Le Marxiste-Léniniste

Édition spéciale - 24 juin 2007

In Memoriam

Vilma Espín,
figure historique de la Révolution cubaine,
n'est plus



7 avril 1930 - 18 juin 2007

Condoléances - Sandra L. Smith, Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste)

Réflexions du président Fidel Castro

Les Combats de Vilma

Vilma, pour toujours

Elle est de ceux qui ont jeté les fondations de la nouvelle société - Marta Rojas, Granma International

Le peuple cubain exprime son profond amour social

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Condoléances

23 juin 2007

Comité central
Parti communiste de Cuba
La Havane, Cuba

Très chers camarades,

Nous avons été profondément attristés d'apprendre le décès de la camarade Vilma Espín, dirigeante légendaire de votre parti, de votre peuple et de votre État. Nous vous transmettons nos plus sincères condoléances et, par vous, au camarade Raúl et à toute la famille de Vilma, à la direction de la Fédération des femmes, à toutes les Cubaines et au peuple cubain.

Depuis que nous avons appris la triste nouvelle, nous avons discuté du rôle héroïque qu'a joué Vilma dans la révolution cubaine et de ses contributions à la transformation de la société cubaine. Nous considérons ces contributions et son exemple comme une énorme source d'inspiration pour tous ceux et celles qui luttent pour changer la situation dans le monde en faveur des peuples.

La plus grande qualité que nous associons à Vilma est qu'à chaque moment décisif elle a dirigé par l'exemple et pris sa place dans la lutte pour forger les rangs des combattants révolutionnaires. Aux premiers jours de la révolution, elle a montré qu'elle était fille de Santiago de Cuba. Avec grand courage et héroïsme, elle s'est engagée dans ce qui était décisif pour la révolution. Puis en véritable fille de Cuba elle a été à la tête des transformations révolutionnaires nécessaires en contribuant à l'établissement des formes décisives pour consolider et défendre la révolution. En faisant tout ce qu'il faut pour mettre fin à la discrimination et oppression brutale des femmes et des enfants par la vieille société, Vilma s'est engagée dans un front de lutte d'une grande importance. Pour nous, Vilma incarne l'essence de ce que veut dire être un combattant révolutionnaire, celui dont les paroles et les actes ne font qu'un.

Très chers camarades,

On dit que le degré d'avancement d'une société se mesure par la condition de ses femmes, enfants et personnes âgées, son avoir le plus précieux. Ont-ils une place d'honneur dans les faits où ne s'agit-il que d'un énoncé de principe? Nous vivons dans un pays capitaliste avancé où l'égalité des femmes est proclamée dans la loi. Mais tant que la loi protège les rapports d'argent plutôt que des rapports humains, les femmes sont maintenues dans une position vulnérable, les enfants sont criminalisés, nos personnes âgées sont maltraitées et humiliées. Les femmes des Premières Nations, les femmes de minorités nationales, les enfants et les femmes âgées sont celles qui écopent le plus. Nous avons appris de l'expérience amère que dans une société pareille, les conditions n'existent pas pour que Non! veuille dire Non! Les conditions se heurtent à l'autorité. C'est seulement lorsque les femmes s'avancent pour réclamer ce qui leur revient de droit, lorsqu'elles contribuent elles-mêmes à la création des conditions où Non! veut dire Non!, que leur Oui! veut dire quelque chose. Le Oui! de Vilma à la révolution avait une portée parce qu'elle a elle-même contribuer à créer les conditions qui interdisent la discrimination envers les femmes et les enfants, permettant ainsi le véritable amour social de tout un peuple de s'exprimer. Non seulement Vilma a-t-elle été dans les tranchées de chaque bataille, mais elle a amené avec elle tout le collectif auquel elle appartient. Pour cela elle sera aimée et respectée à jamais et mérite le profond amour social de son peuple et des peuples combattants du monde.

En cette triste occasion, nous réitérons notre détermination à multiplier les efforts pour défendre la révolution cubaine. Par décision du Comité central de notre Parti, inspirés par la contribution de Vilma Espín Guillos, durant l'année qui vient nous lui dédions toutes nos activités à la défense de la révolution cubaine. Nous appelons nos membres et supporters à suivre l'exemple de Vilma.

Veuillez accepter nos sincères condoléances et l'expression de notre respect révolutionnaire,

Sandra L. Smith
Première Secrétaire
Comité central
Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste)

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Réflexions du président Fidel Castro

Les Combats de Vilma

Vilma est morte. Bien qu'attendue, la nouvelle m'a bouleversé. Par simple respect envers son état de santé délicat, je ne l'ai jamais mentionnée dans mes réflexions.

L'exemple de Vilma est aujourd'hui plus nécessaire que jamais. Elle s'est battue toute sa vie en faveur de la femme, alors que les femmes, dans leur grande majorité, étaient discriminées en tant qu'êtres humains à Cuba comme elles l'étaient dans le reste du monde, sauf dignes exceptions révolutionnaires.

Il n'en a pas toujours été ainsi tout au long de l'évolution historique de notre espèce qui l'a conduite à jouer le rôle social qu'il lui correspondait en tant que creuset naturel où se forge la vie.

Dans notre pays, la femme sortait d'une des formes de société les plus horribles, une néo-colonie yankee sous l'égide de l'impérialisme et de son système dans laquelle tout ce que l'être humain et capable de créer était converti en marchandise.

Dès l'apparition dans la lointaine histoire de ce qu'on a appelé l'exploitation de l'homme par l'homme, ce sont les mères, les garçons et les filles des dépossédés qui ont dû supporter le plus pesant fardeau.

Les Cubaines travaillaient comme domestiques ou dans des magasins de luxe et des bars bourgeois, sélectionnées en plus à partir de leur corps et de leur allure. Dans les usines, elles avaient droit aux travaux les plus simples, les plus répétitifs et les moins bien payés.

Dans l'éducation et la santé, des services prêtés à petite échelle et où leur collaboration était indispensable, les institutrices et les infirmières ne bénéficiaient que d'une formation de niveau moyen. Notre pays, qui fait 1 256,2 kilomètres de long, ne comptait qu'un établissement d'enseignement supérieur dans la capitale, et, plus tard, que quelques facultés dans des collèges universitaires de deux autres provinces. Seuls des jeunes issus de familles aux revenus les plus élevés pouvaient en règle générale y faire des études. La présence de la femme n'était même pas concevable dans de nombreuses activités.

J'ai été témoin pendant presque un demi-siècle des combats de Vilma. Je me la rappelle aux réunions du Mouvement du 26-Juillet tenues dans la Sierra Maestra. La direction du Mouvement lui assigna finalement une mission importante sur le IIe Front oriental. Vilma ne tremblait pas devant le danger, quelque qu'il soit.

Au triomphe de la Révolution, elle engagea sa bataille inlassable pour les femmes et les enfants cubains qui la conduisit à fonder et à diriger la Fédération des femmes cubaines. Il n'y eut pas de tribune nationale ou internationale où elle ne soit intervenue, si long qu'ait été le chemin à parcourir, pour défendre sa patrie agressée et les idées nobles et justes de la Révolution.

Sa voix douce, ferme et opportune était toujours écoutée avec beaucoup de respect dans les réunions du parti, de l'État et des organisations de masse.

Les femmes constituent aujourd'hui 68% des techniciens du pays et sont la majorité dans presque toutes les branches de l'enseignement supérieur. Auparavant, c'est à peine si les femmes figuraient dans les activités scientifiques, faute, sauf rares exceptions, de sciences et de scientifiques. Aujourd'hui, elles sont aussi la majorité dans ce domaine.

Les devoirs révolutionnaires et l'énormité de ses tâches n'ont jamais empêché Vilma de remplir ses responsabilités de compagne loyale et de mère de nombreux enfants.

Vilma est morte. Vive Vilma!

Fidel Castro Ruz
20 juin 2007
14h10

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Vilma, pour toujours

Elle est de ceux qui ont jeté les fondations
de la nouvelle société

Vilma est morte. La voici entrée dans cette autre catégorie: celle des disparus qui nous sont les plus chers. Nous avons douté, mais il a fallu se rendre à l'évidence: elle a fini de livrer la bataille stoïque pour la vie qui depuis des années était la sienne mais aussi celle de Cuba toute entière, de toute idée juste réclamant son soutien de par le monde, soutien qu'elle a d'ailleurs prodigué sans compter quand elle l'a cru utile.

Vilma Espin Guillois devient dès aujourd'hui une icône révolutionnaire, ce que sa simplicité l'empêchait de seulement envisager, car elle avait au plus haut point cette vertu propre à tout révolutionnaire: la modestie.

Celle qui nous quitte est un exemple sans égal du courage et de l'intelligence de ces femmes ayant appartenu à ce qu'on a appelé la «Génération du centenaire». Car son action révolutionnaire débutait dès 1953, l'année du centenaire de José Marti: en toute exactitude, lorsque meurt à La Havane l'étudiant Ruben Batista, grièvement blessé lors d'une manifestation étudiante qui protestait contre le fait que le buste de Julio Antonio Mella avait été impunément profané, le 10 janvier 1953. Comme tous les jeunes qui suivaient Fidel, elle s'était prononcée contre le brutal coup d'État perpétré le 10 mars 1952 par Fulgencio Batista. Il faut bien le dire, même s'il nous est déplaisant de faire figurer le nom du tyran a début de ces quelques lignes dédiées à la mémoire de Vilma.


Vilma à une manifestation à l'Université d,Oriente,
suite au coup d'État de Batista en 1952.

Car elle l'a raconté au cours d'une de ces conversations amènes et pénétrantes dont elle avait le secret: dès le 10 mars commencèrent dans sa ville natale, Santiago, des manifestations suite à la mort de Ruben Batista (elle négligea de dire qu'elle en avait été une des organisatrices), et elle fut des premiers à descendre dans la rue. On y avait organisé l'enterrement symbolique du jeune étudiant et l'affaire se termina par une bataille rangée contre les forces répressives. Le projet consistait à porter des fleurs au cimetière, mais les jeunes révolutionnaires durent se réfugier dans des cafés et lancer les sucriers à la tête de leurs agresseurs.

Cet épisode suffirait à inscrire le nom de Vilma sur la liste des héroïques combattants révolutionnaires de la Génération du centenaire. Curieusement, pendant l'agonie de Ruben Batista, à la clinique de l'étudiant de l'hôpital Calixto Garcia, un autre jeune homme né à Santiago, Renato Guitart, fit la connaissance de Fidel et entra ainsi dans le mouvement révolutionnaire qui devait attaquer la caserne Moncada cette même année.

Et à propos de l'attaque historique de la caserne, la jeune Vilma se trouvait chez elle, dans la rue San Jeronimo, lorsque retentirent les coups de feu, et elle dit à son père que c'était la caserne qui était attaquée. La nouvelle fut confirmée quelques heures plus tard. Rien ne put la retenir d'approcher une des sentinelles de garde pour demander l'impossible: qu'on lui permette de voir les héros. La réponse ne lui laissa d'autre alternative que de se retirer rapidement avec ses compagnes, dont deux furent tout de même arrêtées. Son flair et son agilité lui permirent de sauter à bord d'un autobus et de se perdre dans la foule. Elle rentra chez elle sans avoir été identifiée. C'est ainsi que naissait la combattante clandestine de la Ville Héroïque.

En ces journées d'horreur, les foyers de Santiago accueillent et cachent les combattants poursuivis par la soldatesque de Batista, qui a déjà assassiné des dizaines de jeunes gens dans les cellules de la caserne. La porte du foyer de Vilma s'ouvre aussi toute grande pour accueillir et protéger tout combattant cherchant refuge.

Peu après l'attaque de la caserne, Frank Pais constitue l'Action révolutionnaire orientale, la première organisation où milita Vilma, qui en fut une fondatrice active. Mais c'est au sein du futur Mouvement révolutionnaire 26 Juillet qu'elle montrera ses dons d'organisatrice et de combattante. Avec le M-26-7, elle s'acquitte de toute une gamme de missions risquées. Elle donne libre cours à ses sentiments patriotiques et humanistes. Elle-même rappellera à plusieurs reprises que les premières années de sa jeunesse révolutionnaire ont été marquées par deux grands événements: l'attaque de la caserne Moncada et le plaidoyer de Fidel, L'Histoire m'acquittera, qui lui montra que Fidel était non seulement un leader courageux mais aussi un homme de tête, qui avait développé une pensée politique et des principes révolutionnaires solides.

Et elle, qui était-elle? Une jeune femme capable et cultivée au sens le plus large du terme. Sa vocation scientifique, tournée vers le développement industriel, donne tout naturellement la main à l'amour des arts: la musique, le chant, la peinture et le ballet, essentiellement. Le sport aussi l'enthousiasme, et elle devient capitaine de l'équipe de volley-ball de l'Université d'Oriente. En outre, elle était toute imprégnée de la pensée de José Marti et connaissait dans le détail les campagnes des combattants pour l'indépendance, l'intransigeance révolutionnaire d'Antonio Maceo. Les conversations qu'on pouvait avoir avec Vilma sur ces sujets étaient toujours riches d'enseignements: elle ne vous transmettait pas seulement un savoir livresque mais savait aussi vous communiquer ses sentiments grâce à son ton pausé, la cadence de sa voix. Elle avait le don de rafraîchir l'histoire, qu'il s'agisse des luttes pour l'indépendance contre le régime colonial ou de la République, du temps du fondateur du premier Parti communiste cubain, Julio Antonio Mella.

Sa formation a débuté chez elle. Elle est née à Santiago de Cuba le 7 avril 1930, au sein d'une famille fortunée. Elle aurait fort bien pu devenir une jeune fille de la haute société, mais la formation qu'elle a reçue, ses sentiments et sa forte personnalité en firent un leader révolutionnaire. Ses parents étaient généreux, compréhensifs envers leurs enfants, au nombre de six, et suscitaient l'affection et le respect de tous ceux qui, quelle que soit leur appartenance sociale, les connaissaient. À Santiago, Espin était le consul honoraire de France que les émigrés haïtiens pouvaient aller trouver, malgré la discrimination imposée par cette société élitiste. Les enfants ont suivi l'exemple familial d'austérité, de sensibilité humaine et de respect, ignorant toutes les barrières sociales, raciales ou religieuses. Chacun d'entre eux put faire les études supérieures de son choix et choisir aussi ses amis, ses positions politiques, ses activités sociales et culturelles.

Lorsque Vilma fut mère à son tour, elle n'eut aucun mal à créer un foyer présentant les mêmes caractéristiques exemplaires.

Chez les Espin, les études étaient essentielles, et Vilma opta pour les sciences: elle choisit la chimie industrielle et termina ses études d'ingénieur avec d'excellents résultats, le 14 juillet 1954, sans négliger la vie culturelle et sportive de l'Université d'Oriente. Elle appartenait même à la Chorale universitaire. Vilma est l'une des deux premières femmes à devenir ingénieur chimiste industriel à Cuba. Cette même année, elle part pour les États-Unis poursuivre ses études à l'Institut supérieur du Massachusetts, à Boston. À la fin de l'année universitaire, elle demande des instructions à la direction du Mouvement 26 Juillet qui lui fait rejoindre le Mexique pour rencontrer Fidel et transmettre à Cuba ses ordres et ses messages. C'est l'époque où s'organise l'expédition du yacht Granma.

Ainsi s'achève la vie étudiante de Vilma, et ainsi commence son dévouement total à la vie révolutionnaire qui ne lui laisse pas le temps de se consacrer à l'exercice de sa profession d'ingénieur.

Sous les ordres de Frank Pais, elle participe à l'organisation du soulèvement armé de Santiago de Cuba, le 30 novembre. Cette action doit coïncider avec l'arrivée à Cuba, depuis le Mexique, de l'expédition du Granma, sous les ordres du commandant Fidel Castro Ruz. Vilma se distingue par sa sérénité, son courage et sa capacité de déplacement.

En janvier 1957, elle est repérée par l'ennemi qui fouille pour la première fois son domicile, devenu en quelque sorte l'état-major du Mouvement. Vilma avait dirigé une marche de mères en deuil qui protestaient contre les multiples assassinats de la tyrannie et affrontaient face à face la police de Batista, dont certains membres étaient des bourreaux et les assassins impitoyables des prisonniers de la caserne Moncada.

Un épisode de l'histoire de la Révolution cubaine a parcouru le monde, et Vilma s'y trouve présente.

En février 1957, Fidel convoque la direction clandestine du Mouvement 26 Juillet à une réunion dans la Sierra Maestra et rédige un manifeste adressé au peuple de Cuba, l'informant de la création de l'Armée rebelle et de ses objectifs de lutte. C'est aussi à ce moment-là que Fidel se fait interviewer par le journaliste nord-américain Herbert Matthews, pour infliger un démenti à la propagande de Batista qui faisait passer Fidel pour mort. Vilma assiste à la réunion et participe activement à l'exécution des ordres donnés par Fidel à Frank Pais. Plus tard, elle passe totalement à la clandestinité.


Fidel et Vilma dans la Sierra Maestra.

Elle devient membre de la Direction nationale du Mouvement 26 Juillet. Peu de temps avant l'assassinat de Frank Pais, l'indispensable Déborah est nommée coordinatrice du Mouvement dans la province d'Oriente et assume cette charge jusqu'à juin 1958. Sa situation à la tête de missions révolutionnaires clandestines devient insoutenable et il lui faut changer de poste; elle entre alors dans les rangs de l'Armée rebelle et devient la légendaire guérillera du 2e Front oriental Frank Pais, sous les ordres de Raul Castro Ruz.

Déborah, puis Alicia, puis Monica et enfin Mariela est l'efficace combattante chargée, en juillet 1958, de tâches de soutien au commandement et de démarches pour la restitution d'un groupe de Nord-Américains séquestrés. Par la suite, elle s'occupera d'organiser le mouvement clandestin dans les communes situées dans la zone contrôlée par le 2e Front de l'Armée rebelle. Ces régions offraient en effet un soutien logistique indispensable pour mener les combats. Comme pour toutes les tâches qu'elle a assumées dans sa vie, elle s'est acquittée de celle-ci scrupuleusement.

Construire une nouvelle société


Vilma avec une de ses filles et hérine cubaine
Celia Sanchez.

À l'aube du triomphe révolutionnaire, Vilma et Raul se marient. Il y a quarante cinq ans, leur première fille, Déborah, est une des premières à entrer au jardin d'enfants Los compañeritos, au rez-de-chaussée du ministère du Travail. La Fédération des femmes cubaines avait déjà été créée, le 23 août 1960, et Vilma Espin en avait assumé la présidence. La tâche consistant à ouvrir des jardins d'enfants au profit de toute la population lui fut confiée. Avant la victoire, lorsque Deborah portait encore l'uniforme de campagne, un groupe de femmes vint la trouver pour échanger des idées et lui exprimer leur désir de s'organiser et de participer volontairement à la Révolution. Vilma fit part de cette idée à Fidel qui, fort de sa vision du rôle de la femme dans la société et dans l'histoire, comprend immédiatement l'importance d'un mouvement social qui regrouperait la moitié de la population cubaine.

En 1959, Vilma crée le Comité préparatoire du 1er Congrès latino-américain pour les droits de la femme et de l'enfant, organisé par la Fédération démocratique internationale des femmes. Le congrès a lieu à Santiago du Chili. Il jette les bases de l'unification de toutes les organisations de femmes révolutionnaires alors existantes.

Mais le travail ne s'arrête pas pour autant à Cuba. Vilma sait diriger et s'entoure donc de cadres qui sauront porter l'organisation cubaine jusqu'au recoin le plus perdu de l'île et y regrouper des femmes qui n'avaient jamais pu participer à la vie sociale et politique du pays et souhaitaient vivement le faire.

Le 23 août 1960, après un intense travail préparatoire mené dans tout le territoire national, aussi bien dans les zones rurales que dans les montagnes et les zones marécageuses, la Fédération des femmes cubaines se constitue officiellement. En quinze mois de travail acharné, l'organisation naissante avait rassemblé les femmes et les avait mobilisées pour construire écoles et hôpitaux, recueillir les enfants qui erraient dans les rues au triomphe de la Révolution, améliorer les conditions de vie dans les quartiers défavorisés: bref, prendre en charge de nombreuses tâches sociales.

Vilma est élue présidente de la FMC lors de l'assemblée de fondation. Elle a été confirmée à ce poste à chacun des congrès de l'organisation, du premier qui s'est tenu en 1962 au septième, en l'an 2000.

L'histoire de la FMC constitue une part importante de l'histoire personnelle de Vilma. Jamais elle n'a pu exercer sa profession d'ingénieur, mais elle est consultée pour tous les programmes à caractère technique ou économique. Pourtant, il ne fait pas de doute que sa tâche principale est politique et sociale, au sens le plus large de ces termes.

La nouvelle organisation se propose en tout premier lieu d'élever la préparation scolaire, idéologique et culturelle des femmes. Des paysannes de la Sierra Maestra et d'autres parages isolés arrivent à La Havane pour suivre des cours de coupe et couture. Elles auront désormais une machine à coudre! La joie régnait à la réunion organisée à la Cité des sports, mais ce n'était que le premier pas d'un long cheminement qui permettrait à des milliers de paysannes d'accéder à une vie différente, caractérisée par la pleine participation à l'économie du pays.

Les femmes se voient ensuite offrir des formations qui les initient à la participation sociale, hors les murs du foyer. Elles découvrent alors un nouvel univers. Vilma est une des plus enthousiastes collaboratrices de Fidel dans la lutte pour la diffusion des connaissances et de la culture qui commençait, bien entendu, par l'alphabétisation. Elle entre à la Commission nationale d'alphabétisation et situe la nouvelle organisation de masses au centre de la bataille colossale livrée par tout le peuple. Le premier objectif ayant été atteint, d'autres lui succèdent, comme le suivi des études, jusqu'à la fin du primaire puis du premier cycle du secondaire, et les formations pour adultes, qui attirent avant tout les femmes. La tâche de Vilma n'a rien de passif. Elle ne peut pas rester assise à un bureau après avoir passé des mois à conduire un véhicule en pleine guerre dans toute la province d'Oriente, au risque de sa vie, ou parcouru sans relâche les rues de Santiago pour s'acquitter de ses missions de membre de la Direction nationale du M-26-7. Là encore, après la victoire, elle sillonne tout le pays, participe aux mobilisations avec les délégations de base, s'occupe des femmes qui ont fait partie de l'Armée rebelle et des jeunes femmes qui se proposent d'entrer dans les rangs de la Défense.

Vilma accorde la plus haute importance à la préparation militaire des femmes et met tout en oeuvre pour qu'elles entrent aux Forces armées révolutionnaires en professionnelles. Sur ce front, aucune tâche ne pourrait être plus complexe que celles dont elle se chargea au risque de sa vie sous la tyrannie brutale de Fulgencio Batista, serviteur inconditionnel de l'impérialisme yankee.

L'internationalisme, pierre angulaire de l'union des femmes du monde entier en faveur des causes révolutionnaires, n'est pas moins crucial à ses yeux. Il trouve en Vilma sa principale partisane. La guerre révolutionnaire du Sud-Vietnam pour sa libération et la résistance héroïque de la République démocratique du Vietnam en défense de sa souveraineté, face à l'agression yankee, trouvent en Vilma une collaboratrice efficace, de même que tous les mouvements féminins d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. En effet, elle crée l'école de cadres Fe del Valle, devenue le Centre de formation de cadres de la FMC.

Sa lutte pour l'égalité des sexes débute dès le triomphe de la Révolution. Elle mène une imposante bataille idéologique dans tout le pays pour éliminer les conceptions rétrogrades héritées du passé sur la répartition des fonctions entre hommes et femmes, avec ce que cela implique de préjugés, d'erreurs et d'injustices, de stéréotypes et de tabous. Elle contribue ainsi largement au respect des principes révolutionnaires qui condamnent toute forme de discrimination, qu'elle soit sociale, raciale, ethnique, sexiste ou religieuse ou qu'elle concerne l'orientation sexuelle de l'individu. Il s'agit d'éliminer toute forme d'inégalité.

L'énumération, même rapide, des immenses qualités de la révolutionnaire qui vient de mourir nous fera prendre conscience de la perte que nous venons de subir. Toutefois, la connaissance de sa pensée et de son action nous accompagnera et nous servira d'exemple.


Fidel et Vilma à une session de l'Assemblée nationale cubaine, 13 septembre 1999.

Vilma a participé personnellement à des organisations et à des programmes nationaux et internationaux innombrables, et toujours pour les enrichir, tout au long de la Révolution.

Efficace et imaginative au sein d'une organisation révolutionnaire clandestine, elle le fut aussi dans une organisation législative. Il ne s'agit pas ici d'énumérer ses titres, quelle que soit leur importance. Ce qui compte, c'est le travail qu'elle a pu réaliser à chaque poste assumé: députée à l'Assemblée nationale, membre du Conseil d'État, instance suprême du gouvernement du pays, membre du Comité central du Parti communiste de Cuba dont elle est fondatrice, membre suppléant du Bureau politique au 2e Congrès (1980), puis membre effectif du Bureau politique dès le troisième Congrès, une responsabilité dont elle s'acquitta jusqu'en 1991.

Et il faudrait encore un chapitre spécialement consacré à ses missions diplomatiques: elle a conduit des délégations cubaines sur tous les continents, en toutes circonstances.

En famille

Comme on l'a dit plus haut, Vilma et Raul Castro Ruz, alors commandant et chef du 2e Front oriental Frank Pais, devenu ministre des Forces armées révolutionnaires dès octobre 1959, se marient et fondent une famille qui compte aujourd'hui quatre enfants et huit petits-enfants. Vilma a toujours cru dans la force de l'exemple pour l'éducation et la formation des enfants, et elle a su appliquer ce principe de manière exemplaire à sa propre famille. Pour ses enfants elle a été à la fois mère, amie et compagne. Ses enfants et petits-enfants l'ont aimée et l'aiment, l'admirent et l'admireront toujours plus, parce qu'elle a su harmoniser des sentiments d'humanisme et de justice avec la force de caractère et l'intransigeance révolutionnaire, en défense de toutes les décisions importantes, des principes et de l'oeuvre de la Révolution, aussi bien dans les missions capitales que dans le quotidien.

Vilma Espin Guillois fut une femme exceptionnelle, représentant les valeurs humaines les plus élevées et le dévouement à la patrie et à la Révolution qu'elle a vécue dès ses premiers jours, sous la conduite de Fidel, mais aussi à sa famille et à tout notre peuple, avec la générosité qui distingue les hommes et les femmes d'exception.

Vilma a construit, pour toujours, les fondations de la nouvelle société.

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Le peuple cubain exprime son profond amour social

 
Le président par intérim de Cuba Raúl Castro rend hommage à sa compagne de lutte et de vie Vilma Espín Guillois.
Gauche: Raúl et des membres de la famille assistent à la cérémonie au monument de José Martí le 19 juin 2007.
Droite: Dépôt des centres, 22 juin 2007.

Le président par intérim de Cuba Raúl Castro rend hommage à sa compagne de lutte et de vie Vilma Espín Guillois. Gauche: Raúl et des membres de la famille assistent à la cérémonie au monument de José Martí le 19 juin 2007. Droite: Dépôt des centres, 22 juin 2007.

Mardi le 19 juin était jour de deuil à Cuba en hommage à Vilma Espín Guillois, combattante de la guérilla et une des dirigeantes de la révolution cubaine depuis ses débuts jusqu'à la fin de sa vie, pour exprimer le profond amour social du peuple cubain, à elle et à l'oeuvre de sa vie pour jeter les fondements et bâtir la nouvelle société cubaine.

Les drapeaux étaient en berne partout au pays pendant que des milliers de personnes faisaient la queue sous le soleil sur la Place de la Révolution pour rendre leurs derniers hommages à Vilma dans le cadre d'une cérémonie publique au monument José Martí. À la cérémonie, le président par intérim Raúl Castro a déposé une rose rouge devant un portrait de son épouse et a reçu les condoléances des dignitaires du Parti communiste et des représentants de l'État

«Son nom sera éternellement lié aux plus grandes victoires des femmes de Cuba dans la révolution et aux plus grandes luttes pour l'émancipation de la femme dans notre pays et dans le monde», lit-on dans une déclaration officielle du gouvernement.

Beaucoup des participants étaient des femmes venues rendre hommage à Vilma pour ses efforts pour promouvoir l'égalité des sexes à Cuba.

 
Des milliers de personnes vont rendre hommage à Vilma, Place de la Révolution, La Havane, 19 juin 2007.

Une jeune cubaine venue rendre hommage à Vilma a dit qu'il ne reste plus beaucoup de Cubains qui ont combattu dans la révolution, ajoutant: «Les jeunes devront les remplacer.»

Raúl Castro, ses enfants et plusieurs hauts dirigeants se sont rassemblés à nouveau mardi soir au Théâtre Karl-Marx à La Havane, où ils ont loué entre autres ses efforts d'immunisation dans les campagnes, les programmes de formation pour femmes et les centres préscolaires pour les mères au travail.

Depuis son décès les hommages arrivent de partout dans le monde et les ambassades cubaines en reçoivent également.

À Lima, au Pérou, une commission du Parlement latino-américain (PARLATINO) lui a rendu hommage. Des délégués de la Commission pour la sécurité des peuples lui ont réservé une ovation après que le parlementaire cubain Jose Luis Toledo ait dit un mot à son sujet. Il a expliqué ses grandes contributions en disant qu'à Cuba, les femmes représentent 66% des professionnels, 75% des étudiants de droit, 63% des jeunes, 71% des avocats et 33% des parlementaires.

   
Gauche: Ovation à la mémoire de Vilma. Droite: Raúl Castro.

Le vendredi 22 juin, les cendres de Vilma ont été déposées au cimetière avec les honneurs militaires.

Selon ses voeux, ses centres ont été déposées à la Mausolée du Deuxième Front Oriental Frank-Pais dans la Sierra Maestra aux côtés d'autres combattants rebelles, ses camarades d'armes des années 1950 durant la lutte dans les montagnes pour chasser le gouvernement fantoche de Fulgencio Batista.

 

 

Raúl a donné l'urne à une jeune soldate en uniforme blanc de la garde d'honneur. Cinq grandes couronnes au nom du président Fidel Castro, de Raúl Castro, sa famille, du peuple cubain, des femmes cubaines et des combattants de l'Armée rebelle ont été placées autour de la garde d'honneur.

On a joué l'hymne national cubain et les carabiniers ont tiré une salve à trois fusils. On a jouté de vieux enregistrements de Vilma chantant à ses quatre enfants et un message à son mari: «Je ne saurais vivre sans toi.»

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