La nécessité d'une alternative
- Position du Parti communiste du Canada
(marxiste-léniniste) –
28 août 2007
La frénésie des soumissions de
dernière instance pour l'achat de Stelco, la dernière
grande aciérie de propriété canadienne, est
l'image vivante de la mise aux enchères du Canada. Le slogan
néolibéral «Le Canada est ouvert aux
affaires» a fait place à «Le Canada est à
vendre au plus offrant». À peine une semaine après
la rencontre des
pouvoirs exécutifs des États-Unis, du Mexique et du
Canada à Montebello, dans le cadre du Sommet du Partenariat pour
la sécurité et la prospérité, il n'est pas
surprenant que US Steel (USX) accapare Stelco. La vague actuelle
d'acquisitions étrangères et les plans d'annexion
politique grugent rapidement le fondement économique du Canada.
La bataille finale dans la guerre des soumissions entre
USX, un monopole russe de l'acier et plusieurs aciéries
européennes a donné lieu à un combat
d'arrière-garde de l'élite dominante américaine
pour bloquer et arrêter les percées des monopoles
européens et autres dans «sa»
périphérie, le Canada, et dans ce que les
États-Unis
considèrent comme l'industrie nord-américaine de l'acier.
L'acier et le pétrole sont les deux grands
piliers matériels de la guerre impérialiste mais aussi de
l'économie socialisée moderne. L'industrie
américaine de l'acier a été grandement affaiblie
par la récession et l'acquisition de ISG et d'autres
aciéries américaines et canadiennes par ArcelorMittal et
d'autres sociétés étrangères. Les
métallos américains ont été
particulièrement touchés par la restructuration et la
disparition du contrat social de l'après-Deuxième Guerre
mondiale.
Les États-Unis semblent avoir
décidé, pour des raisons stratégiques, qu'ils ne
vont plus tolérer de relâchement de leur contrôle de
l'industrie de l'acier chez-eux et dans ce qu'ils considèrent
comme leur périphérie. La décision des tribunaux
américains d'obliger ArcelorMittal à vendre une de ses
nouvelles usines américaines et
l'acquisition de Stelco par USX seraient la ligne de démarcation
tracée dans le sable.
Mais où cela place-t-il le Canada? L'industrie
canadienne du pétrole et du gaz naturel est entièrement
dominée par les monopoles étrangers, principalement
américains, et maintenant c'est au tour de l'industrie de
l'acier de passer au contrôle étranger. Dofasco, Algoma,
Ivaco, Ipsco, Harris, Co Op Steel et maintenant Stelco, elles sont
toutes passées à la propriété et au
contrôle étrangers. Les deux principaux piliers d'une
économie socialisée moderne sont sous
propriété étrangère, complètement
soustraits aux décisions et au contrôle des Canadiens.
Comment ces derniers peuvent-ils bâtir une nation sans aucun
contrôle de leurs industries de base et sans le pouvoir de
décider de
l'investissement des revenus non répartis ou de garder les
réclamations des propriétaires des avoirs et de la dette
à l'intérieur de l'économie canadienne? C'est de
se soumettre à un statut colonial et à l'affaiblissement
progressif de l'économie que de minimiser l'importance du
retrait automatique de l'économie des réclamations par la
propriété
étrangère. Les réclamations des
propriétaires du capital à l'ensemble de l'industrie
canadienne de l'acier, maintenant à titre de droit de
propriété, s'envolent à l'étranger. La
perte est énorme pour l'économie et c'est sans compter
les réclamations des propriétaires étrangers de la
dette.
Les propriétaires canadiens des avoirs ou de la
dette peuvent aussi retirer leurs réclamations de
l'économie pour des fins personnelles ou pour investir ailleurs,
mais dans le cas de la propriété étrangère
le retrait de l'économie devient la norme, le résultat
escompté. C'est une forme de tribut versé à un
empire étranger. C'est en
réclamant un tribut aux autres que les grandes puissances
maintiennent leurs puissants empires et dominent le monde. Le retrait
de l'économie d'une partie du produit social est un facteur
important de l'affaiblissement de l'économie canadienne.
Plutôt que de compenser la perte en dérobant d'autres pays
de leur produit social par l'investissement
étranger, il faut d'abord restreindre le retrait d'argent du
Canada et de son économie, arrêter ces acquisitions
étrangères et commencer à bâtir une
économie qui suffit à ses besoins et qui est
contrôlée et possédée par les vrais
producteurs. Il ne s'agit pas de choisir entre la
propriété étrangère et la perte de
production, qui mène à l'insécurité
économique, mais de bâtir une économie
auto-suffisante possédée et contrôlée par
les Canadiens, surtout dans les industries de base comme le
pétrole et l'acier. Il a fallu environ 140 millions $ de la part
des trois groupes de spéculateurs financiers pour sortir Stelco
de la protection de faillite, et même cette somme a sans doute
été empruntée. Pour
les fonds de pensions canadiens, qui gèrent l'argent des
travailleurs, 140 millions $ n'est qu'une fraction du capital qu'ils
détiennent. À eux-seuls, c'est-à-dire sans compter
les fonds publics gouvernementaux, ils détiennent suffisamment
de valeur accumulée pour acheter l'ensemble de l'industrie
canadienne de l'acier, y investir dans la croissance,
voir au développement des régions et remettre dans les
caisses de retraite et maintenir dans l'économie canadienne les
réclamations sur capital. Il n'y a rien qui justifie cette
braderie et cette exploitation criminelle. Celles-ci sont possibles
uniquement à cause de l'annexion et de l'engagement du Canada
dans le système mondial d'empires. Le capital
monopoliste domine le pays sur les plans économique et
politique; c'est lui qui décide des règles et c'est ce
qui est à l'origine du problème.
Même sans cette perte de propriété,
l'industrie canadienne de l'acier est faible par rapport aux besoins de
l'économie canadienne, répondant à moins de la
moitié de la demande intérieure. Que se passera-t-il si
l'économie américaine connaît une récession,
ce que beaucoup prédisent? Les propriétaires
étrangers vont-ils paniquer, fermer
leurs usines au Canada et se replier sur les usines qu'ils
possèdent chez-eux? Selon les règles de
propriété en vigueur, ils n'auront pas besoin de demander
de permission aux Canadiens. Alors comment ces derniers peuvent-ils
soutenir leur économie socialisée sans même une
propriété nominale de leurs industries de base? Ne vous y
méprenez pas,
les décisions concernant le ré-investissement des revenus
non répartis ou des emprunts peuvent décider du sort
d'une usine. On n'a qu'à regarder comment Hamilton Steel a
été progressivement détruite par manque
d'investissement. US Steel possède dix-sept autres hauts
fourneaux répartis dans le monde et ne décidera pas
d'investir dans Hamilton
Steel ou Lake Erie Steel par souci pour la communauté ou par
sentiment de responsabilité sociale.
Quelle est la conséquence de cette braderie de
l'industrie de l'acier et d'autres industries de base pour ce qui est
du besoin d'une économie qui suffit à ses besoins et du
besoin de contrôle de nos affaires économiques et
politiques? Tout le monde sait que les monopoles détestent la
réglementation de leurs activités. Alors les citoyens
se retrouvent face à des monopoles étrangers qui
financent des partis politiques pour faire valoir leurs
intérêts et des gouvernements qui les servent.
L'arrivée de USX à Hamilton aggrave ce problème.
La lutte pour restreindre le droit de monopole dans tous les aspects de
la vie moderne, comme la pollution, l'investissement dans les
programmes
sociaux, la garantie de sécurité et de stabilité
économiques et des questions spécifiques comme la vente
et les prix du gros, fait face à des défis encore plus
imposants.
La vente de Stelco et des autres industries de base n'a
rien de réjouissant. Contrairement à ce que certains
prétendent, cela n'apporte pas une plus grande stabilité
et sécurité économique. Ce n'est pas un contrat
social à long terme en vertu duquel les métallos ont
véritablement leur mot à dire et un contrôle, c'est
seulement une tout
petite pièce dans le plan d'affaires du monopole étranger
et une pièce encore plus petite dans les plans d'empire de
l'impérialisme américain. Les promesses de
prospérité aujourd'hui peuvent vite se transformer en
annonces de restructuration et de fermetures et en demandes de
concessions. Il faut regarder la réalité bien en face et
ne pas oublier les
leçons apprises depuis 1946 dans la défense des droits
des métallos. Les promesses d'investir dans Hamilton Steel de la
part d'un monopole américain obsédé par le profit
et qui voit le Canada comme une simple source
périphérique de matières premières peuvent
vite s'avérer creuses. Le plus important pour la classe
ouvrière est ne de pas se laisser
désorienter par les masse-médias, qui ont
immédiatement déclaré à l'unanimité
que la vente de Stelco était une bonne transaction sauf pour
quelques réserves mineures. N'oublions pas que USX est ce
monopole qui a récemment restructuré ses
opérations et qui considère ses employés comme un
coût de production et les réclamations des travailleurs
retraités comme un lourd fardeau dont il faille se
débarrasser au nom de la prospérité. USX a la
responsabilité de 88 000 métallos à la retraite,
aux États-Unis pour la plupart, et avec Stelco ce nombre passe
maintenant à près de 90 000. La perspective antisociale
et antiouvrière des propriétaires de USX n'a pas
changé avec cette transaction et les
métallos devront en être bien conscients. À cause
du prix élevé de l'acier non fini en ce moment, plusieurs
monopoles de l'acier en Amérique du Nord et du Sud annoncent la
construction de nouvelles usines ou l'augmentation de la
capacité de production des usines existantes. L'industrie de
l'acier peut vite se retrouver avec un engorgement des
marchés et une baisse des prix, surtout pour la brame. Tant que
les propriétaires du capital contrôlent l'industrie, la
récession va revenir périodiquement dans le cycle
d'affaires, avec des conséquences toujours plus graves pour les
travailleurs.
La lutte pour les réclamations légitimes
des métallos à la retraite n'a pas été
gagnée et ne le sera pas tant que la société ne
reconnaîtra pas dans sa constitution et dans des arrangements
concrets sa responsabilité de garantir la sécurité
économique de ses citoyens de la naissance à la mort.
Cette garantie requiert le pouvoir politique de
la classe ouvrière. La vente de Stelco rappelle entre autres aux
travailleurs qu'en ce moment ils n'ont pas de pouvoir politique. Leur
«place» dans la société est d'être
vendus avec la compagnie. Ils sont «libres» de dire qu'ils
n'aiment pas cela, mais au bout du compte ils ne doivent se
résoudre à admettre qu'ils n'ont pas le pouvoir
d'influencer la
situation avec les arrangements actuels.
Les travailleurs ont déjà montré
qu'ils n'accepteront pas cette limitation de leur être social. Ce
sont eux qui se diront quoi penser et quoi dire, pas la compagnie, les
gouvernements, les masse-médias ou d'autres représentants
d'intérêts étrangers à leur classe. Par
l'expérience amère de la fraude de faillite de Stelco,
ils ont appris à
déterminer eux-mêmes que leur sécurité
dépend de leur lutte pour défendre leurs
intérêts et que ces intérêts dépendent
d'une économie canadienne indépendante. Cette vente de
Stelco à USX le rendra encore plus clair.
Vol légalisé
La vente de Stelco à 38,50$ l'action et la prise
en charge de la majeure partie de sa dette et de ses autres obligations
sont la boucle qui vient conclure l'escroquerie de la fraude
menée aux termes de la Loi sur les arrangements avec les
créanciers des compagnies. Les trois groupes de
capitalistes financiers
qui se sont emparés de Stelco et le PDG qu'ils ont nommé,
l'Américain Rodney Mott, ont réussi leur coup. Le prix
des actions est passé de 5,50$ à 38,50$ en un peu plus
d'un an. Ces fins joueurs ont payé 140 millions $ pour un
capital-action qui vaut maintenant environ 1,1 milliards $. Telle est
l'ampleur du vol du produit social par une petite
minorité de riches. En plus, la firme Brookfield et d'autres ont
reçu leurs paiements pour frais et intérêts
relatifs à la dette d'un milliard de dollars et s'en tirent avec
le principal tout payé ou reporté dans une nouvelle
dette. L'ensemble de la classe ouvrière canadienne est
dégoûtée par ces pratiques. La demande d'une
enquête publique, du
remboursement des avoirs acquis illégitimement et que les
coupables soient traduits en justice gagnera du terrain. L'opposition
du local 1005 des Métallos a empêché ces
propriétaires du capital monopoliste de s'en tirer comme ils
voulaient avec la fraude de faillite et l'euphorie que cherchent
à créer les masse-médias concernant la vente de
Stelco.
La classe ouvrière doit voir à ce que tous ceux qui ont
trampé dans la fraude de faillite depuis 2004 soient traduits en
justice.
La résistance des métallos du Local 1005
continue d'indiquer la voie vers l'avant. Ils n'ont pas capitulé
devant les demandes de concessions et ont exposé
l'activité frauduleuse et criminelle des propriétaires du
capital et de ceux qui ont contrôlé le processus de
faillite. S'appuyant sur l'expérience directe de la
résistance, les métallos
actifs et à la retraite seront vigilants et ne permettront pas
que la promesse de respecter l'entente sur le financement
intégral des quatres régimes de retraite et d'investir
100 millions $ dans Hamilton Steel soit rompue. Ils vont faire valoir
la nécessité de formuler une alternative aux fraudes de
faillites comme celle de Stelco et aux problèmes et à la
braderie de l'industrie de l'acier et d'autres industries canadiennes
de base.
Une alternative est nécessaire
Les métallos actifs et à la retraite ont
réclamé une autre solution aux problèmes et
à la braderie de l'industrie canadienne de l'acier et continuent
d'élever la voix en faveur d'une alternative qui sert le bien
public plutôt que l'intérêt étroit d'une
petite minorité de riches. La vente finale de Stelco au
capital monopoliste étranger conclut la vente aux
enchères de l'ensemble de l'industrie canadienne de l'acier.
Elle met davantage en lumière que ni la classe ouvrière
qui produit toute la richesse ni le peuple à qui elle appartient
n'ont voix au chapitre ou de contrôle sur les affaires
économiques et politiques du Canada. Les tractations se font en
coulisses par un petit groupe élitiste avec la complicité
des gouvernements à leur service. C'est cette
réalité que les travailleurs doivent changer, et la
transformation de cette réalité commence par
l'établissement de leur pouvoir politique et de leur
propriété et contrôle de l'économie
socialisée. Les problèmes de la vie moderne, comme
l'insécurité
économique, la pollution, la guerre, les droits humains et les
conditions de travail, ne peuvent être résolus en faveur
du peuple sans que la classe ouvrière n'établisse son
pouvoir et son contrôle des affaires politiques et
économiques. La fraude de faillite de Stelco aurait dû
être arrêtée dès le départ, mais cela
n'a pas été possible parce que le pouvoir
politique n'est pas entre les mains des travailleurs. Cette vente aux
enchères de l'acier, du pétrole, du nickel, du cuivre, de
l'aluminium, de l'eau et des forêts du Canada doit cesser. Durant
la période qui vient il faut régler la question
d'à qui appartient l'économie et qui décide de ce
qui est produit et de comment le produit social est distribué.
C'est
à ce problème que commencent à s'attaquer les
métallos actifs et à la retraite et d'autres sections de
la classe ouvrière.
Le PCC(M-L) dénonce la vente à
l'étranger de la dernière aciérie canadienne.
C'est le moment de réfléchir aux besoins des
générations présente et futures et aux moyens d'y
répondre. C'est le temps de rappeler l'expérience directe
du Local 1005 des Métallos dans l'opposition à la fraude
de faillite de Stelco et la résistance aux
demandes de concessions et les nombreuses fois que les métallos
ont su garder la tête froide parce qu'ils ont leur perspective de
classe et ne sont pas désorientés par les
masse-médias et certaines personnes qui ont intérêt
à les mener dans des voies sans issue. La classe ouvrière
doit encore une fois ramener l'expérience du passé pour
guider l'action
qui ouvre la voie au progrès de la société.
Il y a nécessité que les travailleurs
fassent valoir leur propre projet national en opposition aux plans de
destruction nationale des propriétaires du capital monopoliste
et de leurs représentants politiques. Seule la classe
ouvrière peut organiser cette alternative basée sur la
nécessité de changement. C'est le désir de se
bâtir un avenir qui
pousse les travailleurs à apporter les solutions exigées
par les développements actuels. Le PCC(M-L) est convaincu que la
classe ouvrière canadienne discutera sérieusement de
l'avenir de ce pays appelé le Canada.
Luttons pour la dignité du
travail! À qui appartient l'économie!
À nous! À qui de décider? À nous de
décider!
Arrêtez de payer les riches! Augmentez les investissements dans
les programmes sociaux! Annexion Non! Souveraineté Oui!

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