14 juin 2018


Discussion sur les résultats de l'élection en Ontario

Bien que majoritaire, le nouveau gouvernement n'a pas le consentement des gouvernés

Quarante-deux pour cent des électeurs admissibles n'ont pas voté aux élections du 7 juin en Ontario. Sur les 58 % qui l'ont fait, 40,49 % ont voté pour les progressistes-conservateurs et Doug Ford. On dit que c'est une majorité décisive qui lui donne le mandat de mettre en oeuvre les mesures pour lesquelles il a fait campagne. Cependant, le vote qui permet aux progressistes-conservateurs (PC) de former le gouvernement, avec 76 des 124 sièges, provient de seulement 23,48 % des électeurs inscrits. Dire que c'est un gouvernement majoritaire révèle quelque chose sur l'état du système électoral appelé démocratie représentative.

Le NPD devient l'opposition officielle avec 40 sièges et 33,57 % des suffrages exprimés, ce qui représente 19,47 % des électeurs inscrits. Les libéraux ont obtenu sept sièges et 19,5 9 % des voix, ce qui représente 11,35 % des électeurs inscrits. Ensemble, le NPD et les libéraux ont reçu 53,16 % des suffrages exprimés, soit 30,82 % des électeurs inscrits, ce qui dépasse ce que les PC ont reçu. Une fois de plus, le système uninominal à un tour comme méthode de décompte du vote est un problème. Cette méthode accorde également à certaines régions à forte densité de population plus de représentation que les régions à population moins dense. Dans des régions comme le Nord, par exemple, c'est le NPD qui a obtenu le plus de sièges, pas les PC.

Les résultats des élections nous disent certainement quelque chose sur ce que les Ontariens ont pensé du programme libéral de payer les riches, de la corruption et des arguments intéressés pour justifier ce qui est injustifiable. Bon débarras ! Mais les résultats ne nous disent rien sur ce que Doug Ford va faire maintenant ou comment il va interpréter le rejet du gouvernement Wynne et réconcilier cela avec ses propres stratagèmes pour payer les riches.

En ce qui concerne le rôle que le NPD jouera dans le nouveau gouvernement, la chef Andrea Horwath a déclaré après les élections qu'elle va travailler avec le gouvernement. L'élection du NPD comme opposition officielle est une victoire pour le « changement pour le mieux » et le NPD est maintenant la voix de ces Ontariens à l'assemblée législative, a-t-elle dit.

« Aujourd'hui, des millions de personnes ont voté pour le changement pour le mieux, nous avons gagné plus de sièges que nous n'en avions en une génération et je suis profondément touché que les Ontariens nous aient demandé d'être la nouvelle opposition officielle ! », a dit Horwath dans son discours après les élections.

« J'ai parlé avec le premier ministre désigné Ford et je l'ai félicité pour sa victoire et j'ai dit au premier ministre désigné que les néo-démocrates travailleront chaque jour pour le changement dont les familles ont besoin pour améliorer la vie de tous. Nous serons positifs et constructifs dans notre approche, mais la grande majorité des Ontariens et des Ontariennes n'ont pas voté en faveur de coupures dans les soins de santé, de coupures dans nos écoles et de coupures dans les services sur lesquels comptent nos familles. Et nous serons la voix à Queen's Park pour tous ces Ontariens et Ontariennes », a-t-elle dit.

Lors d'une conférence de presse à Queen's Park, le lendemain de l'élection le 8 juin, elle a déclaré :

« En tant que chef de l'opposition officielle, je continuerai à lutter pour le mieux et le travail commence aujourd'hui. Les Ontariens nous ont demandé de tenir Doug Ford responsable de toutes les décisions qu'il prend. »

Dans l'ensemble, l'élection a produit un autre gouvernement majoritaire, ce que voulait la classe dirigeante au nom de la stabilité. Quand il est devenu évident que les électeurs rejetaient massivement les libéraux, incapables de se sortir de leur bourbier, et que la compagnie de marketing embauchée par les PC a réussi à présenter Doug Ford comme moins imprévisible que Donald Trump, une parmi les sections rivales de l'oligarchie financière a spéculé qu'un gouvernement PC causerait moins de perturbations en termes d'allocations budgétaires pour payer les riches que le NPD et lui donnerait la stabilité dont elle a besoin pour agir à sa guise. La stabilité d'un gouvernement Ford reste cependant à voir, étant donné les allégations de fraude dans certaines courses à l'investiture et les contradictions dans les rangs des PC. Avec la lutte acharnée lors de la course à la chefferie du parti juste avant les élections, les scandales soulevés pendant la campagne sur de fausses adhésions acquises lors des diverses courses à l'investiture peuvent continuer et rendre difficile aux PC de se concentrer sur « les affaires du gouvernement ».

Le fait que le gouvernement PC et son chef soient entachés avant même d'entrer en fonction est un signe des temps. La rivalité pour le pouvoir est telle que si les accusations de corruption et d'attaques continuent contre Ford et ses députés, un gouvernement de Doug Ford finira par gouverner de plus en plus au moyen des pouvoirs de police. C'est ce que réclame le programme néolibéral et cela révèle au grand jour la fraude de la rhétorique « pour le peuple » de Ford.

Lorsque cette élection a été déclenchée, Le Marxiste-Léniniste a dit que, pour que l'objectif des libéraux serait de battre le NPD, ce qu'ils n'ont absolument pas réussi à faire. La firme de marketing embauchée par les libéraux, malgré tous ses efforts pour rabaisser Andrea Horwath et le NPD, n'a pas réussi à faire paraître les libéraux autrement que défensifs et désespérés, et a mené à une stratégie de campagne de défaite assurée. Les libéraux ont été abandonnés par l'électorat particulièrement après la concession de Wynne moins d'une semaine avant la fin de la campagne. Le rejet de la corruption libérale était tel que son plaidoyer aux Ontariens d'élire un gouvernement minoritaire et de maintenir les libéraux au pouvoir avec le NPD n'a pas été repris.

D'autre part, la société de marketing embauchée par le NPD a réussi à garder les candidats de Horwath et du NPD au-dessus de la mêlée. Ils n'ont pas succombé à la stratégie d'attaque des libéraux et, en s'en tenant au slogan du NPD « Changeons pour le mieux », Horwath a été dépeinte comme capable de gérer des situations difficiles.

Après la période initiale de la campagne électorale, lorsque les choses se sont mises en place et que la campagne a été dessinée comme une course à deux partis entre les PC et le NPD, tout a été fait pour diviser le corps politique en l'appelant à se ranger derrière l'un ou l'autre des deux partis afin de constituer un gouvernement majoritaire et assurer la stabilité.

À cet égard, l'un des traits de cette élection est l'obsession de la classe dirigeante de ne parler que des partis qui, à son avis, avaient une chance de former un gouvernement de parti stable. Même le chef du Parti vert, Mike Schreiner, a été exclu du débat télévisé des chefs. Malgré cela, il a été élu dans la circonscription de Guelph avec plus de 29 000 voix, ce qui est plus que ce qu'ont obtenu les trois autres chefs de partis « majeurs » dans les circonscriptions où ils ont été élus.

Le fait que les libéraux ont maintenant été réduits à sept sièges, passant d'un gouvernement majoritaire qui prétend représenter tout le monde à un parti à qui il manque un siège pour satisfaire l'exigence du statut de parti officiel à l'Assemblée législative, accentue la crise de légitimité dans laquelle se trouve le système de gouvernement de partis. Cela montre que les mesures qu'ils ont adoptées alors qu'ils gouvernaient ne sont tout simplement pas appuyées par le peuple qui doit maintenant vivre avec leurs conséquences.

Quant à ce qui a été appelé la « nation Ford » pendant la campagne, et la « nation de l'Ontario » après la campagne, le corps politique est si divisé qu'elle n'existe pas, peu importe ce que disent ou pensent Doug Ford ou les médias monopolisés. Tout cela détourne l'attention des gens des problèmes auxquels la société est confrontée et de la façon dont ils peuvent trouver des solutions. De même, l'affirmation du NPD selon laquelle son programme et ceux qui ont voté libéral constituent la majorité en ce qui concerne le vote populaire et représentent donc « la vision progressiste de l'Ontario » détourne aussi l'attention des gens des problèmes de la société et de comment les résoudre. Le rôle que le NPD veut assigner au peuple est de passer les quatre prochaines années à se plaindre de Ford tout en attendant passivement que le NPD joue son rôle d'opposition loyale. On peut s'attendre à ce que le NPD élève la voix à l'Assemblée législative contre le gouvernement Ford d'une manière qui ne mobilisera pas le peuple pour obliger le gouvernement à être redevable, et encore moins appuyer un mouvement politique pour le renouveau politique qui investira le peuple du pouvoir de décider.

Le fait que l'élection a eu lieu avec ce qu'on a appelé « la plus forte participation électorale depuis 1999 », alors que 42 % de la population n'a pas voté, est considéré comme non pertinent. Le fait que beaucoup de ceux qui ont voté l'ont fait par peur de Ford ou par opposition à Wynne n'est pas censé être pertinent non plus. Tout cela montre que cette élection, une fois de plus, n'a pas produit de champion dont on peut dire qu'il a le consentement des gouvernés.

Les gouvernements néolibéraux n'ont pas le consentement des gouvernés, peu importe qu'ils prétendent avoir obtenu un mandat. Cela pose un sérieux problème à la classe dirigeante. Plus leurs champions disent que l'Ontario n'est pas divisée et qu'elle constitue la « nation », de Ford ou d'un autre, plus les Ontariens montrent leur réticence à se soumettre à ce qui leur est imposé par des dirigeants qui ne les représentent pas. C'est leur mouvement pour investir le peuple du pouvoir de décider qui va obliger le gouvernement à rendre des comptes. Rien d'autre.

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