À titre d'information
Le projet d'un «Nouveau Moyen-Orient»
Plans
de refonte du Moyen-Orient
- Mahdi Darius Nazemroaya,
Mondialisation.ca, 11 décembre 2006 -
"
L'hégémonie est aussi vieille que l'humanité…
"
Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller à la
Sécurité Nationale aux États-Unis
L'expression " Nouveau Moyen-Orient " a
été
présentée au monde en juin 2006 à Tel Aviv par la
Secrétaire
d'État étatsunienne Condoleezza Rice (qui a
été créditée par les médias
occidentaux de l'avoir inventée) en remplacement de l'expression
plus
ancienne et plus imposante du " Grand Moyen-Orient. "
Ce changement dans la
phraséologie de politique
étrangère coïncidait avec l'inauguration du terminal
pétrolier
Bakou-Tbilisi-Ceyhan en Méditerranée Orientale.
L'expression et le
concept de " Nouveau Moyen-Orient, " ont été plus tard
annoncés par la
Secrétaire d'État US et par le Premier ministre
israélien au sommet du
siège israélien du Liban parrainé par les
anglo-étatsuniens. Le premier
ministre Olmert et la Secrétaire Rice avaient informé les
médias
internationaux que le projet d'un " Nouveau Moyen-Orient " était
lancé
depuis le Liban.
Cette annonce confirmaient une " feuille
de route
militaire " anglo-israélo-étatsunienne au Moyen-Orient.
Ce projet, qui
était planifié depuis plusieurs années, consiste
à créer un champ
d'instabilité, de chaos, et de violence, s'étendant du
Liban, Palestine
et Syrie, à l'Irak, au golfe Persique, à l'Iran et aux
frontières de
l'Afghanistan tenu par l'OTAN.
Le projet du " Nouveau Moyen-Orient "
était présenté
publiquement par Washington et Tel Aviv avec l'espoir que le Liban
serait le point de tension, pour la réorganisation
entière du
Moyen-Orient, permettant le déchaînement les forces du "
chaos
constructeur. " Ce " chaos créateur " -- qui crée
l'état de violence et
de guerre dans toute la région -- sera pour sa part
utilisé de sorte
que les USA, la Grande-Bretagne et Israël, puissent redessiner la
carte
du Moyen-Orient en fonction de leurs besoins et objectifs
géostratégiques.
La nouvelle carte du Moyen-Orient
La Secrétaire Condoleezza Rice a
déclaré lors d'une
conférence de presse : " Ce que nous voyons ici, concernant la
destruction du Liban par des attaques israélienne contre lui,
est dans
un sens la croissance -- les douleurs de l'enfantement -- d'un '
Nouveau Moyen-Orient ', et tout ce que nous (les USA) faisons c'est de
nous assurer de pousser en avant pour ne pas revenir à l'ancien.
" (1)
La Secrétaire Rice était aussitôt critiqué
mondialement pour ses
déclarations sur le Liban et pour son indifférence
à la souffrance
d'une nation entière, qui était bombardé sans
distinction par l'armée
de l'air israélienne.
La feuille de route militaire anglo-US au
Moyen-Orient et en Asie Centrale
Le discours de Condoleezza Rice sur le "
nouveau
Moyen-Orient " déterminait l'étape. Les attaques
israéliennes sur le
Liban -- qui étaient entièrement approuvées par
Washington et Londres
-- ont davantage compromis et confirmé l'existence des objectifs
géostratégiques des USA, de la Grande-Bretagne, et
d'Israël. Selon le
professeur Mark Levine les " néolibéraux globalisateurs
et les
néoconservateurs, et en fin de compte l'administration Bush,
s'accrocheraient à la destruction créatrice comme
à une manière de
tracer le processus par lequel ils espèrent créer leurs
nouveaux ordres
mondiaux, " et cette " destruction créatrice était aux
USA dans les
mots du néoconservateur philosophe et conseiller de Bush,
Michael
Ledeen, ` une considérable force révolutionnaire ' pour
(…) la
destruction créatrice… " (2)
L'Irak occupé par les
Anglo-étatsuniens, en
particulier le Kurdistan irakien, semble être un terrain
d'entraînement
à la balkanisation (fractionnement) et à la
finlandisation
(pacification) du Moyen-Orient. Déjà le cadre
législatif -- sous
l'intitulé fédéralisation irakienne du parlement
irakien --, pour la
partition de l'Irak en trois parties est sorti. (Voir la carte
ci-dessous)
De plus, la feuille de route militaire
anglo-étatsunienne semble rivaliser avec une entrée en
Asie Centrale
via le Moyen-Orient. Le Moyen-Orient, l'Afghanistan, et le Pakistan
sont des tremplins pour étendre l'influence US dans l'ancienne
Union
Soviétique et ses anciennes républiques
soviétiques d'Asie Centrale. Le
Moyen-Orient est dans une certaine mesure la ligne sud de l'Asie
Centrale. L'Asie Centrale à son tour est aussi nommée "
la ligne sud de
la Russie " ou le " Proche Étranger " russe.
De nombreux érudits russes et
d'Asie Centrale,
planificateurs militaires, stratèges, conseillers de
sécurité,
économistes, et politiciens, considèrent que l'Asie
Centrale (la ligne
sud de la Russie) est le " ventre mou " de la Fédération
de Russie. (3)
Il convient de noter que dans son livre,
Le grand échiquier : La
suprématie américaine et ses impératifs
géostratégiques,
Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller à la
Sécurité Nationale US, fait
allusion au Moyen-Orient moderne comme à un levier de
contrôle d'une
région qu'il appelle les Balkans Eurasiens. Les Balkans
Eurasiens se
composent du Caucase (Géorgie, Azerbaïdjan et
Arménie) et de l'Asie
Centrale (Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan, Tadjikistan,
Turkménistan, Afghanistan, et Pakistan) et dans une certaine
mesure de
l'Iran et de la Turquie. L'Iran et la Turquie formant les lignes les
plus au nord du Moyen-Orient (en excluant le Caucase) (4) qui borde
l'Europe et l'ancienne Union Soviétique.
La carte du " Nouveau Moyen-Orient "
Une carte du Moyen-Orient, de
l'Afghanistan aux
mains de l'OTAN, et du Pakistan, passablement ignorée, circule
dans les
milieux stratégiques, gouvernementaux, de l'OTAN, de la
politique et
des cercles militaires, depuis mi 2006. Elle a donné l'occasion
d'une
apparition publique, peut-être pour tenter d'établir un
consensus, ou
pour préparer lentement le grand public aux possibles, et
peut-être
même cataclysmiques, changements au Moyen-Orient. C'est la carte
d'un
Moyen-Orient refondu et restructuré, assimilée au "
Nouveau
Moyen-Orient. "
Note : La carte ci-dessus
a été préparée par le Lieutenant-colonel
Ralph Peters. Elle a été publiée dans le Armed
Forces Journal en juin 2006. Peters est colonel retraité de
l'Académie Nationale de Guerre US. (Carte sous Copyright 2006 du
Lieutenant-colonel Ralph Peters).
Bien que la carte ne reflète pas
officiellement la
doctrine du Pentagone, elle a servi dans un programme de formation au
Defense College de l'OTAN pour les officiers supérieurs
militaires.
Cette carte, ainsi que d'autres cartes semblables, a servi à la
National War Academy aussi bien que dans les cercles de planification
militaire.
Cette carte du " Nouveau Moyen-Orient "
semble
reposer sur plusieurs autres, dont des cartes plus anciennes des
frontières potentielles du Moyen-Orient remontant à
l'ère du Président
US Woodrow Wilson et de la Première Guerre Mondiale. Cette carte
est
exhibée et présentée comme une invention du
Lieutenant-Colonel retraité
(de l'armée US) Ralph Peters, qui pense que les
frontières remodelées
de la carte résoudront totalement les problèmes du
Moyen-Orient
contemporain.
La carte du " Nouveau Moyen-Orient "
était un élément clef du livre du
Lieutenant-Colonel retraité, Ne jamais abandonner le
combat, qui a été diffusé au public le 10
juillet 2006. Cette carte d'un Moyen-Orient refondu a aussi
été publiée, sous le titre Frontières
de sang : À quoi ressemblerait un meilleur Moyen-Orient,
dans le Armed Forces Journal des
militaires étatsuniens avec le commentaire de Ralph Peters.
(5)
Il convient de noter que le dernier
poste du
Lieutenant-colonel Peters fut la charge de Chef d'État-major
adjoint
pour le Renseignement, au Département de la Défense US,
et il fut l'un
des auteurs les plus en avant du Pentagone, avec de nombreux essais sur
la stratégie pour les journaux militaires et la politique
étrangère
étatsunienne.
Il a été écrit, sur
Ralph Peters, que ses " quatre
livres précédents sur la stratégie ont
été très influent au
gouvernement et dans les cercles militaires ", mais on sera
pardonné de
demander si vraiment le contraire pourrait en fait arriver. Ce
pourrait-il que le Lieutenant-Colonel Peters soit en train de
révéler
et de proposer ce que Washington et ses planificateurs
stratégiques ont
prévu pour le Moyen-Orient ?
Le concept d'une refonte du Moyen-Orient
a été
présenté comme un arrangement " humanitaire " et " juste
", qui
bénéficiera aux peuples du Moyen-Orient et de ses
régions
périphériques. Selon Ralph Peter :
" Les
frontières internationales ne sont
jamais tout à fait justes. Mais le degré d'injustice
qu'elles infligent
à ceux qu'elles forcent à se regrouper ou à se
séparer fait une énorme
différence -- souvent la différence entre la
liberté et l'oppression,
la tolérance et la barbarie, l'autorité de la loi et le
terrorisme, ou
même la paix et la guerre.
Les frontières les plus
arbitraires et les plus dénaturées du monde sont en
Afrique et au
Moyen-Orient. Dessinées par des européens
intéressés (qui ont eu assez
de difficultés à définir leurs propres
frontières), les frontières de
l'Afrique continuent à provoquer la mort de millions
d'autochtones.
Mais les injustes frontières du Moyen-Orient -- pour emprunter
à
Churchill -- génèrent plus de malheurs qu'il ne peut en
être consommé
sur place.
Alors que le Moyen-Orient a beaucoup moins de
dysfonctionnements frontaliers que de problèmes -- de stagnation
culturelle à travers l'inégalité scandaleuse du
mortel extrémisme
religieux -- le plus grand tabou pour tenter de comprendre
l'échec
complet de la région n'est pas l'Islam, mais les terribles et
sacro-saintes frontières internationales adorées par nos
propres
diplomates.
Naturellement, aucun ajustement frontalier, aussi
draconien soit-il, ne pourra rendre heureuse chaque minorité du
Moyen-Orient. Parfois, les groupes ethniques et religieux vivent
mélangés et mariés entre eux. Ailleurs, les
sociétés fondées sur le
sang ou la croyance ne sauraient se montrer aussi heureuses que leurs
partisans actuels l'attendent. Les frontières projetées
dans les cartes
accompagnant cet article réparent les maux dont souffrent les
groupes
de population " trompées " les plus significatives, comme les
Kurdes,
les Balouchs et les Arabes Chiites (musulmans), mais elles
échouent
toujours à constituer un Moyen-Orient convenable pour les
chrétiens
d'orient, les Béhaistes, les Ismaéliens, les Naqshbandis
et de
nombreuses autres petites minorités. Et un mal obsédant
ne peut jamais
être réparé par une gratification territoriale : le
génocide Arménien
commis par l'Empire Ottoman agonisant.
Malgré toutes les
injustices des frontières ré-imaginées ici,
laissant des sans adresse
sans révisions de frontières majeures, nous ne verrons
jamais un
Moyen-Orient plus paisible. Même pour ceux abhorrant le sujet
d'altération des frontières, il serait très utile
de se lancer dans
l'exercice de tenter de concevoir une plus prometteuse, même si
elle
est encore imparfaite, modification des frontières nationales
entre le
Bosphore et l'Indus. En admettant que le savoir de l'homme
d'État international n'a jamais développé d'outils
efficaces -- rien
que la guerre -- pour réajuster les frontières boiteuses,
un effort
mental pour comprendre les frontières " organiques " du
Moyen-Orient
nous aide cependant à comprendre l'ampleur des
difficultés auxquelles
nous faisons, et aurons à faire, face. Nous avons affaire
à des
difformités colossales créées par l'homme, qui ne
cesseront d'engendrer
haine et violence tant qu'elles ne seront pas corrigées.
" (6)
" Souffrance nécessaire "
En plus de croire qu'il existe une "
stagnation
culturelle " au Moyen-Orient, on doit noter que Ralph Peters admet que
ses propositions sont " draconiennes " par leur nature, mais il insiste
sur le fait que ce sont les souffrances nécessaires des peuples
du
Moyen-Orient. Cette vue de douleur nécessaire et de souffrance
est un
parallèle effrayant avec la conviction de Condoleezza Rice pour
qui la
dévastation du Liban par les militaires israéliens
était une souffrance
nécessaire ou les " douleurs de l'enfantement " du " Nouveau
Moyen-Orient " qu'envisagent de créer Washington, Londres, et
Tel Aviv.
De plus, il vaut la peine de noter que
le sujet du
Génocide arménien est politisé et ravigoté
en Europe pour offenser la
Turquie. (7)
La révision, le
démantèlement, et le remontage des
états nations du Moyen-Orient ont été
emballés comme la solution aux
hostilités du Moyen-Orient, mais c'est carrément
trompeur, faux, et
fictif. Les avocats d'un " Nouveau Moyen-Orient " et de la refonte des
frontières de la région évitent et échouent
à décrire sincèrement les
racines des problèmes et des conflits au Moyen-Orient
contemporain. Ce
que les médias ne reconnaissent pas est le fait que presque tous
les
conflits principaux affligeant le Moyen-Orient sont la
conséquence des
ordres du jour anglo-israélo-étatsunien.
De nombreux problèmes affectant
le Moyen-Orient
contemporain résultent de l'aggravation
délibérée des tensions
régionales préexistantes. La division sectaire, la
tension ethnique et
la violence interne ont été généralement
exploitées par les USA et la
Grande-Bretagne dans diverses régions du globe, dont l'Afrique,
l'Amérique Latine, les Balkans, et le Moyen-Orient. L'Irak est
juste
l'un des nombreux exemples de la stratégie
anglo-étatsunienne du "
diviser et vaincre. " D'autres exemples sont le Rwanda, la Yougoslavie,
le Caucase, et l'Afghanistan.
Le manque de véritable
démocratie est parmi les
problèmes du Moyen-Orient actuel. En fait, elle avait
été délibérément
entravée par la politique étrangère des USA et des
Anglais. La "
démocratie " de style occidental a été une
exigence seulement pour ces
États du Moyen-Orient ne se conformant pas aux demandes
politiques de
Washington. Invariablement, cela constitue un prétexte de
confrontation. L'Arabie Saoudite, l'Égypte, et la Jordanie sont
des
exemples d'États non démocratiques avec qui les USA n'ont
aucun
problème parce qu'ils sont solidement alignés dans
l'orbite ou la
sphère anglo-étatsunienne.
En plus, les USA ont
délibérément bloqué ou
supplanté les véritables mouvements démocratiques
du Moyen-Orient,
depuis l'Iran en 1953 (où un coup parrainé par les USA et
le
Royaume-Uni a été mis en scène contre le
gouvernement démocratique du
premier ministre Mossadegh), jusqu'à l'Arabie Saoudite,
l'Égypte, la
Turquie, les Émirats Arabes, et la Jordanie, où
l'alliance
anglo-étatsunienne soutient le contrôle militaire, les
absolutistes, et
les dictateurs de toutes sortes. Le dernier exemple en est la Palestine.
La protestation turque au Military College
de l'OTAN à Rome
La carte du " Nouveau Moyen-Orient " du
Lieutenant-colonel Ralph Peters a déclenché des
réactions irritées en
Turquie. Selon des communiqués de presse turcs du 15 septembre
2006, la
carte du "Nouveau Moyen-Orient " a été montrée au Military
College
de l'OTAN à Rome en Italie. On a en plus signalé que les
dirigeants
turcs ont été aussitôt outrés par la
présentation d'un partage et d'un
morcellement de la Turquie (8). La carte a reçu une certaine
forme
d'approbation de la National War Academy étatsunienne
avant sa divulgation devant les dirigeants de l'OTAN à Rome.
Le Chef d'État-Major turc, le
Général Buyukanit, a
contacté le président du Chef Adjoint d'État-major
étatsunien, le
Général Peter Pace, et a protesté contre
l'événement et l'exhibition de
la carte de refonte du Moyen-Orient, de l'Afghanistan, et du Pakistan
(9). De plus, le Pentagone a abandonné sa façon de
garantir à la
Turquie que la carte ne reflète pas la politique officielle et
les
objectifs étatsuniens dans la région, mais cela
semble être en conflit
avec des actions anglo-étatsuniennes au Moyen-Orient et en
Afghanistan
sous mainmise de l'OTAN.
Y a-t-il un lien entre le projet des " Balkans
Eurasiens " de Zbigniew Brzezinski et le " Nouveau Moyen-Orient " ?
Ce qui suit sont des extraits et des
passages importants du livre de Zbigniew Brzezinski, Le grand
échiquier : La suprématie américaine et ses
impératifs géostratégiques.
Brzezinski déclare aussi que la Turquie et l'Iran, les deux
États les
plus puissants des " Balkans Eurasiens, " situés sur la ligne
sud, sont
" potentiellement vulnérable aux conflits ethniques
internes
(balkanisation), " et que, " si l'un ou les deux devaient être
déstabilisés, les problèmes internes de la
région deviendraient
incontrôlables. " (10)
Il semble que l'Irak divisé et
balkanisé serait le
meilleur moyen d'accomplir cela. Prenant ce que nous savons des propres
confessions de la Maison Blanche ; il y a une croyance en ce que la "
destruction et le chaos créateurs " au Moyen-Orient sont des
atouts
bénéfiques à son remodelage, pour
réorganiser le " Nouveau
Moyen-Orient, " et promouvoir la feuille de route
anglo-étatsunienne au
Moyen-Orient et en Asie centrale :
" En
Europe, le mot " Balkans " évoque des
images de conflits ethniques et de rivalités régionales
de grandes
puissances. L'Eurasie a aussi ses " Balkans, " mais les Balkans
eurasiens sont beaucoup plus grands, plus peuplés, plus
hétérogènes en
religions et ethnies. Ils sont situés dans ce grand
rectangle
géographique qui délimite la zone centrale de
l'instabilité mondiale
(…) qui embrasse des régions du sud-est de l'Europe, de l'Asie
Centrale
et des régions du sud de l'Asie (Pakistan, Cachemire, ouest de
l'Inde),
la région de Golfe Persique, et le Moyen-Orient.
Les
Balkans eurasiens forment le noyau intérieur de ce grand
rectangle (…)
ils diffèrent de leur régions externe d'une
manière particulièrement
significative : Ce sont un vide hégémonique. Bien que la
plupart des
États du Golfe Persique et du Moyen-Orient soient aussi
instables, la
puissance US est l'arbitre suprême de cette région.
La région
instable dans la zone externe est ainsi une région sous
l'hégémonie
d'une seule puissance, qui est modérée par cette
hégémonie. Par
contraste, les Balkans eurasiens évoquent vraiment les plus
anciens et
plus familiers Balkans du sud-est de l'Europe : Non seulement ce sont
des entités politiques instables mais elles tentent et invitent
l'intrusion de leurs plus puissants voisins, chacun d'eux étant
déterminé à s'opposer à la domination des
autres sur la région. C'est
cette combinaison familière de vide hégémonique et
d'aspiration au
pouvoir qui justifie l'appellation " Balkans eurasiens. "
Les
Balkans traditionnels représentaient un enjeu
géopolitique potentiel
dans la lutte pour la suprématie européenne. Les Balkans
Eurasiens, à
cheval sur le réseau de transport émergeant
inévitablement censé relier
plus directement les richesses et les travailleurs des
extrémités
occidentales et orientales d'Eurasie, ont aussi une importance
géopolitique. D'ailleurs, ils sont d'importance du point de vue
de la
sécurité et des ambitions historiques d'au moins
trois de
leurs voisins les plus proches et plus puissants, à savoir, la
Russie,
la Turquie, et l'Iran, avec la Chine qui montre aussi un
intérêt
politique croissant pour la région. Mais les Balkans
Eurasiens
sont infiniment plus importants comme enjeu économique potentiel
: Une
énorme concentration de réserves de gaz naturel et de
pétrole est
localisée dans la région, en plus d'importants minerais,
dont de l'or.
La
consommation énergétique mondiale augmentera
extrêmement, sans doute,
dans les deux ou trois décennies suivantes. Les
évaluations du
Département de l'Énergie US prévoient que la
demande mondiale
augmentera de plus de 50 pour cent entre 1993 et 2015, avec
l'augmentation de consommation la plus importante en
Extrême-Orient.
L'impulsion du développement économique asiatique produit
déjà une
énorme pression sur l'exploration et l'exploitation de nouvelles
sources d'énergie, et la région de l'Asie Centrale et du
bassin de la
Mer Caspienne sont connus pour contenir des réserves de gaz
naturel et
de pétrole qui éclipsent celles du Koweït, du Golfe
du Mexique, ou de
la Mer du Nord.
L'accès à ces ressources et le
partage de sa richesse potentielle représentent les objectifs
qui
agitent les ambitions nationales, motivent les intérêts
des
entreprises, ravivent des revendications historiques, raniment des
aspirations impériales, et alimentent des rivalités
internationales.
La situation se fait plus volatile du fait que non seulement la
région
est un vide hégémonique mais elle est aussi
intérieurement instable.
(…)
Les
Balkans eurasiens incluent neuf pays, qui d'une façon ou d'une
autre
s'accordent à la description précédante, plus deux
autres candidats
potentiels. Les neuf sont le Kazakhstan, le Kirghizistan, le
Tadjikistan, l'Ouzbékistan, le Turkménistan,
l'Azerbaïdjan, l'Arménie,
et la Géorgie -- tous faisant partie autrefois de l'ancienne
Union
Soviétique --, ainsi que l'Afghanistan.
Les ajouts potentiels à la liste sont la
Turquie et l'Iran, tous deux beaucoup plus viables politiquement et
économiquement, tous deux concurrents actifs pour l'influence
régionale
dans les Balkans Eurasiens, et aussi les deux acteurs
géostratégiques
importants de la région. En même temps, tous deux sont
potentiellement
vulnérables aux conflits ethniques internes. Si l'un, l'autre ou
les
deux, devaient être déstabilisés, les
problèmes internes de la région
deviendraient ingérables, pendant que les efforts pour
restreindre la
domination régionale de la Russie pourraient même devenir
vains. " (11)
La refonte du Moyen-Orient
Le Moyen-Orient est à certains
égards un parallèle
saisissant des Balkans et du centre-sud de l'Europe durant les
années
menant à la Première Guerre Mondiale. Suite à la
Première Guerre
Mondiale les frontières des Balkans et du centre-sud de l'Europe
ont
été refondues. Cette région a
expérimenté une période de
bouleversements, de violences et de conflits, avant et après la
Première Guerre Mondiale, résultant directement
d'intérêts et
d'interférences économiques étrangers.
Les raisons derrière la
Première Guerre Mondiale
sont plus sinistres que l'explication standard des livres scolaires,
l'assassinat de l'héritier au trône de l'empire
austro-hongrois (les
Habsbourg), l'archiduc Franz Ferdinand, à Sarajevo. Les facteurs
économiques étaient la vraie motivation de la guerre
à grande échelle
de 1914.
Normand Dodd, ancien banquier de Wall
Street et
enquêteur pour le Congrès US, qui a examiné les
institutions US
exemptées d'impôts, a confirmé lors d'une entrevue
en 1982 que ces
individus puissants, qui contrôlaient en coulisses les finances,
les
politiques, et le gouvernement US, avaient en fait aussi
comploté
l'intervention US dans une guerre qui contribuerait à fixer
solidement
leur mainmise sur le pouvoir.
Le témoignage suivant est
la transcription de l'entrevue de Normand Dodd avec G. Edouard Griffin :
Nous
sommes maintenant en 1908, l'année où la
Fondation Carnegie entra en fonction. Cette année là, les
administrateurs se réunissant pour la première fois
soulevèrent une
question précise dont ils discutèrent d'une
manière très savante du
début à la fin du bilan de l'année. La
question était : Y
a-t-il un moyen connu plus efficace que la guerre pour réaliser
le
souhait de changer la vie d'un peuple entier ? Et ils concluent qu'il
n'existe à cette fin aucun moyen connu plus efficaces que la
guerre.
Ensuite, en 1909, ils soulevèrent la deuxième question,
et discutèrent
d'elle, à savoir, comment impliquerons-nous les Etats-Unis dans
une
guerre ?
Hé
bien, je doute qu'à cette époque il y avait
dans la pensée de la majeure partie des gens de ce pays
(États-Unis) un
sujet plus éloigné que leur participation à une
guerre. Il y avait des
émissions irrégulières sur la guerres des Balkans,
mais je doute
beaucoup qu'un grand nombre de gens savaient même où se
trouvaient les
Balkans. Et en définitive, ils répondirent ainsi
à cette question : nous devons contrôler le
Département d'État.
Et puis,
cela souleva très naturellement la question : Comment
ferons-nous cela ? Ils
y répondirent en disant, nous devons prendre la direction et le
contrôle de la machine diplomatiques de ce pays et, à la
fin, ils
décidèrent de s'atteler à cet objectif. Puis, le
temps passant, nous
avons fini par être dans une guerre qui sera la Première
Guerre
Mondiale. À ce moment-là, ils ont enregistré dans
leurs minutes un
rapport choquant selon lequel ils expédient au Président
Wilson un
télégramme l'avertissant de s'assurer que la guerre ne
finisse pas trop
vite. Et finalement, naturellement, la guerre se termina.
À
ce moment-là, leurs intérêts se
déplacèrent
pour empêcher ce qu'ils appelaient un retour à la vie
d'avant 1914 aux
États-Unis, quand éclata la Première Guerre
Mondiale.
Refondre et démembrer le
Moyen-Orient, depuis les
rivages méditerranéens orientaux du Liban et de la Syrie
jusqu'à
l'Anatolie (Asie Mineur), l'Arabie, le Golfe Persique, et le plateau
iranien, répond aux larges objectifs économiques,
stratégiques et
militaires, qui font partie d'un ordre du jour
anglo-israélo-étatsunien
de longue date dans la région.
Le Moyen-Orient a été
conditionné par des forces
extérieures dans un baril de poudre prêt à exploser
avec un bon
déclencheur, peut-être le lancement de raids
aériens anglo-américains
et/ou israéliens contre l'Iran et la Syrie. D'une guerre
élargie au
Moyen-Orient peuvent résulter des frontières
redessinées
stratégiquement avantageuses pour les intérêts
anglo-israélo-US.
L'Afghanistan aux mains de l'OTAN a
été divisé avec
succès, entièrement sauf son nom. L'animosité a
été inséminée au
Levant, où une guerre civile palestinienne est nourrie et est
menée au
Liban une campagne de divisions. La Méditerranée
orientale a été
militarisée avec succès par l'OTAN. La Syrie et l'Iran
continuent à
être diabolisés par les médias occidentaux, en vue
de justifier une
action militaire. Pour leur part, les médias occidentaux
nourrissent,
quotidiennement, de notions incorrectes et partiales, selon lesquelles
les populations irakiennes ne pourraient pas coexister et le conflit ne
serait pas une guerre d'occupation mais " une guerre civile "
caractérisée par des différends internes entre
chiites, sunnite et
kurdes.
Les tentatives pour créer
intentionnellement de
l'animosité entre les différents groupes
ethnico-culturels et religieux
du Moyen-Orient ont été systématiques. En fait,
elles font partie d'un
ordre du jour secret soigneusement conçu et
réfléchi.
Bien plus inquiétant, de nombreux
gouvernements du
Moyen-Orient, tels que celui d'Arabie Saoudite, aident Washington
à
fomenter des divisions entre populations. L'objectif final étant
d'affaiblir le mouvement de résistance contre l'occupation
étrangère
par la " stratégie du diviser et vaincre " qui sert les
intérêts
anglo-israélo-étatsunien dans la région
entière.
Mahdi Darius Nazemroaya est auteur
indépendant à Ottawa, spécialisé dans les
affaires du Moyen-Orient et
d'Asie Centrale. C'est un Chercheur Associé du Center for
Research on
Globalization (CRG).
Notes
1. Briefing spécial
sur le voyage au Moyen-Orient et en Europe de la Secrétaire
d'État Condoleezza Rice, Washington, DC. Le 21 juillet
2006. http://www.state.gov/secretary/rm/2006/69331.htm
2. Professeur Mark LeVine, ``The New Creative Destruction``, Asia
Times, le 22 août 2006.
http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/HH22Ak01.html
3. Professeurr Andrej Kreutz; The Geopolitics of post-Soviet
Russia and the Middle East, Arab Studies Quarterly (ASQ),
Association of Arab-American University Graduates, Washington D.C.,
janvier 2002.
http://findarticles.com/p/articles/mi_m2501/is_1_24/ai_93458168/pg_1
4. Le Caucase, ou la Caucasie, peut être considéré
comme une région du Moyen-Orient ou comme une région
séparée.
5. Lieutenant-Colonel (retraité) Ralph Peters; ``Blood borders:
How a better Middle East would look``, Armed Forces Journal (AFJ),
juin 2006 http://www.armedforcesjournal.com/2006/06/1833899
6. Ibid
7. Crispian Balmer; French MPs back Armenia genocide bill, Turkey
angry, Reuters, 12 octobre 2006. James McConalogue; French
against Turks: Talking about Armenian Genocide, The Brussels
Journal, 10 octobre 2006. http://www.brusselsjournal.com/node/1585
8. Suleyman Kurt; Carved-up Map of Turkey at NATO Prompts U.S.
Apology, Zaman (Turkey), 29 Septembre 2006.
http://www.zaman.com/?bl=international&alt=&hn=36919
9. Ibid
10. Zbigniew Brzezinski; The Grand Chessboard: American Primacy
and Its Geo-strategic Imperatives, Basic Books, New York, 1998
http://www.perseusbooksgroup.com/basic/book_detail.jsp?isbn=0465027261
11. Ibid
Original
: Global Research, 18 novembre 2006. Traduction
de Pétrus Lombard.
Mahdi Darius Nazemroaya est un collaborateur
régulier de
Mondialisation.ca. Articles de Mahdi Darius Nazemroaya
publiés par
Mondialisation.ca

Accueil
| Archives | English
Lisez Le
Marxiste-Léniniste
Site web: www.pccml.ca
Courriel: