'R des centres de femmes du Québec
Ontario Coalition for Better Child Care
Ontario Federation of Labour
Regroupement provincial des maisons d'hébergement et de transition pour femmes
Regroupement québécois des CALACS
Réseau d'action des femmes handicapées du Canada
Réseau des lesbiennes du Québec
Réseau des Tables régionales de groupes de femmes du Québec
Saskatchewan Federation of Labour
Syndicat canadien de la fonction publique
Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes
Syndicat de la Fonction publique du Québec
Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec
Syndicat des communication, énergie et papier
Table de concertation des groupes de femmes du Bas Saint-Laurent
Travailleurs canadiens de l'automobile

Note

1. Dont notamment les lois suivantes : Loi de l'impôt sur le revenu ; Loi d'exécution du budget de 2008 ; Loi de 2001 sur l'accise ; Loi sur la taxe d'accise ; Loi sur l'assurance-emploi ; Loi sur la gestion des finances publiques ; Loi sur la Société d'assurance-dépôts du Canada ; Loi sur l'accès à l'information ; Loi canadienne sur les paiements ; Loi sur la gestion des finances publiques ; Loi sur les liquidations et les restructurations ; Loi sur la Banque de développement du Canada ; Loi sur le financement des petites entreprises du Canada ; Loi sur les banques ; Loi sur les associations coopératives de crédit ; Loi sur l'Agence de la consommation en matière financière du Canada ; Loi sur l'association personnalisée le Bouclier vert du Canada ; Loi sur les sociétés d'assurances ; Loi sur les sociétés de fiducie et de prêt ; Loi sur le Bureau de transition vers un régime canadien de réglementation des valeurs mobilières ; Loi sur la protection des eaux navigables ; Loi sur la faillite et l'insolvabilité ; Loi fédérale sur l'aide financière aux étudiants ; Loi fédérale sur les prêts aux étudiants ; Loi sur le Conseil des Arts du Canada ; Loi sur l'Office de financement de l'assurance-emploi du Canada ; Loi sur la Société canadienne des postes ; Loi sur la Commission canadienne du lait ; Loi sur la Fondation canadienne des relations raciales ; Loi sur l'Office d'investissement des régimes de pensions du secteur public ; Loi sur les arrangements fiscaux entre le gouvernement fédéral et les provinces ; Loi sur le contrôle des dépenses ; Loi sur l'équité dans la rémunération du secteur public ; Loi canadienne sur les droits de la personne ; Loi sur les relations de travail dans la fonction publique ; Loi sur la concurrence ; Loi sur le Tribunal de la concurrence ; Code criminel ; Loi dérogatoire de 1987 sur les conférences maritimes ; Loi sur l'investissement au Canada ; Loi sur le transport au Canada ; Loi sur la participation publique au capital d'Air Canada.

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La Loi sur l'équité dans la rémunération dans le secteur public

Le gouvernement fédéral légalise la discrimination à l'égard des femmes

Comme le note Le Marxiste-Léniniste (voir le Supplément), lorsque la Loi d'exécution du budget est passée en troisième lecture à la Chambre des communes le 4 mars et a été envoyée au Sénat, le Parti conservateur au pouvoir et le Parti libéral dans l'Opposition ont déclaré leur position : que tout est permis contre les femmes au Canada. Le gouvernement a inséré dans la loi sur le budget une autre loi qui enlève aux femmes employées dans le secteur public le droit de porter plainte auprès de la Commission des droits de la personne en matière d'équité salariale. Cette autre loi, la Loi sur l'équité dans la rémunération dans le secteur public, interdit aux syndicats de s'adresser à la Commission sur la question de l'équité salariale. Les femmes qui le désirent peuvent porter plainte à leurs dépens. Le syndicat n'a pas le droit de les aider et sont passibles d'une amende de 50 000 $ s'il est jugé qu'ils ont encouragé ou aidé des membres à formuler une plainte sur l'équité salariale.

L'argument invoqué par le gouvernement pour justifier son attaque n'a pas de sens. Il affirme : « L'actuel régime en matière d'équité salariale est axé sur les plaintes et la confrontation et suppose un processus long et coûteux qui ne dessert adéquatement ni les employés ni les employeurs. » Il déclare que, par conséquent, les employés du gouvernement fédéral n'ont plus le droit de porter plainte par le biais des tribunaux et que les questions d'équité salariale doivent dorénavant faire partie des négociations collectives.

Lorsque la « réforme » de l'équité salariale fut annoncée, dans l'énoncé économique, le gouvernement a également annoncé son intention d'adopter une loi sur les augmentations salariales, pouvant même revenir sur les conventions déjà signées, et interdisant la grève sur les salaires pour les trois prochaines années. Il est évident que le but du gouvernement n'est pas de réformer le processus mais de nier les droits des femmes, en tant que femmes et en tant que travailleuses.

S'il est vrai que le processus actuel est long et coûteux, le gouvernement Harper omet de préciser, voire cherche à cacher, que le gouvernement fédéral et les monopoles qu'il sert sont directement responsables de cet état de chose. La vraie solution serait d'empêcher les employeurs d'échapper à la responsabilité sociale de mettre fin à la discrimination envers les femmes.

Le gouvernement Harper légalise la discrimination

Non seulement le gouvernement Harper interdit-il le recours aux tribunaux pour les femmes qui travaillent dans la fonction publique fédérale, mais sa loi a pour effet de légaliser la discrimination. Il a ajouté des conditions relatives au marché et à « la valeur du travail ». « Pour être juste et fixer des salaires raisonnables, la négociation collective doit tenir compte des conditions de l'économie et du marché canadien du travail », dit un porte-parole du Conseil du Trésor. « C'est ce que font tous les employeurs lorsqu'ils négocient les salaires. Avec Loi sur l'équité dans la rémunération dans le secteur public, les employeurs et les agents de négociation doivent voir à ce que la négociation collective tienne compte de ces conditions du marché et de l'économie tout en évitant la discrimination. »

Belle échappatoire ! C'est avec ce procédé détourné que le gouvernement Harper légalise la discrimination. Les femmes gagnent présentement en moyenne 70 % du salaire des hommes. Le gouvernement commence par affirmer que l'équité salariale est impossible à cause de l'économie, ce qui est complètement faux. L'augmentation des salaires des travailleuses aurait un impact positif sur l'économie mais le gouvernement invoque un « manque de budget » puisqu'il gaspille des milliards de dollars dans des combines pour payer les riches. Puis il joue son atout, qu'il appelle « la condition du marché » : les faibles salaires versés aux femmes à cause de la discrimination servent maintenant à justifier des faibles salaires pour les femmes qui travaillent dans la fonction publique fédérale.

Les leçons apprises des décennies de lutte pour l'équité salariale par le régime de plaintes

Comme le montrent les articles du Marxiste-Léniniste, qu'il s'agisse de la lutte des femmes de la fonction publique fédérale ou des travailleuses de Bell, tout est fait pour bloquer les procédures du tribunal des droits de la personne sur l'équité salariale. Tant les gouvernements que les monopoles comme Bell refusent de reconnaître que l'équité salariale est un droit. Rappelons à cet égard la décision concernant les travailleuses de la santé à Terre-Neuve et Labrador. En 1994, la Cour suprême du Canada a trouvé le gouvernement de Terre-Neuve et Labrador coupable de discrimination envers les femmes qui travaillent dans le secteur de la santé en refusant de leur verser la partie de l'ajustement pour équité salariale. Or, elle a également accepté l'argument que le gouvernement n'avait pas les moyens de payer et l'a absout de toute responsabilité.

Air Canada a également combattu d'arrache-pied pour bloquer les efforts des employées qui, regroupées dans le Syndicat canadien de la fonction publique, réclamaient leur droit à l'équité salariale. Lorsque la Cour suprême du Canada rejeté l'appel d'Air Canada en 2006, elle lui a fait des remontrances pour avoir retardé la procédure en disant : « Il est regrettable qu'Air Canada ait refusé, pendant près de 15 ans, de reconnaître une définition tout à fait pragmatique de 'personnel commun et politique salariale', ce qui a eu pour conséquence de générer des dépenses très importantes, tant pour elle que pour le public, ainsi que des délais tout à fait inacceptables dans la démarche des agents de bord vers l'atteinte de l'équité salariale, s'ils réussissent cette démarche. »

La contestation de l'Alliance de la fonction publique du Canada sur l'équité salariale à Postes Canada n'est toujours pas réglée, après 25 ans. L'AFPC a déposé une plainte contre Postes Canada auprès de la Commission des droits de la personne en 1983.

Ces exemples montrent que le régime de plaintes est très inadéquat. Les lois actuelles permettent aux gouvernements et aux entreprises privées de se servir de tous les moyens pour prolonger à l'infini les procédures juridiques. D'autre part, avec le jugement concernant le gouvernement de Terre-neuve, la cour a ni plus ni moins qu'enchâssé le concept de « capacité de payer » comme prétexte pour refuser que justice soit faite.

Cette expérience montre la nécessité de renforcer la protection légale contre la discrimination et d'instituer une loi qui tient clairement l'employeur comme responsable. Les employeurs qui pratiquent la discrimination envers les femmes ou tout autre groupe d'employés ne doivent pas pouvoir le faire impunément. L'emploi de tactiques diverses pour se soustraire à leur responsabilité sociale doit être puni. Mais le gouvernement Harper fait tout le contraire. Il a décidé d'interdire aux femmes de la fonction publique de recourir au tribunal des droits de la personne. C'est une offensive contre les femmes et pour le gouvernement cela revient à confirmer que, quand il s'agit des femmes, tout est permis.

Le Groupe de travail sur l'équité salariale

Le Parti libéral a souvent promis qu'il allait adopter une nouvelle loi sur l'équité salariale mais il n'a rien fait quand il était au pouvoir. En 2000, le gouvernement fédéral a créé un Groupe de travail composé d'experts sur l'équité salariale, lequel a remis son rapport en 2004. Le Groupe de travail a reconnu l'importance d'un salaire égal pour un travail de valeur égale comme droit humain fondamental. Il a recommandé l'adoption d'une nouvelle qui obligerait toutes les entreprises de juridiction fédérale, du secteur public comme du secteur privé, de revoir leurs échelles de salaires pour appliquer le principe. Cela s'appliquerait à tous les employés : à temps plein, à temps partiel, temporaire, occasionnel et à contrat. C'est d'autant plus important quand on sait que les femmes font face à des obstacles additionnels dans le travail à temps partiel, occasionnel et à contrat. Le Groupe de travail a établi des délais précis pour la préparation de plans d'équité salariale par les employeurs. Ceux-ci auraient un an pour préparer l'échelle salariale et trois ans pour verser les ajustements. Les recommandations prévoyaient une participation syndicale à la formulation, à l'application et au maintien des plans d'équité salariale.

Le Groupe de travail a également recommandé que la loi sur l'équité salariale s'applique aux femmes de minorité nationale, aux travailleuses autochtones et aux travailleuses avec déficience. Le mouvement syndical et le mouvement des femmes avaient fortement appuyé cette recommandation.

Tous les gouvernements qui ont suivi, qu'ils fussent libéraux ou conservateurs, ont refusé de donner suite aux recommandations du Groupe de travail.

Les droits ne sont pas négociables !

Au Canada, l'offensive antisociale brutale menée par les gouvernements à tous les niveaux pour rendre les monopoles concurrentiels sur les marchés mondiaux a pour effet d'aggraver la condition des femmes. La prétention des gouvernements à pratiquer l'égalité sexuelle est vide de sens tant que les femmes continuent de former la majorité dans les secteurs les plus appauvris, les plus exploités et les plus opprimés. Les gouvernement qui paient les riches et coupent dans les programmes sociaux sont directement responsables des abus, de l'humiliation et de la brutalité contre les femmes.

Le refus obstiné du gouvernement Harper et de l'oligarchie financière qu'il sert de reconnaître que les femmes ont des droits, sans même parler de garantir ces droits, montre qu'ils sont devenus un obstacle au progrès. Ils s'opposent mordicus au renouveau basé sur la reconnaissance des droits de tous et ne sont pas aptes à gouverner. Ils ne reconnaissent que le besoin des monopoles d'être concurrentiels sur les marchés mondiaux et mènent une offensive brutale pour obliger la société entière à faire sien cet objectif.

Une approche moderne aurait comme point de départ que les êtres humains ont des droits du fait qu'ils sont humains, et que les femmes ont des droits du fait qu'elles sont des femmes. Elle établirait une fois pour toutes qu'il est illégal de pratiquer la discrimination envers les femmes et tiendrait les gouvernements et les monopoles responsables en veillant à ce que les femmes aient un droit de recours et que la discrimination soit punie.

Comme le disait Le Marxiste-Léniniste à l'occasion de la Journée internationale de la femme :

« Les femmes doivent discuter d'une réponse pro-sociale à la crise et surtout trouver les façons de mettre à contribution la force de l'organisation et du nombre de la classe ouvrière pour la réalisation de l'alternative pro-sociale. Dans tous les secteurs, les femmes mènent dans l'organisation des collectifs contre l'offensive antisociale et pour une vie de sécurité et de dignité. En trouvant ce qui favorise les intérêts du collectif des femmes dans une situation donnée et comment mener la lutte pour les réaliser, les femmes jouent leur rôle dans l'affirmation des droits de tous. »

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Rapport sur la Journée internationale de la femme 2009

La dignité des femmes est dans la lutte pour les droits de tous!

À l'occasion de la Journée internationale de la femme 2009 et durant toute la semaine, les femmes au Canada ont participé à un grand nombre de rassemblements et de marches contre l'offensive antisociale et néolibérale, contre les guerres d'agression et d'occupation impérialistes et à la défense de leurs droits. Elles ont salué les luttes des femmes du monde qui réclament justice et dignité.

Les femmes sont aux premiers rangs de la lutte pour leurs droits et pour les droits de tous. Elles l'ont montré le 8 mars par leur opposition à toute forme de violence contre les femmes : la violence économique de la pauvreté, la guerre et l'occupation, la violence de l'État par ses lois, la violence policière et la violence de la déportation et de la détention.

Les discours prononcés, les pancartes et les bannières exprimaient qu'en temps de crise économique il est d'autant plus pressant de réaliser le renouveau démocratique et une nouvelle direction pour le Québec et le Canada et que les femmes, la classe ouvrière et ses alliés s'investissent du pouvoir dans leurs collectifs pour prendre le contrôle de la direction de l'économie et du processus décisionnel.

Toronto

Les célébrations de la Journée internationale de la femme à Toronto ont commencé le matin du samedi 7 mars avec le Déjeuner annuel Mary Spratt, qui rassemble des travailleuses. La rencontre a discuté de la nécessité que les femmes prennent les devants dans l'organisation collective dans les endroits de travail pour mettre fin à l'appauvrissement que subissent de plus en plus de travailleuses. Les oratrices ont demandé un changement du régime d'assurance-emploi qui est discriminatoire envers les femmes.

Un rassemblement et une marche sous la bannière « Les femmes montrent la voie ! De bons emplois et de la dignité pour tous ! » ont réuni plus de 1 500 femmes et supporters plus tard en matinée. Par des discours et des spectacles, on a exprimé le rôle que jouent les femmes aux premiers rangs de la lutte pour bâtir une société qui répond aux besoins de tous ses membres. Le rassemblement a exigé des emplois à temps plein et la stabilité d'emploi pour que les femmes aient accès à des conditions de vie et de travail de standard canadien, y compris des garderies administrées et financées publiquement pour qu'elles puissent participer au marché du travail et que le droit de s'organiser collectivement au travail soit garanti. Les organisatrices ont demandé que cesse la violence économique contre les femmes, que les gouvernements cessent de verser des milliards de dollars pour sauver les monopoles alors que la situation des femmes et de tous les travailleurs continue de se détériorer. Le rassemblement a dénoncé les attaques que contient le budget Harper contre le droit des employées du gouvernement fédéral à l'équité salariale.

Il y a eu un sketch sur la participation des femmes à la production sociale durant et après la Deuxième Guerre mondiale et leur refus de laisser le gouvernement définir leur place dans la société : tantôt à l'usine, tantôt au foyer. Les femmes continuent de lutter pour leurs droits et ceux de tous les travailleurs, que ce soit en tant que travailleuses industrielles, migrantes, à contrat, à temps partiel dans les collèges de l'Ontario et dans la fonction publique. Les interventions d'une femme qui est aide familiale résidante et d'une autre qui travaille chez Progressive Moulding Products, qui vient de licencier 2 400 travailleurs, ont permis de mieux connaître les conditions des travailleuses migrantes et des immigrantes récentes et leur esprit de résistance aux politiques néolibérales mondiales.




Les femmes ont marché dans les rues du centre-ville de Toronto en exigeant que le Canada se retire de la guerre et de l'occupation et que les droits de tous soient garantis en finançant l'assurance-emploi, les emplois, l'éducation et le système de santé plutôt que la guerre. Les participants ont appuyé le droit de retour des Palestiniens, salué les résistants de guerre américains et appuyé le droit à l'autodétermination du peuple tamoul. La marche s'est terminée par une foire à l'Université Ryerson.

Des copies du Marxiste-Léniniste sur la Journée internationale de la femme ont été distribuées et le journal a reçu un très bon accueil.

Etobicoke

À Etobicoke, une cinquantaine de femmes se sont rassemblées pour participer à une discussion animée le 5 mars à l'invitation du Women's Action Group. Elles ont parlé du travail qu'elles font dans la lutte pour les droits des 700 000 travailleurs à l'emploi d'agences de placement en Ontario, contre les politiques gouvernementales qui perpétuent la pauvreté des femmes et les abandonnent à leur sort, contre les évictions de familles à faible revenu à cause de l'embourgeoisement des quartiers et pour que les gens aient voix au chapitre sur l'avenir de leurs communautés. Elles ont déclaré que la dignité des femmes se trouve aux premiers rangs de la lutte pour bâtir une société qui reconnaît les droits de tous.

Ottawa

Plusieurs centaines de femmes et leurs familles ont participé à deux événements de la Journée internationale de la femme le 8 mars. Des activistes du PCC(M-L) ont distribué la déclaration du Parti : « Non, c'est non ! Arrêtez de payer les riches ; Augmentez les investissements dans les programmes sociaux ! » aux deux événements et elle a reçu un très bon accueil.

Il a eu un « Marché des femmes » au centre communautaire Bronson où les femmes ont échangé des produits faits par des femmes. Organisé par la Fédération canadienne des femmes universitaire et le Women's Event Network, l'événement comprenait un volet culturel.

Il y a eu un débat sur « Les travailleurs migrants à Ottawa : Examen de la politique et de la réglementation du Canada », parrainé par Personne n'est illégal (Ottawa), avec la participation de la chercheure indépendante Salimah Valiani, de Aimee Beboso de la Philippine Migrants Society of Canada et d'une représentante de Sexual Assault Support Centre. On y a discuté entre autres du programme pour aide familiale résidante du gouvernement canadien et de la politique du Canada à l'immigration.

Les intervenantes ont exposé les conditions générales des femmes qui travaillent aux termes de ce programme d'aide familiale résidante, dont 80 % proviennent des Philippines. Ces femmes se retrouvent dans une situation extrêmement vulnérable et sont constamment menacées de déportation si elles osent se plaindre. Elles sont exploitées non seulement par les employeurs, qui les obligent à travailler de longues heures, qui les maltraitent et qui ne respectent pas les contrats, mais aussi par les agences de recrutement qui leur imposent souvent des frais exorbitants.

Les oratrices invitées ont expliqué que la politique du Canada à l'immigration n'offre aucune garantie de résidence permanente aux femmes qui participent à ce programme. Statistiques à l'appui, elles ont expliqué que très peu d'entre elles obtiennent la résidence permanente après l'échéance de leur contrat. Certaines sont forcées de se réinscrire au programme, avec pour conséquence de perpétuer leur statut précaire. D'autres choisissent de rester à titre de travailleuses sans papier et d'autres encore choisissent de quitter le pays. La politique du Canada à l'immigration accorde maintenant la priorité aux travailleurs temporaires, ce qui crée une catégorie entière de travailleurs qui n'ont aucun droit.

Montréal


Dimanche le 8 mars, plus de 500 personnes, principalement des femmes, ont manifesté à Montréal pour garantir que leurs demandes soient clairement entendues. Avant de débuter la marche, les organisatrices ont invité les gens à porter un masque pour protester contre l'adoption prévue d'un nouveau règlement municipal à Montréal interdisant le port de masques lors de manifestations et rassemblements. C'est un geste « pour se montrer solidaire de toutes et tous les dissidentEs forcéEs de cacher leurs identités pour exprimer leur mécontentement ; les sans-papiers menacés d'être arrêtés par les agents des services frontaliers lorsqu'ils s'insurgent conter les déportations ... les jeunes qui se masquent pour se protéger de la brutalité policière et du profilage racial ... les communautés racisées qui sont constamment la cible du harcèlement du gouvernement au nom de la sécurité nationale... ».

Tout au long du trajet sur la rue Ste-Catherine, les manifestants ont dénoncé toutes les formes de violence faites aux femmes - la violence de la guerre et de l'occupation, la violence économique de la pauvreté, de la précarité, de la police, la violence des lois sur la « protection de l'enfance » ou sur l'« aide sociale », la violence des déportations et détentions. Devant le consul israélien, le centre de recrutement des forces armées canadiennes et la librairie Chapter, des représentantes d'organisations de femmes ont parlé en appui aux femmes du monde qui luttent en Palestine, en Irak, en Afghanistan, au Tamoul et partout dans le monde pour la justice et la dignité.

Des activistes du PCC(ML) ont distribué largement le numéro du 8 mars du Marxiste-Léniniste. L'appel du parti d'arrêter de payer les riches et d'investir dans les programmes sociaux a eu un très bon accueil à cause de la ferme direction qu'il présente pour avancer la lutte des femmes à la défense de leurs droits.







Québec

À Québec, près de 200 personnes se sont donné rendez-vous à la Place d'Youville pour exiger la fin de la pauvreté et de la violence dont sont victimes les femmes. Ils répondaient à l'invitation de la Coalition régionale de la marche mondiale des femmes, qui regroupe près d'une dizaine d'organismes communautaires de la région de la Capitale-Nationale.

La porte-parole de la Coalition, Émilia Castro, a exprimé ses inquiétudes à l'égard des siennes. « Nous sommes ici pour célébrer nos victoires, mais aussi pour lutter pour nos droits. Et la conjoncture est pour nous assombrie par la crise économique, qui n'épargnera pas Québec. Les femmes ont de quoi être inquiètes [...], car la crise économique est d'abord une crise de la solidarité. Il sera désormais possible de devenir de plus en plus pauvre, ce qui compromettra l'égalité entre les personnes, y compris les femmes. » Elle a lancé un appel aux femmes de se préparer pour la marche de 2010 qu'organise la Marche mondiale des femmes. La marche d'envergure internationale est « la réponse à la crise actuelle pour que les droits des femmes soient défendus ».

Une attention spéciale a aussi été portée aux femmes autochtones, représentées par la maison Missinak, un organisme de Québec qui vient en aide aux femmes autochtones en difficulté. Comme l'a souligné sa directrice générale, Pénélope Guay, ces femmes vivent encore sous l'emprise du colonialisme. « L'histoire n'a pas changé ; nous sommes toujours sous la tutelle fédérale, nous n'avons toujours pas d'autonomie. » Elle a ajouté : « Si les hommes vivent eux aussi ce problème dans les communautés autochtones, les femmes subissent de surcroît la violence et la pauvreté comme personne d'autre, tout en rappelant que 8 femmes sur 10 sont victimes de violence dans les communautés du Québec. Une violence qui n'est pas sans lien avec la pauvreté. »

Nous publierons d'autres rapports d'activités entourant la Journée internationale de la femme au Canada et dans le monde.

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