Le Marxiste-Léniniste

Numéro 68 - 29 août 2007

Stelco vendue au plus offrant le Canada aux enchères

La nécessité d'une alternative

La frénésie des soumissions de dernière instance pour l'achat de Stelco, la dernière grande aciérie de propriété canadienne, est l'image vivante de la mise aux enchères du Canada. Le slogan néolibéral «Le Canada est ouvert aux affaires» a fait place à «Le Canada est à vendre au plus offrant». À peine une semaine après la rencontre des pouvoirs exécutifs des États-Unis, du Mexique et du Canada à Montebello, dans le cadre du Sommet du Partenariat pour la sécurité et la prospérité, il n'est pas surprenant que US Steel (USX) accapare Stelco. La vague actuelle d'acquisitions étrangères et les plans d'annexion politique grugent rapidement le fondement économique du Canada.

La bataille finale dans la guerre des soumissions entre USX, un monopole russe de l'acier et plusieurs aciéries européennes a donné lieu à un combat d'arrière-garde de l'élite dominante américaine pour bloquer et arrêter les percées des monopoles européens et autres dans «sa» périphérie, le Canada, et dans ce que les États-Unis considèrent comme l'industrie nord-américaine de l'acier.

L'acier et le pétrole sont les deux grands piliers matériels de la guerre impérialiste mais aussi de l'économie socialisée moderne. L'industrie américaine de l'acier a été grandement affaiblie par la récession et l'acquisition de ISG et d'autres aciéries américaines et canadiennes par ArcelorMittal et d'autres sociétés étrangères. Les métallos américains ont été particulièrement touchés par la restructuration et la disparition du contrat social de l'après-Deuxième Guerre mondiale.

Les États-Unis semblent avoir décidé, pour des raisons stratégiques, qu'ils ne vont plus tolérer de relâchement de leur contrôle de l'industrie de l'acier chez-eux et dans ce qu'ils considèrent comme leur périphérie. La décision des tribunaux américains d'obliger ArcelorMittal à vendre une de ses nouvelles usines américaines et l'acquisition de Stelco par USX seraient la ligne de démarcation tracée dans le sable.

Mais où cela place-t-il le Canada? L'industrie canadienne du pétrole et du gaz naturel est entièrement dominée par les monopoles étrangers, principalement américains, et maintenant c'est au tour de l'industrie de l'acier de passer au contrôle étranger. Dofasco, Algoma, Ivaco, Ipsco, Harris, Co Op Steel et maintenant Stelco, elles sont toutes passées à la propriété et au contrôle étrangers. Les deux principaux piliers d'une économie socialisée moderne sont sous propriété étrangère, complètement soustraits aux décisions et au contrôle des Canadiens. Comment ces derniers peuvent-ils bâtir une nation sans aucun contrôle de leurs industries de base et sans le pouvoir de décider de l'investissement des revenus non répartis ou de garder les réclamations des propriétaires des avoirs et de la dette à l'intérieur de l'économie canadienne? C'est de se soumettre à un statut colonial et à l'affaiblissement progressif de l'économie que de minimiser l'importance du retrait automatique de l'économie des réclamations par la propriété étrangère. Les réclamations des propriétaires du capital à l'ensemble de l'industrie canadienne de l'acier, maintenant à titre de droit de propriété, s'envolent à l'étranger. La perte est énorme pour l'économie et c'est sans compter les réclamations des propriétaires étrangers de la dette.

Les propriétaires canadiens des avoirs ou de la dette peuvent aussi retirer leurs réclamations de l'économie pour des fins personnelles ou pour investir ailleurs, mais dans le cas de la propriété étrangère le retrait de l'économie devient la norme, le résultat escompté. C'est une forme de tribut versé à un empire étranger. C'est en réclamant un tribut aux autres que les grandes puissances maintiennent leurs puissants empires et dominent le monde. Le retrait de l'économie d'une partie du produit social est un facteur important de l'affaiblissement de l'économie canadienne. Plutôt que de compenser la perte en dérobant d'autres pays de leur produit social par l'investissement étranger, il faut d'abord restreindre le retrait d'argent du Canada et de son économie, arrêter ces acquisitions étrangères et commencer à bâtir une économie qui suffit à ses besoins et qui est contrôlée et possédée par les vrais producteurs. Il ne s'agit pas de choisir entre la propriété étrangère et la perte de production, qui mène à l'insécurité économique, mais de bâtir une économie auto-suffisante possédée et contrôlée par les Canadiens, surtout dans les industries de base comme le pétrole et l'acier. Il a fallu environ 140 millions $ de la part des trois groupes de spéculateurs financiers pour sortir Stelco de la protection de faillite, et même cette somme a sans doute été empruntée. Pour les fonds de pensions canadiens, qui gèrent l'argent des travailleurs, 140 millions $ n'est qu'une fraction du capital qu'ils détiennent. À eux-seuls, c'est-à-dire sans compter les fonds publics gouvernementaux, ils détiennent suffisamment de valeur accumulée pour acheter l'ensemble de l'industrie canadienne de l'acier, y investir dans la croissance, voir au développement des régions et remettre dans les caisses de retraite et maintenir dans l'économie canadienne les réclamations sur capital. Il n'y a rien qui justifie cette braderie et cette exploitation criminelle. Celles-ci sont possibles uniquement à cause de l'annexion et de l'engagement du Canada dans le système mondial d'empires. Le capital monopoliste domine le pays sur les plans économique et politique; c'est lui qui décide des règles et c'est ce qui est à l'origine du problème.

Même sans cette perte de propriété, l'industrie canadienne de l'acier est faible par rapport aux besoins de l'économie canadienne, répondant à moins de la moitié de la demande intérieure. Que se passera-t-il si l'économie américaine connaît une récession, ce que beaucoup prédisent? Les propriétaires étrangers vont-ils paniquer, fermer leurs usines au Canada et se replier sur les usines qu'ils possèdent chez-eux? Selon les règles de propriété en vigueur, ils n'auront pas besoin de demander de permission aux Canadiens. Alors comment ces derniers peuvent-ils soutenir leur économie socialisée sans même une propriété nominale de leurs industries de base? Ne vous y méprenez pas, les décisions concernant le ré-investissement des revenus non répartis ou des emprunts peuvent décider du sort d'une usine. On n'a qu'à regarder comment Hamilton Steel a été progressivement détruite par manque d'investissement. US Steel possède dix-sept autres hauts fourneaux répartis dans le monde et ne décidera pas d'investir dans Hamilton Steel ou Lake Erie Steel par souci pour la communauté ou par sentiment de responsabilité sociale.

Quelle est la conséquence de cette braderie de l'industrie de l'acier et d'autres industries de base pour ce qui est du besoin d'une économie qui suffit à ses besoins et du besoin de contrôle de nos affaires économiques et politiques? Tout le monde sait que les monopoles détestent la réglementation de leurs activités. Alors les citoyens se retrouvent face à des monopoles étrangers qui financent des partis politiques pour faire valoir leurs intérêts et des gouvernements qui les servent. L'arrivée de USX à Hamilton aggrave ce problème. La lutte pour restreindre le droit de monopole dans tous les aspects de la vie moderne, comme la pollution, l'investissement dans les programmes sociaux, la garantie de sécurité et de stabilité économiques et des questions spécifiques comme la vente et les prix du gros, fait face à des défis encore plus imposants.

La vente de Stelco et des autres industries de base n'a rien de réjouissant. Contrairement à ce que certains prétendent, cela n'apporte pas une plus grande stabilité et sécurité économique. Ce n'est pas un contrat social à long terme en vertu duquel les métallos ont véritablement leur mot à dire et un contrôle, c'est seulement une tout petite pièce dans le plan d'affaires du monopole étranger et une pièce encore plus petite dans les plans d'empire de l'impérialisme américain. Les promesses de prospérité aujourd'hui peuvent vite se transformer en annonces de restructuration et de fermetures et en demandes de concessions. Il faut regarder la réalité bien en face et ne pas oublier les leçons apprises depuis 1946 dans la défense des droits des métallos. Les promesses d'investir dans Hamilton Steel de la part d'un monopole américain obsédé par le profit et qui voit le Canada comme une simple source périphérique de matières premières peuvent vite s'avérer creuses. Le plus important pour la classe ouvrière est ne de pas se laisser désorienter par les masse-médias, qui ont immédiatement déclaré à l'unanimité que la vente de Stelco était une bonne transaction sauf pour quelques réserves mineures. N'oublions pas que USX est ce monopole qui a récemment restructuré ses opérations et qui considère ses employés comme un coût de production et les réclamations des travailleurs retraités comme un lourd fardeau dont il faille se débarrasser au nom de la prospérité. USX a la responsabilité de 88 000 métallos à la retraite, aux États-Unis pour la plupart, et avec Stelco ce nombre passe maintenant à près de 90 000. La perspective antisociale et antiouvrière des propriétaires de USX n'a pas changé avec cette transaction et les métallos devront en être bien conscients. À cause du prix élevé de l'acier non fini en ce moment, plusieurs monopoles de l'acier en Amérique du Nord et du Sud annoncent la construction de nouvelles usines ou l'augmentation de la capacité de production des usines existantes. L'industrie de l'acier peut vite se retrouver avec un engorgement des marchés et une baisse des prix, surtout pour la brame. Tant que les propriétaires du capital contrôlent l'industrie, la récession va revenir périodiquement dans le cycle d'affaires, avec des conséquences toujours plus graves pour les travailleurs.

La lutte pour les réclamations légitimes des métallos à la retraite n'a pas été gagnée et ne le sera pas tant que la société ne reconnaîtra pas dans sa constitution et dans des arrangements concrets sa responsabilité de garantir la sécurité économique de ses citoyens de la naissance à la mort. Cette garantie requiert le pouvoir politique de la classe ouvrière. La vente de Stelco rappelle entre autres aux travailleurs qu'en ce moment ils n'ont pas de pouvoir politique. Leur «place» dans la société est d'être vendus avec la compagnie. Ils sont «libres» de dire qu'ils n'aiment pas cela, mais au bout du compte ils ne doivent se résoudre à admettre qu'ils n'ont pas le pouvoir d'influencer la situation avec les arrangements actuels.

Les travailleurs ont déjà montré qu'ils n'accepteront pas cette limitation de leur être social. Ce sont eux qui se diront quoi penser et quoi dire, pas la compagnie, les gouvernements, les masse-médias ou d'autres représentants d'intérêts étrangers à leur classe. Par l'expérience amère de la fraude de faillite de Stelco, ils ont appris à déterminer eux-mêmes que leur sécurité dépend de leur lutte pour défendre leurs intérêts et que ces intérêts dépendent d'une économie canadienne indépendante. Cette vente de Stelco à USX le rendra encore plus clair.

Vol légalisé

La vente de Stelco à 38,50$ l'action et la prise en charge de la majeure partie de sa dette et de ses autres obligations sont la boucle qui vient conclure l'escroquerie de la fraude menée aux termes de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies. Les trois groupes de capitalistes financiers qui se sont emparés de Stelco et le PDG qu'ils ont nommé, l'Américain Rodney Mott, ont réussi leur coup. Le prix des actions est passé de 5,50$ à 38,50$ en un peu plus d'un an. Ces fins joueurs ont payé 140 millions $ pour un capital-action qui vaut maintenant environ 1,1 milliards $. Telle est l'ampleur du vol du produit social par une petite minorité de riches. En plus, la firme Brookfield et d'autres ont reçu leurs paiements pour frais et intérêts relatifs à la dette d'un milliard de dollars et s'en tirent avec le principal tout payé ou reporté dans une nouvelle dette. L'ensemble de la classe ouvrière canadienne est dégoûtée par ces pratiques. La demande d'une enquête publique, du remboursement des avoirs acquis illégitimement et que les coupables soient traduits en justice gagnera du terrain. L'opposition du local 1005 des Métallos a empêché ces propriétaires du capital monopoliste de s'en tirer comme ils voulaient avec la fraude de faillite et l'euphorie que cherchent à créer les masse-médias concernant la vente de Stelco. La classe ouvrière doit voir à ce que tous ceux qui ont trampé dans la fraude de faillite depuis 2004 soient traduits en justice.

La résistance des métallos du Local 1005 continue d'indiquer la voie vers l'avant. Ils n'ont pas capitulé devant les demandes de concessions et ont exposé l'activité frauduleuse et criminelle des propriétaires du capital et de ceux qui ont contrôlé le processus de faillite. S'appuyant sur l'expérience directe de la résistance, les métallos actifs et à la retraite seront vigilants et ne permettront pas que la promesse de respecter l'entente sur le financement intégral des quatres régimes de retraite et d'investir 100 millions $ dans Hamilton Steel soit rompue. Ils vont faire valoir la nécessité de formuler une alternative aux fraudes de faillites comme celle de Stelco et aux problèmes et à la braderie de l'industrie de l'acier et d'autres industries canadiennes de base.

Une alternative est nécessaire

Les métallos actifs et à la retraite ont réclamé une autre solution aux problèmes et à la braderie de l'industrie canadienne de l'acier et continuent d'élever la voix en faveur d'une alternative qui sert le bien public plutôt que l'intérêt étroit d'une petite minorité de riches. La vente finale de Stelco au capital monopoliste étranger conclut la vente aux enchères de l'ensemble de l'industrie canadienne de l'acier. Elle met davantage en lumière que ni la classe ouvrière qui produit toute la richesse ni le peuple à qui elle appartient n'ont voix au chapitre ou de contrôle sur les affaires économiques et politiques du Canada. Les tractations se font en coulisses par un petit groupe élitiste avec la complicité des gouvernements à leur service. C'est cette réalité que les travailleurs doivent changer, et la transformation de cette réalité commence par l'établissement de leur pouvoir politique et de leur propriété et contrôle de l'économie socialisée. Les problèmes de la vie moderne, comme l'insécurité économique, la pollution, la guerre, les droits humains et les conditions de travail, ne peuvent être résolus en faveur du peuple sans que la classe ouvrière n'établisse son pouvoir et son contrôle des affaires politiques et économiques. La fraude de faillite de Stelco aurait dû être arrêtée dès le départ, mais cela n'a pas été possible parce que le pouvoir politique n'est pas entre les mains des travailleurs. Cette vente aux enchères de l'acier, du pétrole, du nickel, du cuivre, de l'aluminium, de l'eau et des forêts du Canada doit cesser. Durant la période qui vient il faut régler la question d'à qui appartient l'économie et qui décide de ce qui est produit et de comment le produit social est distribué. C'est à ce problème que commencent à s'attaquer les métallos actifs et à la retraite et d'autres sections de la classe ouvrière.

Le PCC(M-L) dénonce la vente à l'étranger de la dernière aciérie canadienne. C'est le moment de réfléchir aux besoins des générations présente et futures et aux moyens d'y répondre. C'est le temps de rappeler l'expérience directe du Local 1005 des Métallos dans l'opposition à la fraude de faillite de Stelco et la résistance aux demandes de concessions et les nombreuses fois que les métallos ont su garder la tête froide parce qu'ils ont leur perspective de classe et ne sont pas désorientés par les masse-médias et certaines personnes qui ont intérêt à les mener dans des voies sans issue. La classe ouvrière doit encore une fois ramener l'expérience du passé pour guider l'action qui ouvre la voie au progrès de la société.

Il y a nécessité que les travailleurs fassent valoir leur propre projet national en opposition aux plans de destruction nationale des propriétaires du capital monopoliste et de leurs représentants politiques. Seule la classe ouvrière peut organiser cette alternative basée sur la nécessité de changement. C'est le désir de se bâtir un avenir qui pousse les travailleurs à apporter les solutions exigées par les développements actuels. Le PCC(M-L) est convaincu que la classe ouvrière canadienne discutera sérieusement de l'avenir de ce pays appelé le Canada.

Luttons pour la dignité du travail! À qui appartient l'économie!
À nous! À qui de décider? À nous de décider!
Arrêtez de payer les riches! Augmentez les investissements dans les programmes sociaux! Annexion Non! Souveraineté Oui!

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