14 juin 2018


Discussion sur les résultats de l'élection en Ontario

Les prises de position des médias monopolisés

Qui décide qui formera le prochain gouvernement est une question importante au Canada. On dit que les gens décident par leur vote, mais ce n'est pas vrai. Des intérêts privés décident par l'intermédiaire des partis qui les représentent, des sociétés de marketing qu'ils embauchent et des médias appartenant au monopole.

Le rôle des médias monopolisés dans une élection est de promouvoir les intérêts qu'ils représentent en faisant connaître leurs points de vue au sujet des partis, des candidats et des dirigeants qu'ils favorisent, en faisant bien paraître certains et d'autres moins bien, en dépeignant certains comme légitimes et d'atres comme illégitimes et ainsi de suite. La façon dont ils couvrent ce qu'on appelle les nouvelles définit ce qu'on appelle les « enjeux électoraux ». Les « débats des chefs » organisés par un consortium de médias jouent un rôle certain pour établir l'ordre du jour et les « enjeux ». Ensuite on dira que le peuple a rendu son verdict sur ces « enjeux ». Les médias sont souvent à l'origine de « scandales politiques » qui servent à désorienter l'électorat et à l'entraîner dans des commérages afin de saper la discussion sur toute préoccupation sérieuse et tout mouvement politique pour donner au peuple du pouvoir de décider. Dans ce sens, la fonction principale des médias est de priver les gens d'une conception basée sur leurs propres points de référence et un ordre du jour qui sert leurs intérêts, pas ceux de l'élite dirigeante. C'est pourquoi les médias monopolisés banalisent ou ne mentionnent pas les alternatives présentées par les petits partis et des candidats indépendants.

Généralement, au cours de la dernière semaine de la campagne, lorsque la course de chevaux qu'on appelle élections arrive dans le dernier tournant, la plupart des grands journaux publient des éditoriaux indiquant qui ils appuient et pourquoi. Lors de cette élection, les principaux médias monopolistes ont publié des éditoriaux les 1er et 2 juin. Le 1er juin, le Toronto Star a publié un éditorial appelant les lecteurs à élire un gouvernement néo-démocrate. L'éditorial était titré : « Les électeurs de l'Ontario devraient appuyer le NPD pour arrêter Doug Ford ». Le lendemain, le 2 juin, la chef libérale Kathleen Wynne a concédé la course. « Je ne serai pas la première ministre de l'Ontario » après les élections du 7 juin, a-t-elle déclaré. Cette sortie sans précédent avant la fin de la campagne a ouvert la voie à la course à deux que voulait la classe dirigeante.

Le Toronto Star et le Hamilton Spectator ont appelé à voter NPD. Les principaux journaux du réseau Postmedia - National Post, Ottawa Citizen, Toronto Sun et London Free Press - ont publié des éditoriaux appelant à l'élection de Doug Ford et des progressistes-conservateurs. À la veille des élections, le 6 juin, le Globe and Mail signalait dans un éditorial qu'il n'appuyait aucun des partis. L'éditorial avait pour titre : « Pour les électeurs de l'Ontario, le leadership et la vision ne sont pas au rendez-vous ».

Le Toronto Star soutient traditionnellement les libéraux aux niveaux provincial et national, à quelques exceptions près. L'une de ces exceptions a été l'élection fédérale de 2011, quand il a appelé ses lecteurs à voter pour le NPD de Jack Layton. L'éditorial du Star soutenant le NPD en 2011 a été publié deux semaines après l'apparition de Layton à l'émission de télévision populaire Tout le monde en parle, laquelle a été suivie d'une hystérie dans les journaux à propos d'une « vague orange» au Québec. Cette élection a donné au NPD la position d'opposition officielle au parlement fédéral pour la première fois dans l'histoire du pays. Lors des élections fédérales de 2015, le Star a soutenu les libéraux de Trudeau.

L'appui du Toronto Star, dont l'édition du samedi est la plus lue au Canada, en faveur du néolibéralisme n'a jamais faibli. Les éditorialistes du Star ont déclaré le 1er juin que « les libéraux de Kathleen Wynne ont fait beaucoup de bien - beaucoup plus que ce que leurs critiques leur attribuent - mais ils ont accumulé tellement de bagages que peu d'électeurs écoutent [...]. Cette campagne auraient dû être une promenade pour les progressistes-conservateurs, [...] Ils ont plutôt montré qu'ils ne méritaient pas la confiance des Ontariens. » Ils ajoutent : « Compte tenu de l'effondrement du soutien libéral, le vrai choix dans la plupart des régions de la province se situe entre les progressistes-conservateurs et les néo-démocrates de Horwath, où les électeurs progressistes devraient appuyer le candidat néo-démocrate pour garder Ford à l'écart du bureau du premier ministre.

« Les néo-démocrates ont élaboré une plate-forme politique globale et ambitieuse qui répond aux besoins sociaux les plus pressants de la province : Ils dépenseraient 1,2 milliard $ de plus en soins de santé, soins de santé mentale, soins à domicile et soins dentaires », dit l'éditorial du Star .

Notons l'absence de toute mention de la nécessité de changer la direction de l'économie. Sans un programme pour arrêter de payer les riches et augmenter les investissements dans les « soins de santé, santé mentale, soins à domicile et soins dentaires », sous le néolibéralisme, ces programmes deviennent un autre ensemble de stratagèmes pour payer les riches. Dans la lutte pour accéder au pouvoir politique, les compagnies pharmaceutiques et les compagnies d'assurance sont certainement d'importants acteurs.

Traditionnellement, le Globe and Mail appuie les libéraux ou les conservateurs. Dans son éditorial du 6 juin, il a reprend le point de vue du Star selon lequel cette élection « aurait dû être une promenade pour le Parti progressiste conservateur » et ajoute que « le résultat aurait été bienvenu » mais « le Parti PC a trouvé une nouvelle façon de se saboter, avec comme résultat qu'il est maintenant dans une course serrée avec le NPD. » Il poursuit : « Les libéraux, quant à eux, ne sont nulle part, Kathleen Wynne ayant déjà concédé la course dans une tentative irresponsable de sauver quelques sièges. » Il conclut : « Le choix est donc entre un gouvernement PC dirigé par Doug Ford et un gouvernement néo-démocrate dirigé par Andrea Horwath et ni l'un ni l'autre n'est souhaitable, bien que pour des raisons différentes. Pour les progressistes-conservateurs, c'est le parti lui-même qui est une source d'inquiétude, pour le NPD, c'est la plateforme du parti. »

Les éditoriaux de soutien des médias monopolisés sont des moyens par lesquels l'élite dirigeante discute des options de gouvernement pouvant le mieux servir leurs intérêts. Ils fixent l'ordre du jour des élections de manière à avoir les meilleures conditions afin de poursuivre leurs stratagèmes antisociaux. Leur préoccupation à propos du « bagage » politique et d'autres choses qui pourraient devenir une distraction pour le gouvernement au cours des quatre prochaines années doit être vue dans ce contexte. Ce n'est pas par souci des besoins et de la volonté du peuple.

(Sources : agences de presse)

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