Le Marxiste-Léniniste

Numéro 6 - 8 janvier 2009

Face à la crise économique:
deux programmes s'affrontent

Face à la crise économique: deux programmes s'affrontent
La lettre antisociale du PDG de US Steel John Surma - K. C. Adams

Ottawa
Les chauffeurs, travailleurs d'entretien et répartiteurs d'OC Transpo en grève pour des conditions de travail humaines

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Face à la crise économique:
deux programmes s'affrontent

Participons à la discussion, à l'élaboration et à l'affirmation en pratique d'un programme pro-social.

Un programme pro-social, qui a pour principe que tous ont des droits du fait qu'ils sont des êtres humains, est un programme qui est en opposition au programme antisocial actuel qui a pour principe que les capitalistes monopolistes ont des droits du fait qu'ils sont propriétaires de différentes parties de l'économie socialisée.

Le programme pro-social a pour guide spirituel le facteur humain/conscience sociale et l'amour social et il crée les conditions matérielles pour harmoniser les rapports entre les individus et les collectifs et entre les individus, les collectifs et la société, puis entre le Canada et les peuples et nations du monde.

Le programme pro-social cherche à restreindre le droit et le privilège de monopole et à créer les conditions pour garantir les droits humains en pratique.

Le programme antisocial cherche à élargir le droit et le privilège de monopole et à nier les droits humains.

Le programme pro-social est nécessaire, moderne et centré sur l'être humain, reconnaissant au départ que les êtres humains aujourd'hui naissent en société et que la société a le devoir de répondre aux besoins de tous ses membres tandis que les individus et les collectives ont le droit et le devoir d'enrichir et de développer la société, ses institutions publiques et son économie socialisée et d'organiser le renouveau démocratique pour investir le peuple du pouvoir souverain.

Le programme antisocial est réactionnaire, anachronique et centré sur le capital, il considère la richesse privée, le privilège et le pouvoir comme primordiaux, il organise et utilise l'État actuel comme rempart du droit, du privilège et du pouvoir de monopole et il rejette avec mépris la conception moderne de la société et son devoir de répondre aux besoins de la population et d'investir le peuple du pouvoir souverain de décider des affaires économiques et politiques.

Le programme pro-social demande une augmentation des investissements dans les programmes sociaux et que l'État arrête de payer les riches.

Le programme antisocial coupe dans les programmes sociaux, force les membres de la société à subvenir seuls à leurs besoins et met la richesse nationale à la disposition des riches.

Le programme pro-social cherche à élargir l'espace de l'entreprise publique de toute genre : l'entreprise publique qui crée la valeur ajoutée, que seuls la classe ouvrière et le gouvernement peuvent réclamer, qui réinvestit le produit social dans l'économie socialisée et les programmes sociaux et qui crée ainsi une base matérielle pour une économie qui suffit à ses besoins, qui se développe dans tous les secteurs et dans toutes les régions ; l'entreprise publique qui offre des services et programmes sociaux à but non lucratif pour garantir et satisfaire les besoins et les droits de tous les membres de la société et de la société elle-même ; l'entreprise publique qui, dans le secteur des banques, du crédit et de l'assurance, élimine le parasitisme et la putréfaction des banques privées et des institutions privées du crédit et de l'assurance, l'extorsion par l'intérêt et les frais et les combines d'enrichissement rapide d'un petit groupe au détriment de la société ; l'entreprise publique qui, dans le secteur de la vente en gros, restreint le contrôle monopoliste des prix et de la distribution du produit social.

Le programme antisocial cherche à réduire l'espace de l'entreprise publique par la privatisation, les services et programmes sociaux pour le gain privé, les partenariats public-privé ou les paiements versés aux monopoles pour « stimuler l'économie », exigeant que toutes les facettes de l'économie socialisée, y compris les budgets fédéraux, québécois, provinciaux et municipaux, les programmes sociaux et les infrastructures servent le profit privé et les riches, avec comme but d'ensemble de protéger et d'élargir le capital monopoliste privé et son pouvoir, privilège et contrôle, et avec pour conséquence la pauvreté, le chômage, un écart grandissant entre riches et pauvres, le chaos social et le crime social, le développement inégal de l'économie et les crises économiques perpétuelles.

Le programme pro-social place l'être humain et son travail au centre de l'économie socialisée et considère les travailleurs et leur travail comme le facteur le plus précieux, il organise tout en fonction d'assurer le bien-être du peuple et le développement physique, intellectuel et spirituel général de la classe ouvrière, surtout de la jeunesse, comme responsabilité sociale et objectif premier de l'économie.

Le programme antisocial considère la classe ouvrière comme un esclave et un coût de production à éliminer, un facteur de production qui doit servir le rapport social inégal appelé capital, et son objectif premier est de protéger et d'élargir le capital par l'exploitation de la classe ouvrière et de la Terre Mère sans égard aux conséquences sociales et naturelles.

Le programme pro-social reconnaît que la classe ouvrière est le créateur de tout le produit social et de toute richesse par la transformation des matières premières en valeur d'usage. Tous ont des droits du fait qu'ils sont des êtres humains ; la classe ouvrière a des droits en vertu de son travail et ses réclamations à la valeur ajoutée qu'elle produit et à la valeur ajoutée nécessaire dans le domaine de la circulation, comme le secteur de la vente au détail, ou pour les services et programmes sociaux, ont priorité.

Le programme antisocial, avec sa pensée ancrée dans le début du XIXe siècle, lorsque le capital faisait la guerre à la petite production, considère le rapport social inégal appelé capital comme la source de la richesse et du développement et exige que les êtres humains, leur économie socialisée et les richesses de la Terre Mère servent la protection et l'expansion du capital. Le programme anti-social s'accroche à la croyance anachronique et destructrice selon laquelle, en vertu de la propriété privée des différentes parties de l'économie socialisée, les réclamations du capital à la richesse produite et distribuée par la classe ouvrière ont priorité, choisissant de fermer les yeux sur le fait que le capital, qui est un rapport social inégal imposé par la force et la tradition pour protéger et élargir son empire, est la cause des crises, du développement inégal et des guerres et qu'il bloque la voie au progrès humain, économique et politique au Canada et dans le monde.

Le programme pro-social considère le facteur humain/conscience sociale comme étant essentiel à la transformation des matières premières en valeur d'usage, un facteur humain/conscience sociale qui doit prendre contrôle de soi, de ses moyens de production, des richesses offertes par la Terre Mère, de son produit social, de la direction de l'économie et, surtout, des rapports dans lesquels entrent les membres de la société dans le processus de production, s'il veut pouvoir ouvrir la voie au progrès de la société et humaniser l'environnement social et l'environnement naturel.

Le programme antisocial considère le produit social réalisé dans le cadre du rapport social inégal appelé capital comme étant la chose la plus importante et la plus cruciale, que tous les humains et la Terre Mère doivent s'y soumettre quelles qu'en soient les conséquences sociales et naturelles.

Le programme pro-social considère le capital monopoliste comme un rapport social inégal et démodé qui fait obstacle au bon fonctionnement de l'économie socialisée et comme la cause principale des crises économiques, de l'absence d'harmonie et de la guerre, un anachronisme qui doit être restreint et progressivement éliminé de tous les aspects de la vie moderne.

Le programme antisocial considère le capital monopoliste comme étant le centre de la vie économique et considère que la protection et l'expansion du capital est le but légitime de l'économie socialisée. Il considère comme négatif et inutile tout aspect de la société civile, des affaires politiques et de l'économie, humain ou non humain, comme quelque chose qui doit être repoussé par la force ou détruit.

Le programme pro-social s'oppose à l'utilisation de la force dans le règlement des conflits entre le peuples et nations et lutte pour un gouvernement anti-guerre et pour soustraire le Canada à l'empire américain et au système impérialiste d'États.

Le programme antisocial suit le principe médiéval de la loi du plus fort et considère que l'annexion du Canada à l'empire américain et la participation du Canada aux guerres incessantes de cet empire pour la conquête des matières premières, des marchés, du travail asservi et de l'hégémonie mondiale servent les intérêts étroits du capital aujourd'hui.

Le programme pro-social a son reflet dans les conditions concrètes dans les endroits de travail et la communauté. Par la participation consciente à des actes pour découvir, la classe ouvrière trouvera son orientation en cette période de crise économique, élaborera un programme pro-social et s'organisera pour le réaliser. Les travailleurs, par la participation consciente à l'acte de découvrir, aborderont la crise dans la perspective de l'affirmation des travailleurs et du peuple suivant un programme pro-social. Cette participation, élaboration et affirmation du programme pro-social par les travailleurs eux-mêmes fait partie de l'effort pour investir le peuple du pouvoir souverain et décisionnel et pour ne pas être submergé et désorienté par la situation sociale, politique et économique.

Le programme pro-social centré sur l'être humain fera échec au programme antisocial des riches centré sur le capital et à la désinformation des masse-médias qui répètent à l'infini que la seule issue à la crise est de continuer de faire exactement ce qui a mené à la crise, c'est-à-dire voler la valeur ajoutée de l'économie socialisée pour payer les riches.

Faisons ensemble un pas audacieux à la défense des droits de tous ! Participons à la discussion, à l'élaboration et à l'affirmation en pratique du programme pro-social !

Joignez-vous à la discussion organisée par les Groupes de rédacteurs et diffuseurs. Contactez le Centre ouvrier du PCC(M-L) : centreouvrier@cpcml.ca

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La lettre antisociale du PDG de US Steel John Surma

En décembre, le PDG de US Steel John Surma, du confort de son bureau à Pittsburg, a envoyé une lettre à tous les employés de la compagnie. Cette lettre est dénuée d'humanité et de conscience sociale, elle n'est qu'une note décrivant de façon détachée une mauvaise situation économique dont les causes seraient inconnues. La lettre de M. Surma est semblable à plusieurs égards aux songes d'un prince de l'époque médiévale qui décrit, enfermé et bien au chaud dans son palais, une maladie aux causes inconnues qui ravage les habitants de l'Europe.

Il écrit : « Comme vous le savez sans doute, notre compagnie a été durement touchée par la crise financière aux États-Unis et dans le monde. L'avènement de la récession aux États-Unis et en Europe et la détérioration rapide de la quasi-totalité de nos marchés qui s'en est suivie ont provoqué une chute de l'activité sur le marché de l'acier, à son plus bas niveau en plusieurs décennies. L'American Iron and Steel Institute notait récemment que l'utilisation hebdomadaire de la capacité de production de l'acier brut était à 49 % pour l'industrie intérieure, son plus bas niveau depuis le début des années 1980... Nous ne savons pas combien de temps durera la crise actuelle ni si la situation s'aggravera encore avant de se remettre. Dans ces conditions, il est important que nous agissions maintenant sur plusieurs fronts pour maximiser notre encaisse et réduire nos coûts. » Et quand il dit « agir maintenant pour réduire les coûts », il fait référence à la sauvage campagne antisociale de mises à pied, réductions de production, fermetures et concessions antiouvrières.

Pour les métallos au Canada, la lettre de M. Surma a ceci de particulièrement irritant que le monopole américain s'est tout récemment emparé du contrôle de Stelco, à Hamilton. L'acquisition s'est produite après que les métallos soient passés à travers la fameuse fausse faillite de Stelco et que toutes les propositions faites dans le sens de sortir Stelco de la protection de la faillite pour en faire le pilier d'une industrie canadienne de l'acier renouvelée qui suffit aux besoins de l'économie canadienne ont été rejetées par l'élite dominante. Cette élite constituée des propriétaires du capital monopoliste et de leurs serviteurs grassement payés contrôle l'économie socialisée, les tribunaux, le système politique, le gouvernement et les autres institutions de l'État au Canada. Au lieu de devenir une institution de l'édification nationale, Stelco a été vendue au complet à U.S. Steel. C'était l'indignité suprême pour les métallos et la communauté et la conclusion d'un coup monté par les vautours de Brookfield/Tricap qui ont empoché des centaines de millions de dollars en prenant possession de l'aciérie durant la fraude de faillite. Alors maintenant, au lieu d'être le pilier d'une industrie canadienne de l'acier qui est pro-sociale et vibrante et qui répond aux besoins de l'économie, Stelco est en train d'être morcelée à mort par des milliers de coupures par un monopole étranger et une crise économique aux origines censément inconnues.

Les mises à pied de US Steel à Hamilton ont encore frappé 69 travailleurs le 19 décembre. Cela porte à 520 le nombre de mises à pied à ce qui était auparavant les Ateliers Hilton de Stelco. Selon le Local 1005 des Métallos, c'est 30 % de la main-d'oeuvre qui a été mise à pied, soit le taux le plus élevé depuis 1982, lorsque Stelco avait renvoyé 4 000 de ses 13 500 métallos. Aux États-Unis, le monopole a déjà mis à pied 3 500 employés, fermé trois aciéries et réduit la production dans la plupart des autres usines et mines.

Pour US Steel, les métallos sont « un moyen et un coût de production », dans la même catégorie que les machines, l'électricité et les matières premières. De cette perspective antisociale, les propriétaires du capital monopoliste déclarent que leurs travailleurs, machines, électricité et minerais, leurs « moyens et coûts de production » doivent être abandonnés à l'oisiveté lorsque les commandes sont faibles et rapidement remobilisés lorsque le carnet de commandes est rempli. Ils ne font aucune distinction entre le caractère humain du travailleur et le caractère non humain des moyens de production. La conception pro-sociale moderne qui dit que tous ont des droits du fait qu'ils sont des êtres humains n'entre pas en ligne de compte.

Partant de la considération antisociale que le facteur humain au travail est « un moyen et un coût de production » acheté sur un marché du travail, les propriétaires du capital monopoliste poursuivent une tendance antisociale dans l'économie socialisée qui consiste à défendre et à élargir leur richesse privée et leur empire. Partant de l'objectif étroit qu'est l'extraction du profit privé de l'économie socialisée, les capitalistes monopolistes justifient en théorie et en pratique l'exploitation des travailleurs en les transformant en une abstraction non humaine appelée travail, lequel s'achète et se vend sur le marché de la même façon d'une marchandise, et, comme pour toute marchandise, aux yeux des propriétaires du capital ce travail asservi n'a pas de droit. Cette idéologie et pratique dépassées qui réduit l'être humain à un travail asservi sert à justifier les objectifs et intérêts étroits et antisociaux des propriétaires du capital, qui sont en opposition à l'essence pro-social de l'économie moderne. La transformation des êtres humains en « moyens et coûts de production » ou en travail asservi les déshumanise et les réduit à des choses pouvant être restructurées pour « épargner sur les coûts » au niveau de l'entreprise, du secteur ou de l'empire, sujettes à des mises à pied, à la négation des droits, aux concessions sur le plan des salaires, des avantages sociaux, des pensions, des conditions de travail et du niveau de vie, pour que les propriétaires du capital monopoliste puissent poursuivent leurs intérêts étroits et continuer de tourner le dos au bien public et aux besoins de l'économie socialisée et de supprimer le programme pro-social moderne selon lequel tous ont des droits du fait de leur humanité.

Selon la conception antisociale du capital monopoliste, les propriétaires et les investisseurs du capital monopoliste ont des droits et peuvent faire des réclamations à l'économie socialisée, tandis que la classe ouvrière et les couches moyennes, en tant que « moyens et coûts de production », n'ont aucun droit, elles n'ont que le privilège de servir les droits et réclamations des propriétaires du capital monopoliste.

Selon la conception pro-sociale de la classe ouvrière, tous ont des droits du fait qu'ils sont des êtres humains et l'économie socialisée et les affaires politiques doivent être organisées de manière à garantir ces droits.

La lettre de M. Surma et les mesures antisociales de US Steel sont une attaque contre le bien-être et la dignité des métallos, la souveraineté et l'économie socialisée du Canada. Nous allons examiner dans une série d'articles la lettre de M. Surma avec les thèmes suivants :

1. Le lettre est illégale, du point de vue des syndiqués en particulier : elle cherche à supprimer la résistance collective et à étouffer la conscience sociale des métallos en les isolant, les plaçant dans un rapport individuel avec le président de la compagnie, en tant que marchandises achetées sur le marché du travail lorsque nécessaire et retournées lorsqu'on n'en a plus besoin.

2. La lettre de M. Surma est anticanadienne et une attaque contre le droit souverain du Canada de contrôler et de diriger son économie socialisée et révèle la servilité du gouvernement canadien qui laisse passer ces commentaires et ces mesures sans intervenir.

3. La lettre de M. Surma est obscurantiste car elle laisse entendre que ce qui se passe dans l'économie est insaisissable, un acte de Dieu. Il reconnaît que le taux d'utilisation de la capacité de l'industrie de l'acier en Amérique du Nord a chuté à 49 % mais feint ne pas connaître les raisons de ce désastre. Sa réponse aux conséquences de la crise est antisociale, anticonsciente et intéressée et il ne s'intéresse pas du tout aux origines du problème, qui se trouvent dans les contradictions internes du système capitaliste monopoliste.

4. La lettre de M. Surma est antiouvrière, antisociale et anticanadienne en ce qu'elle reporte le fardeau de la crise sur le dos de la classe ouvrière et des fonds publics du Canada (l'assurance-emploi, les programmes de formations et de recyclage, etc.) sans proposer d'alternative.

5. Le lettre de M. Surma ne part pas de la perspective pro-sociale moderne selon laquelle tous ont des droits du fait qu'ils sont des êtres humains, mais plutôt de la conception du monde antisociale dépassée selon laquelle les propriétaires et investisseurs du capital monopoliste ont des droits qui ont préséance sur tous les autres. Selon cette conception du monde, le Canada et les États-Unis, contrairement à ce que révèlent les conditions objectives de l'économie socialisée, ont besoin de créatures provenant d'un passé lointain appelées investisseurs pour contribuer des quantités de « capital », ce rapport social inégal. La conception du monde antisociale affirme à tort que la classe ouvrière moderne n'est pas capable d'entreprendre l'édification nationale en se servant de son cerveau, de ses bras, de son expérience directe et de sa capacité de s'unir pour le bien commun et pour accumuler les choses nécessaires au développement, qui proviennent de son travail à transformer les matières premières en valeur d'usage.

6. La lettre de M. Surma embrouille la réalité des événements récents qui ont vu US Steel emprunter d'énormes quantités d'argent pour étendre son empire en Europe, aux États-Unis (Lone Star Technologies) et au Canada (Stelco). Le coût trimestriel du service de cette dette se chiffre dans les dizaines de millions de dollars et vont s'accroître encore plus lorsque les paiements des intérêts et dividendes seront dus. Dans le système capitaliste monopoliste, le service de la dette, qui est une des façons par lesquelles les propriétaires du capital monopoliste réclament la valeur ajoutée réalisée produite par la classe ouvrière, continue quel que soit le revenu brut ou l'utilisation de la capacité. Cela nous amène à l'idée d'un moratoire sur le service de la dette tout en gardant les travailleurs au travail, occupés à l'entretien et à l'amélioration des installations ou, dans le cas de Stelco, en exigeant à nouveau que le gouvernement fasse de ces centres de productions une entreprise publique servant de pilier à une industrie canadienne de l'acier qui répond aux besoins de l'économie canadienne.

7. Le lettre de M. Surma laisse entendre que l'investissement du rapport social inégal appelé capital est un élément nécessaire pour mettre en mouvement les moyens de production, pour produire de l'acier, et que ces moyens de production comprennent les métallos, les machines, les immeubles et les matières premières. Les travailleurs rejettent avec mépris cette notion anachronique. Les travailleurs, le facteur humain, sont les véritables producteurs qui transforment les matières premières en valeur d'usage et qui se servent de cette valeur d'usage, comme les machines, pour transformer encore une fois les matières premières en produits dont la population et la société ont besoin pour vivre, se développer et humaniser l'environnement social et naturel. Le rapport social inégal appelé capital fait obstacle au progrès de la production moderne et provoque des crises, la pauvreté et la guerre pour la conquête des marchés, des matières premières, du travail asservi et de l'empire. Les capitalistes monopolistes tournent la réalité de l'économie socialisée moderne à l'envers en déclarant que le capital, qui est une valeur accumulée captée dans un rapport social inégal, est le premier élément qu'il faut pour mettre la production en marche. Ils insistent pour dire que le capital est nécessaire pour acheter le travail asservi, les matières premières et les machines comme moyens de production, où l'économie produit non pas une valeur d'usage pour le bien-être de tous mais une valeur d'échange, une marchandise, qui sert à l'enrichissement privé d'une élite privilégiée. Autrement dit, les capitalistes transforment les êtres humains en machines humaines, en esclaves salariés, et les mettent dans le même panier que les moyens de production non humains pour la transformation des matières non pas en valeur d'usage au profit du peuple et de sa société mais en marchandises à échanger pour le profit privé. L'histoire appelle les travailleurs à résoudre cette contradiction fondamentale entre l'économie socialisée et sa division en parties séparées, possédées et contrôlées de façon privée, rivalisant entre elles et se faisant la guerre pour le compte des propriétaires du capital monopoliste.

Pour défendre la dignité des travailleurs, mettre fin aux crises économiques et réaliser le programme pro-social dans lequel tous ont des droits du fait qu'ils sont des êtres humains, la classe ouvrière organisée doit remettre le monde à l'endroit de sorte que les véritables producteurs, les travailleurs et leurs alliés, possèdent collectivement l'économie socialisée et contrôlent la production et la distribution de la valeur d'usage qu'ils produisent.

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Ottawa

Les chauffeurs, travailleurs d'entretien
et répartiteurs d'OC Transpo en grève pour
des conditions de travail humaines

Le 10 décembre, les chauffeurs, travailleurs de l'entretient et répartiteurs du réseau de transport communautaire urbain de la région d'Ottawa, OC Transpo, regroupés dans le syndicat Alamgamated Transit Union Local 279, ont déclenché la grève suite à un vote de 98 % en faveur. La ministre fédérale du travail Rona Ambrose a maintenant ordonné la tenue d'un vote secret sur la dernière offre de la ville. L'exécutif du syndicat n'a pas transmis l'offre aux membres et a indiqué lors d'une réunion le 5 janvier, à laquelle ont participé 1 500 membres, que cette offre est la même que celle rejetée par un vote avant le début de la grève.

LML salue les travailleurs du transport en commun d'Ottawa qui défendent les droits et la dignité du travail et lance l'appel à tous de les appuyer. Leurs revendications pour des conditions de travail humaines sont entièrement justes.

Voici une entrevue avec un chauffeur d'OC Transpo à la mi-décembre concernant les conditions de travail et les raisons de la grève.


Entrevue

LML : Parlez-nous de la grève que vous avez déclenchée le mercredi 10 décembre. Quels sont les enjeux ?

Chauffeur : Vous savez, chaque secteur de travailleurs a des conditions qui lui sont propres. Notre emploi en est un de stress élevé. Je maintiens depuis longtemps que nous devrions faire une étude sur les causes de décès dans nos rangs. Les histoires abondent et il faut sortir de l'anecdote. Un des gars a pris sa retraite le vendredi. Il a eu sa fête au local syndical le soir. Il est mort durant la nuit pendant son sommeil. Un autre n'a même pas eu la chance de recevoir son premier chèque de pension.

Un vendredi après-midi, cinq chauffeurs ont souffert de défaillance cardiaque, et deux en sont décédés. Nous travaillons avec et pour le public, avec un haut niveau de responsabilités. La marge d'erreur est mince et le résultat est assez souvent dramatique. Nous devons toujours avoir la sécurité de notre public et des autres utilisateurs de la route en tête.

Depuis les tous débuts de la compagnie il y a 106 ans, nous choisissons notre horaire suivant un système basé sur l'ancienneté. Lorsque notre tour arrive de choisir, on a le choix dans ce qui reste. On choisit la ligne qui nous intéresse... un peu comme si chaque ligne avait sa propre personnalité que l'on tente d'arrimer à nos préférences, à nos horaires, aux différents garages, selon que c'est une ligne régulière ou un express, une ligne passant près d'une ou de plusieurs écoles ou hôpitaux, etc. Après un certain temps, le temps de récupération et les fins de semaine libres prennent plus d'importance. Le temps de récupération devient primordial. C'est ce que la ville veut changer. Elle veut appliquer le système du « block booking » (assignation par bloc d'horaire) et choisir nos journées de congé selon les routes que l'on choisirait. À deux ans de la retraite, il n'en est pas question.

Je me suis fait dire qu'une grève ne me permettrait pas de reprendre ce que je perds. C'est vrai... mais il n'est pas question de laisser passer une telle dégradation des conditions de travail. Il y en a d'autres qui nous suivent. On ne fait jamais réellement une grève pour soi-même. Il y en a eu d'autres avant nous qui nous ont ouvert le chemin. À nous de faire de même pour ceux qui vont nous suivre. C'est une période plus dure à porter, mais c'est à notre tour.

La seule raison que je peux voir pour la ville d'amener une telle offre finale est qu'elle sait fort bien que cela ne passerait pas, donc une façon déguisée de forcer la grève. On ne fait jamais la grève par plaisir, surtout quand tu travailles avec le public. Mais en faisant cela, la ville économise des tonnes de fric et compte rétablir son équilibre budgétaire. Seule chose, notre maire populiste de droite compte le faire sur notre dos. Chaque jour de grève qui passe lui sauve un demi-million. Je me doutait qu'il y avait anguille sous roche quand la ville a ficelé soudainement son budget. Un jour c'était le drame pour savoir quels organismes communautaires ou culturels il « serait obligé de couper », le lendemain plus rien. Tout était réglé.

Maintenant, notre maire tente d'affaiblir le syndicat et le mandat de 98 % donné à l'exécutif en passant par dessus la tête de notre représentant pour rejoindre directement les membres. Soudainement, il est préoccupé de démocratie syndicale et des pauvres « publics » qui souffrent pour s'en servir contre nous. Mais hier, il parlait de couper les budgets des organismes s'occupant des sans abris, des mères monoparentales et des artistes... C'est à pleurer... de rage. En même temps, en ayant recours à toutes sortes de tactiques loin des tables de négociation et hautement médiatisées, notre maire tente de toute évidence de nous faire passer pour des irresponsables, des « extrémistes » qui prennent la ville en otage et qui n'ont aucun sens social. C'est la tactique habituelle utilisée contre les travailleurs du secteur public pour affaiblir leur cause. Le scénario se dessine assez clairement : demandes d'injonctions pour nous priver de toute visibilité, comme, par exemple, nous empêcher de piqueter devant l'hôtel de ville. Une conseillère a déjà fait la demande que le gouvernement fédéral s'en mêle en déclarant le transport en commun un service essentiel. Pourtant la ville a rejeté le médiateur qui faisait partie du processus depuis le début. Quand cela fait son affaire, le patronat veut négocier, quand cela ne fait plus son affaire, il tente alors de nous faire avaler la médiation obligatoire.

Maintenant le maire utilise les médias pour demander à notre président de « laisser les membres voter » sur l'offre finale, déclarant qu'il considérera la convention signée si 51 % votent en faveur, alors qu'elle a déjà été rejetée en assemblée générale à 98 % ! Un autre point majeur de friction est le nombre de journées de maladie. Nous avons six jours par année alors que le reste des employés de la ville ont 1.25 jour par mois. Nous demandons la parité avec les autres employés de la ville. C'est une question de respect.

Le syndicat des superviseurs a maintenant annoncé lui aussi une date de grève pour le 23 décembre suite à l'impasse dans leurs négociations. Le maire et maintenant le directeur général ajoutent une pression supplémentaire en disant que si on n'accepte pas le contrat avant le 23 décembre, il n'y aura pas d'entente avant janvier. Un ultimatum qui allongera artificiellement la grève de deux semaines pour nous et pour nos passagers. Naturellement, ils vont tenter de nous en rejeter le blâme en disant que nous sommes ceux qui ne sont pas raisonnables. [Le 19 décembre, le Conseil municipal d'Ottawa et le local 5500 du SCFP représentant 140 superviseurs et constables ont conclu une nouvelle entente collective - ndlr]

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